HOFFMANN
L'imagination de Théodore Hoffmann, d'Adalbert de Chamisso, de Lamothe-Fouqué, qu'elle s'appuyât sur de curieux faits scientifiques ou du domaine de l'art pur, était suffisamment tenue en
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éveil dans ce milieu. Les dessinateurs romantiques ne voulurent pas l'envisager ainsi.
On s'imagina que la chevelure d'Hoffmann lançait des reflets étranges semblables à ceux du punch bleuâtre brûlant dans un bol d'argent. Le conteur fut condamné à porter une cravate
dénouée, un pantalon collant terminé naturellement par de fins escarpins. Sa physionomie devint celle d'un être extraordinaîrement névralgique, dévoré par de bizarres pensées.
Il m'en coûte de détruire cette iconographie de fantaisie; au premier aspect et à regarder en passant un portrait réel d'Hoflfmann, il ferait penser à un juif allemand si des yeux humoristiques n'indiquaient un regard sans cesse en quête de gnomes, de Daucus carota, d'héroïnes bizarres et de personnages détraqués vagabondant dans le cerveau du conteur; mais lui-même le conteur est, malgré ses bizarres conceptions, au contraire pondéré aussi juste que le commande l'exercice de son art.
Beethoven peut être en proie à de vives souffrances morales; c'est, au physique, un homme semblable à ses contemporains.
Tout le monde connaît la jolie petite statue berlinoise qui représente Gœthe debout, le ventre faisant saillie sous la houppelande boutonnée. Voilà une œuvre qui nous fait connaître l'homme de génie dans sa vie.
Voulez -vous voir un premier rôle de l'Ambigu - Comique ? Regardez ce jeune homme fatal, appuyé contre une rangée de tonneaux dans une sombre cave; il fume une longue, longue pipe, en contemplant des crapauds, des couleuvres, des gnomes et des larves. Voilà THoffmann romantique, l'Hoffmann de 1834'.
Il paraît que de telles images étaient nécessaires à la compréhension de ses contes. Mais combien les Allemands durent être étonnés de l'imagination de nos dessinateurs!
I. Le Magasin pittoresque, le Musée des familles rivalisaient à la même époque de portraits extravagants, de prétendus fac-similés de dessins d^Hofifmann ; j'en ai déjà parlé et j'y ai joint un dessin d^Henry Monnier qui«mystifia le public des Magazines en donnant comme du conteur une fantasmagorie sans parenté avec l'essence germanique. (Voir Henry Monnier, sa Vie, son Œuvre, Paris, E. Dentu, 1879.)