I. Henry Monnier^ sa pie, son œuvre, E. Dentu. 1879. In
Bonnelier, à M. Viennet, aux divagations esthétiques de Castil-Blaze sur la danse et les ballets ! Le tempérament de Gigoux ne pouvait se manifester suffisamment dans l'interprétation d'œuvres d'écri-
vains de troisième catégorie. L'artiste tut plus heureux avec les portraits de quelques célébrités de son temps; on formerait une suite intéressante d'images de romanciers, de poètes, de peintres, de statuaires romantiques, en joignant aux lithographies des Devéria celles de Gigoux. Parfois cependant le crayon capricieux du
peintre change en personnages quasi hofFmannesques les gens qu'il a à représenter, témoin ce croquis d'après Paul-Louis Courier. Le classique pamphlétaire tourangeau eût sans doute été surpris de donner naissance à de telles hachures.
A côté de Gigoux, Camille Rogier paraît essentiellement fade. Vignettiste galant, se prêtant aux commandes des éditeurs, Rogier illustre, ô singularité de ce temps ! la Gaule poétique de M. de Marchangy et le Roman pour les cuisinières d'Emile Cabanon. L'illustre avocat général, qui faisait condamner Béranger comme chansonnier subversif et se laissait entraîner, à ses moments de loisir, à un de ces poèmes de longue haleine qui ne font pas époque, trouva peut-être les vignettes de Rogier à son goût; elles manquent de la croyance que devait commander un si pompeux sujet, et c'est dans l'amusant roman d'Emile Cabanon qu'il faut chercher le dessinateur; l'un des premiers, il se tourna vers le xviii* siècle et sut tirer parti de la poudre, des mouches, des perruques poudrées des marquises et des abbés de cour.
Un jour le peintre se lança dans les affaires commerciales en Orient; mais on lui doit en partie le meilleur ouvrage de Gérard de Nerval, les Scènes de la vie orientale^ qui n'auraient peut-être pas été écrites sans l'appui que trouva Thumoriste à Constantinople, grâce au peintre qui y était établi.
A la suite des trois artistes dont je viens de tracer un léger crayon viennent divers aquafortistes, leurs émules : Boisselat, qui illustra un certain nombre de romans; Edouard May, l'auteur du curieux frontispice de Chatterton ; Joseph Thierry, laissant de côté ses décors de théâtre pour orner les Enfants et les Anges de son frère Edouard ; Emile Loubon ; le comédien Alfred Albert, qui se chargea du frontispice de Caliban; Louis Chepdeville, auteur par hasard de l'eau-forte du roman Sous les rideaux d'Henry
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Trianon ; un des frères Leieux, qui composait, pour le Monde dramatique, des scènes de drames des théâtres étrangers.
Une mention spéciale me paraît devoir être accordée à Benjamin Roubaud, qui ne se laissa entraîner dans les rangs des
VIGNETTE DEJ. J. GRANDVILLE, pour TouimIhI le Uuldtre, 4'Anthony TbourM (iilJ4)-
dessinateurs romantiques qu'exceptionnellement. L'œuvre du caricaturiste est nombreuse; il grava une seule eau-forte pour les Truands de Lottin de Laval. Sans craindre de choquer les yeux des délicats, je donne le frontispice de Benjamin Roubaud représentant le a Chenel des Ribaudes » et les personnages qui le hantaient ;
mais la description due à Lottin de Laval doit compléter l'eauforte.
Babbie Chéradame, la Ribaude, était vieille; ses cheveux grisonnants et les rides qui sillonnaient son front et ses tempes olivâtres annonçaient quarante ans. A cet âge
FAC-SIMILÉ d'une eau-forte de benjamin roubaud,
pour /» Trnands, de Lotlin de Laval (rS3i|.
une femme est vieille 1 — Ajoutons à cela celte vie aventureuse à présumer dans cette classe dégraJée de la société, tour k tour passant du luxe aux haillons, de l'abondance aux privations les plus cruelles ; puis ces hideux plaisirs, ces joies brutales qui luentl...
Les yeux roux de Babbie brillèrent rapides dans leur orbite étroite et cave;— et ses rides se plissèrent davantage. On eût dît une vessie de bœuf trouée laissant échapper le gaz qui la remplissait
Pour Rabasse Calorgne, les années avaient été moins prodigues; c'était une femme
d'environ vingt-cinq ans, à la taille élancée, aux cheveux noirs et Ootcants formant un bandeau sur son front, lisse et blanc comme l'albâtre; sa t3ie avait quelque chose d'ascétique, de divin; on eût dît une des belles vierges de Raphaël. — Étrange contraste de la nature, qui se plaît à prodiguer à une prostituée des charmes qui ne sont dus qu'à la divinité 1
Rabasse était donc belle; mais aussi connaissait-elle le pouvoir de ses charmes! Comme elle savait bien les rehausser encore par l'éclat de la parure ! Que cette chaîne
pour la Salamandre, d'Euginc Suc liH3lt.
d'or aux larges anneaux faisait ressortir la blancheur de son cou ! — C'était comme un tnbleau de Delaroche au milieu d'un cadre gothique. — Puis ses formes admirables que laissaient entrevoir ses vêtements de velours, puis sa main, digne de servir de modèle au Guide, puis ses yeux... Tout en elle était ravissant!
Et cette femme était h vous pour quelques lîards blancs. — Et cette angélique créature était corps et âme à Hugues-le-Velu. — Horreur!
Et dire que le roman les Truands, d'où est tirée cette admirable citation, est dédié à M. Guîzot ! ! !
boula'nger.
A la suite des peintres et graveurs à l'eau-forte vient une bande de dessinateurs égarés dans les illustrations pour cabinets de lecture : Levasseur, qui donne la fleur de son talent à Edouard Cassagnaux, sans le satisfaire pleinement; Becœur, mort tout jeune après avoir illustré le Crapaud de Félix Davin, lequel lui a consacré une notice. Serait-U Juste d'oublier dans cette nomenclature Lécurîeux, Saînson, Auguste Bouquet, le mieux doué de ce groupe , le peintre ordinaire du comédien Deburau ?
pour ta Séparation, d« Vendrcmista-Durivage (|1J33K
II est difficile 'de faire figurer Travïès dans les rangs des dessinateurs romantiques. Ce n'est que grâce à une petite vignette sur l'adultère qu'il est possible de l'y rattacher ; mais combien la conséquence d'une situation criminelle est rendue sèche et raisonnable par le dessinateur !
Il semble avoir été tourné au tour comme une toupie de la
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Forêt-Noire le croquis ci-contre. Le personnage outragé et chauve, s'appuyant contre une cheminée à la prussienne, agrémentée de son soufflet et de son petit balai, fait comprendre l'infidélité de la petite dame; mais Traviès est impuissant à envelopper d'un crayon délicat les récriminations que d'aimables femmes ont méritées de leurs juges, qui finissent par croire qu'ils n'ont pas été trompés, mais qu'ils se sont trompés.
Il fallait un Tony Johannot pour rendre ces enroulements féminins passionnés sur le divan d'une cabine de navire et l'irrésolution de l'homme qui se sent taiblir en face de cheveux dénoués, d'un corsage qui craque, de fins souliers de prunelle qui font valoir un bas blanc bien tiré.
Est-ce le hasard, le besoin d'argent qui mirent au service des publications d'Anthony Thouret Grandville lui - même et son compagnon de la Caricature, Eugène Forest? Ces crayons agressifs étaient plus à leur aise chez Philipon que chez les éditeurs de romans.
Je laisse de côté, pour ne pas fatiguer le lecteur, un certain nombre de dessinateurs de vignettes à qui le génie et même un peu de talent ont manqué. Une nomenclature plus développée trouve sa place dans la bibliographie qui suit; toutefois je ne veux pas terminer sans marquer' d'un trait certaines publications bizarres qui compléteront cet ensemble.
Celui-là pourrait être traité d'esprit chagrin qui se plaindrait du manque de variété dans l'exécution des vignettes romantiques. De même que la toile à peindre devait se prêter à tous les procédés, à toutes les imaginations des chercheurs de moyens nouveaux, il fallut que le papier subît les innovations imposées au cuivre, à la pierre lithographique. Dans le petit art comme dans le grand, peintres et dessinateurs tinrent à se montrer hors des
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