‹ Les vignobles et les arbres a fruits a cidreChapitre 12 sur 74 · RAISINS BLANCS OU GRIS · texte numérisé non relu

RAISINS BLANCS OU GRIS

Terret bo«rret, terret gris, dans THérault. Mêmes caractères que le précédent; mais raisins d'un ruse gris; plus Tertile. Vin de médiocre qualité. Sols riches.

Terret blanc, dans l'Hérault. Mêmes caractères que les précédents; mais moins fertile que le dernier et le \ in meilleur.

Malvoisie f dans THérault. Sarments rampants, rouge clair; feuilles moyennes, presque entières, à dentelures grossières et' inégales, couleur d*un vert foncé; grappes assez volumineuses, ailées; grains oblongs, de moyenne grosseur, d'un blanc doré. Produit moyen. Vin de longue garde, de bonne qualité. Terrains sains, un peu forts.

Maccabio, des Pyrénées-Orientales, Sarments dressés, gros, de couleur rouge; mérithalles longs; feuilles très - grandes , tourmentées, à cinq lobes bien découpés, dentelés, cotonneuses en dessous, d'un vert jaunâtre; grappes grosses, irrégulièrement ailées; grains ronds, gros, d*un blanc doré. Produit assez abondant. Vin de liqueur des plus remarquables. Terrain sain, caillouteux et substantiel. .

Furmintf dans l'Hérault, plant de Tokay. Sarments dressés, dun brun jaunâtre; mérithalles courts; feuilles moyennes, trilobées, presque entières, plas larges que Ibngues, vert foncé, tiès-cotonneuses en dessous; grappes moyennes; grains moyens, ronds, d'un blanc jaunâtre. Produit peu abondant, de première qualité. Terrain bien sain, un peu fort et pierreux.

Dans la plupart des vignobles, une longue expérience a indiqué quels sont les cépages que Toh doit préférer, . eu égard aux diverses conditions de sol, de situation, d'exposition, pour obtenir la qualité de vin que Ton désire. Lors donc que l'on aura à ftdre une plantation de vignes, on déterminera d'abord d'une manière exacte quelles sont l'exposition, la situation, la nature du sol arable et du soussol du terrain à planter ; puis on choisira dans le voisinage les cépages qui, dans les mêmes conditions, ont donné les résultats les plus satisfaisants.

Voici toutefois quelques règles générales qui peuvent servir de guide à cet égard : 1° on doit examiner d'abord s'il est plus avantageux de préférer la qualité à l'abondance des produits ; car ces deux conditions ne peuvent presque jamais être réunies. Il ne dépend pas du cultivateur de produire ce bouquet, cette onctuosité qui distingue les vins fins : ces qualités dépendent bien en partie du climat, de la nalure du cépage, de la qualité du sol et de son exposition ; mais elles sont aussi, et surtout, le

CHOi;C DES CÉPAGES. . 39

résultat de .certaines influences locales qu'il n'a pas été possible, jusqu'à présent, dé déterminer d'une manière bien précise. Lors donc qu'on aura à établir un vignoble dans l'une de ces localités privilégiées, nul doute qu'il ne faille sacrifier la quantité à la qualité : car le haut prix du produit compensera son peu d'abondance ; mais, hors de ces crus renommés, on fera bien de s'attacher plutôt à la quantité qu'à la qualité : car jamais, quoi qu'on fasse, le piix de vente ne s'élèvera assez pour compenser la diminution du produit.

On a cependant, et tout récemment, conseillé de substituer pai*tout les cépages fins aux cépages beaucoup plus grossiers, mais aussi beaucoup plus abondants. C'est là une exagération fâcheuse. 11 est évident que, quoi qu'on fasse, on ne pourra obtenir d'un hectare de vignes en pinots de Bourgogne arrivés à leur plus haut degré de production, le rendement que Ton aurait sur la même siu*face consacrée au gamais arrivé aussi à son produit maximum. Il est également certain que le produit des cépages fins n'acquiert toutes ses qualités que sous l'influence de certaines conditions de sol et d'exposition. Ceci admis, supposons 2 hectares de terrain, très-richement fumé, substantiel, peu exposé à la sécheresse, l'un consacré au gamais, l'autre planté en pinot de Bourgogne,

Le gamais pourra donner 70 hectolitres à 25 francs l'un, = 1,750 francs.

Le pinot donnera 30 hectolitres de qualité médiocre par, suite des mauvaises conditions de sol où il sera placé, lesquels, à 45 francs l'un, produiront une somme de 1,350 francs. Il est évident que, les frais de culture étant les mêmes, l'avantage restera au gamais.

Si, au contraire, 1 hectare de terrain bien égoutté, assez profond, un peu graveleux, placé sur un coteau bien exposé, situé çnfla dans lés conditions qui convien-

nent le mieux au pinot, est planté en gamaij*, cette surface pourra donner 40 hectolitres à 25 francs Tun, = 1,000 francs ; — tandis que la même étendue, placée dans les mêmes conditions et consacrée au pinot ne produira, il est vrai, que i5 hectolitres, mais on les vendra 150 francs Tun, = 2,250 pour toute la récolte. Dans ce cas, l'avantage reste au pinot.

D'ailleurs, en supposant que Ton pût obtenir partout des vins fins et que leur prix plus élevé pût compenser leur faible rendement, la production presque exclusive des vins fins amènerait bientôt le fâcheux résultat que voici : c'est que, les deux tiers au moins des consommateurs ne pouvant payer que des vins communs, les producteurs de vins fins ne trouveraient plus de débouchés.

Il convient donc de ne pas être absolu à l'égard du choix à faire parmi les cépages, au point de vue de la quantité ou de la qualité. On se préoccupera exclusivement de la qualité seulement dans les quelques locaUtés privilégiées où la haute valeur des produits peut compenser l'infériorité du rendement ; partout ailleurs, il faudra donner la préférence à la quantité.

2° Si l'on veut obtenir des vins de qualité moyenne, on associera aux cépages fins, ordinairement très-riches en alcool, un cépage plus abondant, mais d'un vin beaucoup plus faible. C'est ainsi que, dans les crus secondaires de la Bourgogne, on associe les pinots, dont le vin est fin, mais peu abondant, au gainais^ qui est médiocre, mais très-productif. Dans la Gironde, c'est le mei^lot, la grosse mérille, qu'on associe au carmenet ; sur la côte du Rhône, on joint le pique-poule, produisant peu de vin, mais excellent, à une petite quantité de grenacbCy trèsabondant en vin hquoreux, et au terret, abondant, mais peu riche en principe alcoolique. Le plant de FErmitage se compose exclusivement de la grosse sii^ah, très-pro-

ductive, mais moins fme que la petilp sirah, qu'on y asso* cie également.

3** Pour les vins communs, il suffit qu'ils offrent une proportion suffisante d*alcool, c'est-à-dire au moins 0,08 ; au-dessous de ce point, ils sont difficilement vendables. On choisira donc les 'cépages qui fournissent le plus facilement ce résultat. Ainsi, le gamais donne, dans les ten^ains sains, de 0,06 à 0,07 d'alcool, mois on peut lui associer queques ceps de /)j/20^, qui donne 0,10 d'alcool.

4® Si, enfin, les vins sont destinés à la distillation, on donne la préférence aux cépapres les plus productifs et on les cultive dans les terres substantielles ; on aura des vins faibles, mais dont l'abondance compensera et au delà le peu de richesse en alcool ; du reste, cette pauvreté ne sera pas un obstacle à la vente de ces vins, puisque, dans le procédé de distillation continue, on est obligé d'ajouter de l'eau aux vins qui contiennent plus de 0,10 d'alcool, et que d'ailleurs l'acheteur ne paye que l'alcool pur qui se trouve dans le vin. Ce que nous venons de dire ressort évidemment des chiffres suivants, que nous empruntons à M. Bouchardat :

hect. d'alc. ou d'alc. p. hect.

i bect.de gamais bien tenu donne 160 hect de vin, coDt. 0.648 8,1 B hect.

1 ~ do pinut — 20 — 0,1062 2,12 —

5® Certains cépages donnent des vins qui restent doux par le manque de ferment ; on fera disparaître ce défaut en y associant des plants qui produisent des vins secs. Ainsi une trop grande proportion du' plant de grenache produit souvent cet effet dans le Midi ; s'il a trop peu d'alcool, on corrige ce défaut par un plus grand nombre de pique-ponle dans le Midi, et de pinots dans le Nord. Si le vin est abondant en lie et sujet à tourner au vinaigre, on ajoute à la plantation des cépages qui possèdent beaucoup de tannin, tels que le mourvèdre dans les sols riches, le bran fourca dans les terrains secs du Midi, le

merlot de la Gironde, dans UOuest. Il y a, dans le Midi, des moûts qui fermentent mal, faute d'une proportion suffisante d'eau ; on remédie à cet inconvénient en plantant une certaine quantité (Varamons ou de terrets. C'est ainsi qu'il convient de procéder pour corriger les défauts du vin ; cela vaut mieux que d'ajouter aux moûts des substances qui s'assimilent mal à cette liqueur, et qu'il est difficile de proportionner convenablement à l'ensemble des éléments qui composent les moûts.

6® Le degré de coloration du vin doit aussi fixer l'attention, lors du choix des cépages, car il iïiflue sur la facilité de la vente. Lorsque les vins manquent de couleur, on y pourvoit, dans le Midi, en plantant du tintotj du moarastel on du carignan ; dans le Nord, on emploie les leinturiei*s.

7o II résulte de tout ce qui précède la nécessité de réunir, dans presque tous les vignobles, plusieurs cépages différents ; mais le nombre en devra toujours être très-restreint, et ne comprendre que ceux dont l'association doit produire les résultats que nous avons exposés. Dans tous les cas, comme le moût des différentes espèces doit être confondu dans la même cuvée, il faudra faire les alliances de telle sorte que les cépages mûrissent rigoureusement à la même époque. S'il est parfois utile de faire intervenir dans une même plantation des variétés ayant des époques de végétation différentes, c'est lorsqu'il s'agit de la plantation de grands domaines; mais alors les produits de ces divers cépages sont foulés séparément. On plante ainsi pour balancer les risques que court chacun de ces cépages par les gelées blanches, te coulage, etc.; cela permet aussi d'échelonner la vendange et d'avoir toujours à sa disposition un nombre «d'ouvriers sufiisant. C'est pour cela que, dans les grands vignobles du bas Languedoc, on plante un tiers en aramon^ qui appartient à la quatrième époque de maturité, un tiers en

grenache, qui mûrit après, et un tiers en terret bourret, qui mûrit le dernier.

Telles sont les principales circonstances qui ont déterminé le choix des divers cépages qui forment nos vignobles. Ces choix, sanctionnés par une longue pratique, sont presque tous fondés sur la raison ; aussi peut-on, le plus souvent, se contenter d'imiter ce qui a été fait dans la localité où Ton veut opérer. Ce n'est pas que nous condamnions d'une manière absolue Timportation de nouveaux cépages: de nombreux exemples démontrent, au contraire, l'avantage qu'il y a parfois à introduire des variétés nouvelles ; mais ces sortes de naturalisations doivent être tentées avec une grande circonspection, car un insuccès peut déterminer des pertes considérables.

En général, les transports de variétés d'une contrée dans une autre ne réussissent qu'autant qu'il y a similitude parfaite de climat, de sol et de culture entre la localité dont le cépage est originaire et celle où on veut l'introduire ; et pourtant cette règle n'est pas encore sans exception, car on a amélioré certains vignobles du Nord et du Centre en y introduisant des cépages originaires du Midi; et, par contre, les variétés venant du Nord ont donné, dans le Midi, de très-bons résultats. On ne peut donc rien enseigner d'absolu à cet égard ; mais', quoi qu'il en soit, il sera prudent, lorsqu'on voudra introduire un nouveau cépage, d'en faire l'essai sur une petite étendue, afin de se rendre compte de l'influence qu'exerceront sur lui les conditions nouvelles où on l'aura placé.

Cépages qui dbnneni; le« meilleurs Tins. — Terminons cette question des cépages en indiquant ceux qui fournissent nos meilleurs vins.

1" Bourgogne;, — Les principaux crus de la Bourgogne sont:

Pour les vins rouges. — La Romanée-Conti, Chamber-

tin, Richebourg, Clos-Saint-Georges, Corton, Clos-de- Vougeot, Volnay, Pommard, Nuits.

Ces vins sont presque exclusivement fournis par le

pinot noir.

Pour les vins blancs. . — Montrachet, MeursauU, Chablis. — Le pinot blanc est la base de ces crus.

2° Bordelais. — Les principaux crus de celte contrée sont :

Pour les vins *rouges. — Dans le Médoc. — Château- Margaux, Cliâteau-Laffltte, Châleau-Latour, Haut-Brion, Saint-Julien, Saint-Estèphe ; dans les graves de Bordeaux, Talence, Saint-Érailion, près de Libourne. — Les cépages de Carmenet, Mal bec, Merlot, Verdot, occupent presque exclusivement ces vignobles.

Pour les vins blancs, — Château- Yquem (Sauterne), Cdutet (Barsac), Château-Carbonnieux (Villeneuve-d*Ornon). — Ces vins sont produits par le semillon, la blanquette, le sauvignon.

3° Champagne. — Les crus d'Ay, de Sillery, d'Epernay, de Versenay, de Pierry, d'Avisé, de Crament, sont les plus renommés de cette contrée.

Les cépages qui y occupent le premier rang sont surtout le pinot gris et le plant doré noir.

4** Cotes du Rhône. — Les crus de Côte-Rotie et de Condrieu sont exclusivement plantés en serine noire et vionnier blanc.

5° Drome. — Le vin de TErmitage, rouge, est fourni par 1 1 grosse sirah et la petite sirah ; les cépages de Marsanne et de Roussane donnent le vin de TErmitage blanc.

6® Beaujolais et Maçonnais. — Les principaux crus de cette région sont :

Pour les vins rouges, — Thorins, Fleuri, Moulin-àvent, Romanèche, — produits par le petit gamais et le pinot noir.

Pour les vins blancs. — Pouilly-en-Montagnr', produit par le pinot blanc.

7® Hérault. — Les vins de Lunel et de Frontignan sont fournis par le muscat blanc et le picar<lan.

8» Haut-Rhin. — Les vins du Rhin et notamment le Johannisberg sont le produit du gros Riesling et du petit Riesling.

9° Pyrénées-Orientales. — Les vins connus sous les noms d*Alicante, de Grenache, dé Collioure, sont faits avec le grenache rouge et le grignane. Le vin de Rivesaltes est produit par le muscat Blanc.

10** Ardèche. — Le vin de Saint-Peray est le produit de la grosse roussette et de la petite roussette.

!!• Cher. — Le vin de Pouilly-sur-Loire appartient an pinot blanc.

12*» Aude. — La blanquette de Limoux est produite par la blanquette.

13** Basses-Pyrénées. — Les vins rouges de Juraçon appartiennent aux quatre cépages suivants :

Pinène, Mensec, Menseing, Tannât. Les vins blancs de Jurançon sont produits par le Réfiat, le Menseing, le Claverie, TAulban et la Courtoisie.

14® Jura. — Les vins blancs de Château-Châlons, les vins jaunes et liquoreux d*Arbois, connus aussi sous le nom de vins de paille, sont produits par le plant sauvagin ou nature.

15o Charente-Inférieure. — Les eaux-de-vie de Cognac les plus renommées et connues sous le nom de flne Champagne sont produites par le vin de la Folle-Blanche.

multiplication de la vigne.

La vigne peut être multipliée au moyen des semis^ des boutaresy du marcottage et de la greffe ; voyons dans quelles circonstances on doit préférer Tun ou l'autre de ces modes de reproduction.

De« mewnim. — Les semis ne peuvent être employés en grand pour la formation d*un vignoble. Les graines, quoique récoltées sur des variétés de très-bonne qualité, parfaitement appropriées à la localité, ne donnent, le plus souvent, que des cépages très-médiocres, et les sujets obtenus s^éloignent toujours, plus ou moins, de rindividu mère pour se rapprocher de Tespèce sauvage. Mais, comme il est arrivé que quelques individus créés par les semis étaient pourvus de qualités supérieures à celles du © pied mère, on emploie ce mode pour obtenir I de nouveaux cépages, de plus en plus dignes. i de la culture. C'est ainsi que nos vignobles et g. nos treilles se sont successivement enrichis I des excellentes variétés que nous cultivons au- I jourd'hui. Cette opération, pratiquée dans les I jardins ou dans les pépinières, demande beauo coup de temps ; car la premièi'e fructification se ■^ fait souvent attendre pendant huit ou dix ans. On peut, il est vrai, la hâter beaucoup en marcottant successivement les jeunes pieds, ou, mieux encore, en greffant quelques-uns de leurs sarments sur de vieux ceps.

l»e« boutures. — La multiplication par boutures est, pour la vigne, le procédé le plus simple, le plus expéditif, celui qui donne les résultats les plus satisfaisants et qui est le plus employé.

L'espèce de bouture généralement employée est celle connue sous le nom de bouture par crosselles; on la connaît aussi dans quelques vignobles sous le nom de chapon y de crochet {ûg. 6).

La crossette se compose d'un sarment proprement dit, c'est-à-dire développé depuis le printemps précédent. Il doit porter à sa base une petite quantité de bois de deux ans, et présenter dans son ensemble une longueur d'en-

viron 0",40. La portion de vieux bois laissée à la base du sarment forme une sorte de crosse; de là le nom de crossetie donnée cette bouture. La base du sarment ou talon favorise beaucoup la sortie des racines.

On fait également usage, mais à défaut de crossette, de boutures simplesy c'est-à-dire de sarments privés de talon, mais pourvus d'un s bouton à chaque extrémité (%. 7). Ces sarments 3 s'enracinent aussi bien que les premiers, mais à ^ la condition de faire la section de la base au mi- i lieu du renflement qui forme le nœud. | J

Boutures semées. — On a également recom- 3 \ mandé, depuis quelques années, un mode de bouturage pratiqué, dit-on, par M. Hudelot, vigneron de la commune de Beure, près Besançon. Ce procédé consiste à couper les sarments par petits fragments longs d'environ 0"*,01 et portant chacun un bouton {ûg. 8), puis à planter directement ces fragments en plein champ, à chacun des points où l'on veut avoir un cep. On voit que ce sont les boutures semées, depuis longtemps employées par les horticulteurs pour la multiplication des cépages précieux ; mais alors ces boutures sont placées sur couche et sous verre. Nous avons vu ce même mode d'opérer employé parfois dans les pépinières du Midi pour la reproduction des mûriers ; mais là en- Fig. s. — Bouture semée. core ces boutures, répandues dans des sillons remplis de terreau, étaient soumises à Tirrigation. Quoi qu'il en soit, un certain nombre de propriétaires de vignobles ont essayé ce procédé et n'en ont obtenu que des résultats presque négatifs. D'où nous concluons qu'il faut renoncer, au moins pour la grande culture, à l'emploi de ce moyen.

Les deux premières sortes de boutures dont nous venons de parler sont mises en pépinière pour les faire s'enraciner avant leur plantation à demeure. D'autres fois on les plante à demeure avant cette opération. — Nous indiquerons les soins qu'elles réclament dans ce dernier cas, lorsque nous en serons à la plantation du vignoble. Disons ici comment on procède pour en former une pépinière.

Péplniëre pour faire enraelner les boutures. — Préparation des crossettes. — Les crossetles sont coupées depuis la chute complète des feuilles jusqu'à la fin de février. On ne doit les planter en pépinière qu'en mars ou avril dans le nord de la région de la vigne, en janvier et février dans le midi. — 11 convient, jusque-là, d'empêcher les sarments de sécher. Il est utile d'ailleurs de hâter le développem3nt de leurs racines. Pour cela les sarments reçoivent les préparations suivantes : muni d'un sécateur, on supprime à la base des crossettes la portion de vieux bois qu'on n'y avait conservée que pour empêcher le talon de sécher, surtout lorsque ces sarments doivent être transportés au loin. On coupe* également les vrilles desséchées et les queues de raisin ; puis on donne à tous ces sarments la même longueur, environ G", 40. On forme avec ces crossettes de petits paquets qui sont enterrés de la manière suivante. On ouvre une ou plusieurs tranchées larges de 0",35 et d'une profondeur égale à la longueur des sarments. Les paquets de sarments sont placés dans ces tranchées dans une position verticale, mais le sommet en bas. On replace la terre par-dessus, de façon à former un ados sur chaque tranchée. Ce procédé, que nous avons vu employer par quelques vignerons de l'Aude, donne ce résultat: au moment où l'on va planter en pépinière on enlève ces sarments et Ton trouve le talon de chacun d'eux pourvu d'un bourrelet de tissu cellulaire très-prononcé et qui fait gagner une année sur le développement des crossettes.

On a conseillé, dans le même but, de pratiquer de chaque côté du sarment et à sa base, sur une longueur d'environ 0™,06, une entaille assez profonde pour mettre à nu les couches du liber {fig, 9). Cette décortication partielle hâte et' facilite singulièrement la sortie des racines. Ainsi si Ton plante en une seule ligne 200 crossettes appartenant au même cépage et placées exactement dans les mêmes conditions de sol et d*humidité et que 100 de ces crossettes soient décortiquées comme nous venons de l'expliquer, et cha- ■ cune d'elles plantée entre deux crossettes non opérées, on aura le résultat suivant. — Si l'insuccès porte sur le tiers des crossettes non décortiquées, il ne sera que de 4 ou 5 p. 0/0, pour les crossettes opérées, et en outi*e ces dernières seront . une fois plus vigoureuses.

La stratification des sarments couchés horizontalement dans la terre ou leur séjour un peu prolongé dans l'eau donnent des résultats analogues en ramollissant Tépiderme; mais ces résultats sont loin d'être aussi complets que ceux que Ton obtient à l'aide des deux premiers procédés.

Plantation en pépinière. — Il convient de hâter le plus possible le développement des crossettes. Aussi doit-on choisir, pour établir la pépinière, un sol riche, fertile et bien exposé. 11 a dû recevoir, à la fin de l'automne précédent, un défoncement d'environ 0'",40 de profondeur. Au moment delà plantation, on pratique un léger labour, afin d'en bien niveler la surface. Puis on tend sur l'un des bords du terrain un cordeau qui sert pour ouvrir une tranchée large et profonde de 0",30. La paroi contre laquelle les crossettes seront appuyées doit pré-

senter une inclinaison d'environ 45 degrés. Si les sarments étaient placés verticalement, il faudrait les enterrer plus profondément et leur talon, trop éloig^rié de la - surface du sol, s'enracinerait moins bien : les sarments appuyés contre ce plan incliné présentent hors de terre un ou deux boutons. On les place à 0™,iO les uns des autres sur la ligne, s'ils doivent être plantés à demeure au bout d'un an, et à 0"*,20, s'ils doivent rester deux ans en pépinière. Les crossettes ainsi distribuées dans ce premier rang, on répand dans cette tranchée, sur une hauteur de 0"*,i5 environ, les .engrais dont on peut disposer, c'est-à-dire du fumier consommé ou tout autre engrais pulvérulent mélangé avec moitié terre. On place ensuite le cordeau à 0"',30 de la première ligne, si les plants ne doivent rester qu'une année en pépinière, et à 0"»,40, s'ils doivent y rester deux ans, puis on ouvre une seconde tranchée parallèle et semblable a la première. La terre qu'on en extrait sert à remplir la première; ceci fait, on tasse la terre avec le pied contre la première ligne de crossettes, afin que les sarments étant bien en contact immédiat avec le sol sur toute retendue enterrée, ils puissent y absorber plus facilement l'humidité. On garnit le second rang comme on l'a fait pour le premier et l'on procède de même pour tous les autres. 11 est bien entendu que si cette pépinière doit recevoir différents cépages, il faudra les placer séparément, afin d'éviter toute confusion au moment de la plantation à demem*e des jeunes plants.

Lorsque la pépinière présentera une certaine étendue, il sera bon de la partager en planches larges de 1™,50 à 2 mètres, et séparées l'une de l'autre par des sentiers de 0,50 de largeur et aboutissant eux-mêmes sur des chemins de 1 mètre, si la pépinière doit être très-étendue. On termine l'opération par un léger binage pratiqué sur toute la surface des planches, et destiné à ameublir super-

fîciellement le sol tassé par les pieds. Si la pépinière était établie dans le midi ou sur un terrain sec, il serait bon lors de ce binage de couvrir d*un peu de terre le sommet des boutures pour les soustraire à Tardeur du soleil.

Entretien de la pépinière. — Vers le commencement du mois de mai, il sera nécessaire de pratiquer un nouveau binage, puis, si le terrain est un peu exposé à la sécheresse, de couvrir toute l'étendue des planches d'une couche de litière, de feuilles sèches ou de matières analogues d'environ 0",05, et destinée à empêcher le sol de se durcir sous l'action des pluies, à s'opposer au développement des plantes nuisibles, et surtout à prévenir la dessiccation du sol pendant les chaleurs de l'été. Lorsque le terrain sera un peu argileux, quelques binages pratiqués pendant Tété donneront ces résultats. Ces binages seront effectués à bras d'homme si la pépinière est peu étendue ; si elle comprend une surface d'un demi-hectare et plus, il sera moins coûteux d'exécuter ce travail avec la houe à cheval. Mais alors les sentiers deviendront inutiles et les lignes, placées à 0",40 l'une de l'autre, seront dirigées suivant la plus grande longueur du terrain. Si cette pépinière était établie dans le Midi, les binages ou les couvertures seraient insuffisants ; il faudrait, en outre, pratiquer quelques irrigations pendant les grandes chaleurs.

La végétation des boutures doit se faire librement pendant le premier été ; tout ce qu'on retrancherait alors sur les parties vertes serait au détriment des racines.

Après la chute des feuilles, les jeunes boutures seront constituées comme le montre la tigure 10. C'est ce que l'on nomme plants enracinés. On les plante parfois à demeure dans cet état de développement, dans le Midi, par exemple, lorsqu'il s'agit de cépages vigoureux et d'une plantation à faire dans un sol riche et un peu argileux. Mais le plus souvent il sera préférable d'attendre après la seconde

ni CULTURE DU VIGNOBLE.

année. Dans ce cas, au moment do la taille, toutes les

jeunes boutures sont coupées en A {ùg. 10), et le petit

Fig. <o.— Boulure d'un an.

Fig. 11. — Bouture de deux an?.

sarment B est coupé de façon à ne conserver qu'un bouton à la base. Aussitôt après, on donne un léger labour au sol, et, à la fin d*avril, on le recouvre d'une nouvelle couche de litière si l'on opère sur un terrain sec.

Il sera bon, pendant l'été, de concentrer toute la vigueur du jeune cep sur un seul bourgeon. Pour cela, aussitôt que les bourgeons ont atteint O-^^SO de longueur, on les supprimera tous, moins le plus beau, dont on pince le sommet aussitôt qu'il an ive à 0'»,60 de hauteur. On procède à un nouvel ébourgeonnement, au commencement d'août, si cela est nécessaire, afin d'empêcher la confusion et que les sarments soient bien constitués par l'action

MULTIPLICATION DR LA VIGNE. fi3

du soleil. La figure il montre l'état de ces plants de deux ans, après la chute des feuilles.

Déplantation dans la pépinière. — Quel que soit le laps .de temps pendant lequel on laisse les boutures dans la pépinière, il convient de les déplanter de façon à ne mutiler aucune de leurs racines, car celles-ci, épaisses et charnues, redoutent la moindre contusion, qui les fait ensuite pourrir complètement. Pour éviter ce danger, on procède ainsi à la déplantation: ouvrir à Tune des extrémités de chaque planche, et en travers, une tranchée continue, assez profonde pour qu'elle pénètre un peu au-dessous du point oii les racines sont descendues, puis miner le terrain de proche en proche, en maintenant' toujours la tranchée bien ouverte. On pourra enlever ainsi tous les plants sans froisser une seule de leurs racines.

IHiIrcottase. — Marcottage simple. Cette opération consiste à choisir sur une souche un ou plusieurs sarments vigoureux.

En mars, on plonge chacun d'eux dans • le sol, sur une longueur d'environ 0*40 et à la profondeur de 0"»,12. La terre est, à chaque point, préalablement ameublie et bien fumée. Le sommet du

sarment est coupé ^'^^' ^^- " ^arcotlage de la vigne.

de façon à laisser hors de terre deux boutons, et ce bout desarment est fixé sur un échalas {fig, 12). Pendant Tété suivant, 'les deux boutons réservés se développent en

bourgeons, et en même temps chacun des nœuds du sarment couverts par le sol donne lieu à une verticille de racines. L'année suivante, au moment de la plantation, on

sèvre cette marcotte, c'est- à - dire qu'on coupe le sarment en A (fiff, 12), puis on l'enlève avec soin pour la replanter ailleurs.

Ces mai'cottes sont alors constituées comme le montre la figure 13, et sont connues sous le nom de chevelées.

Marcottage chinois.

— On procède* de la manière suivante à l'application de cette sorte de marcottage :

Fig. 13. — Marcotte do vigne ou 'chevelée. Couper en mars Un

cep déjà fort à environ 0",20 au-dessus du s'ol de façon à faire naître une série de bourgeons qu'on laisse s'allonger librement. L'année suivante, à la même époque, ouvrir une fosse rectangulaire d'une étendue en rapport avec la longueur de^ sarments obtenus et naissant au pied du cep. Lui donner une profondeur d'environ O^IO, puis bien ameublir le fond en y mélangeant du terreau. Coucher horizontalement tous les sarments au fond de cette fosse et les y maintenir au moyen de crochets en bois. Dès que les bourgeons développés par ces sarments arrivent à une longueur de 0"*10, réparîdre sur toute la surface 0"*06 d'épaisseur de terre mélangée de terreau et pratiquer quelques arrosements pendant les chaleurs de Télé. Chacun des bourgeons ainsi enterrés s'enracine

bientôt et donne lieu à autant de marcottes qu'on sèvre au printemps suivant.

Marcottage en serpenteaux, — Des sarments viîyoureiïx

Fig. 1'». — Marcottage en serpenteaux.

naissant près de la base du cep A {fig. 14) sont enterrés au printemps, tous les 0"*50 dans un sol bien préparé et à environ 0'"12 de profondeur. Procéder de façon à ce que rétendue enterrée du sarment B égale en longueur celle qui sort de terre D. Redresser Textrémité G au moyen d'un tuteur.

Il est important qUe chacun des arcs de cercle qui sortent de terre soit pourvu d'au moins un bouton. Ces boutons donnent lieu à des bourgeons et les racines apparaissent bientôt sur les divers points enterrés. Au printemps suivant on opère le sevrage à chacun des points E.

Les marcottes ou chevelées ne peuvent être employées pour la création d'un vignoble ; leur obtention est trop coûteuse, et d'ailleurs il serait difficile de s'en procurer un nombre suffisant. On pourrait, il est vrai, employer pour cela un certain nombre de sarments appartenant aux souches d'un vignoble voisin; maisPexpérience a démontré que cette opération affaiblit beaucoup les souches. Il sera donc préférable d'avoir recours aux plants enracinés ou aux crossettes plantées à demeure, à moins qu'il ne s'agisse seulement de quelques vides à combler. Dans ce cas on

emprunte un sarment sur un cep voisin et on le conduit au point où le vide existe. Toutefois, le marcottage est d'un usage habituel dans certains vignobles, soit pour le constituer, soit pour Tentrelenir, au moyen du rajeunissement des souches ; mais, dans Tun et l'autre cas, ce n*est pas seulement un sarment de la souche qui est marcotté, la souche tout entière est couchée dans le sol pour faire sortir aux points convenables un bu plusieurs des sarments. En outre, ces marcottes restent en place. Ceci constitue une autre opération à laquelle on a donné le nom de proviffDaffe, et que nous étudierons lorsque nous en serons à la plantation et à l'entretien du vignoble.

ttreflTuge.— Cette opération est fréquemment employée dans les vignobles, surtout dans ceux du Midi. Elle a pour but, le plus souvent, de remplacer le cépage d'un vignoble par un autre qui lui est préférable; parfois de cultiver dans un sol certains cépages qui ne s'accommodent pas de ce terrain ; enfin, on peut, à l'aide de cette opération, prolonger la durée des ceps en les greffant avant qu'ils n'aient atteint la dernière hmite de leur décrépitude.

Conditions de succès, — i® Le moment à choisir pour procéder à cette opération est celui où la vignô commence à entrer en végétation, c'est-à-dire depuis la fin de février pour le midi, jusqu'au milieu d'avril pour la région nord du climat de la vigne ; — 2° au moment du greffage, les sarments qui séviront de greffons devront -toujours être dans un état de végétation moins avancé que la souche à greffer. Pour cela, ses sarments auront dû être coupés en décembre, préparés et enterrés, comme nous l'avons expliqué plus haut pour les boutures ; — 3« quoiqu'on puisse greffer la vigne au-dessus du sol, il sera toujours préférable de procéder de façon à ce que la base du greffon soit enterrée. — Nous décrivons ici les principales sortes de greffes employées dans les vignobles.

Greffe en fente simple. — Cette sorte de greffe est surtout employée dans les vignobles derHérault. On procède de la manière suivante : Déchausser la souche jusqu'àO'^jSS ou 0">,30 au-dessous du niveau du sol en respectant les grosses racines qu'on pourra rencontrer ; couper la tige horizontalement à environ G", 1^ au-dessous de la surface du sol ; se servir pour cela de la scie à main si la tige est un peu grosse, mais enlever avec la serpette la trace de la scie. Fendre verticalement la souche par le milieu à l'aide

Fig. n.

Greffoir à coin.

Fig. 16.

Greffoir ordinaire.

Fig. il.

Greffons.

de la lame B du greffoir à coin {fiff, 15) ; pour cela, frapper à Vaide d*un maillet en bois dur sur le dos de cette lame; si la souche est peu volumineuse, pratiquer cette fente avec la serpette. Le greffon porte trois boutons ; tailler la base

comme Tindique la figure 17 en se servant pour cela du greffoir ordinaire (fig. 16). Placer dans la fente de la souche le coin A du greffoir {fig, 15) ; faire mouvoir horizontalement le manche du greffoir de manière à entr'ouvrir cette fente pendant qu'on y introduit la base du greffon. Placer ce-

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Fig. 18. — Souche greffée et buttée.

lui-ci de façon que ses couches du liber soient en contact avec celles de la souche. Si la souche est faible, appliquer une ligature qui serre fortement les parties disjointes de la souche. Si celle-ci est un peu grosse, la Hgature sera inutile; la base du greffon sera suffisamment comprimée. Dans l'un et Tautre cas, envelopper les parties opérées d'une couche résineuse pour soustraire les plaies à Thumidité du sol. Ne pas employer pour cela le goudron de gaz oix coaltar, qui brûle les tissus vivants par son contact. Renoncer aussi aux matières terreuses, qui abritent imparfaitement. L'opération terminée, on rechausse la souche, puis on accumule autour du greffon une certaine quantité de terre bien ameublie, sous forme d'un cône, de façon à ^e laisser apparaître qu'un bQutpn au gpmmet (iî^. 18).

Tel est le mode d'opérer en usage dans l'Hérault. Nous croyons toutefois qu'on pourrait y apporter les deux perfectionnements suivants. D*abord si la souche présente un diamètre de 0"'06 et plus, il y aura avantage, suivant nous, à placer deux greffons au lieu d'un, un de chaque côté de la fente. On aura ainsi deux chances de succès au lieu d'une. Puis, la plaie résultant du recépage de la souche sera plus vite cicatrisée, par suite de la formation des deux bourrelets naissant sur cette coupe à la base des deux greffons. Mais il sera utile, lorsque ce résultat sera obtenu, de supprimer le moins beau des deux greffons.

En second lieu, si la souche ne présente pas le diamètre indiqué plus haut et qu'on n'y place qu'un greffon, nous pensons qu'il sera utile de couper la souche suivant l'angle d'environ 45<» au lieu de la trancher horizontalement et de placer le greffon au sommet de ce biseau. D'une part, celui-ci profitera mieux pour son premier développement de toute la sève du cep ; en second lieu, la plaie de la souche se cicatrisera plus facilement.

A partir du mois de mai qui suit l'opération du greffage, on doit visiter tous les mois les ceps opérés, afin de supprimer les bourgeons qui naissent sur la souche par suite du recépage et qui apparaissent bientôt à la surface du sol. Si ces bourgeons étaient laissés ils absorberaient la sève aux dépens du greffon. Celte suppression est faite en déchaussant les ceps avec précaution pour ne pas ébranler le greffon. Vers la fin de juin on reconnaît parfaitement les ceps sur lesquels la greffe n'a pas réussi. Ceux-là ne sont pas ébourgeonnés, afin que ces bourgeons y entretiennent la vie et qu'on puisse regreffer ces souches au printemps suivant.

Pendant l'été suivant, le sol du vignoble ainsi greffé doit recevoir les façons habituelles; mais ces façons doivent être pratiquées à bras d'homme, pour ne pas ébranler les greffons. Lebuttage, qui garantit ceux-ci contre l'ar-

60 CULTURE DU VlGiNOBLE.

deur du soleil doit être soigneusement, conservé jusqu'à la fin de Tannée.

Au printemps suivant, les souches sur lesquelles Topération n'a pas réussi sont regreflëes. Pour cela, on supprime tous les sarments qui s'y sont développés pendant Tété, on coupe la souche au-dessous du point où elle a été fendue précédemment, puis on recommence Topération en procédant avec les mêmes soins.

Pendant Tété qui suit Tapplication de cette sorte de greffe, le bouton placé au-dessus du sol donne lieu à un bourgeon souvent assez vigoureux pour produire un ou plusieurs raisins. Ces grappes doivent être supprimées dès leur jeune âge pour, augmenter la vigueur de ce bourgeon et favoriser la soudure du greffon.

Greffe en fente-bouture. — Cette greffe est surtout pratiquée dans les vignobles de TAnjou. On opère comme pour la greffe précédente , sauf les modifications suivantes : couper les souches en biseau allongé, puis pratiquer une fente verticale vers le tiers supérieur de Té-

Fig. 19. — Souche préparée pour la greffe eu fente-bouture.

tendue de ce biseau {ûgA9)\ maintenir cette fente en- Ir' ouverte à Taide d un coin. Choisir comme greffon un sarment pourvu de son talon. Entailler le côté de ce sarment entre deux nœuds, sur une longueur égale à Télen-

due du biseau et de façou à enlever le tiers dé son diamètre. Pratiquer sur cette entaille, vers le tiers inférieur de son étendue, une fente oblique ascendante d'une longueur d'environ 0™05 {fig. 20). Agrafer le greffon sur la souche de -façon que, sur l'un des côtés, les couches du liber soient en contact {ïig, 21). Il n'y a plus qu'à ligaturer, mastiquer, rechausser, butter et donner tous les soins complémentaires indiqués pour la première greffe.

Bientôt le bouton terminal du greffon préparé pour la s'cdlonge en bourgeon ; la soudure s'opère greffe en fenteet la base du greffon émet des racines qui bouture. lui impriment une grande viguelir. C'est à la fois une greffe et une bouture. Ce mode de procéder nous paraît présenter plus de chances de succès que le précédent.

î^fjmA*

Fig. 2\, — Greffe en fente-boulure.

Greffe par approche-bouture. — Nous avons vu ce mode de gi'effage pratiqué dans quelques vignobles du département du Cher. Voici comment on procède :

Pratiquer sur le côté de la tige du cep, à environ 0"'20 au-dessus du sol, une entaille verticale A (%. 22) longue d'environ 0°»06, d'une largeur égale* au diamètre du gref-

fon. Employer pour faire cette entaille la petite gouge indiquée par la fig. 23. Choisir comme greffon un sarment

Fig. 22. — Greffe par approche-bouture.'

Kig. 23. — Gouge pour greffer.

pourvu de son talon et d'une longueur d'environ 0"50 ; pratiquer sur le côté du greffon, vers le milieu de sa longueur en B, deux entailles latérales de même longueur que celle de la tige du cep, de façon que la partie incisée du greffon remplisse Tentaille du cep. Ameublir et fumer le sol au pied de la souche du côté G; y enterrer la base du greffon à environ 0^15 de profondeur et bien tasser la terre, réunir les parties incisées en faisant coïncider les couches du liber; ligaturer et laisser trois boutons au

delà du point de jonclion. Tailler assez court la tête de la souche et supprimer cette tête en D, après deux années de végétation du greffon.

Cette greffe peut être aussi praliiiuée plusieurs fois sur

Fig. 2%. — Modification d'une grappe de morillon blanc.

la même souche en cas d'insuccès. Elle présente surtout cet avantage de ne pas interrompre la production, puisque la tête de la souche n*est supprimée qu'après deux années

de développement. du greffon. Mais elle ne convient que pour les ceps dont la tige n'est pas très -grosse ; autrement la plaie résultant de la suppression de la tête du cep serait trop lente à se cicatriser.

Greffe en fente-provins. — On peut encore employer le procédé suivant pour le greffage de la vigne, à la condition que la grosseur de la souche permette de la provigner. Dans ce cas, ne conserver sur la souche qu'un nombre de sarments égal à celui des nouveaux ceps dont on a besoin, et en choisissant les plus gros. Ouvnr les fossés nécessaires pour le couchage dé la souche et des sai'menls, bien fumer le fond de ces fosses et y étendre la souche et les sarments. Greffer ceux-ci de la manière suivante : couper le sarment à greffer à environ 0"*,40 de sa base et immédiatement au delà d'un bouton A [fîg. 25) ; faire à ce point une coupe en biseau très-allongée, en conservant le bouton terminal ; pratiquer, vers le tiers supérieur de l'étendue du biseJau, une fente longue d'environ 0"*,05 ; choisir comme greffon un sarment à peu près de même grosseur que celui à greffer ; lui donner une longueur d'environ O^^jôO; couper la base en biseau de même longueur que celui pratiqué sur le sarment à greffer et de façon à ce que le biseau soit terminé par un bouton B ; ouvrir une fente vers le tiers inférieui» de l'étendue de ce biseau ; puis agrafer ces esquilles de

Fig. 23. -• Détails de la greffe en fente-provins.

bois de façon à ce que, d'un côté au moins, les libers soient en contact (A, fig. 28) ; ligaturer et mastiquer.

On coupe le sommet du greffon en laissant deux à trois boutons au-dessus de terre. Ce sommet est redressé et maintenu au moyen d'un échalas, puis on remplit les fosses au moyen de terre bien fumée et suffisamment tassée (B, fig, 26).

Choix des sarments pour \m miiltiplieation. — Le choix des sarments qui doivent servir pour

Fig. 26. — Greffe en feme-provins.

les boutures, les marcottes et les greffes, présente une très-grande importance. Si on les prend au hasard, il pourra arriver qu'on emploiera des sarments qui ont une tendance à dégénérer. Nous avons vu en Bourgogne, sur une souche de pinot noir, un bourgeon dont les raisins étaient blancs, lorsque tous les autres étaient noirs. Ce sarment, coupé pour la reproduction, aurait continué à donner des raisins blancs et aurait constitué ainsi une nouvelle race, meilleure ou le plus souvent moins bonne que le type d'oii elle provenait. La figure 24 montre une grappe de morillon blanc dont une partie des grains sont noirs. Nous avons aussi souvent remarqué que les sarments vigoureux attachés sur le vieux bois

ne donnent lieu qu'à des ceps plus ou moins stériles. Pour éviter la dégénérescence, plus fréquente qu'on ne le suppose, il importe donc de prendre les sarments sur des souches bien saines, exemptes de maladies, bien fertiles, et dont les raisins présentent au plus haut degré les qualités que Ton recherche dans le cépage que Ton veut multiplier. On devra même choisir sur la. même souche les sarments dont les raisins présentent plus particulièrement ces qualités. Pour appliquer ces recommandations, il suffira de parcourir le vignoble immédiatement avant la vendange et de marquer au moyen d'un signe quelconque les souches ou les sarments qui présentent ces quahtés. En procédant toujours ainsi par sélection, on améliorera assez vite le cépage que Ton a adopté, en y développant les qualités qui l'ont fait choisir et en diminuant au contraire les défauts qu'il peut présenter.

Ajoutons que pour le cas oii Ton ne pourrait pas se procurer de sarments à talon ou crossettes, qui sont toujours les meilleurs au point de vue du développement des racines, il conviendra de choisir le milieu environ de la longueur de chaque sarment. L'expérience a démontré en effet que les ceps nés de cette partie du sarment sont toujours les plus fertiles. Il en sera de même lorsqu'il s'agira de faire des greffes en fentes ordinaires ou des greffes en fente-provins, pour lesquelles on est obligé de supprimer le talon des sarments.

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