SUPPOUTS POUR LA VIGNE
IJtilité des supports pour la Ti^ne. — La vigoe est un arbrisseau sarmenteux que la nature a pourvu d'appendices filamenteux ou vrilles qui lui permettent de s'élever au-dessus du sol en s'attachant aux arbres voisins. Elle n'est donc pas destinée à ramper sur le sol. Si on 4aisse ses longs bourgeons couvrii» la terre, on voit bientôt la qualité et la quantité de ses produits diminuer d'autant plus que l'on s'éloigne davantage du Midi. Nous savons, en effet, qu'il faut un certain degré de chaleur continue pour mûrir les raisins ; ils reçoivent cette chaleur ou des rayons directs du soleil, ou par réverbération, lorsque les rayons solaires sont réfléchis par les graviers qui couvrent la terre. Ils la reçoivent encore pendant la nuit lorsqu'elle s'échappe du sol échauffé pendant le jour. Or, si les pampres couvrent en rampant tout le terrain environnant, celui-ci ne peut s'échauffer et les grappes enveloppées par les feuilles sont soustraites à l'action du soleil. Les sarments eux-mêmes, en partie ombragés, sont imparfaitement constitués et ne donnent qu'un faible produit l'année suivante. Ajoutons que les bourgeons laissés libres sont détachés souvent pendant Tété par la violence des vents. Déplus, la plupart des grappes, en contact avec le sol, pourrissent dans les années humides et influent très-défavorablement sur la qualité du vin. Enfin, les bourgeons épars sur la terre sont un obstacle sérieux à la culture du sol pendant la végétation. Ces divers inconvénients disparaissent si l'on donne à la charpente et aux bourgeons de la vigne un support tel que le sol et toute l'étendue du cep reçoivent suffisamment l'action des rayons solaires.
Du reste, cette utilité des supports pour la vigne a été si bien reconnue dans toutes les contrées viticoles, qu'en France, sur soixante-seize' départements qui cultivent le vignoble, on en compte soixante où l'on fait usage des
supports. Les seize départements qui n'ont pas adopté cet usage appartiennent presque tous à la région du Midi, et dans cette contrée cette abstention est seulement déterminée par un motif d'économie, par suite de la valeur peu élevée des produits du vignoble. On y choisit d'ailleurs des cépages dont le bo.is est assez roide pour se soutenir en partie. Il n'est pas douteux, toutefois, que l'abondance et la qualité des produits gagneraient notablement si ces vignes étaient pourvues de supports.
Divers ntodeii de «apporte. — Les disposition^ adoptées pour supporter les vignes varient nécessairement suivant la forme donnée à la charpente du cep, et aussi suivant le mode de taille adopté au point de vue de la fructification. Ces formes étant très-diverses, on comprend que les sortes de supports employés sont elles-mêmes très-nombreuses. On peut les classer dans les quatre groupes suivants :
1** Les vignes supportées par elles-mêmes.
2*" Les supports au moyen d'arbres vivants.
3" Les supports en bois mort.
4® Les supports mixtes, c'est-à-dire en bois et en fil de fer.
Examinons ces divers procédés et recherchons ceux qui donnent les meil leurs résultats avec le moins de dépense.
1" Vignes supportées par elles-mêmes, — Pour éviter la dépense toujours assez considérable des supports, M. Miramont, propriétaire à Maurecourt, près de Pontoise, a proposé de lier ensemble
Fig. 61.-
Vignes supportées par elles-môraes.
les
lOB
bourgeons des ceps les plus rapprochés les uns des autres, en leur donnant la disposition indiquée par la ligure 61 . Chaque lig^ne de ces pyramides est séparée en
avant et en arrière par un espace vide destiné à faciliter les travaux de culture.
Cette manière de supporter la vigne laisse toujours les grappes en partie privées de soleil ; et d'ailleurs il est probable que ces pyramides seraient bientôt couchées par le vent. Il en sera de même pour le mode de support usité à Ladon dans Tarrondissement de Montargis {fîg. 62). Il faut donc renoncer à remploi de ce moyen.
2" Vignes supportées par des arbres vivants, — Dans certaines régions du Midi, en Italie, dans le Béarn, en Savoie, dans le Dauphiné, le'Bigorre, et€., on évite la dé-
Fig. 6i. — Vignes supportées par elles-mêmes.
Fig. 63. — Vignes supportées par des arbres vivants.
pense annuelle des échalas en faisant supporter la vigne par des arbres vivants (fig. 63).
Nous avons observé ce mode de support dans la Savoie où Ton donne aux vignes ainsi cultivées le nom de haulins. Eu voici la descrption *
Lesarbres choisis pour cette destination doivent être rustiques, leur feuillage doit produire peu d*ombrage; ils doivent supporter des élagages fréquents , présenter une longue durée et avoir des racines peu traçantes. L'érable champêtre est généralement choisi pour cela. La tige de ces arbres présente, au moment delà plantation, une circonférence d'environ 0"10 à 1 mètre du sol, et la tige est coupée à une hauteur de 2°*20. On les plante en lignes parallèles distantes de 7 mètres, si on peut les diriger du sud au nord, de 14 mètres lorsqu'elles vont du levant au couchant. Cette plantation est faite avec soin, de façon à favoriser le plus possible le vigoureux développement des arbres. On plante un cep à 1 mètre du pied de chaque arbre et sur Taxe de la ligne de plantation.
Fig. 64. — Plan de la tête des arbres Fig. 65. — Profil de Tune des qui supportent la vigne. branches de Tarbre (fig. 64}.
On procède ensuite d'année en année à la formation de la tête de ces arbres. Celle-ci doit présenter, lorsqu'elle est complètement établie, la forme d'un gobelet de 2 mètres de diamètre sur une hauteur égale. Cette tête se compose de six branches principales (A, ûg, 64) portant en dehors et vers le milieu de leur longueur une branche divisée en trois ramifications B, à chacune desquelles on donne le
nom de valel. La figure 65 montre une des branches principales portant ses trois valets B. Lorsque l'arbre est annvé à cet état de développement, on supprime chaque année, lors de la taille de la vigne, tous les rameaux de Tarbre développés pendant Tété, pour ne conserver que les branches principales dont nous venons de parler.
Les jeunes ceps plantés à 1 mètre du pied des arbres étant âgés d'environ trois ans et ayant développé de beaux sarments, on n'en conserve qu'un seul et le cep est provigne de façon à amener ce sarment au pied de la tige de chaque arbre. On procède alors à la formation des ceps. Leur tige est allongée jusqu'à la hauteur du point où la tète de l'arbre est formée. Là elle se divise en un nombre de ramifications égal à celui des branches principales qui forment cette tête, puis ces ramifications suivent chacune de ces six branches. Arrivées vers le sommet, elles se divisent en trois et donnent lieu chaque année, à leur extrémité, à un sarment fructifère. On conserve à ce sarment une longueur d'environ 1"»50, puis on le courbe verticalement vers le sol en le fixant sur un des valets dont nous avons parlé Plus haut. Chacune de ces têtes d'arbres est donc ainsi pourvue de 18 longs sarments fructifères. Si quelques-uns des valets viennent à manquer on y supplée au moyen d'une portion de cerceau (A, fiff. 66).
La végétation des ceps est complètement abandonnée à elle-même pendant l'été. Au moment de la Fig. 66. ^ cerceau employé ^^^^^^ ^hacun de CCS lougs sarmeuts pour suppléer aux valets, est coustitué commo Ic montre la figure 67. Par suite du renversement de ces sarments vers le sol, de nouveaux et vigoureux sarments (A, B) se sont
développés sur la courbe. Lors de la taille, on choisit le sarment B, le plus rapproché du vieux bois ; on coupe en C, et le sarment B sert de nouveau de sarment fructifère.
La même opération est répétée chaque année.
Ces supports sur bois vivants présentent les inconvénients suivants : 1" les arbres épuisent le terrain environnant et nuisent aux autres récoltes du sol ; 2" les autres récoltes occupant le sol jusqu'au pied des ai'bres, il n'est pas possible, sous peine de grands dommages pour ces récoltes, d'appliquer aux ceps les soins qu'ils réclameraient pendant leur végétation, tels qu'ébourgeonnement, pincement, effeuillement, etc. ; 3® il résulte
de l'absence de ces soins que Pig.e7.--Taille des sarments frucUles raisins sont presque tOU- fères sur les vignes supportées par
jours privés de l'action directe ^®s arbres. du soleil et que le vin est de médiocre qualité : cette infériorité dans la qualité est encore augmentée par l'élévation de la récolte au-dessus du sol ; 4® l'ombrage dont nous venons de parler favorise beaucoup le développement de l'oïdium, et la hauteur des arbres rend très-difficile l'application du soufrage ; 5® enfin et surtout le produit maximum ne peut être obtenu qu^après la formation complète de la tête des arbres, et ce but n'est atteint qu'environ 25 ans après la plantation des arbres.
Par ces divers motifs nous ne croyons pas devoir conseiller cette sorte de support.
3® Supports en bois mort. — Ce mode de support pré-
Fig. 681. — Vignes supportées par un arbre mort.
1. Celle Hgure indique l'ensemble de ce mode de culture que nous avons remarqué en. 1864. dans les vignes d'Albertville (Savoie), lorsque nous y avons été envoyé pour notre enseignement.
SUPPORTS DES CËPîJ. i\^
sente des dispositions extrêmement variées. Tantôt ce sont, comme nous Tavons vu dans la Savoie, des arbres morts auxquels on a conservé* les plus grosses racines et leurs branches principales, comme le montre là figure 68. D'autres fois ces supports forment de véritables treillages {lîff. 69), comme nous en avons rencontré de fré-
LJLli
Fjg. 69. — Vignes supportées par un treillage.
quents exemples dans la Savoie et dans Tlsère. Enfin les supports en bois mort sont le plus souvent employés sous forme de perches plus ou moins grosses, plus ou moins longues, auxquelles on donne les noms d'échalas, de paisseauXf de carassons, etc. Ce dernier mode de support est le plus employé et c'est celui dont nous devons, à cause de cela, nous occuper plus particulièrement.
La longueur de ces échalas varie entre 1 et 3 mètres, suivant la hauteur des vignes, et leur diamètre est de 0"»02 à 0™05 suivant leur longueur. Ils sont en bois dur, tel que chêne, châtaignier, acacia, pin gemmé, ou en bois blanc, tel que saule, peuplier, coudrier. On augmente leurdurée en charbonnant la base sur une longueur d'environ 0"40 et en trempant immédiatement cette partie dans un bain de goudron végétal. — Depuis quelques années, on applique
lU CULTURE DU VIGNOBLE.
le procédé Boucherie à la conservation des échalas et sur* tout des échalas en bois blanc, qui ont alors une durée presque égale à ceux en bois dur. Il est vrai qu'alors ils reviennent à un prix aussi élevé que ces derniers. — On procède ainsi à cette opération :
Faire une citerne cimentée d'une longueur en rapport avec celle des échalas. Préparer dans cette citerne une dissolution à froid de sulfate de cuivre dans l'eau, dans la proportion de 2 kilogrammes de sulfate par hectolitre d'eau ; le sel de cuivre, placé à fleur d'eau dans de petits paniers, se dissout successivement. Débiter les échalas lorsque le bois est encore vert ; les botteler, les faire plonger entièrement dans le liquide ci-dessus pendant quinze jours environ et les faire sécher à l'ombre, toujours en bottes bien serrées, afin de les empêcher de se déformer.
Renouveler le bain de temps en temps pour qu'il conserve la même force. Il n'est pas nécessaire d'enlever l'écorce qui recouvre parfois les échalas.
On a aussi conseillé le procédé suivant comme préférable au précédent :
Dissoudre à chaud le sulfate de cuivre dans la proportion de 1 kilogr. 1/2 par hectolitre d'eau en portant la température à 60*» centigrades, après y avoir plongé préalablement les échalas vifs et fraîchement écorcés. Laisser refroidir le bain jusqu'à 20°, puis retirer les paquets d'échalas. Il résulte de ce mode d'opérer que, sous l'influence de la chaleur et de la pression du liquide, les gaz contenus dans le bois en sont chassés et que, parle refroidissement des eaux de dissolution, celles-ci pénètrent jusqu'au centre de Téchalas. Maintenir le degré de dissolution à 6° 1/2 du pèse-sels de Baraben. — Cette opération est ffiite dans de grandes cuves cerclées en bois ; car le sulfate de cuivre attaquerait rapidement les cercles en fer. Ces cuves sont chauffées par un jet de vapeur. On pourra aussi se servir de chaudières en cuivre.
Dans le département de Maine-et-Loire, où les carrières d'ardoises sont abondantes, on débite celte pierre en morceaux de 1"30 de longueur environ sur 0™05 à 0"06 de diamètre pour faire des échalas qui ont une durée indéfinie. Le poids de chacun d*eux est de 5 à 6 kilogr.
Le plus souvent on ne place qu'un échalas au pied de chaque cep (%. 70). Parfois, comme dans certains vignobles de la vallée du Rhône, un seul échalas sert pour trois ceps. Les bourgeons des deux ceps les plus rapprochés de celui près duquel Téchalas est fixé sont attachés tous ensemble sur cet échalas, au moyen d*un osier.
L'ensemble de c^s trois ceps ressemble alors à une sorte de pyramide triangulaire.
Ailleurs, dans les palus du Bordelais et dans les vignobles des coteaux de la rive droite de la Garonne, de Bordeaux à Blaye, on place deux ou trois échalas au pied de chaque cep (%. 71). Il en est f»s de même dans les départements de l'Allier et du Puy-de-Dôme. Mais dans ces dernières localités les échalas, presque toujours en bois blanc, et assez flexibles, sont réunis entre eux au sommet, au moyen d'une ligature.
Sur les pentes rocheuses des bords du Rhône, les ceps, réunis par groupes sur les petits espaces où l'on trouve assez de terre végétale, sont supportés par des échalas ayant environ 3 mètres de hauteur et réunis entre eux à leur sommet au moyen d'une ligature {ûg. 72).
Enfin ces supports en bois se composent parfois de piquets enfoncés dans le sol à 1"50 d'intervalle ; ils sup-