I. Paris, Oiraud. In-i
FAC SIMILE DUNE EAUFORTE DEDOUARD MAY
GÉRARD DE NERVAL i6i
coloré d'autant : villages, grandes routes de Picardie, jusqu'aux arbres eux-mêmes.
C'est le jour des Morts que je vous écris ; — pardon de ces idées mélancoliques. Arrivé à Senlis la veille, j'ai passé par les paysages les plus beaux et les plus tristes qu'on puisse voir dans cette saison. La teinte rougeâtre des chênes et des trembles sur le vert foncé des gazons, les troncs blancs des bouleaux se détachant du milieu des bruyères et des broussailles, — et surtout la majestueuse longueur de cette route de Flandre, qui s'élève parfois de façon à vous faire admirer un vaste horizon de forêts brumeuses, tout cela m'avait porté à la rêverie.
Il semble que Gérard craigne que sa note ne soit trop mélancolique. En habile musicien, il passe aussitôt du mineur au majeur.
En arrivant à Scniis, j'ai vu la ville en fètc. Les cloches — dont Rousseau aimait tant le son lointain, — résonnaient de tous côtés ; les jeunes iilles se promenaient par compagnies dans la ville, ou se tenaient devant les portes, en souriant et caquetant. Je ne sais si je suis victime d'une illusion : je n'ai pu rencontrer encore une fille laide à Senlis *
Mais combien les portraits des jeunes filles des Confessions de Jean -Jacques sont plus affirmés! A la netteté des images, on voit combien le Genevois sentait plus vivement, plus sensuellement. C'est à travers une sorte de gaze, jaunie par vingt ans, que Gérard dessine ses pastels d'amoureuses plus entrevues que réellement aimées. Grétry parle quelque part du singulier assemblage que produiraient un homme et une femme aussi réservés Tun que Tautre. Ce fut le cas de Gérard; cependant ses amours de Paris contribuèrent jusqu à un certain point à former la légende qui est restée.
Dans sa jeunesse, le poète avait été vivement épris de Jenny