CHAPITRE XXV
CELESTIN NANTEUIL
On voit fréquemment dans les tableaux des maîtres primitifs des personnages agenouillés, joignant les mains, la figure pleine de quiétude et jamais ridée par la pensée. Ces personnages ont foi dans le roi, le prêtre, le haut baron qui pensent pour eux, d'où le repos de Tesprit, la tranquillité de l'âme, la placidité dans la vie. Il semble qu'il en fut à peu près de même au début du romantisme. L'art étant envisagé comme sacerdotal, un nimbe rayonnait autour de la face des principaux chefs ; de braves garçons marchaient confiants à l'ombre de la bannière romantique, comme leurs aïeux étaient partis pour les croisades. Aux bandes de i83o on ne demandait pas de penser, à condition qu'elles fissent preuve d'enthousiasme. Pour tenir en éveil le courage des combattants on leur apprenait à distribuer force coups de poing sur la tête de quelques Turcs : Racine, Voltaire, les faiseurs de tragédies du premier Empire, les 'membres de l'Académie, les arriérés retranchés dans la forteresse du Constitutionnel.
Célestin Nanteuil mérita par sa vaillance et sa foi de commander ceux qui donnaient les plus fameux horions sur le crâne des infidèles, car il était chef de bande malgré sa douceur. Le cénacle lui avait ordonné d'aller de Tavant, il allait de l'avant, de souffler l'enthousiasme parmi la jeunesse, il soufflait l'enthousiasme. Célestin Nanteuil était sorti pourtant de Tatelier austère de M. Ingres; mais en ce temps-là, lui-même, le peintre des
classiques contours se laissait entraîner par échappées aux tentations de la couleur. Ne sont-ce pas d'ailleurs les élèves les plus comprimés par l'enseignement des écoles qui deviennent parfois, au sortir des bancs, d'eflfrontés perturbateurs?
Théophile Gautier, qui, vers la fin de sa vie, a parlé de quelques-uns de ses compagnons avec un grain d'ironie, dit de Célestin Nanteuil : « On eût pu l'appeler le jeune homme moyen âge. »
Comme il était d'un blond de lin, sa barbe future ne produisait le long de ses joues qu'un coton blanc soyeux, pareil à un duvet de pêche visible seulement à contre-jour, et il gardait le sexe indécis des êtres surnaturels composés de Téphèbe et de la jeune fille. Il avait Témotion et la pudeur faciles et rougissait aisément.
Ce bout de croquis qui a toutes les apparences de la réalité, il convient de ^e compléter par Thabit : a Une longue redingote bleue boutonnée à la poitrine, ayant une coupe de soutane, faisait ressortir la grâce un peu gauche, mais non sans élégance, du jeune artiste timide. »
On a là au début une sorte de Jehan de Saintré, embarrassé au milieu des femmes, rompant toutefois des lances avec hardiesse quand le beau page fut armé chevalier. Un ami de Célestin Nanteuil, son élève et son compagnon, m'a fourni pour ce portrait une touche qui manque à celui de Théophile Gautier et qui rapproche encore plus le graveur du soupirant de la Dame des Belles-Cousines.
Une femme remuait alors toute la littérature, une actrice qui luttait de frénésie, de passion, avec Frederick et Bocage. L'ardente Dorval, qui a laissé un sillon si particulier dans la vie et l'œuvre" des poètes de son temps, Célestin Nanteuil en était amoureux, amoureux timide. Que de nuits il passa sous les fenêtres de l'actrice! me dit M. E. H , son confident d'atelier.
L'artiste aurait pu se déclarer; il eût été écouté par la femme qui n'était pas cruelle. Célestin Nanteuil se contenta du rôle de soupirant discret.
Combien reste pur le parfum d'un flacon qui n'est pas débouché! Pouvoir regarder comme à soi une actrice, la dévorer du regard, l'applaudir, l'attendre à la porte du théâtre, suivre à toutes jambes la voiture qui Temmène, se dire : Je lui parlerai demain, reculer de jour en jour ce demain qui parfois se prolonge jusqu'à la mort, savoir se contenter d'un regard par hasard, détourner la tête si l'idole vous regarde, ne connaître de la femme que ses qualités, sans coquetteries, sans exigences, sans le prosaïsme de l'intérieur, est un idéal que seuls sont appelés à savourer certains êtres délicats.
Dans les capricieux entourages d'eaux-fortes de Célestin Nanteuil on trouve, au milieu d'enroulements bizarres de gnomes et de saintes, des profils de la Dorval. Cela ne ressemblait guère aux fameuses déclarations d'A. Dumas à cette époque :
... Pour vous, je donnerais ma vie!
Et mon âme — si j'y croyais !
C'était un bonheur plus pur quand la pointe du graveur retraçait sur le cuivre l'image de celle qui emplissait son cœur.
La vie de Célestin Nanteuil fut peu accidentée. Jusqu'en 1840 il combattit pour la noble cause romantique; mais à quelques années de là, entre 1844 et 1845, devait se produire une fâcheuse réaction. Le drame à spectacle avait fatigué le public ; un retour à la saine tragédie s'annonçait, avec des grandeurs cornéliennes, disait-on. Les Burgraves de Victor Hugo étaient aussi malmenés que Tancrède de Voltaire; sans respect les polissons des petits journaux tiraient leurs barbes blanches.
Théophile Gautier rapporte que Célestin Nanteuil, sollicité de recruter des bandes pour venir à la défense des infortunés Bur-graves^ répondit mélancoliquement : a II n'y a plus de jeunes gens! » Autant dire : Therbe tendre ne pousse plus au printemps, les jolies filles ne sont plus émues des poursuites des garçons, les amandiers ne donnent plus de fleurs roses !
Nous les connaissons ces regrets des gens à tête chauve qui, gravement, disent que de leur temps ils admiraient Talma, la Chaumière, les montagnes russes de Tivoli, la belle Hollandaise du Palais-Royal et qui ne peuvent se consoler de ne plus jouir de ces merveilles.
Les jeunes gens existaient en 1844 comme en 1882; ils étaient tout disposés à faire le coup de poing en faveur du maître. A l'apparition de la nébuleuse et chaste Lucrèce du sage monsieur Ponsard les municipaux balayèrent, à coups de crosse de fusil, un parterre hostile à la pluie de vers honnêtes marchant sentencieusement deux à deux. J'étais avec les perturbateurs en compagnie de Miirger, et lin certain temps nous conservâmes des bleus que nous avaient octroyés avec férocité non seulement les gardes municipaux, mais des notaires, amis de la saine poésie, dont nous avions troublé les plaisirs en nous réfugiant dans leur baignoire.
Qu'un mot eût circulé à Thôtel César, tout un clan de futurs peintres, poètes et romanciers fût descendu résolument pour acclamer les Burgraves à la Comédie - Française et « tomber » la Lucrèce à TOdéon. Célestin Nanteuil ne connaissait pas cette jeunesse : découragé, il assistait à la débandade des meilleures troupes. Gustave Laviron, qui jadis avait défendu chaudement les lycanthropies de Pétrus Borel, peignait actuellement les décors pour l'œuvre de M. Ponsard; la Dorval, Bocage jouaient les prin-
CELESTIN NANTEUIL
cipaux rôles d'une tragédie romaine. Renégats du romantisme que cette Adèle travestie en Lucrèce, cet Antony en Sextus!
FORTE nu c
:c de Marie Tu^
Une bande d'avocats, d'avoués, de futurs administrateurs, d'académiciens - nés osait protester contre I école romantique et lever l'étendard de l'École du bon sens. Ce sterling good sensé.
qui nous mettait en fureur, appelait sur la personne de l'auteur la protection de Louis-Philippe, celle du général Cavaignac plus tard, plus tard encore celle du président Louis-Napoléon, car les hommes au pouvoir, se croyant obligés de défendre un certain idéal, se délectent à l'audition de tout ronronnement académique. L'immense succès de Lucrèce devait se traduire à quelques années de là par un oubli profond; mais qu'importe aux bourgeois d'adorer ce qu'ils ont brûlé, de laisser tomber en cendres ce qu'ils ont adoré et de revenir, décidément conquis, sacrifier aux autels d'un Hernani accommodé par les comédiens à la mode de 1 880 !
En regardant de près Tœuvre de Célestin Nanteuil, déjà je constate vers 1839 plus d'acquis que de spontané; l'alerte, le clair, le blond de la première manière si libre et si colorée n'apparaissent plus que par échappées. L'homme commençait à prendre du ventre, sinon au physique, du moins au moral. Contrairement aux vieux maîtres dont la crinière de lion s'épaissit et qui poussent de graves et mâles rugissements, Célestin Nanteuil s'était modéré.
Célestin Nanteuil posséda une grande qualité en art, le peu de préoccupation matérielle de son talent. L'argent n'existait pas pour la plupart des romantiques : l'art d'abord, un salaire quelconque plus tard, salaire qui dans sa modération passait pour excessif et imprévu. Un dessin, une gravure, un sonnet, un conte étaient des produits qui, à aucun titre, ne pouvaient figurer dans la Banque d'échange du citoyen Proudhon et, en 1848, les artistes admettaient la comparaison que faisait d'eux le même économiste, déclarant qu'un batelier du Rhône étant beaucoup plus utile qu'un rimeur, le salaire de l'ouvrier devenait plus légitime à tous égards que celui d'un poète.
En gravant des eaux-fortes pour les livres des romanciers, des
dramaturges, ses amis, Célestin Nanteuil obéissait au sentiment qui lui mettait une pointe en main et qui la poussait sur le cuivre pour la plus grande gloire des romantiques. C'était un art tout d'instinct et de verve, naïf et maniéré à la fois, donnant des fleurs bizarres, mais dont les racines n'étaient pas profondément enfouies en terre.
Quand Tâge venant il fallut songer à une vie plus régulière, Célestin Nanteuil devint le fournisseur attitré des éditeurs de romances, mais de romances sages qui n'avaient rien à démêler avec celles de Monpou. Les violentes oppositions de noir et de blanc, les gitanas aux yeux qui n'étaient jamais d'ensemble, les diableries avec messire Satanas pour chef d'orchestre, les anges séraphiques, les verrues des Clopin Trouillefoux, les marquises d'Almaégui et les fous de Tolède furent impitoyablement écartés comme personnages invraisemblables qui ne pouvaient que troubler la vue des jeunes demoiselles apprenant à chanter.
Une belle pierre lithographique proprement travaillée, des hachures normales, un graine soigné, des personnages à physionomie a gracieuse », devinrent le lot de ce frénétique qui jadis avait commandé à Teau- forte de mordre ses planches à outrance, dussent-elles en crever.
Les secousses politiques se succédant, la besogne industrielle en souffrit. Les jeunes demoiselles chantèrent un peu moins de romances, le commerce de Célestin Nanteuil baissa; il fut trop heureux de trouver à Dijon une place de Conservateur du Musée, la même qu'avait occupée un autre romantique également dévoyé, Louis Boulanger.
Malheur aux sages dans les arts! Le pauvre Célestin Nanteuil dut plus d'une fois, dans cette tranquille ville de province où l'herbe pousse à la fois entre les pavés et dans le cœur, regretter
son Paris, le Paris de Claude Frollo, car le souvenir de Victor Hugo ne quitta jamais la pensée de Tartiste.
En 1870 Dijon fut pris par les Allemands; les vaincus subirent les duretés des vainqueurs. C'est à Victor Hugo que songeait Célestin Nanteuil, comme le témoigne cette lettre pleine de patriotisme douloureux, adressée à un ami :
Depuis tantôt sept mois je n*ai reçu aucune nouvelle de Paris, ni de nos amis, et je suis dans l'ignorance la plus complète sur les éventualités qui ont pu surgir, pour eux, des lugubres événements que nous traversons et qui manquent tout à fait de gaieté. Nous étions et sommes encore ici au secret; car l'occupation continue pour nous, et très malheureusement il est à craindre qu'elle ne soit pas près de finir, le département de la Côte-d'Or étant probablement compris dans la zone qui restera envahie jusqu'au paiement définitif. C'est à y renoncer. Je me sens un peu à bout de courage et j'ai des envies folles de mettre la clef sur la porte et de me sauver dans un coin, bien loin, aussi loin que possible de tout cela 1 D'autant que j'ignore quelle est notre position officielle^ et s'il y a encore une Ecole des Beaux-Arts à Dijon. — Ce que je sais, c'est que nous ne sommes pas payés depuis près de neuf mois; que je suis forcé de faire vivre à mes frais les petits employés et de pourvoir aux dépenses de l'École que j'ai cru devoir rouvrir, malgré tout, à l'époque habituelle, afin d'exister en tout cas. II va sans dire que, sauf les tout jeunes enfants, rien n'est resté. Les uns sont mobiles, les autres prisonniers en Allemagne, ou tués, ou blessés. Le travail n'est donc pas fatigant. Pour moi, je n'ai pas touché au crayon depuis six mois, et c'est ce qui ne m'était jamais arrivé. Il est vrai que les obus, le canon, la mitraille, les charretées de blessés, les ambulances, l'incertitude de l'heure et de la journée qui va suivre, l'incendie, le pillage, les réquisitions, la bataille, les morts à enterrer, les vivants à craindre, votre lit et votre chambre en question à chaque instant, les bruits alarmants, les faits sinistres, l'inquiétude générale, l'anxiété particulière, le froid, la neige, la famine, les exigences folles et brutales de l'ennemi, la gaieté intempestive des amis, le présent plein de faits lugubres, l'avenir gros de tempêtes, ne vous laissent que le désir ardent d'être en un lieu où il soit possible de ne rien voir et de ne rien entendre... Jusqu'ici le Musée n'a eu aucun sinistre à déplorer... Toutefois, malgré la plus active surveillance, quelques médailles, heureusement sans valeur, ont été soustraites, sans doute comme souvenirs. Par bonheur, c'était en zinc et ça représentait le duc de Berry. Si vous mettez la main sur Hugo, n'oubliez pas de mettre la mienne dans la sienne.
En attendant, mes amitiés à tous et à vous de tout cœur.
Célestin Nanteuil.
Deux ans après, le 4 décembre 1873, l'artiste mourait, âgé de soixante ans, à Marlotte, entouré de quelques amis.
Les ouvrages de i83o à 1840, contenant des frontispices à l'eau -forte de Célestin Nanteuil, sont actuellement recherchés et l'apport du graveur n'a pas peu contribué à ajouter à leur prix : c'est qu'en effet une pointe capricieuse et raffinée a traduit fidèlement les tendances des écrivains jaloux de cette collaboration.
C'était une élégance en ce temps-là, pour les éditions romantiques, d'avoir une vignette, un frontispice, une eau-forte de Nanteuil. Les compositions de Célestin se divisent en plusieurs petits cadres entourant le sujet principal et renfermant des sujets épisodiques. Ce sont des eaux-fortes d'artiste, gravées de verve et sans les précautions minutieuses qu'y mettent les gens du métier.
Une des vignettes les plus rares est le frontispice à'Albertus ou l'Ame et le Péché^ rappelant les griffonnages mystérieux et les effets bizarrement fantastiques de Rembrandt. Venejia la bella^ d'Alphonse Royer, est illustrée d'une vue de la place Saint- Marc, prise du large, avec la gondole de rigueur et le cadavre de jeune fille assassinée, comme il convient ^
Victor Hugo, Alexandre Dumas durent à Célestin Nanteuil une vive interprétation des choses diverses qui s'agitaient dans leurs œuvres; le graveur sut traduire les palpitations, les tourmentes, les violences, la passion qui faisaient le fond des drames et des romans des deux grands rivaux d'alors.
Des combattants du second rang, Roger de Beauvoir, Pétrus Borel, Théophile Gautier, Paul de Musset, Joseph d'Ortigues étaient presque admis aux honneurs du premier, grâce aux eaux-
I. Th. Gautier, Histoire du romantisme, Paris, Charpentier, 1874. In- 18.
fortes de l'artiste; mais combien d'autres resteraient ignorés, Tampucci, Gustave Albitte, Poujoulat, Chaudesaigues, si Célestin Nanteuil n'avait, grâce à une vignette, insufflé la vie à leurs poèmes, à leurs romans et récits de voyages!
L'art qu'appliquait le graveur à ces produits intellectuels de diverse nature était quelque peu factice, empruntant ses accessoires au domaine du théâtre et du roman : j'entends par a factice » tout un personnel de personnages fictifs, d'archanges et de figures démoniaques des deux sexes. Pour encadrer ce petit monde, Célestin Nanteuil trouva un style de fantaisie mi-gothique mi-Renaissance qui tient du rêve : il créa des allongements maniérés, vaporeux, pour des attitudes de femmes qui lui appartiennent en propre, qui ont leur charme et qu'on ne peut pas oublier. Ce n'est certes pas le monde réel, c'est une danse de willis romantiques qui troublent l'esprit de ceux qu'elles regardent avec leurs yeux allongés se promenant dans diverses directions.
A prendre pour texte le morceau de poésie, l'Ange^ du volume la Cape et l'Épée, de Roger de Beauvoir, voici trois vers que Célestin Nanteuil choisit pour en faire le sujet de son frontispice :
Inès, la bouche en cœur, à son nain souriait,
Un nain difforme, épais et grand comme sa manche;
La cigale de joie à cette heure en criait.
Ces vers ne manquent pas d'une certaine allure; mais voyons l'interprétation du graveur. Dans un parc, au fond duquel se profilent des pins élégants, Inès tend sa coupe à un nain qui, avec peine, soulève une cruche historiée. Comme entourage et pour donner plus d'importance à la scène, un chevalier, un ménestrel se font face et coupent l'horizon par une banderole
CELESTIN NANTEUIL
sur laquelle sont écrits en caractères de fantaisie le titre du
:au-forte de célestin nanteuil.
Frontiipiïc pour an ouvngc loconau (iS3^).
poème, le nom de l'auteur: dans le bas un groupe de saintes et d'anges forme console et support à la composition.
28o LES VIGNETTES ROMANTIQUES
C'est beaucoup qu'un dessinateur qui ne reste pas au-dessous du texte. Célestin Nanteuil apporta toujours, dans ses interprétations de romans et de poèmes, une forte part d'ingéniosités, de décors et de paillons.
On a essayé, dans ces dernières années, de faire sortir de la classe des oubliés le poète Philotée O'Neddy pour le ranger parmi les romantiques truculents les plus fameux. Par ses imprécations rimées O'Neddy peut faire passer un quart d'heure à ceux qui ont des loisirs; il est difficile de le faire tenir debout sur ses pieds de marionnette exaspérée. Sans le frontispice de Célestin Najiteuil (un groupe de femmes et d'anges, reliés par des arabesques, encadrant un cartouche estompé où se lit le titre du poème), je me demande dans quel abîme profond serait plongé Feu et Flamme, un foyer qui ne montre actuellement que des tisons mouillés.
Tel fut le rôle de l'artiste vis-à-vis des poetœ minores de son temps; il piqua d'une claire illumination l'intérieur de pauvres logis. C'est ce qui fait que, grâce au concours, au secours de l'art, on s'occupe actuellement de ces choses. Dans le grand mouvement de bluterie où sont secouées sur le van tant de pailles infécondes, pour ne laisser que les bons grains, quelques-uns de ces livres restent à la faveur de la collaboration des artistes de l'époque.
Théophile Gautier comprenait l'importance de l'art des vignettistes; lui aussi eût voulu appliquer aux livres de ses contemporains d'élégants frontispices. Il l'essaya pour la Couronne de bluets de son ami Arsène Houssaye *, à l'époque des expansions d'une jeunesse sans brides. Si la préface est folle, l'eau-forte ne l'est guère. Des enroulements de sirènes qui voudraient être