‹ Les vignobles et les arbres a fruits a cidreChapitre 15 sur 74 · TAILLE DANS LE VIGNOBLE · texte numérisé non relu

TAILLE DANS LE VIGNOBLE

Bat de cette opératioo. — Si, après la plantation, le développement de la vigne était abandonné à luimême, les longs rameaux sarmenteux de cet arbrisseau ramperaient à la surface de la terre qu'ils couvriraient bientôt confusément. La culture du sol deviendrait impossible et les grappes, privées de soleil et en contact avec la terre, pourriraient en grand nombre et ne donneraient que de très-médiocres produits.

D'ailleurs, les bourgeons fructifères naissant toujours sur les jeunes sarments et ceux-ci s'éloignant de plus en plus de la souche, ils deviendraient de moins en moins vigoureux, et finiraient bientôt par ne plus produire que des grappes maigres et chétives.

La taille dans le vignoble doit donc avoir pour but d'imposer au cep une forme telle qu'il reçoive de toutes parts l'action du soleil, que le sol puisse y être cultivé en tout temps et sur toute sa surface, que les bourgeons fnictifères ne s'éloignent pas trop de la souche et que les raisins ne soient pas en contact avec la terre.

TAILLE. 89

Hecherchons d'abord quelle est Tépoque de Tannée à choisir pour cette opération et quels sont les instruments les plus convenables pour la pratiquer.

Epoque conTenable pour 1» iMlle dans le ^ii^noble. — La règle à suivre à cet égard, et qui s'applique aussi bien à la vigne qu'à toutes autres espèces d'arbres et d'arbrisseaux soumis à la taille, est celle-ci : tailler le plus tôt possible avant les premiers mouvements de la sève, afin qu'une partie de ce fluide séveux ne se soit pas encore épanchée en pure perte vers l'extrémité des rameaux qui doit être supprimée. Si, en effet, cette opération est retardée jusqu'au moment où les jeunes bourgeons ont atteint une longueur de 0"*,08 à 0"*,10, ceux de ces bourgeons qui doivent disparaître ont absorbé la sève au détriment de ceux que l'on conserve , et si ce mode d'opérer est répété pendant plusieurs années, les ceps sont, quoi qu'on en ait dit, progressivement épuisés. — La taille faite de bonne heure, avant l'hiver, permet d'ailleurs de vaquer plus librement au printemps aux nombreuses occupations que prescrit cette saison. Ajoutons que la taille précoce a pour résultat de hâter le développement des boutons et que, toutes choses égales d'ailleurs, cette opération hâtive influe favorablement sur l'époque de maturité de la récolte.

Malheureusement, cette règle si simple doit être modifiée plus ou moins profondément par les circonstances suivantes : 1° Dans le nord de la région de la vigne, les hivers sont parfois si rigoureux que les fortes gelées exercent leur action sur la coupe des sarments taillés avant l'hiver, . et que la mortalité atteint souvent tout ce qui a été conservé de ces sarments. 2* La taille faite de très-bonne heure, avant l'hiver par exemple, a pour résultat, comme nous venons de le dire, de faire développer les boutons conservés douze ou quinze jours plus tôt que si l'on tail- * lait au milieu de mars. Or, il en résulte ceci, c'est que dans

î)0 CULTURE DU ViGNOBLi!:.

les localités exposées aux gelées tardives, ce bourgeonnement précoce expose les ceps à cette influence désastreuse.

On peut donc conclure de ce qui précède que la taille faite de décembre à février sera pratiquée avec avantage : 1® dans les localités où les hivers sont doux et les gelées tardives peu fréquentes ; — 2** pour les vieilles vignes, ou pour des variétés peu vigoureuses dont on maintiendra ainsi la forcé, en obligeant la sève à nourrii» exclusivement les boutons conservés. On préférera au contraire la taille du mois de mars et jusqu'au 15 avril pour certains cépages dont la trop grande vigueur nuit à la qualité et à Tabondance des produits ; pour les localités où les gelées tardives sont fréquentes et pour les contrées où les hivers sont rigoureux. Disons encore que, quelle que soit l'époque choisie, on devra toujours s'abstenir de tailler lorsque le bois sera gelé. A ce moment, la taille déchire le bois au lieu de le couper, et le bouton placé au-dessous de chaque section souffre beaucoup.

Toutes les fois que, par l'un des motifs précédents, on sera conduit à tailler après rhiver,il sera toujours utile de faire du milieu de novembre en janvier, et lorsqu'il ne gèle pas, une sorte de taille de nettoyage. Cette opération consiste à supprimer sur chaque cep toutes les productions inutiles, qui, dans tous les cas, doivent disparaître complétement.On ne laisse intacts que les quelques sarments destinés à la production de l'année suivante. En procédant ainsi on abrège beaucoup la taille du printemps sans être exposé aux accidents qui résulteraient de la taille faite avant ou pendant l'hiver.

mode de coupe des sarments et des i^posaes ramiAcations. — Dans les sarments de la vigne, le bois est' spongieux et la moelle est très-abondante. Or si Ton taille tout près d'un bouton en A {/îg. 38) il arrivera trèssouvent que, par suite des intempéries, la mortalité des-

TAILLE

Ml

cendra au-dessous de la coupe et compromettra ce bouton.

Pour éviter, cet accident il faudra tailler immédiatement

au-dessous du bouton supérieur en B,

de façon que la section rencontre Tétran-

glement que présente toujours le canal

médullaire au point d'attache de chacun

des boutons. Cette sorte d'obstruction

de ce canal abritera les tissus contre les

intempéries. Quant au prolongement G,

qui se desséchera bientôt, il disparaîtra

lors de la taille suivante, puisque chaque

année on taille au-dessous du point où

Ton a taillé Tannée précédente.

Les gi*osses ramifications doivent être coupées en biseau, afin que les plaies se recouvrent mieux. Il faut aussi avoir soin de couper tout près de la tige les bras à supprimer, et de couper tout près des

Fig. 38. — Mode de coupe des sarmeûls.

nouveaux prolongements les bras que Ton veut raccourcir. Toutes les fois qu'on fait sur la vigne des plaies un peu étendues, il serait utile de les recouvrir avec du mastic à greffer ou de la résine. Sans cette précaution, elles se cicatrisent' lentement, le bois est altéré par le contact de l'air, et la durée des ceps en souffre.

Instruments pour la taille de la vlf^ne. — Dans la région du Midi et du Sud-Ouest, où le bois de la vigne est fort et vigoureux, on se sert pour la taille d'une sorte de serpe dont la forme varie suivant les localités. La figure 39 représente la serpe du Médoc. Long d'environ 0™,14, son dos est assez épais en B pour pouvoir y appliquer l'intérieur de la main sans se blesser, tandis que la partie A est tranchante. Ailleurs, on donne à la serpe

la forme indiquée par la figure 40 ; elle présente une longueur d'environ 0'"20 et les points C et D sont tranchants.

Dans le Languedoc, la serpe offre la forme indiquée par la fig. 41 . Dans le nord de la région de la vigne, où les sar-

Fig. 39. — Serpe du Médoc Fig. '4O.— Serpe pour Fig. 41. —Serpe pour la taille de la vigne. la taiUe de la vigne. du Languedoc.

ments sont moins gros, on se sert de la serpette indiquée par la flg. 42, ou de celle que montre la fig. 43 et qui est usage en Bourgogne.

Toutefois, depuis quelques années, on tente de remplacer ces instruments par le sécateur, imaginé il y a environ un siècle par le marquis Bertrand de MoUeville. Le sécateur [fig. 44) se compose de deux branches se croisant vers leur partie antérieure, et dont Tune est terminée par une lame suffisamment arrondie, tandis que rextrémitéde Fautre offre un crochet formant une saillie épaisse audessous de laquelle glisse la lame. Un ressort maintient les deux branches écartées Tune de Fautre. La force de cet instrument varie suivant la grosseur habituelle des

TAILLE

saiTnenls à couper. La lig. 45 montre le sécateur employé

dans le Languedoc.

Fig. 42. — Serpette Fig. 43. —

employée dans Serpette de

le nord de la ré- la Bourgo-

gion vllicole. gne.

Fig. 44. — Sécateur.

Fig. 45. — Sécateur du Languedoc pour tailler la vigne.

Les nombreux essais comparatifs qui ont lieu depuis une trentaine d'années ne laissent plus aucun doute sur les avantages du sécateur comparé à la serpe ou à la serpette, pour la taille de la vigne. Il permet d'opérer avec beaucoup plus de rapidité, et Touvrier qui s'en sert est moins fatigué; puis il est plus facile de dresser des ouvriers pour manier le sécateur que pour se servir de la serpe. — On reproche, il est vrai, à cet instrument d'écraser un peu le sarment au point de la section et de faire une coupe moins nette qu'avec la serpe ; mais s'il est bien tranchant, sLla lame est suffisamment cintrée, si enfin on a toujours le soin de placer la partie saillante du crochet en dessus, cet, inconvénient sera peu sensible et sera largement compensé par la rapidité du travail. D'ailleurs cette mutilation n*a pas d'importance pour la vigne puisqu'il convient, dans tous les cas, de couper les sarments à 0™10 au moins au-dessus du bouton à réserver et que la

nouvelle taille est ffiite chaque année au-dessous du point opéré Tannée précédente.

Lorsque, pu* suite des nécessités de la taille, on a à retrancher complètement sur le cep un membre un peu volumineux, cette opération est difficilement exécutée .avec le sécateur et la serpe qui, dans ce cas, ébranlent la souche d'une manière fâcheuse. Le vigneron devra donc être pourvu d'une petite scie à main indiquée par la fîg. 46, mais il devra faire disparaître la trace de la scie sur la section en employant la serpette.

Nous avons vu plus haut que la taille a pour but soit de former la charpente du cep, soit d*assurer une fructification convenable. Nous allons examiner séparément ces deux opérations, en recherchant d'abord quelles sont les conditions à remplir lors de la formation des ceps.

Conditions à remplir lors de la formation des reps. — Le nombre des fornves imposées à la vigne dans le vignoble est presque incalculable. Ces formes sont parfois justifiées parles circonstances locales ou par le mode de végétation des cépages. Mais le plus souvent la fantaisie, Thabitude, l'empirisme ont présidé à cette opération.

Trois points doivent surtout appeler l'attention sous ce rapport : l'utilité de la souche ou charpente du cep ; les dimensions à donner à cette charpente, son élévation audessus de la surface du sol ; enfin la nécessité de la disposer suivant un plan vertical le plus mince possible.

Fig. 4^. — Scie à main.

TAILLE. 95

Ulililé de h souche ou charpente des ceps. — On pourrait facilement cultiver la vigne dans le vignoble et en obtenir d'abondants produits sans faire naître chaque' année, comme on le fait habituellement , les sarments fructifères sur une souche plus ou moins âgée et plus ou moins élevée au-dessus du sol. Il suffirait pour cela d'enterrer tous les ans le bois qui a donné lieu aux bourgeons fructifères, de façon à ce que, tous les ans, les nouveaux*sarments sortentde terre. C'estainsi qu'on procède dans le plus grand nombre des vignobles champenois. Mais Texpérience a démontré depuis longtemps que ce procédé, qui a pour résultat d'augmenter la vigueur des bourgeons fructifères, influe très-défavorablement sur la quahté des raisins, et par suite sur celle du vin. Il faut que la sève des racines qui arrive dans les grappes circule lentement , qu'elle y pénètre en petite quantité à la fois, afin qu'elle puisse recevoir dans les tissus du fruit une élaboration plus complète. La souche plus ou moins noueuse et tortueuse, interposée entre les racines et les bourgeons fructifères, donne ces résultats. La sève ne jpeut la traverser qu'avec une certaine lenteur, qui favorise dans les tissus du fruit la formation des éléments qui constituent les bons vins. Aussi plus la souche est vieille, étendue et tortueuse, moins les bourgeons sont vigoureux, et plus lés produits ont de qualité. Plus, au contraire, la vigne est jeune, vigoureuse, moins les vins qu'elle produit sont savoureux. C'est ce que nous montrent très-bien les premières grappes des jeunes provins.

Ce qui précède suffirait pour démontrer l'utilité de la charpente aérienne du cep. Il convient toutefois d'ajouter que cette souche permet en outre de faire acquérir au cep un développement en rapport avec son degré de vigueur, de façon à utiliser une plus grande quantité de sève au profit de la fructification.

Dimensions à donner aux ceps. — Toutes les variétés

de vigne ne se développe.tit pas avec la même vigueur. Les plus vigoureuses ont besoin d'une charpente assez étendue pour pouvoir fructifier abondamment; tels sont les Panses et la plupart des cépages propres au Midi. Si on les restreint dans des limites trop étroites, ils donnent lieu à une très-grande quanti téde bourgeons et de feuilles d'un développement prodigieux, mais la fructification est presque nulle. D'autres variétés exigent- des dimensions beaucoup plus restreintes, sous peine de les voir promptement épuisées ; tels sont les pinots et un grand nombre de celles qui sont propres à la région du Nord. L'étendue à donner à la charpente doit donc être proportionnée à la vigueur du cépage cultivé et aussi à la richesse du sol.

Élévation du cep au-dessus du soi, — L'expérience a démontré dans toutes les régions viticoles, que plus les raisins sont rapprochés du sol, sans le toucher, plus la maturité des grappes est précoce et complète. Cela est dû à la réverbération des rayons solaires, qui, frappant le sol, sont renvoyés sur les corps environnants ; et encore à ce que le sol, échauffé pendant le jour, abandonne cette chaleur pendant la nuit, sous forme de calorique rayonnant, au profit des grappes les plus rapprochées. Il faut donc conclure de ce qui précède que la charpente des ceps devra être d'autant moins élevée au-dessus du sol, que Ton s'éloignera davantage du Midi. C'est, en effet, ce qui est généralement pratiqué, ainsi que le montrent les vignes du Midi, de la région moyenne et du Nord comparées entre elles.

Nécessité de disposer les ceps suivant un plan vertical le plus mince possible, — Les ceps étant disposés en lignes bien orientées et suivant un plan vertical qui ne dépasse pas 0'"30 d'épaisseur lorsque la vigne est fouillée il en résulte les avantages suivants : Toutes les parties du cep sont mieux éclairées et mieux chauffées par le soleil ; les raisins mûrissent mieux et les bourgeons, mieux aoûtés,

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donnent lieu pour Tannée suivante à des sarments plus fructifères; en second lieu, le sol, ainsi découvert, s'échauffe mieux, et cette chaleur rayonne jour el nuit au profit des grappes et des bourgeons. Ajoutons que les cultures réclamées par le sol sont ainsi pratiquées beaucoup plus économiquement puisqu'on peut les faire exécuter par les animaux au heu de se servir des bras de rhomme ; en outre, ces façons peuvent être appUquées à toutes les époques de Tannée, lorsque Tétat du sol le permet, ce qui n'est pas possible lorsque Tespace qui sépare les ceps est rapidement envahi soit par la souche, soit par les pampres. Enfin, les diverses opérations de taille, d'ébourgeonnement, de pincement, de soufrage, de fumure et de vendange se font alors avec plus de rapidité. Disons enfin que cette disposition permettra de réahser une grande économie en substituant, comme nous Texpliquerons plus loin, les fils de fer aux échalas pour le support des vignes. Nous indiquerons bientôt les formes à choisir pour remplir ces conditions importantes.

Taille dets sarments fruetifëres. — Recherchons d'abord quels sont les principes qui doivent servir de base à cette opération.

Principes sur lesquels repose cette taille. — 1« Les fleurs, dans la vigne, naissent seulement sur les bourgeons (fîg. 47).

Fig. 'i7. — BourgeoQ fructifère de \a vigne.

2® Les bourgeons attachés sur les sarments ou rameaux

formés l'année précédente sont les seuls qui portent des grappes (/îff, 47). Les bourgeons qui naissent sur le vieux bois, comme cela a lieu accidentellement, sont presque toujours stériles (%. 48).

Fig. 48. ~ Bourgeon de vigne attaché sur le vieux bois.

S^ Sur un sarment proprement dit (%. 49) les bourgeons sont en général d'autant plus fertiles qu'ils naissent sur des points plus éloignés du vieux bois; ainsi les bourgeons qui naîtront des boutons A seront moins fertiles que ceux des boutons B, et ceux des boutons G porteront plus de grappes que ceux des boutons B, et ainsi de suite, mais pas jusqu'à l'extrémité, là où la végétation s'est arrêtée à l'automne précédent. En un mot c'est vers le milieu de la longueur du sarment que naîtront les bourgeons les plus fertiles.

Du reste, cette décroissance de fertilité des bourgeons d'un même sarment en allant du milieu à la base est beaucoup plus sensible dans certains cépages que dans d'autres. Ce sont les cépages les plus vigoureux dans lesquels cette décroissance est le plus marquée. Aussi ces cépages exigent-ils une taille plus longue que les autres au point de vue de la fructification.

4® Chaque cep ne peut nournr utilement qu'un nombre de grappes proportionné à son degré de vigueur. Si ce

TAILLK.

nombre est dépassé, non- seulement les raisins contiendront moins de sucre et donneront du vin médiore, mais encore ils mûrii*ont plus tardivement ; on obtiendra moins de vin pouj le même poids de vendange, et le cep sera épuisé pom' plusieurs années.

5® Enfin, il convient d'adopter pour les sarments fructifères un mode de taille tel que chaque année on puisse prendre comme nouveau sarment fructifère celui qui sera le plus rapproché de la souche (A iig. 50). On pourra ainsi conserver plus facilement à la charpente du cep une étendue proportionnée à son degré de vigueur. Autrement la souche dépasserait bientôt les limites qu'elle ne doit pas franchir.

Appliquons maintenant ces principes à la taille des sarments fructifères.

Les divers modes de taille usités dans nos vignobles au point de vue de la fructification sont les trois suivants :

l® La taille en courson.

2® La taille à long bois.

3* La taille mixte.

Taille en courson. — Dans un grand nombre de nos vignobles, tels que la Bourgogne, le Beaujolais, le Languedoc, etc., contrairement aux principes que. nous venons d'indiquer, on taille les sarments fructifères au-dessus des deux ou trois boutons les plus rapprochés de la base, retranchant ainsi les boutons plus fertiles, situés au delà de ce point. Ainsi on taille en G ou en D au heu de tailler en A (/îgr. 51). L'année suivante on a comme résultat ce

Fig. 50* — Taille des sarments fructifères.

CLLTURE DU VIGNOBLE.

que montrent les fig. 52 ou 53. Alors on conserve le sarment A le plus rapproché de la base, et on le taille comme la première fois ; ainsi de même chaque année. On donne le nom de courson, de broche^ de col au petit bout de sarment ainsi conservé.

Pour les cépages très-fertiles ce mode d'opérer donne souvent d'abondantes récoltes, surtout quand Tannée est favorable. Mais il n'en est pas de même lorsque, par suite des froids humides de Tété précédent, les sarments sont peu fructifères ; car en ne conservant à la taille que les deux boulons de la base, ceux qui sont naturellement les

Fig. 51. — Taille en Fig. 52. — Taille en Fig. 53. — Taille en courson des sar- courson des sar- courson des sarments fructifères; ments fructifères; ments fructifères 1" année. 2« année. 2« année.

moins fertiles, on s'exposera à une très-forte dimmutîon dans la récolte. Les mauvaises influences qui déterminent les gelées blanches, la coulure seront aussi d'autant plus redoutables que le mode de taille ne laissera sur le cep que le nombre de boutons fructifères rigoureusement nécessaire. Ce que nous disons là s'applique aux cépages naturellement très-fertiles. Que sera-ce alors pour ceux qui le sont beaucoup moins? 11 est vrai que pour ceux-là on laisse sur les coursons trois boutons au lieu de deux ;

TAILLE

mais celte modiflcalion ne fait que placer ces cépages dans les mêmes conditions de production que les premiers et les laisse exposés aux mêmes chances d'insuffisance de récolte. Ajoutons que souvent, pour les cépages trèsvigoureux, comme un certain nombre de ceux du Midi et du Sud-Ouest, cette taille en courson a pour résultat de restreindre Faction de la sève dans des limites trop étroites. On obtient alors un grand nombre de bourgeons d'une vigueur telle qu'il en résulte l'avortement des grappes rudimentaires.On emploie ainsi à produire du bois la sève qu'on eût beaucoup mieux utilisée au profit des raisins. Au reste cet inconvénient de la taille en courson est si bien reconnu que, dans plusieurs vignobles du Languedoc où la taille en courson est exclusivement employée, on conserve cependant sur les ceps les plus vigoureux quelques sarments taillés long, ainsi que le montrent les fig. 54, 55.

Fig. 54. — Cep très- vigoureux sur lequel on a conservé deux longs sarments fructifères.

Fig. 55. — Cep un peu moins vigoureux sur lequel on a conservé deux sarments fructifères portan chacun cinq boutons.

Concluons donc de tout ce qui précède qu'il sera préférable d'appliquer le principe exposé plus haut en adoptant le mode de taille indiqué ci-après.

Taille à lonff bois. — Dans d'autres vignobles presque aussi étendus que les premiers, tels que le Bordelais, le Jura, l'Auvergne, la Haute-Saône, la Savoie, etc., on

nyt

conserve au sarment destiné à la production une longueur variant entre 0""30 et 1 mètre. On donne à ce sarment, suivant les localités, les. noms de courgédy vinée, pleyon, archet^ asie^ sau^ telIOy îlèche^ tiret, etc. Ainsi au lieu de tailler le sarment fructifère B (fîg. 51) en Cou en D, on le coupe en A. L'année suivante on aura quelq^ue chose d'analogue à ce que montre la fig. 56. Pour continuer Tapplication de cette méthode, il faudrait conserver seulement le sarment B et le tailler en A. Mais on étendra ainsi la charpente du cep de la quantité B, G et de même chaque année. Or, ce résultat ne pouvait pas être admis. Aussi les vignerons ont-ils grand soin d'éviter celte extension indéfinie des ceps en soumettant chacun des sai'ments fructifères à une arcure fortement prononcée en B (ïîff. 57) surtout vers la base du sarment. Cette opération a pour résultat de faire naître un bourgeon vigoureux à

Fig. !.6. — Taille à long bois d'un sarment fructifère; 2« année.

Fig. 57, — Arcure des sarments fructifères ; !'« année,

.la base du sarment. L'année suivante ce sarment est constitué comme le montre la fig. 58. Alors on le taille en B et le sarment G taillé en A devient à son tour le sarment fructifère qu'on arque à la place du précédent. On opère (Je I4 même façon chat^ue année. Tel est le mode

TAILLE

lOJ

de taille qui nous paraît être le plus rationnel et le plus simple pour les sai*ments fructifères de la vigne.

Fig. 59. — Taille mixte ; !«•• année.

Fig. 58. — Taille du sarment fructifère ; 3« année.

Taille mixte. — Ailleurs où Ton pratique aussi la

taille à long bois, le •

sarment fructifère A (ûff. 59) est accompagné à sa base par uncoursonB destiné à fournir Tannée suivante les deux sarments de remplacement. Ainsi, on trouve, lors de la nouvelle taille le résultat que montre la fig. 60. Alors le sarment A est taillé en B pour la nouvelle fructification et arqué comme celui de Tannée précédente ; le sarment C est taillé en D pour fournir les sarments de remplacement pour Tannée suivante et le sarment fructifère F de Fig. eo. — TaUle mixtes 2« année

m CULTURE DU VIGNOBLE,

Tannée précédente est coupé en E. Il n'y a plus qu'à répéter chaque année ce même mode d'opérer.

Nous pensons que cette méthode, en usage de temps immémorial dans certains vignobles, et que Ton a tenté récemment de généraliser, est une complication inutile, et que Tarcure convenablement appliquée au sarment fnictifère, comme le montre la fig. 57, est très-sufflsante pour faire développer assez vigoureusement à sa base le sarment de remplacement, ainsi qu'on le voit dans les vignobles du Médoc si remarquablement tenus.

On a objecté contre la taille longue du sarment fructifère que cette méthode ne convenait pas à tous les cépages et que ceux qui étaient naturellement très-fertiles, comme les gamais, étaient rapidement anéantis par la surchage de produits résultant de cette méthode. On a dit également que ces mêmes produits mûrissaient plus tardivement et que les plants fins , comme les pinots, donnaient un vin de moins bonne qualité qu'avec la taille en courson. Tout cela sera parfaitement exact si, comme on l'a fait malheureusement, on érige cette méthode en un système qui consiste à donner au sarment fructifère foujours la même longueur, quels que soient les cépages, quel que soit le degré de vigueur de chaque souche. Or nous sommes loin de partager cette manière de voir.

Longueur à donner aux sarments fructifères. — Nous reportant aux principes exposés plus haut, nous disons que la longueur des sarments fructifères, c'est-à-dire la quantité de produits demandée à chaque cep, doit être proportionnée au degré de vigueur habituel du cépage ou à l'état particulier de chaque cep. Ainsi pour les cépages les moins vigoureux, comme le pinot noii*, le long bois ne devra pas dépasser O^âO de longueur, surtout si l'on tient à la qualité du produit ; pour les cépages les plus vigoureux du Midi on pourra, comme nous l'indiquons

TAILLK. 105

plus loin, multiplier les sarments fructifères et faire dépasser à leur ensemble 1"*50 de longueur.

En un mot la taille longue ne doit pas avoir pour but principal d'augmenter la somme de produit qu on peut obtenir, dans une année moyenne, d'un vignoble soumis à la taille en courson, et eu égard aux circonstances locales, au mode de culture et au cépage. Cette sorte de taille est surtout destinée à produire un plus grand nombre de grappes, en conservant les boutons les plus fertiles, de façon à faire une plus large part aux intempéries. Si ces intempéries n'agissent pas et que l'on ait à redouter une surabondance de récolte, rien ne sera aussi facile que de supprimer cette surabondance après l'époque de la coulure, et cela au moyen de ï'ébourgeonnement dont nous parlerons plus loin. D'où il suit que, par cette méthode, on arrivera à régulariser la production; on diminuera beaucoup le nombre des mauvaises années et on élèvera ainsi le rendement moyen des vignobles. Ce mode d'application de la taille longue doit faire comprendre maintenant qu'on peut y soumettre avec avantage toutes les variétés de vignes, même les gamais et les pinots. Nous n'en voulons d'ailleurs d'autre preuve que les faits suivants : En Bourgogne, le gros gamais qui y est cultivé est soumis à la taille en courson. Dans le département voisin, la Haute- Saône, ce même cépage reçoit la taille longue ; il en est de même dans le Puy-de-Dôme. Dans la Gôte-d'Or le pinot noir est taillé en courson ; chez M. le comte de Laloyère à Savigny, près de Baune, il est taillé à long bois, et l'on n'a pas constaté que le vin qu'il en obtient soit de moins bonne qualité que celui des pinots placés dans les mêmes conditions de sol et de culture, mais taillés en courson. Nous concluons donc que la taille à long bois , pratiquée avec les soins que nous venons d'indiquer , est préférable à la taille en courson.

MHi OULTLRi: DU Yir.NOHLK.

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