HOFFMANN 7J
de préconçu d'après de banales légendes sur le compte de ceux qu'ils ont à représenter, ils en font alors des séraphins ou des êtres cacodémoniaques , des inspirés ou des mélancoliques, des messieurs pleureurs ou des ténors d'opéra-comique, des âmes tendres ou de farouches monstres; et ainsi nous sommes privés
fac~simjl£ de ziecler, pour le* muvrc* d'Hoffmtnn ( liJo),
de la physionomie réelle d'hommes de talent que des crayons mensongers ont affublés de postiches de carton.
Elle est pourtant intéressante la figure d'un homme, si bourgeoise qu'elle paraisse, quand on sait y pénétrer comme les maîtres primitifs pénétraient dans leurs modèles. J'aime la représentation de l'homme de génie plutôt à l'état calme qu'aux rares heures d'inspiration. Dans son état normal, un tel homme peut
paraître vulgaire à quelques-uns. Il ne Test pas. Mais qu^il est difficile de savoir par quelle fissure s'échappe son génie, avec quelle volonté a été modelé son menton, dans quel réseau de rides s'abrite la pensée, les habitudes qu'elle commande au corps, le poids dont elle charge les épaules, l'agrandissement du front qui s'est développé d'année en année, la flamme qui ranime ces yeux fatigués en apparence, les méplats que la pensée a imprimés aussi vivement aux parties molles du visage qu'un fer à repasser de blanchisseuse qui corne un col de chemise!
Tout cela est remplacé le plus souvent par la convention; le dessinateur n'a rien vu, rien observé de la figure du personnage, et il conviendrait autant de donner le portrait du valet de chambre de l'homme célèbre que cette inutile image.
Ces réflexions, peut-être un peu grondeuses, tombent cependant devant une représentation tout à fait fantastique, inspirée à Ziegler ^ par la caractéristique des œuvres d'Hoffmann; véritablement les dames, qui regardèrent le portrait en tète de la traduction des Contes donnée par Théodore Toussenel, durent avoir une singulière idée du romancier berlinois.
En réalité, Hoffmann était d'allures correctes dans les divers postes qu'il occupa, soit comme greffier du tribunal criminel, soit comme chef d'orchestre du théâtre de Cracovie.
Les travaux qui le faisaient vivre terminés, Hoffmann allait rejoindre ses amis dans une cave de Berlin, c'est-à-dire un petit sous*sol tendu d'un papier à fleurs, éclairé convenablement et où les habitués buvaient et fumaient en dissertant sur l'esthétique.
1. J'attribue à Ziegler ce singulier frontispice, me tondant sur Tavis de Téditeur : « Vignettes pour les Œuvres complètes de Hoffmann, d'après les dessins de Tony Johannot et Ziegler, gravés sur bois par Porret. Il paraîtra une livraison de 4 vignettes par livraison de texte. » Ce projet n'eut pas de suite, Tony Johannot, d'ailleurs, éunt engagé par Renduel pour les vignettes de l'édition Loêve-Wcimar; c'est ce qui me pousse à attribuer à Ziegler les vignettes ci-contre.