I. Personnage du drame de Christine à Fontainebleau
Anlony fut le coup de grâce donné à la vieille routine; — ce fut comme le dernier coup de hache que le démolisseur donne au monument qui branle, — après il croule, Arttony, pièce sublime, — il n'y a pas de mois au-dessus de sublime, — type du genre, chef-d'œuvre de la scène moderne, où Dumas fut plus grand que Shakespeare et Corneille, car il fut Molière.
Les sectaires de la nouvelle école pouvaient immoler aux
MCNETTE DE E. HVACINTHE LASGLOIS,
pour le poime ie la Cloche (iB3j|.
pieds de Dumas des dramaturges espagnols alors dans l'ombre, Alarcon, Tirso de Molîna, voire même Calderon ; mais placer Antony à côté du Misanthrope, Dumas en face de Molière, qualifier l'auteur de Henri III de « sublime » et de a céleste », grandir sa statue pour rapetisser celle de Corneille, se livrer à ces excès dans la bonne ville de Rouen, il y avait là de quoi faire fondre tous les sucres d'orge du pays.
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Après de telles imprécations, Coquatrîx devint muet*; on ne suit plus ses traces dans ce mouvement de décentralisation artistique, alors que M. Mellingue (sic), usant « si noblement des loisirs que lui laisse le théâtre », expose au Salon de Rouen le médaillon de M""^ Desbordes- Valmore ; alors qu'Auguste de Châtillon, un des peintres favoris de l'entourage de Victor Hugo, profite du mouvement pour faire acheter par la ville de Rouen son tableau le Petit Savoyard ^.
Ce mouvement insurrectionnel ne fut que transitoire en Normandie : il ne laissa guère plus de traces que Coquatrix et, à partir de cette époque, la Revue de Rouen assagie continua sa carrière honnêtement, c'est-à-dire archéologiquement.
Un autre Normand qui, depuis, a pris un coin dans la presse parisienne, servira de transition entre le romantisme de cette région et le romantisme bourguignon. Ce fut de la petite ville de Caen que s'échappa M. Barbey d'Aurevilly, poussé peut-être par son admirateur M. Trébutien à aller défendre dans la capitale Tautel et le trône ^.
A cette date ne s'était pas encore révélé au public parisien le capitaine Fracasse cher au Constitutionnel. M. Barbey d'Aurevilly se présentait plus particulièrement sous la forme de spécimen vivant de son traité du Dandysme, avec des manteaux ornés de soutachcs
1. Coquatrix, plus réservé sur ses vieux jours, a publié à Rouen, en i863, Normandie, un volume tiré à 5o exemplaires, avec son portrait. Tout à fait provincial, sous-préfet ou président de comice agricole le personnage représenté par ce portrait! Coquatrix a des besicles, une cravate blanche et un crâne de notaire atteint de calvitie.
2. Une des rares œuvres du peintre qui se tourna plus tard avec un sentiment très délicat vers la poésie; sa peinture, à en juger par la toile exposée au Musée de Rouen, manquait de tlamme romantique.
3. Pour le gros du public, peu initié à ces détails de province, il faut dire que M. Trébutien, à la fois éditeur, imprimeur, protecteur et porte-bonheur de celui qui devait devenir le Capitan des saines doctrines, tirait ses poésies à trente exemplaires et publiait en même temps de petits volumes de prose du môme auteur, destinés seulement à un groupe de raffinés : !e Dandysme, la Bague d'Annibal,
de sa compositîon, des redingotes à cambrures de corsetières, de non moins étonnantes manchettes et des gants bleu de ciel; élégances que Técrivain a conservées dans sa vieillesse, dont il fait montre ingénument sur le boulevard.
Paris a supprimé les longs cheveux des rapins; les barbes absaloniennes sont tombées sous le rasoir; les bocaux à liquides bleus et jaunes des pharmaciens ne miroitent plus que dans les montres de boutiquiers arriérés; les sensuelles figures de cire elles-mêmes, qui faisaient Tadmiration des amateurs de formes opulentes aux vitres des coiffeurs, sont au grenier; avant 1840, Balzac avait renoncé à sa canne légendaire, Alphonse Karr à son froc monacal.. M. Barbey d'Aurevilly, immuable, tint à se dater et conserva Iessoutaches,les manchettes et ses harnachements excessifs. Matamore de nature ou voulant le faire croire, défiant Topinion par le fracas de ses écrits comme par la bizarrerie travaillée d'un costume invraisemblable, M. Barbey d'Aurevilly peut donner la main à Xavier Forneret : ils sont frères et arborent les mêmes panaches.
Toutefois, Forneret resta romantique de province dans la ville de Beaune. Son portrait, que j'essaye de pénétrer, est celui d'un homme blond, timide, discret, avec une pointe de mélancolie. Le penseur dut sans doute cet ensemble de physionomie à la solitude, au repliement sur soi-même, qui ne laissent pas que d'engendrer des soucis; mais la timidité physique de l'écrivain ne Tempêcha pas de se livrer à des audaces de typographie qui lui appartiennent bien en propre. Forneret imprima certains de ses livres sur une seule page, avec un luxe de « blancs » que peut seul se permettre un auteur fortuné; cet agencement lui permit de ne pas entasser trop de pensées à la fois, et le lecteur put réfléchir sur leur profondeur, comme il convient.
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C'est dans le volume intitulé : Pièces de pièces. Temps perdu ^, qu'on peut lire, en caractères d'affiche, sur le recto de la page, la fameuse nouvelle, Un Œil entre deux yeux^ dans laquelle un jeune homme se suicide en avalant Tœil de verre de sa maîtresse ! ! !
Un autre ouvrage. Ombres de poésie^ se fait rémarquer par une pièce de vers, l'Infanticide, imprimée en rouge. Des pages entières du roman Caressa contiennent un seul mot, mais flanqué de points d'exclamation redoublés :
LUIl