LES FEMMES ROMANTIQUES DE MIL-H UIT-CENT-TRENTE
« Quand une fois le sang s'est mêlé au sang, lorsque deux âmes se sont fondues en pleurs et en volupté, mon Dieu, se peut-il qu'on oublie cela ? » Ainsi parle le romantique Aloysius Block, injustement oublié aujourd'hui. Car rien que par l'échantillon ci -dessus, on peut juger du langage passionné d'un auteur qui remuait les fibres des dames de 1834.
Époque à la fois bourgeoise et tourmentée, qui resterait platement constitutionnelle sans les hardiesses des poètes, des romanciers, des peintres et le concours que la femme leur prêta.
Ce n'était pas le gouvernement qui favorisait les efforts des romantiques. La femme seule vint en aide à ces audacieux; elle les poussa en avant, souffla en eux la passion et se donna comme récompense aux plus exaltés. Mais aussi à combien de sources diverses de romantisme pouvaient se désaltérer les femmes! Elles y trouvaient leur compte, les mystiques et les matérielles, les poétiques et les prosaïques, les pudiques et les ardentes, celles qu'on devait prier comme celles qu'il fallait brutaliser, les mélancoliques à qui un clair de lune suffisait, les pieuses qui s'abritaient au pied de croix vermoulues, celles qui écoutaient une déclaration étendues sur un sopha et celles qui ne reculaient pas devant le funèbre décor d'un cimetière.
On promettait aux femmes de les aimer * longtemps, toujours, même mortes, et on vit alors des héros de romans, après des rendez-vous sous les tilleuls, se rendre la nuit sous de sombres
cyprès et soulever la pierre des tombeaux pour se repaître encore une fois de la vue de leurs maîtresses trépassées.
La religion saint-simonienne ne s'imposa que par les femmes. Un très bel homme que le père Enfantin et quels aimables dis-
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ciples que ceux qui l'entouraient, vêtus d'une tunique bleue et de pantalons collants!
Tout pour les femmes, tout par la femme, était l'hymne qui se répandait des hauteurs de Ménilmontant sur la cité. Et, quand un gouvernement « d'épiciers » interdisait aux apôtres de prêcher la liberté de la femme et que la police fermait la salle Taitbout par la force, il ne manquait pas de femmes pour s'interposer entre