‹ Les vignettes romantiquesChapitre 44 sur 104 · AUGUSTE BOUQUET · texte numérisé non relu

AUGUSTE BOUQUET

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de feu d'artifice. Un grand bal de nuit paré et masqué eut lieu à rOpéra-Comique le 14 janvier i835. Comme toujours, les peintres en avaient fait les frais. Clément Boulanger était le directeur des divertissements. Pour décors, une toile de fond représentant le golfe de Venise, un pont des Soupirs jeté entre la scène et la salle. L'organisation des tableaux vivants, d'après la Jane Grtry et le Cromwel! de Paul Delaroche, avait été confiée à Camille Roqueplan. Les danses étaient coupées par des « proverbes,

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scènes comiques et lazzis composés par Henry Monnier ç ; enfin, un élégant programme était orné d'une eau-forte de Célestin Nanteuil.

Toute la bande des gens d'esprit et des peintres, Ourliac et Gavarni en tête, recherchait ces fêtes élégantes. D'autres cénacles, d'un ordre plus intime, réunissaient dans des quartiers en dehors du Paris mondain les gloires qui commençaient à poindre.

C'est une humble nature que celle de la banlieue de Paris, elle était encore plus pauvre en i83o qu'aujourd'hui : des jardins de maraîchers, des carrés de fleurs et de légumes au milieu desquels le jardinier se garde bien de laisser pousser des arbres, d'un côté la grande route droite et interminable bordée d'ormes, parfois un champ de seigle avec son petit sentier qui le partage, puis se détachant sur le ciel l'armature d'une énorme roue de carrier; à l'horizon quelques collines s'estompant en bleu. Avec quelques masures plâtreuses, tel était en 1828 le quartier de la barrière Montparnasse. A la suite de guinguettes, de bals, de marchands de vin, de fricoteurs de gibelottes, commençait ce paysage particulier que seul peut apprécier le Parisien. En traversant la chaussée du Maine, après avoir suivi quelques sentiers détournés on voyait au milieu de la plaine une petite maison ombragée d'arbres. Des tables et des bancs de bois garnissaient une cour plantée d'acacias, chose rare dans ces parages. C'était le cabaret de la mère Saguet, fréquenté assidûment par Charlet.

Chez la mère Saguet se réunissaient également à de certains jours les poètes et les artistes du quartier du Luxembourg : Victor Hugo, David d'Angers, Sainte-Beuve, les Devéria, l'architecte Roblin et un pindarique par excellence, Denne- Baron. Là, comme l'a dit un écrivain qui a recueilli avec ces noms le souvenir d'agapes sans prétention, on mettait en commun « la

gaieté, la bonne humeur^ d. On se livrait à des plaisanteries anticlassiques, faisant comparaître à la barre un faux Bignan pour discuter avec lui sur la prosodie nouvelle et avoir facilement raison de son classicisme.

C'est encore un cénacle que le cabaret. Celui de la mère Saguet fut très suivi alors que Victor Hugo demeurait dans 4a rue de Vaugirard. Vint le jour où la gloire appela le poète sur la rive droite.

J^ai connu^ dans ma jeunesse, ce dernier cabaret littéraire jadis hanté par les romantiques et j'ai été lié avec les deux derniers hommes qui étaient restés fidèles au quartier Montparnasse, le sculpteur Préault promenant ses agitations et l'étincelle de ses mots, Sainte*Beuve qui faisait sa promenade quotidienne sur le boulevard extérieur.

Recherché dans les salons du second Empire, l'aimable vieillard préférait écouter les chansons des étudiants revenant de la Closerie des Lilas et le gai babillage des grisettes du quartier. Du romantisme auquel il avait pris une si vive part, le célèbre critique ne parlait qu'avec une sourdine et bien des atténuations; mais, dans ses promenades à la barrière, le vieil homme se rappelait l'heureux temps de sa jeunesse où la gloire n'apparaissait que doucement estompée, sans les exigences que commande le génie. La main dans la main, le cœur sur les lèvres, les propos joyeux de table, tout cela renaissait au souvenir du cabaret de la mère Saguet pour le critique devenu philosophe et prenant les sacerdoces littéraires, le char de triomphe des poètes, les succès retentissants d'aujourd'hui pour ce qu'ils vaudront demain.

I. Max de Villemarest, la Barrière Montparnasse. {Les Cent-et'Un, t UI, i832. In-8*.)

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