I. Paris, Souverain, i836. In
charmeuses, détail très affaibli des frontispices de Nanteuil, ne peuvent être regardés que comme un essai d'amateur.
Sôus l'apparence de la libre manière de Célestin Nanteuil se cache une certaine science. Le graveur avait composé de compliqués entourages de pages pour les Voyages romantiques dans l'ancienne France, de Nodier et du baron Taylor ; en contact avec Fragonard, Viollet-le-Duc, Dauzats, Célestin Nanteuil apprit l'art des détails architecturaux, qui lui permit d'appliquer aux frontispices des livres de son temps un acquis d'ornemaniste que nul dessinateur de vignettes ne put lui disputer. Aussi l'artiste faisait-il école.
A Moulins, j'ai montré Achille Allier plantant sur les murs de la vieille ville du Bourbonnais le drapeau de la Jolie Fille de la Garde^ brodé pour ainsi dire à Taide de la pointe du graveur. Un autre artiste, Gustave Morin, s'efforçait à Rouen de marcher dans les sentiers déblayés par le graveur; mais l'école ne fut pas ouverte longtemps et les quelques élèves qui suivaient l'enseignement du professeur ne tardèrent pas à en quitter les bancs.
J'ai dit que l'artiste était toujours prêt à offrir son concours à ceux qui le sollicitaient. Il ne faudrait pas en conclure que ses vignettes fussent conçues à la légère. Célestin Nanteuil ne se satisfaisait pas du premier coup. Ainsi deux eaux-fortes différentes, dont Tune n'a pas paru, existent pour le drame de Catherine Howard. J'ai vu chez M. Edmond Hédouin, qui travailla sous l'aile de Nanteuil, une eau-forte représentant la terrible scène des cercueils, avec le grand mot de Lucrèce Borgia : « Messeigneura, vous êtes tous empoisonnés. » L'épreuve est chargée de. nombreuses corrections au crayon, qui ne paraissent pas avoir été exécutées. Je possède moi-même une Esméralda et une bizarrerie monacale qui sont restées à Tétat d'essais, sans doute à cause des
trop violentes morsures de Tacide qui a attaqué le travail des fonds.
Théophile Gautier, préoccupé du travail matériel de Célestin Nanteuil, a dit :
Tout moyen lui était bon, le pinceau, la plume, le crayon, le grattoir. Nous l'avons vu, pour arriver à rendre le grain d'une vieille muraille, poser un morceau de tulle sur son papier et tamponner du bistre sur les murailles.
A un art nouveau il fallait des outils nouveaux : en peinture remploi de la truelle pour maçonner siir la toile des amas de raclures de palette, à la suite de quoi la pierre ponce, le rabot amenaient des tons inattendus. Jeanron exposait des dessins au suif, et c'est vraisemblablement un romantique arriéré que le peintre qui, en 1880, faisait inscrire gravement sur le livret officiel du Salon : Dessin à la mouchure de chandelle.
Toutefois les procédés qu'employait Célestin Nanteuil pour les fonds de ses gravures les alourdirent, les amollirent à la fois et leur firent perdre la netteté des premiers jours. Vers iSSg, le graveur abusa de la roulette expéditive, du vernis mou, et je ne vois guère à citer dans cette nouvelle manière que la Butte Montmartre, publiée par V Artiste en i838. Une merveille de grâce et de délicatesse.
Avant de se plonger pour toujours dans les eaux du commerce, il semble que Célestin Nanteuil ait voulu se faire regretter de son époque.
L'artiste, dans cette planche, avait rompu avec les lisières du romantisme. Un jeune homme, une jeune fille, assis sur le gazon, contemplent Paris du haut de Montmartre, en écoutant leurs cœurs parler. Dans le fond tourne un moulin à vent dont les ailes ont déjà fait envoler plus d'une protestation d'amour sem-
CELESTIN NANTEUIL a83
btable. Est-ce une page de la vie de Gélestin Nanteuîl ? On serait tenté de le croire. Le jeune homme est blond, la jeune fille charmante. La butte tout entière appartient aux deux amoureux, et en regardant cette aimable grisette avec sa capote, cri songe à la Mimi Pinson d'Alfred de Musset.
VIGNETTE DE CELESTIN NANTEUIL, poor te Bord de la coupe, de ). ClHudesaigU'-'s (i83J).
Ce fut une note unique dans l'œuvre de Gélestin Nanteuil ; elle a son prix; mais on ne pourrait juger l'homme par cette perle.
Nul mieux que le graveur ne caractérisa l'époque romantique. De ce petit monde archaïque il est le roi. En quelques frontispices colorés l'artiste a dit les tourmentes, les bizarreries des
poètes du temps. Les personnages de la troupe de Nanteuîl étaient les mêmes que ceux que Tony Johannot mettait en branle; mais celui-là a plus de légèreté, de laisser-aller; chez Célestin Nahteuil la manière se mêle très singulièrement à la naïveté. L'homme apporta une foi particulière dans son interprétation des scènes romantiques, et si l'on considère sur les porches ses figures grimaçantes auxquelles se mêlent de bons anges, on admettra, je le crois, que trois siècles auparavant Célestin Nanteuïl eût été un de ces moines miniaturistes heureux d'encadrer dans l'or et la pourpre les pages des manuscrits.
C'est ce qui fait la curiosité de son œuvre et la consacre; note très singulière, subtile, pénétrante, appliquée à bien des œuvres oubliées et dont l'image qui les ornait restera dans l'avenir.
VIGNETTE D HENRY HONNIER.
pour Plik H Plok, d'Eagèac Siw |ii)3i|.