‹ Les vignettes romantiquesChapitre 52 sur 104 · PETRUS BOREL · texte numérisé non relu

PETRUS BOREL

En 1845, alors que s'agitait dans les bureaux de l'Artiste une bande gaie et tapageuse à laquelle Arsène Houssaye ouvrait les portes de sa Revue, je me rappelle un personnage mélancolique qui, debout devant la cheminée, parlait gravement.

C'était Pétrus Borel. Un nom éclatant des anciens jours pour cette folle jeunesse qui rimait et contait en chantant.

Pétrus Borel faisait partie du petit groupe d'écrivains : Théophile Gautier, Gérard de Nerval, Alphonse Esquiros, amis d'Arsène Houssaye ; mais , en même temps que ses anciens camarades, le directeur de l'Artiste avait su attirer à lui une jeune garde tant soit peu indisciplinée : Henry Murger, Charles Monselet, Baudelaire et bien d'autres, sans compter les poètes, presque aussi nombreux que les grains de sable de la mer.

Dans cette Revue qui, jusqu'en i85o, fut un salon ouvert raprès-midi aux impatiences des uns, à la sérénité des autres, les relations entre les anciens et les nouveaux furent de bonne camaraderie. Rien qui rappelât la malsaine influence des bureaux de rédaction de journaux : en plein quai Malaquais, dans Thôtel Pellaprat, un des plus importants du quartier, au milieu d'une belle galerie du rez-de-chaussée dont les fenêtres s'ouvraient sur la Seine, arrivaient, pour causer plus que pour écrire, ceux qui avaient donné des gages à la littérature, ceux qui aspiraient à les imiter.

Ce fut là que j'aperçus une seconde fois Pétrus Borel dont

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