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LA COURSE

A AUGUSTE VAGQUERIE

Une course effrénée, horrible , sans repos, Vertigineuse et folle, épouvantable, entraîne Les âpres passions comme de noirs troupeaux ; La flamme, sous le choc de leurs sabots, s'égrène.

Cavales que jamais ne réprima le frein, Elles vont, elles vont , furieuses , ardentes , Brûlant et dévorant Timmobile terrain , Soufflant par les naseaux des brumes abondantes.

— ^ 130 — Ainsi que Mazeppa , sur leurs croupes de fer L'homme raie emporté , ne se sentant plus vivre ; Les vents sifflent, pareils à des rires d'enfer, Et la douleur arrive à ce point qu'elle enivre !

J'appartiens à jamais au farouche Idéal De la Beauté physique et de l'Amour sans bornes, Et je vais, sur le monstre au vol lourd et brutal, A travers les Édens et les horizons mornes.

Je sais bien que la mort est au bout du chemin. Qu'il me faudra cracher mes poumons, que l'espace S'écroule , que je n'ai bientôt plus rien d'humain, Et que l'herbe se fane aux endroits où je passe.

Mais qu'importe? je vais, et toujours dans ma chair Cha([uc lien imprime une rouge morsure ; Qu'importe? laissez-moi, mon supplice m'est cher, J'aime à sentir le froid aigu de la blessure !

La cavale bondit , et plaines , monts et bois. Lacs énormes, grands cieux, étoiles, avalanches, T()ncbrcs et clartés, défdcnt à la fois ; Les arbres effrayés se voilent de leurs branches.

Tout se confond ! Je vais , brisant en des baisers Mes lèvres sur le corps houleux d'une maîtresse , Criant et délirant, les traits décomposés, Et mourant sous la main dont l'ongle me caresse !

Le monstre va plus vite ! — 0 nua^içes lointains ; Abîmes , océans , ô vagues en démence , Vous fuyez devant moi , terribles , incertains ; Mon regard s'obscurcit dans une nuit immense.

Parfois , dans ma terreur , il me semble sentir L'aiguillon empressé qui mord et qui torture, Je crie , et dans les airs ma voix va s'engloutir: Plus vite ! encor plus vite ! oh! la lâche monture !

Ses flancs fument noyés dans un épais brouillard ; Elle veut respirer , et sa tête contemple , Pleine d'un sombre effroi , cet horizon fuyard Sans cesse plus épais , plus sinistre et plus ample.

0 femme ! quand ta gorge, où perle la sueur, Semble demander grâce , et quand tes yeux, où nage Un enfer, sont pâlis et n'ont plus de lueur. Je sens croître l'Amour et la Haine sauvage !

En route ! Cette course est effrayante ! H faut Que la cavale , enfin , sur le sol abattue , Dût-elle m'écraser , tombe avec un sanglot , Il faut que je l'épuisé ou bien qu'elle me tue !

Et la course reprend ! — Les astres en ont peur ; - Les halliers , les buissons , les chênes centenaires , Ne font autour de nous qu'une grande vapeur. Et nous n'entendons plus les éclats des tonnerres !

Cette course , ô Chimère au regard altéré ! Cette course parmi les monts et les broussailles , S'arrêtera le jour où je t'enfoncerai Mes éperons sanglants jusqu'au fond des entrailles!

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