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LA LIBERTÉ, D EUGENE DELACROIX

Vlgnelle du Salon de iS3i , de Custaie Planclic.

Il me reste à traiter un point plus Inconnu de la vie de Sïméon Chaumier. En lui le Breton n'était pas Vendéen et peut-être, si sa biographie était élucidée, trouverait-on que le poète dut les jours à un de ces bleus qui combattirent les chouans. Il en a l'enthousiasme révolutionnaire en même temps que la foi ardente et plus moderne de rénovation sociale.

I. La Couronne de bhiets, par Arsène Houssayc. Paris, Souverain. i8?C. ln-8*.

Avec Casimir Delavigne il fut le Tyrtée des journées de Juillet. Lisez :

Ils sont là les enfants du grand quatre-vingt-neuf Qui, couvés quarante ans sous Taile de la gloire, Vinrent, bons combattants, aux trois jours de victoire, S'enfermer dans Paris comme le coq dans Tœuf.

Il est des poètes qui font vibrer les cordes d'airain de leur lyre et qui se retirent sous la tente lorsqu'elles ont monté les esprits au diapason de la révolte. Siméon Chaumier ne fut pas de ces êtres prudents. Il resta insurgé. Lisez encore :

Aux armes I...

Allons 1 Chassons Gendarmes, Qui vont Et font Vacarmes.

Tirez 1

Parez La fusillade!

Levez

Pavés En barricade 1

De tels vers ont la portée de coups de fusil! Oui, celui qui, à des époques insurrectionnelles, trouve l'inspiration nécessaire à ce tour de force duosyllabique, a le cœur plein de tempêtes, le fusil plein de poudre, la giberne pleine de cartouches, la révolution plein les veines.

C'est pourquoi, en 1848, alors que les pavés de Février n'étaient pas encore rentrés dans leurs trous, attendant les pavés

de Juin, Siméon Chaumier, laissant de côté la lyre, monta à la tribune et devint président de club. Président de club à côté du club Barbes, du club Blanqui, du club Raspail, du club Sobrier, du Club Central, du Club des Clubs !

L'histoire a ses ombres qui enveloppent les plus glorieux combattants. Siméon Chaumier, président de club, sans doute du quartier de la Bastille, n'a laissé, que je sache, aucunes traces aux murailles de 3on sang de généreux citoyen; je ne trouve pas son nom mentionné parmi les défenseurs des barricades, non plus que parmi les envahisseurs de l'Assemblée . Le citoyen révolté ne passa pas devant les conseils de guerre ; il ne fut pas transporté. Son souvenir, je le cherche en vain parmi celui des victimes des guerres civiles.

J'ai dit qu'il mourut à Paris en 1860, dans la maison de son beau-père, rue Beautreillis. Tout donne à penser que Siméon Chaumier l'humanitaire déplorait profondément les sanglants malentendus entre la bourgeoisie et le peuple, et que, pendant les journées de Juin, retiré au coin de son foyer, il ne voulait pas admirer de trop près les horreurs de la canonnade.

L'homme, las des révolutions, crut à Napoléon III, sauveur de la société. En 1854 il lui adressa une Odyssée; ce fut le chant du cygne du poète. En fut-il récompensé selon ses mérites? J'en doute. L'Empire avait son barde attitré qui, au seuil de l'Elysée, écartait les poètes ses rivaux.

Siméon Chaumier rentra dans la coquille de l'oubli. Il avait commis une faute; il l'expia dans la solitude. Ses Dithyrambes n'en restent pas moins dans leur vigueur, et j'ai fait un jour un pèlerinage au Marais, cherchant le logis de l'auteur de VHôtel du Petau-Diable.

Au numéro 6 demeurait le poète. La maison, quoique bâtie

par un architecte, n'appartient pas au domaine de l'architecture. Si une époque pleine d'agitations n'avait fait disparaître l'Institut historique, nul doute que ses membres n'eussent apporté leur obole pour rendre hommage à un de leurs collègues les plus méritants.

Au-dessus de la porte qui donnait quotidiennement passage à Siméon Chaumîer et à ses tumultueuses pensées, un buste du poète, d'après l'image tracée par Aimé de Bayalos , eût appelé l'attention du passant. Ne seraient- elles pas à méditer, les paroles mêmes du penseur gravées sous son effigie? o Ayant sous la main un tuyau de plume pour servir de siphon à son besoin d'épanchement, l'auteur s'est pris à le tailler avec le tranchant modeste d'une réflexion trempée à l'océan des faits. »

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