I. Rfvw des Deux Mondes,- jaiiiet i83i
LES SALONS ROMANTIQUES ii3
Quînet, Balzac, Alfred de Vîgny, Auguste Barbier, Jules Janin, Alexandre Dumas, Sainte-Beuve, Gustave Planche, Paul Foucher, Emile Deschamps.
Défendre le comte Alfred de Vigny et ses doctrines semblera naturel à ceux qui ont connu le poète-gentilhomme qui fréquen* tait les salons et y apportait cette politesse exquise, ce grand air qu'il conserva jusqu'à la fin de sa vie; mais à quelque temps de là devait paraître, dans la même Revue, une machine de guerre bien autrement audacieuse qui avait pour titre : Une lettre sur le théâtre à propos d'Antony, lettre prudemment signée Y, car l'auteur ne crut pas devoir se présenter dans la lice, visière découverte.
Oh! bel art de la scène, disait récrivain anonyme, si tu corriges les mœurs, ce n'est pas en riant cette fois 1
Non, on ne rit pas, on pleure peu, mais on souffre beaucoup en voyant ce drame. On éprouve cette nerveuse agitation des personnages, qui crispe les mains et les pieds maigre qu'on en ait, comme si on voyait quelqu'un toujours prêt à tomber d'un toit...
Cette jeune femme est comme menacée par un vautour qui tourne sur elle. L'épou« vante saisit pour elle à la vue d'un jeune homme convulsif qui porte en lui-même deux causes d'exaltation, son amour d'abord, puis cette rancune de bâtard et d'orphelin qui lui fait bouillonner dans le cœur une éternelle rage contre la société.
On pressent (et c'est habile à l'auteur), on pressent que cet homme, toujours en garde contre tous, qui a toujours l'épigramme à la bouche et le poignard à la main, saisira la première occasion de se donner une victime. Et qui choisira-t-il ? Cette douce et gracieuse beauté qu'il a perdue en combinant froidement l'héroïsme et calculant sur sa pitié, en ensanglantant son salon de soie pour qu'elle l'y garde, en volant ses faveurs sur la grande route comme un brigand... Ce serait horrible si ce n'était utile et moral.
Il ne m'est pas possible de croire que M. Dumas écrive un ouvrage pareil sans une pensée dominante et sans conclusion, comme on parle sans idée dans un bal. — Non, je crois ce drame médité dans un but d'utilité morale et même religieuse ^
Et il y a onze pages sur le même ton!
I. Revue des Deux Mondes, juillet i83t, t. VIII, p. 322 à 333.
Toute cette période de i83i, la Revue des Deux Mondes la remplit de tentatives, d'audaces, d'excès. Sa critique du Salon, elle la confiait à Henry Monnier!!! Elle médit de la Comédte- Française et exalte le théâtre de la Porte-Saint-Martin ; elle ravale Casimir Bonjour et s'enthousiasme pour Anicet Bourgeois; cela est écrit en toutes lettres.
Un autre vent souffla bientôt, plus modéré, qui n'enlevait pas les ardoises des toitures consacrées; la vignette de Tony Johannot fut supprimée comme manquant de style et les doctrines de la jeune école n'y furent admises que mitigées, trempées, avec beaucoup d'eau dans le vin. Les romantiques perdaient un salon où devaient prendre place les doctrinaires constitutionnels.