I. Vie parisienne, 18 février i865. Article signé G
étaient discutées, entre peintres et poètes, des questions d'art nouveau et parfois dissident, mais sans prendre la proportion d'un schisme; c'est ainsi qu'à la rue du Doyenné le moyen âge fut laissé de côté pour le xvm* siècle : Théophile Gautier, Gérard de Nerval, Arsène Houssaye, le peintre Camille Rogîer, évoquèrent tout un monde galant qu'ils rendaient plus romanesque
BAU-FORTE DE CÉLËSTIN NANTEUIL u'APufts GÉNIOLE, pour le Jeu de ta reine, de II comtcsK Dllli I1839).
encore que ne le comportent Crébillon fils et Boucher ; de belles filles d'Opéra se mêlaient à ces enthousiastes du fard et des mouches, et Thistorique en a été traité maintes fois par l'auteur de tant de romans de pécheresses.
Le goût de ces fêtes d'artistes s'était répandu Jusqu'en province. A Rouen, le jeune comédien Mélingue, en compagnie d'archéologues, de peintres, de poètes et de journalistes de Pendroït,
devait, en costume triomphant, marquer sa personnalité essentiellement romantique dans « un bal d'artistes » organisé à l'hôtel de ville.
Ce n'est pas une fête ordinaire que ce bal, disait le rédacteur de la Revue de Rouetiy c'est la reconnaissance en action de ce grand principe que tous les arts sont frères, c'est le premier pas fait en dehors de cette ligne de démarcation qui séparait jusqu'alors le bourgeois d'avec Vartiste.
Bourgeois! Artiste! La grande injure antithétique du moment. Les romantiques n'avaient jamais pu pénétrer au cœur du monde orléaniste, dont les gouvernants étaient voltairiens. L'ombre de Voltaire tenait les portes fermées de ces salons aux novateurs. Voltaire, c'est-à-dire la raison, la mesure, l'esprit français par excellence. Les romantiques pouvaient faire une large enjambée de Gringoire à Chateaubriand et passer par dessus Molière et La Fontaine; le gros de la nation ne les suivait pas, étant composé d'hommes qui avaient étudié à ces sources.
M. Thiers est bien le type de ces bourgeois qui représentent le sentiment du pays; aussi les opinions littéraires de l'historien méritent-elles d'être recueillies, ne fût-ce qu'à titre de renseignement. M. John Lemoinne, dans son discours de réception de M. Labiche à l'Académie française, a bien montré la nature de l'ancien président de la République, très hostile, même cinquante ans plus tard, aux courants littéraires qu'il avait côtoyés :
Je me rappelle qu'un matin, dans les plus mauvais jours de 1871, M. Thiers, que j'étais allé voir à Versailles, m'ayant demandé des nouvelles de M. de Sacy, je lui répondis qu'il continuait à être amoureux de ses vieux livres et à ne pas connaître les romantiques. Et M. Thiers me dit avec cette vivacité dont vous avez le souvenir : — Ah 1 il a bien raison, Sacy; les romantiques, c'est la Commune!
Il ne faut pas trop prendre au pied de la lettre cette boutade;
je la recueille comme un fragment de conversation, devant la
cheminée d'un salon, entre deux hommes politiques, et en enlevant la passion qui est dans la forme, je retrouve les sentiments peu sympathiques des hommes d'État de la génération de Louis-Philippe pour les romantiques.
Ceux-ci s'en consolaient en donnant des fêtes, et il est bon d'en signaler une qui fut la dernière et comme une sorte de bouquet