DE L'EMPLOI DE LA LVRE
une lyre sur le premier plan et au fond le profil de tombes et de croix de pierre respectables ; ou bien la lyre est posée sur le gazon au bord d'un torrent.
Quelquefois seulemeni, quand mon âme oppressée Sent en rhyihmes nombreux déborder ma pensée, Au souille inspirateur du soir, dans les déserts, Ma lyre abandonnée exhale encor des vers.
K>c-*imilé du Frontiapicc âtt Odes, par Kdouird d'Aaglcmont liSlS|>
Ainsi dit Lamartine. Son instrument, il le promène à travers bois, en haut des montagnes, et sur les lacs, Elvire en goûte les accents; mais j'admettrai plus difiUcilement l'emploi qu'Edouard d'Anglemont fit de la lyre.
Comprend-on qu'en 1825, le poète, sans respect pour la tradition du cap Misène, se fît représenter prenant son repas du matin avec une lyre sur la table?
La lyre entre la chocolatière et la tasse destinée à contenir la décoction de cacao !
Une pareille profanation se peut à peine décrire. Le poète s'est levé matin : cela se voit à sa robe de chambre, à sa cravate roulée négligemment autour du cou, à ses pantoufles. La femme de ménage a balayé cet intérieur bourgeois. D'Anglemont va puiser ses inspirations dans une tasse de chocolat.
Quitte la lyre, ô ma Muse 1
se serait écrié, à la vue d'un pareil spectacle, un pindarique du Directoire.
Il fut bien coupable, l'auteur des Odes, de ravaler ainsi un noble instrument. D'Anglemont avait gâté la lyre avec son chocolat : les Jeune-France de i83o reléguèrent le noble instrument au grenier