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CHAPITRE XXVIII

EPIGRAPHES ROMANTIQUES

Sî je ne me trompe, c'est aux étrangers, et plus particulièrement aux écrivains anglais, qu'on doit l'usage des épigraphes. Walter Scott fait précéder les divers chapitres de ses romans d'une citation indiquant la nature des sentiments qu'il va mettre en jeu : l'épigraphe ainsi comprise n'est pas sans analogie avec le texte tiré de l'Écriture qu'un orateur chrétien commente en chaire et dont il fait circuler l'esprit dans les diverses parties de son sermon.

Les romantiques français se prirent de passion pour cette importation étrangère. Ce petit dessin de lignes placées a en manchettes » dans le texte leur parut devoir donner tout d'abord au public une idée avantageuse de la variété de leurs lectures, ainsi que du sauvetage du néant de gothiques auteurs tout à fait oubliés.

Au début, l'épigraphe, presque exclusivement au service des romanciers moyenagistes , fut jugée utile par les psychologues, qui traitaient spécialement de la femme; les politiques et les révolutionnaires, les penseurs, les moralistes, les humanitaires, ne dédaignèrent pas ce système. La mode s'en étant mêlée, de savante, l'épigraphe devint tour à tour passionnée, sarcastique, vengeresse, familière, narquoise et parfois incompréhensible. Les humoristes en empruntèrent aux Allemands ; leurs amis, leurs maîtresses, leurs adversaires, leurs parents, leurs animaux favoris eux-mêmes, dictèrent ou miaulèrent des épigraphes destinées à étonner le

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lecteur; il ne demandait pas mieux que d'admirer ces êtres capricieux qui habillaient les mots en masques ou les transformaient en heiduques courant au-devant de leurs récits.

Cette mode vaut la peine d'être étudiée.

La Notre-Dame de Paris est, sans contredit, le roman-type de i83o; aujourd'hui encore, quoique lézardé dans certaines parties, le livre se profile, comme les vieilles tours du monument, au milieu des masures qui l'environnent, et on n a l'intention de rabaisser ni le vicomte d'Arlincourt, ni Francisque Michel, ni Lottin de Laval, en montrant les Êcorcheurs, Job ou les Pastoureaux, les Truands^ comme d'humbles taupinières en regard du roman de Victor Hugo.

Nourri de nombreuses lectures, le poète ne jugea pas à propos d'en faire étalage. Notre-Dame de Paris se présenta sans épigraphes, à moins qu'on ne considère comme telle l'inscription que Victor Hugo dit avoir découverte, gravée à la pointe sur le mur, dans le coin obscur d'une des tours du vieil édifice :

ANATKH

« C'est sur ce mot qu'on a fait ce livre », dit le poète.

Victor Hugo a le secret de créer des choses qui restent dans l'esprit. Avec les fictions il joue magistralement et les cloue dans le cerveau de ses lecteurs. Anankê^ « au sens lugubre et fatal », est resté l'épigraphe romantique par excellence, et si le maître n'employa pas le système à la mode en tête des chapitres de son œuvre, c'est qu'il eut conscience que Notre-Dame de Paris en était une grange bourrée jusqu'au toit et que les auteurs, ses contemporains, n'auraient qu'à s'y fournir.

Les épigraphes romantiques furent tantôt un carnet d'échan-

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tillons du degré de science d'un auteur, tantôt un reflet de son tempérament, ou le mot de passe pour pénétrer dans son récit. Les sectateurs du moyen âge les faisaient imprimer en caractères gothiques, ce qui communiquait une couleur archaïque à l'œuvre. Plus Tauteur cité était inconnu, plus grande était sa valeur.

prcs bu lison mnrmnrt un ptltt pot bt Urrt On nagent bts pois sets, m oignon soliiairt, Dts (hes, nn poireau, maigrt espoir bn bintr.

(Jean d'Autville.)

est une description de dessous les toits, représentant le repas d'un de ces faméliques étudiants du xvi** siècle, que les romanciers se plaisaient à peindre.

Lés bourreaux étaient alors très recherchés :

— Henry Moufflet, bourreau de notre bonne ville, voilà de la besogne et du gain qui se préparent pour vous.

(Alph. Royer, Madame Henrion * . )

Malheureusement, Alphonse Royer manquait du style à riposte ; il eût permis à un habile écrivain de tirer meilleur parti d'un personnage aussi important que le bourreau.

François l^^ chercha douze cents hommes de fer et ne trouva que deux cents hommes de velours.

(Alexandre Dumas, Gai/Zc e/ France,)

Voilà une danse de mots, un vis-à-vis antithétique qui sont purs et dramatiquement présentés. Un être maussade traitera

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