NOMBRE DES CEPS
par hectare.
Ce tableau montre que la distance moyenne réservée entre les ceps étant, pour le Midi de 1",50, elle diminue
progressivement à mesure que l'on se rapproche du Nord, où Ton plante jusqu'à 76,000 ceps à l'hectare, comme cela a lieu dans certains vignobles de la Moselle. Doit-on considérer ces distances, surtout celles adoptées dans la région du Nord, comme ce qu'il y a de mieux à faire ? Nous ne le pensons pas ; nous croyons qu'on a exagéré successivement ce rapprochement des ceps, et que ce mode de plantation présente aujourd'hui les inconvénients suivants :
Les ceps s'ombragent réciproquement et rendent insuffisante l'action de l'air et surtout du soleil, influences si nécessaires à l'abondance et à la qualité des produits. Cet ombrage empêche aussi le sol de s'échauffer et nuit encore à la maturation des raisins. D'un autre côté, les ceps aussi rapprochés s'affament réciproquement et l'on est obligé de les rajeunir fréquemment au moyen du provignage, ce qui augmente les frais et nuit à la quaUté des produits. La culture du sol est plus difficile et par conséquent plus coûteuse. L'échalassement donne lieu aussi à une dépense plus considérable.
Enfin, il convient d'ajouter que, par suite du prix toujours croissant de la main-d'œuvre, il faut s'efforcer de remplacer les bras de l'homme par la charrue, partout où le degré d'inclinaison du sol permet son emploi. Or, les distances adoptées dans les vignobles du Nord sont un obstacle à cette amélioration.
Il ne faudra pas non plus laisser entre les ceps un intervalle trop grand ; car si, plantés à distance plus considérable, ils donnent chacun un produit plus abondant, il pourra se faire cependant que ce produit n'égale pas en quantité celui qu'on obtiendrait^avec un plus grand nombre de ceps. D'ailleurs le trop grand intervalle laissé entre les ceps augmentera tellement leur vigueur, que la maturation des raisins se fera mal dans le Nord et que lo vin sera de très-médiocre quaUté.
Voyons donc jusqu'à quel point il est possible de concilier ces diverses exigences. L'intervalle le plus rapproché qui permette de faire fonctionner convenablement la charrue entre les lignes de ceps est de 1 mètre. Nous n'avons donc aucune modification à proposer à cet égard en ce qui concerne les vignobles du Midi. Mais il n'en est pas de même pour la partie moyenne et pour la région nord du chmat de la vigne, où Ton a tellement abusé du rapprochement des ceps que les inconvénients/ qui en résultent commencent à donner lieu à une réaction en sens inverse. Déjà on a essayé, dans laCôte-d'Or etdans la Champagne, de planter à plus grande distance et Ton a obtenu un produit aussi abondant et d'aussi bonne qualité que dans les vignes placées à des distances plus rapprochées.
Nous conseillons donc pour tous ces vignobles de laisser une distance uniforme d'un mètre entre toutes les lignes et de faire varier l'intervalle des ceps sur les hgnes suivant le degré de vigueur habituel des cépages. Ainsi, pour les moins vigoureux, tels que les pinots, on laissera une distance de 0'"50 et pour ceux qui le sont le plus, pour les mômes régions, tels que les cots, le merlot, un inteiTalle de l'"20. On adoptera des distances intermédiaires pour les cépages de vigueur moyenne. Cet espacement donnera par hectare le nombre de ceps suivant :
Pour la plantation à o«"50 20,000 ceps.
— — ào 75 iijQO —
— — àl 20 8,300 —
lli«|ioisitioii des cep« d'une li^ne par rapport à ceuiK deis li^neis voisin en. — Nous venons de conseiller la plantation en hgnes. Mais il convient encore d'indiquer la meilleure disposition à donner aux ceps d'une hgne par rapport à ceux des lignes voisines. On peut en effet adopter à cet égard plusieurs disposi-
lions différentes : la plantation en quinconce et la plantation carrée.
Dans le Midi, où la vigne est placée à grandes distances, on peut planter en quinconce {fîg. 26) ou en carré {fîg. 27). Dans la plantation en quinconce chacun des ceps
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Fig. 26. — Vigne plantée en quinconce.
Fig. 27. — Vigne plantée en carré.
occupe Tun des angles d'un triangle équilatéral (A, ïig. 26); ils sont équidistants dans quelque sens qu'on les mesure. On peut faire fonctionner la charrue dans trois directions différentes. Dans la plantation carrée chacun des ceps forme Tangle d'un triangle rectangle (B, ïîg. 27); ils no sont pas équidistants dans tous les sens, et Ton ne peut faire fonctionner la charrue que dans deux directions opposées. Enfin la différence la plus importante à signaler dans ces deux modes de plantation, c'est que, sur deux surfaces d'un hectare chacune, l'une plantée en quinconce, l'autre en carré, et les ceps placés à la même distance pour Tun et pour l'autre cas, à 1»»50 par exemple, on
pouiTa placer 5,200 ceps sur Thectare planté en quinconce, tandis qu'on ne pourra en placer que 4,356 sur la même surface plantée en carré. Ces diverses considérations nous font préférer la plantation en quinconce pour les vignes placées à grandes distances.
Quant aux vignes de la région moyenne et du Nord, beaucoup plus rapprochées lés unes des autres, il ne sera pas toujours possible de les disposer en quinconce régulier, puisque l'intervalle entre les lignes étant toujours d'un mètre, la distance réservée entre les ceps sur les lignes varie suivant le degré de vigueur des cépages. Toutefois, il y aura toujours avantage à placer les ceps d'une ligne en face du milieu de l'intervalle qui sépare les ceps de la ligne voisine . Les souches et le sol qui les nourrit seront mieux éclairés par le soleil et leurs racines seront plus régulièrement distribuées dans la terre.
llirection m donner aux li^iieff* — On sait que l'action directe des rayons solaires sur toute l'étendue du cep et sur le sol importe beaucoup à la qualité et à la quantité des produits. Il convient donc, lorsque la vigne est plantée à intervalles phjs rapprochés sur les lignes qu'entre les lignes, de diriger celles-ci du nord au sud. 11 en résulte qu'une des faces de la ligne est frappée par le levant, la face opposée par le couchant et qu'au milieu du jour le soleil éclaire l'intervalle des lignes. Malheureusement, il n'est pas toujours possible d'adopter cette direction. La forme de la pièce de terre est souvent un obstacle. Que celle-ci offre une largeur de 6 à 8 mètres sur une longueur de 200 à 300 mètres, comme cela arrive souvent dans les localités où le vignoble est trèsdivisé, et qu'elle s'allonge du levant au couchant, on ne pourra diriger les lignes en travers d'une bande aussi étroite. La pente du sol et son exposition empêchent souvent aussi de remplir cette condition. Qu'un terrain en pente rapide soit exposé au sud, il ne sera pas prudent.
PLANTATlOxN. 75
dans ce cas, de diriger les lignes parallèlement à la pente, sous peine de voir bientôt le sol raviné par les eaux pluviales, et d'être obligé de remonter au sommet les terres entraînées vers la base, soit par l'action de ces eaux^ soit par celle des instruments de culture. On devra donc tâcher de suivre le plus possible la règle que nous venons de poser, tout en faisant la part des obstacles qui peuvent se présenter. Nous devons même ajouter que pour tous les terrains en pente, quelle que soit leur exposition, les lignes de ceps devraient toujours être dirigées perpendiculairement à cette pente, ce qui, dans beaucoup de cas, rendra possible l'emploi de la charrue là où l'on en est réduit à la culture à bras.
0eriiiëre prëparation du isol. — Nous avons conseillé de défoncer uniformément toute la surface du terrain destiné à la vigne. Ce travail étant exécuté avant l'hiver, le sol reste dans l'état où Ta laissé la charrue, et cela jusqu'au moment de la plantation, afm que les terres ramenées à la surface soient plus profondément pénétrées par l'action des agents atmosphériques. Alors on pratique un labour de 0™10 à 0™15 de profondeur en travers du premier, puis on donne un hersage, afm de bien niveler le sol et de rendre la plantation plus facile.
CKo» des plants. — Nous avons vu, au chapitre de la multiplication de la vigne, qu'on peut se servir, pour la plantation du vignoble, de crossettes ou chapons et de plants enracinés. Nous devons indiquer ici le choix qu'il convient de faire entre ces deux procédés.
La plantation au moyen de plants enracinés est plus coûteuse, surtout si l'on choisit, commp nous Pavons recommandé, des plants de deux ans. Il faut, en effet, élever ces plants en pépinière, et leur mise en terre, lors de la plantation à demeure, donne lieu à une dépense plus élevée que celle des crosseltes. Mais aussi leur reprise est plus assurée.
Les crosseltes sont obtenues à un prix moins élevé, leur plantation à demeure est moins coûteuse, mais elles donnent lieu, surtout dans les terrains secs, à de nombreux insuccès, qui obligent à des remplacements successifs qui augmentent la dépense et sont toujours nuisibles à Tensemble du résultat.
On peut donc conclure de ce qui précède qu'il conviendra de préférer les crossettes dans les terrains substantiels et un peu frais , où ces boutures s'enracinent facilement ; mais qu'il faudra choisir les plants enracinés pour les terrains secs.
Dans quelques régions, les vignerons préfèrent, dans tous les cas, les crossettes aux plants enracinés. Ils prétendent que le succès en est toujours plus assuré. Cela tient à ce que, le plus souvent, les racines des plants enracinés sont profondément altérées, soit par un mode vicieux de déplantation dans la pépinière, soit par leur exposition trop longtemps prolongée à l'action de l'air. Or, ces racines ainsi altérées pourrissent bientôt dans le sol, et les plants ne se composent plus alors que d'un fragment de vieux sarment, sur lequel les nouvelles racines naissent avec plusde difficulté que sur le jeune bois de la crossette. Nous maintenons donc que les plants enracinés âgés de deux ans, déplantés avec soin dans la pépinière et abrites jusqu'au moment de leur mise en terre, donneront de meilleurs résultats que les crossettes dans les terrains secs.
Plantation proprement dite. — Epoque con-venable, — L'époque la plus favorable pour la plantation des crossettes ou des plants enracinés n'est pas la même sous les divers climats. Dans le Nord et le centre de la France, cette opération doit être pratiquée alors que le sol est bien égoutté et commence à s'échauffer : au commencement de mars dans les terrains légers, au commencement d'avril dans les sols un peu compactes. Si Ton
plantait avant Thiver, on s'exposerait, d*unepart, à ce que les boutons terminaux des crossettes ou des plants enracinés, qui n'ont pas encore pris possession du sol, fussent détruits par la rigueur du froid, et, d'autre part, à ce que les plants fussent altérés par l'humidité surabondante qu'on rencontre toujours dans la terre pendant cette saison. Dans le Midi, au contraire, la plantution doit être pratiquée avant l'hiver dans les terrains secs, et vers la fin de janvier dans les sols argileux ; car, si on la faisait au printemps, les fortes chaleurs qui se manifestent dès cette époque suffiraient pour dessécher les jeunes plants avant qu'ils eussent eu le temps de s'enraciner. On remarque d'ailleurs que, sous ce climat, la végétation n'est pas complètement suspendue pendant l'hiver ; les jeunes plants ont donc déjà commencé à développer quelques racines lorsque arrive le printemps, et ils se défendent beaucoup mieux contre l'influence de là sécheresse.
Distribution des divers cépages dans Je même vignoble. — Si l'on a intérêt à planter plusieurs cépages différents dans le même vignoble, il y aura presque toujours utilité à ne pas les mélanger. Séparés l'un de l'autre dans le même enclos, on leur appliquera plus facilement les soins particuliers qu'ils exigent, et les cépages les plus vigoureux ne nuiront pas aux plus faibles. La vendange sera faite aussi plus facilement si les divers cépages ne mûrissent pas en même temps.
Si l'espace où Ton plante est accidenté et que les pentes présentent diverses expositions, il faudra tâcher de placer les cé))ages les plus tardifs aux expositions les plus chaudes, afin d'en obtenir une maturité plus complète.
Degré de profondeur de la plantation, — La profondeur à laquelle les crossettes ou les plants enracinés doivent être enterrés doit être telle que leurs racines puissent recevoir l'action de l'air atmosphérique et que cependant elles trouvent la dose d'humidité qui leur est
78 CULTUUI-: 1)1 VIGNOBLE.
nécessaire. On conçoit dès lors que ce degré de profondeur est surtout déterminé par le climat et la nature du sol. Sous le climat brûlant du Midi, ou dans les terrains secs et légers, la vigne a besoin d'être plantée profondément pour se défendre plus facilement de la sécheresse excessive de Tété. Dans le Nord, au contraire, ou dans les sols substantiels et humides, elle doit être plantée plus superficiellement, afin d'être soustraite à une humidité trop abondante. Du reste, quel que soit le degré de profondeur auquel. la plantation sera faite, si le sol a été convenablement défoncé, les racines s'établiront d'ellesmêmes au point le plus favorable pour Taccomplissement de leurs fonctions eu égard à la nature du sol et au climat. Si Ton plante trop profondément, de nouvelles racines naîtront plus près de la surface pour remplacer celles de la base qui disparaîtront ; mais ce sera un retard pour la re* prise. Il y aura moins d'inconvénients à planter trop près de la surface : les racines n'auront qu'à s'enfoncer davantage. Toutefoisil vaudra toujours mieux enterrer les plants à la profondeur convenable. Ainsi, dans les terrains secs du Midi, la plantation sera faite à 0"*35 de profondeur; dans les sols substantiels du même climat, on se contentera de 0«»25 ; dans la région du Nord et dans la région moyenne, on plantera à 0"*25 si le terrain est exposé à la sécheresse, et à 0"15 s'il est substantiel et profond.
Tracé des lignes de plantation. — Les diverses questions qui précèdent ayant été résolues et la terre préparée comme nous venons de l'indiquer, on trace sur le sol la place de chaque hgne de plantation. On emploie pour cela un procédé quelconque, pourvu qu'il donne un tracé parfaitement régulier, ce qui est indispensable pourTeniploi des supports économiques et la culture du sol au moyen dos instruments mus par les animaux. On pourra avoir recours au moyen suivant, d'une exécution facile et qui donne de bons résultats :
Nous supposons la surface du terrain partagée en un certain nombre de parallélogrammes par des chemins ouverts à l'avance, ainsi que nous Tavons recommandé plus haut. — Admettons donc que la figure 28 est un de ces parallélogrammes et que la vigne doit y être disposée par allées parallèles à la longueur de cette surface, larges de 1 mètre, et qu'on doit laisser un intervalle de O^'ôO entre les ceps sur les lignes ; on procède ainsi : au moyen d'une chaîne d'arpenteur plus ou moins longue et dont les chaînons auront une longueur de 1 mètre, on marque, avec un jalon, l'extré-
mité de chacune des lignes A
Fig. ÎS, — Tracé dos lignes . de plantation.
sur les deux côtés B du parallégramme. Ces jalons placés, on en fixe deux ou trois autres C, suivant la longueur des lignes. Ces jalons permettent alors de marquer sur les lignes, avec une autre chaîne, la place qui doit être occupée par chaque cep. Cette seconde chaîne offre des chaînons longs de 0«n50.
Au lieu«de jalonner les lignes de plantation on pourra tendre un cordeau du point A à l'extrémité opposée. Ce cordeau sera facilement tendu à l'aide d'un petit treuil portatif (%. 29).
Fig. 29. — Treuil portatif pour tendre le cordeau servant à la plantation.
Si l'on avait a faire un tracé semblable sur une surface à périmètre irrégulier, il suffirait d'inscrire dans ce péri-
mètre le parallélogramme le plus étendu possible, puis d'y tracer les lignes comme nous venons de Texpliquer. Il n*y aura plus qu'à prolonger ces lignes jusqu'à la limite du périmètre.
Mise en terre. — Les procédés à employer pour la mise en terre varient suivant qu'il s'agit ^ de crossettes ou de plants enracinés. Pour les crossettes, on les plante le plus souvent au plantoir. La forme de ce plantoir varie suivant les localités. Dans •le Languedoc, ce plantoir, qui porte le nom de pal {ûg, 30), se compose d'une tige verticale en fer, pointue et portant une manette au sommet. Dans la Saintonge cet instrument porte le nom de Fig. 30. - Pal pour taravelle, broche ou pic (fig. 31). Il difpianter la vigne, fère du précédent par une sorte d'étrier qui sert à placer le pied pour aider à la manœuvre de cet
Figure 3i. — Travelie pour planter Fig. 32. — Fouloir pour tasser la terre la vigne. et les engrais autour des crpssetles.
outil. Cet étrier mobile peut être placé à des hauteurs
différentes et sert ainsi à indiquer la profondeur que doit avoir le trou. La base de ces plantoirs doit avoir un diamètre d'autant plus grand que le trou à ouvrir devra être plus large. Enfin, dans le Médoc, le plantoir employé (%. 33 et 34) est connu sous le nom de haque; il y a la petite et la grande, destinées à faire des trous de deux largeurs différentes.
Pourvu de l'un ou de l'autre de ces instruments, l'ouvrier l'enfonce dans le sol, à chacun des points qui doivent être occupés par un cep, et cela au degré de profondeur que doit Fîg- 33. — Grosse Fig. 34. — Petite
avoir la plantation. — Si la
consistance du sol ou du
sous-sol l'exige, on enfonce le plantoir en frappant sur
le sommet avec un maillet. Quant à la largeur de ces
trous, elle devra être d'autant plus grande que le sol sera
moins fertile.
Un ouvrier qui suit le premier introduit dans chaque trou une crossette préparée avec les soins indiqués au chapitre de la multiplication.
Quelle que soit la fertilité naturelle du sol oîi l'on crée un vignoble, il y a toujours utilité de placer les crossettes ou les plants enracinés en contact avec une certaine quantité d'engrais au moment o\x on les plante à demeure, afin de hâter leur premier développement. Cette quantité, d'autant plus grande que le sol sera plus pauvre, pourra varier entre 1 et 3 litres. Pour les crossettes, cet engrais,
haqi)e pour planter la vigne.
haque pour planter la vigne.
î^5 CULTURE DU VIGNOBLE.
devant être introduit dans le trou ouvert avec le plantoir, devra se composer de matières pulvérulentes à décomposition rapide, telles que le terreau bien consommé, le crottin de cheval, la poudrette, le guano naturel, les tourteaux de graines oléagineuses réduites en poudre; ces diverses matières sont mélangées avec une certaine quantité de terre et de cendres de bois.
Ces engrais étant préparés et déposés de place en place le long des chemins où aboutissent les lignes à planter, un troisième ouvrier suit celui qui place les crossettes dans les trous, et remplit ceux-ci de Tengrais qu'il porte, en maintenant chaque crossette au centre du trou. Un quatrième ouvrier tasse fortement Tengrais dans les trous à Taide d'une sorte de fouloir offrant la forme de celui indiqué par la figure 32. Il importe en effet que la crossette soit bien en contact avec le sol, afin qu'elle puisse en absorber l'humidité. S'il se produit un vide, au sommet du trou, par suite de ce tassement, le même ouvrier devra le remplir au moyen de la terre voisine.
Lorsqu'on ne pourra pas se procurer les engrais pulvérulents dont nous venons de parler, on y suppléera par des engrais liquides répandus sur chaque trou rempli avec de la terre de bonne qualité bien divisée et non tassée. Ces engrais, employés dans la proportion d'un litre environ par crossette, pourront se composer de purin ou jus de fumier, de matières fécales étendues d'eau, et de toutes les matières organiques riches en azote et se dissolvant facilement dans Teau.
Le mode de plantation des crossettes au moyen du plantoir offre cependant un inconvénient dans les sols argileux un peu compactes. La terre, fortement tassée sur les parois du trou par l'action du plantoir, devient un obstacle à l'allongement des jeunes racines de la cros- 3f3tte, Dans ce cas, il sera préférable d'ayoir rpcoufs aw
procédé décrit ci -après pour la mise en terre des plants enracinés.
Dans les terrains secs et brûlaats oix les crossettes réussissent mal, on emploie des plants enracinés auxquels on applique le mode de plantation suivant:
Il convient d'abord de déposer de place en place, sur le bord des chemins qui longent les lignes de plantation, les engrais nécessaires pour la mise en terre.
Ces engrais se composeront, autant que possible, d'un mélange par moitié de terre et de fumier consommé. On préférera pour cela des terres siliceuses et surtout calcaires, si le sol à planter est argileux, et au contraire des terres un peu argileuses, si le terrain est siliceux ou calcaire. Le mélange aura dû être fait quelques mois à l'avance en stratifiant successivement les couches de terre et de fumier sous forme de compost. Puis, au moment d'employer cet engrais, on le mélange parfaitement.
Les plants enracinés, âgés de deux ans (%. H), sont enlevés de la pépinière avec les soins indiqués au chapitre de la pépinière ; puis, pour empêcher les racines d'être altérées par Taction desséchante de l'air, on procède ainsi. — On prépare dans un baquet, placé à côté de l'ouvrier qui déplante, une bouillie épaisse, composée d'eau, de terre argileuse, et d'une notable quantité d'engrais bien divisé, tel que crottin de cheval, bouse dé vache, guano, matière fécale, tourteau de graines oléagineuses ou autres matières analogues. Un autre baquet contient des cendres de bois bien sèches. A mesure que les plants de vigne sont déplantés, un ouvrier en prend quatre ou cinq à la fois et plonge les racines dans Tengrais liquide, puis immédiatement il les saupoudre de cendres. Cette sorte de pralinage des racines a pour résultat de les abriter contre l'action de l'air et du soleil, (}ui leur ^ont particulièrement fui^esl^es, pui^ de stimuler
lellement leur végétation qu'on gagne une année sur leur développement.
Ces plants ainsi préparés sont immédiatement transportés sur le lieu de la plantation, et répartis en plusieurs petits tas couverts d'une couche de litière. On ne doit en préparer ainsi que ce qui peut être planté dans une journée.
Pour la mise en terre de ces plants un ouvrier, pourvu d'une cheville de bois longue d'environ 0"*30, l'enfonce juste au point qui doit être occupé par le plant et qui a été marqué à l'avance, puis il ouvre une petite fosse qui, naissant au pied de la cheville, s'en éloigne à une distance de 0"35, parallèlement à la ligne de plantation ; elle doit présenter une largeur d'environ O^^SO et le milieu de cette largeur doit correspondre à la ligne de plantation [fig. 35). Elle a une profondeur en rapport avec la nature du sol et le climat.
A mesure que les trous sont ouverts, un ouvrier dépose à côté l'équivalent de 3 à 5 litres de l'engrais pnlvémlent dont nous avons parlé, puis un enfant qui le suit place dans chaque trou un plant enraciné. Un autre ouvrier
Fig. 35. — Trou ouvert pour la plantation de la vigne, vu en travers de la ligne de plantation.
Fig. 36. — Vue d'un trou après la plantation de la vigne, coupe verticale parallèle à la ligne de plantation.
enlève ce plant, et répand sur toute l'étendue du fond de la fosse la moitié de l'engrais. Il place ensuite le plant de façon à coucher horizontalement la partie enracinée et redresse verticalement le jeune sarment contre la paroi où est placée la cheville dont nous avons parlé plus haut. Il
étend ensuite les racines avec soin, les recouvre avec ce qui reste d*engrais, achève de remplir le trou avec la terre déposée à côté et enfin tasse fortement avec le pied en appuyant surtout sur les deux côtés de la fosse. Il importe dans cette opération d'enterrer la plus grande longueur possible du jeune sarment que portent les plants. C'est sur ce jeune bois que naîtront les nouvelles racines qui imprimeront à cette plantation un prompt développement. Ce travail terminé, la coupe en élévation de chaque fosse présentera Taspect de la figure 36.
Si, par suite de la nature du sol, on renonçait à la mise en terre des crossettes au moyen du plantoir, on les plan terait comme les plants enracinés, avec ces différences qu'il suffirait d'un trou de 0'»25 de côté, que la crossette ne serait pas coudée à sa base et qu'elle occuperait le centre du trou.
Plantation au moyen du provignage. — Dans les régions où les ceps sont très-serrés, comme en Champagne, en Bourgogne, aux environs de Paris, on ne plante en crossette ou en plants enracinés que la moitié ou le tiers des ceps né- i . j : •
cessaires ; puis, lorsque ces ceps < I * <J t ont acquis assez de force pour î | |,
développer deux beaux sarments, ^. * |. - * y] • * on procède de la manière sui- i^o?:*^^-^?;^- i vante : | ^-^ ] I;>
Soit la figure 37 représentant • | > * J î aux points A la place que doivent [ aI,
occuper définitivement les ceps. A ■:>• ,■■]" ^;. "^ On plante seulement aux points B; "^ i ? ', • Na
et lorsque chacun des ceps a dé- Fig. 37.— Plantation de la vigne
veloppé deux beaux sarments, on ^" "^^^^^ ^" provignage. ouvre, dans le courant de fhiver, une fosse comprenant tout l'espace occupé par chaque triangle C et profonde de 0'»30 à 0"40, suivant que le sol est plus ou moins
86 GULTUUE DU VIGNOBLE.
rais ; oh répand au fond une couche de 0"08 de terre mélangée d'engrais, puis on couche les deux sarments et la jeune souche dans cette fosse, en leur faisant suivre la direction des lignes ponctuées pour en faire sortir l'extrémité aux points A. On place par-dessus une petite quantité de terre fumée, et Ton achève de remplir la fosse "avec de la terre ordinaire. Toutefois, cette fosse n'est pas comblée entièrement ; il doit rester un vide de 0«»10 à 0"*i5 afm que les sarments, enterrés moins profondément, s'enracinenent plus facilement. La terre excédante reste accumulée sur le bord des fosses. Ce n'est que Tannée suivante, lors de la façon donnée au sol à la fin de l'hiver, que la terre est nivelée. Si ce premier provignage n'a pas encore donné le nombre de ceps suffisant, on en fait un second.
Ce mode d'opérer a pour résultat de diminuer de moitié ou des deux tiers le nombre des plants enracinés à planter ; mais nous pensons que l'économie qui en- résulte ne compense pas les inconvénients que présente cette méthode.
En effet, on enterre ainsi une plus grande quantité de bois, et les nombreuses racines qui s'y développent, trèsrapprochées les unes des autres, sont plus exposées à se nuire réciproquement. En multipliant ainsi ces tiges souterraines on multiplie davantage les chances de mutilation résultant des labours.
D'ailleurs, l'économie que l'on a faite au début disparaît bientôt par suite de la nécessité du provignage, qui est toujours très-coûteux.
Enfin, si l'on économise les plants, on perd beaucoup plus en retardant de deux ou trois ans le produit maximum de la vigne. Aussi conseillons-nous de planter immédiatement un nombre de plants ou de crossettes égal au nombre de ceps qui doivent couvrir le sol.
Opérations eomplémentaires de la plaof ati4»n, — Aussitôt après la plantation des crossettes oij
des plants enracinés, on coupe àveo lo sécateur Textrémité du sarment qui sort de terre, de façon à ne conserver au-dessus du sol que un ou deux boutons.
Dans quelques pays, on a soin, quand les crossettes sont plantées, de couvrir d'un peu de terre le sommet qui dépasse le niveau du sol ; pendant que le bois se prépare en terre et jette quelques radicelles, la partie supérieure ne se dessèche pas, et les bourgeons en se développant ne tardent pas à percer ce léger abri. Cette pratique pourra être employée avec avantage dans les terrains secs du centre et du midi de la France.
Lorsque tous ces travaux sont terminés, il convient de pratiquer un binage sur toute la surface du terrain, afin d'ameublir le sol partout où il a été tassé par la circulation des ouvriers, et surtout pour bien l'aplanir.
Il n'y a d'autres soins à donner à cette jeune plantation pendant Tété suivant qu'à la défendre contre la sécheresse du sol et le développement des herbes. Pour cela, on pratique quelques binages profonds seulement d'environ 0*^6. Nous indiquons plus loin, au chapitre de la culture annuelle du sol dans les vignobles, le mode d'exécution de ces binages.
Remplacements. — Quels que soient les soins apportés à la plantation^ soit des plants enracinés, soit des crossettes, il y a toujours quelques insuccès. Les remplacements pourront être de 1 p. 0/0 pour les plants enracinés et de 2 p. 0/0 pour les crossettes. Ces remplacements , exécutés seulement au moyen de plaiits enracinés, doivent être faits le plus tôt possible, c'est-à-dire dès l'hiver ou le printemps suivant.
Pour cela on aura dû créer une pépinière en temps utile pour fournir les plants enracinés aux époques que nous venons d'indiquer.
Quant à la mise en terre, on y procède comme nous rayons e:^pliqué plus haqt, Si ces remplacements sont
faits dans une plantotion de plants enracinés, il sufBra de retirer des trous les couches de terre dans l'ordre où on les avait placées et de les remettre dans le même ordre.
Dans plusieurs régions, on a Thabitude, après la plantation des jeunes vignes, de couvrir le sol de diverses sortes de récoltes, telles que pommes de terre, maïs, choux, etc., et cela pendant trois ans, jusqu'au moment où la vigne commence à donner des produits. On ne saurait trop s'élever contre cet usage quia toujours pour résultat d'épuiser la terre au détriment des jeunes ceps, d'arrêter leur prompt développement et de retarder de deux à trois ans l'arrivée du produit maximum de ce vignoble.