DIVERSES OPÉRATIONS APPLIQUÉES AUX CEPS AUTRES QUE LA TAILLE
Atiaelte des ceps et pliage des earmeiits fruetifëree. — Aussitôt après la taille, il convient de fixer solidement les ceps sur les fils de fer. Si la charpente présente la forme bilatérale (p. 139), on tâchera de placer les deux bras suivant le même degré d'inclinaison. Autrement, le plus abaissé deviendrait bientôt moins vigoureux que l'autre.
C'est aussi à ce moment que l'on doit attacher les sarments fructifères. Pour le mode de taille que nous avons recommandé, il importe qu'on puisse obtenir chaque année un sarment vigoureux à la base de celui qui a porté les bourgeons fructifères pendant l'été précédent B (%. 59) . Le meilleur moyen, destiné à produire ce résultat, consiste à arquer fortement le sarment G {fiff. 59), en lai faisant occuper la ligne ponctuée B (%. 58). Il en résuite alors que la sève , empêchée de suivre sa direction naturelle , la ligne verticale, agit avec force à la base du sarment et y
OPËHATIONS DIVERSES.
fait développer im bourgeon vigoureux. On conçoit dès lors que ce pliage des sarments fructifères doit être exécuté avant rentrée en végétation des ceps. Autrement, une partie de la sève aurait déjà dépensé son action au profit du sommet du sarment et Ton aurait moins de vigueur à la base. S'il s'agit d'un terrain en pente et que les lignes de ceps soient dirigées parallèlement à cette pente , il conviendra de diriger les sarments fructifères e!i les pliant vers la base de la pente; on favorisera encore de cette façon le développement vigoureux du nouveau sarment fructifère.
La meilleure ligature qu'on puisse employer pour fixer les ceps contre les supports est V osier ou vime. Aussi il conviendra de réserver dans le voisinage du vignoble une surface de terrain suffisante pour y cultiver la quantité d'osier nécessaire. Le sol devra être riche, fertile et un peu frais. Les souches d'osier y seront plantées en quinconce, à 1 mètre de distance. On devra appliquer à ce terrain deux façons chaque année, un labour en hiver, après la coupe de l'osier, et un binage en été (1).
Fig. ins. — Fente des osiers ou vimes.
(i) Voir dans ce volume le chapitre consacré aux oseraîes.
Dans le Çordelais, les brins d'osier employés à l'attache des ceps et des sarments fructifères sont fendus en trois en procédant de la manière suivante : On incise d'abord en trois le sommet de chaque osier (/zgr. 153). Lorsque tous les brins ont été ainsi préparés, on introduit entre ces trois parties un instrument en bois dur que montre notre figure et qui, poussé par la main, opère d'un bout à l'autre une sec^ tion longitudinale, régulière, à trois brins. Ce travail est rapidement exécuté pendant les soirées d'hiver.
Ébonr^eonnemeiit. — Cette opération consiste dans la suppression complète des bourgeons inutiles pour la fructification de l'année, pour celle de l'année suivante, on enfin pour l'entretien de la charpente. On conçoit que la suppression de ces bourgeons a pour résultat de faire tourner au profit des grappes et des bourgeons conservés la sève qui aurait alimenté inutilement ceux qu'on a enlevés. On a ainsi une récolle plus abondante et de plus beaux sarments pour l'année suivante. D'après ce qui précède, il y aurait avantage à faire l'ébourgeonnement le plus tôt possible, lorsque les bourgeons n'ont encore que O^'Oi à 0'"05 de longueur ; mais ce mode d'opérer présenterait un grave inconvénient : comme à ce moment les grappes rudimentaires ne sont pas encore visibles, on s'exposerait à enlever les bourgeons qui donneront des grappes et à conserver ceux qui n'en auront pas. Aussi cette suppression ne devra être faite qu'à l'apparition des jeunes grappes, c'est-à-dire lorsque les bourgeons auront atteint une longueur de O'^lâ à 0^15.
Au moment que nous venons d'indiquer, la sève peut, sans effort, sans trouble pour la végétation, changer de direction et concentrer son action sur les bourgeons conservés ; ceux-ci prennent un plus grand développement et viennent remplacer, dans leur action sur rensemble de la végétation du cep, ceux qu'on a enlevés. Mais si
rébourgeonnement est effectué plus tard , lorsque par exemple les bourgeons ont atteint une longueur de 0°» 60 à O" 70, la vigueur de l'ensemble du cep en souffre ; et, quoique les bourgeons conservés paraissent prendre plus dé développement, il arrive qu'une grande quantité de sève a été absorbée inutilement, et que les bourgeons supprimés ont disparu avant d'avoir pu développer entièrement les organes essentiels à la vje des plantes, c'est-à-dire de nouveaux prolongements radicaux et do nouvelles couches de liber et d'aubier. D'un autre côté, le brusque changement qui en résulte dans la direction naturelle de la sève, au moment où sa circulation était le plus active, détermine dans la végétation un temps d'ai'rêt nuisible à tous les tissus en formation. Ce n'est que longtemps après que la sève se dirige enfin vers les bourgeons conservés, qui poussent alors avec vigueur, mais moins cependant que si l'ébourgeonnement eût été pratiqué plus tôt.
Bourgeons à supprimer. — L'ébourgeonnement doit être pratiqué dès le jeune âge des ceps. Ainsi, lorsqu'on leur applique la première taille, on ne doit conserver sur chacun d'eux que les deux plus beaux bourgeons. Lors de la seconde taille (%. 89) on ne garde sur le sarment conservé A que les deux ou trois plus beaux bourgeons, selon la forme que l'on veut donner au cep.
Plus tard, lorsque la charpente est formée, on ne doit conserver aucun bourgeon sur le vieux bois, à moins qu'il ne soit destiné comme, en A(ûff, 154), à fournir plus tard le moyen de raccourcir les bras du cep lorsqu'ils ont atteint une trop grande longueur ; alors, le sarment qui en Résulte est chaque année taillé sur un bouton jusqu'au moment où le bras du cep est coupé immédiatement au-dessus de ce point.
, -C'est surtout sur les sarments fructifères qu'on doit ifaire porter l'ébourgeonnement. Ainsi que nous l'avons
dûi CULTURE DU VlGNOBLË.
expliqué plus haut, on donne chaque année à ces sarments une longueur variant entre 0"»20 et 0™80, selon le degré de vigueur de chaque cop ou du cépage cultivé^
Fig. 154. — Ebourgeonnement d'un sarment fructifère.
puis on les arque en les attachant sur le fil de fer. Loi*squeles bourgeons ont atteint une longueur d'environ 0"»20, ces sarments sont constitués comme l'indique la figure 154. Le bourgeon B doit être conservé dans tous les cafs, pour fournir un nouveau sarment fructifère l'année suivante. On recherche ensuite parmi les autres ceux qui portent les plus belles grappes. Comme les accidents de coulure sont encore à redouter on doit conserver un nombre de grappes une fois plus considérable que celui qui peut être nourri sans fatigue par le cep. — Voici la règle qu'on pourra suivi*e à cet égard : Pour les cépages très-peu vigoureux , le pinot de Bourgogne par exemple , loi-squ'on tiendra surtout à la qualité, on ne conservera que quatre grappes ; si le cep est plus vigoureux, on laissera huit grappes. Pour les cépages plus vigoureux que le pinot, on conservera environ douze grappes. Enfin, pour les cépages très-vigoureux et portant deux sarments fruc-
OPÉRATIONS DIVERSES. â03
tifères (p. 139 et 140) on pourra garder jusqu'à 40 grappes, en conservant tous les bourgeons qui en sont pourvus. Nous indiquons plus loin le moment à choisir pour supprimer les grappes surabondantes. — Comme il arrive souvent que le même bourgeon porte deux grappes, il est bien entendu qu'on ne conservera que le nombre de bourgeons suffisant pour avoir la quantité de grappes voulue. On comprend aussi que ceux de ces bourgeons qui en sont dépourvus doivent disparaître.
Toutefois si , conraie cela arrive trop souvent , un des sai'mentsfmctifères du même cep (p. 189 et 140) ne donnait que des bourgeons dépourvus de grappes, tandis que le sarment opposé en serait pourvu, il conviendrait de conserver sur le premier un nombre de bourgeons égal à celui qu'on a laissé sur le second. Autrement le bras stérile sur lequel on ne laisserait que le bourgeon de remplacement B (ûff. 154) deviendrait immédiatement plus faible que Tautre.
Lorsque, malheureusement, tous les sarments fructifères d'un cep seront dépourvus de gi*appes, il sera utile de conserver quelques bourgeons , en outre des bourgeons de remplacement A et B {âg. 154) ; car un ébourgeonnement exagéré a pour résultat d'affaiblir le cep en le privant des oi'ganes nécessaires à la production de nouveaux tissus et de nouvelles racines.
Section des i^rappes. — Dans quelques vignobles, et notamment dans le Jura, où certains cépages, comme la mottdeuse, présentent des grappes très-longues , on pratique la section de ces grappes ; c'est-à-dire qu'au moment de rébourgeonnement, on coupe avec les ongles la pointe de la jeune grappe, en b {fig. 155). Cette suppression a toujours pour résultat de faire acquérir aux grains une grosseur d'un tiers plus considérable, comme le montre la grappe d comparée à la grappe a, et de les faire mûrir quinze jours plus tôt.
Aeeolase des bourseons. — Cette opération consiste à fixer les bourgeons sur les fils de fer lorsqu*ils cint atteint un certain développement.
Fjg. 155. — Sectiou de Textréinité des jeunes grappes.
Cette opération est très-importante ; elle a pour bui-^ faire que les grappes et les bourgeons reçoivent une influence suffisante du soleil, d'eiçpêcher les grappes de toucher le soî dont rhumidité les ferait poumr, d'empêcher aussi les jeunes bourgeons d'être détachés du cep par les grands vents, enfin de permettre Texécution des façons que réclame le sol pendant Tété.
L'accolage doit être fait dans le vignoble aussitôt que les bourgeons ont dépassé de 0"i5 environ le point où ils doivent être attachés. — Ils ont alors une longueur d'environ 0™50. On doit exécuter ce travail de manière à plaoêr les bourgeons les uns à côté des* autres , dans une position verticale pour les bourgeons fructifères, et de façon à ne pas envelopper les feuilles dans la ligature.
Les liens dont on se sert le plus ordinairement pour fixer les bourgeons sont des brins de paille de seigle coupés à 0™30 de longueur et ramollis dans Teau, du joac
OPÉHATIOiNS DIVERSES. 305
ooupé vert et séché à Tombre, de l*écorce d'osier ramollie idfti)& Veau, etc.
Quelle que soit la ligature employée, il faudra faire un tour complet sur le fil de fer avant d'y fixer le bourgeon ; autrement ce bourgeon pourrait être coupé par le fil de fer et la ligature serait imparfaitement fixée sur ce dernier.
Pineement de« bonrs^ons* — Cette opération a pour but la suppression de la pointe des bourgeons lorsqu'ils ont dépassé de 0"*25 environ le point où ils sont attachés. On applique ce pincement seulement aux bourgeons fructifères C, D, E, F (%. 154). Les bourgeons A et B destinés à la taille de l'année suivante doivent être exceptés.
Le pincement de ces bourgeons a pour résultat de diminuer les chances de coulure des grappes et de favoriser leur développement. En effet, les grappes sont douées, comme les feuilles, de la faculté d'attirer à elles la sève des racines ; si les feuilles sont nombreuses sur le bourgeon, teur force d'absorption domine celle des grappes qui sont phis exposées à couler. Si le nombre des feuilles est diminué par le pincement, la faculté d'absorption des grappes n'^ant plus entravée, elles prennent un plus grand déve- ^pement.
D'ailleurs, en diminuant ainsi la vigueur des bourgeons fructifères, on favorise d'autant l'acoroissement des bourgeons A, B, destinés à asseoir la taille l'année suivante.
Ineision «nnnlaire. — Cette incision est pratiquée de deux manières : tantôt on incise circulairement l'écorce du sarment fructifère à sa base, d'auti*es fois on enlève uti anneau d'écorce sur le jeune bourgeon qui porte directement la grappe et, dans ce cas, l'incision est pratiquée immédiatement au-dessous du point où la grappe est attachée.
L'incision annulaire empêche la coulure, augmente le volume des grains de raisin et hâte leur niaturatiott. — Cette opération, recommandée par Pline et
lit
iOd
CULTURE DU ViGNOfiLE.
Columelle, a été, depuis cette épocpie, exécutée plusieui'ô fois dans les vignobles, mais toujours à titre d'essai. Jusqu'à présent elle n'est pas entrée dans le domaine d'une pratique habituelle. Lancry, qui était pépiniériste à Mandres (Seine-et-Oise), est celui qui , par ses applications prolongées, à partir de 1776, a particulièrement appelé l'attention sur cette méthode pendant le siècle dernier. Depuis quelques années on s'en occupe de nouveau et nous espérons que, par suite des bons résultats qu'elle donne, elle ne tardera pas à se généraliser dans nos vignobles.
Nous venons de dire qu'on peut pratiquer cette annulation soit sur le sarment fructifère, soitsur le jeune bourgeon qui porte les grappes. Voici comment on opère dans l'un et l'autre cas. Pour le sarment fructifère, on fait l'incision avant l'épanouissement des fleurs au moment où l'on procède à l'ébourgeonnement. Cette incision est pratiquée en J (/?gr. 154) immédiatement au delà du bourgeon de remplacement B dont le développement se trouve singulièrement favorisé par cette opération. La largeur de l'anneau d'écorce enlevé ne doit pas dépasser 0"»003, et cette décortication doit être faite sans altérer la jeune couche ligneuse. On a imagné de petits instruments connus sous le nom de pinces à inciser ou de coupe-séve, et destinés à pratiquer rapidement ce travail. La figure 156 représente le coupe-séve pourvu de quatre lames. La figure 158 montre une pince à inciser portant seulement deux lames dentées. On emploie aussi des inciseurs à lames noft dentées (ùg.ibl), — D'après M. de Tarrieux, de Saint-Bonnet (Puy-dfe-Dôme), qui, depuis 1852, fait pratiquer l'incision
Fig. 156. r- Coupesève pour pratiquer l'incision annulaire.
Fig. 157.— Inclseur à lames non dentées.
Fig, io8. — Inciseurà lames dentées.
dans ses vignobles, un ouvrier peut facilement inciser dans sa journée cinquante ares de vignes. — Mais on comprend que Topéralion que nous venons de décrire n'est applicable qu'aux vignes taillées à long bois.
Lorsqu'on voudra pratiquer l'incision annulaire sui' les vignes taillées en courson , on sera obligé d'appliquer cette opération sur chacun des jeunes bourgeons fructifères. Alors on fera cette incision immédiatement au-dessous du nœud qui supporte la grappe {%. 159) et cela au moment de l'épanouissement des fleurs. On remarquera que ce second mode d'opérer est peu applicable au vignoble, par suite de la lenteur du travail, et qu'il ne conviendrait qu'aux treilles taillées en courson pour la production des raisins de table.
L'expérience a démontré que l'incision annulaire convenablement appliquée diminue très-notal.lement la coulure, augmente le volume des grains, hâte la maturation Qt favorise ainsi l'abondance, la qualité du produit. — En effet, le colonel d'artillerie Bouchotte faisait pratiquer cette opération en 1821, aux environs de Metz,
Fig. 159. — Incision annulaire des bourgeons de la vigne.
sur trente-cinq ares de vignes, et obtenait d'abondants produits, tandis que le restant de son vignoble était ra-^ vagé par la coulure. — Voici également les résultats plus précis obtenus par M. de Tarrieux dans son vignoble de Saint-Bonnet :
Pour une surface de 1 hectare 80 ares,
Produit des Produit des
vignes incisées, vignes non incisées.
En 1853 67 hectolitres. -17 hectolitres.
En 1854 73 — 20 -
En < 857 77 — 2'4 —
Quant à l'accroissement en volume des grains et à la précocité de la maturité, nous avons maintes fois pratiqué l'incision sur un grand nombre de cépages et toujours nous avons obtenu des grains de raisin d'un tiers plus gros et mûrs quinze jours plus tôt. Le colonel Bouchotte et M. de Tarrieux ont constamment obtenu les mêmes résultats. ,.
On a dit que l'opération dont nous nous occupons influait défavorablement sur la qualité du vin. Or, voioi.le résultat des recherches faites à cet égard par une commission ofBcielle sur les raisins de M. de Tarrieux:
Soumis au pesage gleucoraétrique, les moûts ont donné, pour 1,000 grammes,
RAISINS INCISÉS. RAISINS NON INaSl^S.
Sucre 227,5 grammes. 2<7,S grammes.
Alcool 13,25 — 12,7 —
M. de Tarrieux affirme de la manière la plus positive que les vins provenant des vignes incisées sont supérieurs par la couleur et le goût. C'est aussi ce qui a été constaté par la commission dont nous venons de parler.
Enfin on a également parlé de la saveur du raisin. M. de Tarrieux reconnaît que les raisins incisés sont plus âpres. M. Henri Bourchet reproche à l'incision d'enlever aux raisins muscats une partie de la saveur qui les distingue.
Atjyoutons encore que les producteurs si intelligents de Tbomery n'ont pas recours à cette opération pour leurs raisins de table, parce qu'ils pensent également que cela influe, défavorablement sui* la saveur de leurs cbasselas .
Quant au mode d'action de l'incision annulaire pour produire les divers résultats que nous avons constatés plus haut, on a tenté de l'expliquer d'une façon qui, physiolo^ giqoement, nous parait laisser beaucoup à désirer. Quant à nous, nous nous contentons de constater l'existence réelle de ces résultats.
Concluons donc de tout ce qui précède que l'incision annulaire sera une excellente opération pour tous les vignobles destinés à la production des vins ordinaires et taillés à long bois. — Quant aux vignes cultivées pour les vins fins, nous pensons que de nouvelles expériences doivent être tentées pour s'assurer que cette opération ne diminue pas le bouquet que l'on recherche dans ces vins.
M^^wàmge des bonrseons. — Les bourgeons A, B (%. 154),, qui n'ont pas été pinces, poussent d'autant plus vigoureusement que le pincement des bourgeons fructifères les fait profiter d'une plus grande quantité de sève. On ne peut les laisser s'allonger indéfiniment sous peine de les voir traîner bientôt sur le sol et entraver les façons d'été à donner à la terre. 11 convient donc de les attacher suivant la direction indiquée par les lignes ponctuées {Hff. 154); puis on les rogne lorsqu'ils ont atteint une longueur d'environ 1*"25.
Le pincement, appliqué aux bourgeons fructifères, a presque toujours pour résultat de faire développer de fauk bourgeons à l'aisselle des feuilles supérieures (A, fiff. 160). Ces faux bourgeons
Fig. 16a. — Rognage des bourgeon;; de la vigne.
peuvent acquérir une grande vigueur et déterminer la confusion. Il sera utile de les rogner au même moment en les coupant au-dessus de leur deuxième feuille. Suppression des ir^i^PP^s surabondantes.
— Au moment oii Ton procède au rognage dont nous venons de parler, les grains de raisin commenceront à se former. On n'aura plus à craindre alors les accidents de coulure. C'est le moment qu'il faudra choisir pour supprimer les bourgeons qui portent les grappes surabondantes, de façon à ne laisser sur chaque cep, ainsi que nous l'avons expliqué plus haut , qu'une quantité de produit «n rapport avec son degré de vigueur ou la qualité du vin qu'on veut obtenir. Si l'on n'en laisse pas assez, on perdra sur la quantité du produit. Si on en laisse trop, les grappes et les grains seront petits; on ne gagnera pas sensiblement sur la quantité, le vin sera médiocre et les ceps épuisés.
fiffeuillement. — Dans le nord et le centre de la région viticole l'humidité du sol et de l'atmosphère, plus considérable que dans lé Midi, prolonge la végétatation annuelle de la vigne, et cette végétation prolongée nuit souvent à la maturation du raisin ; car le raisin ne mûrit complètement qu'à partir du moment où la pousse de la vigne est arrêtée. — Les grappes contiennent alors tous les éléments de leur maturation, et, ne recevant plus de sève, elles élaborent complétem^ent les fluides qu'elles renferment.
L'effeuillement, pratiqué avec prudence, a pour effet d'arrêter la pousse annuelle de la vigne avant l'époque à laquelle elle aurait cessé, et, par conséquent, de favoriser la maturation. — Cette opération a donc une très-grande utilité, surtout dans la région que nous venons d'indiquer; mais il faut l'exécuter avec discernement. L'effeuillement fait trop tôt arrête le développement des grappes, nujt «i Iéj vigueur des ceps et à la qualité du pro-
ëûit; fait en trop grande quantité à la fois, il expose les grappes à être grillées par le soleil.
On procédera ainsi : On fait un premier effeuiliement au moment où le raisin commence à claircir et où il a atteint toute sa grosseur. On n'enlève alors que quelques feuilles en conservant encore celles qui dérobent les grappes à l'action directe du soleil. Quinze ou vingt jours après, on complète le travail en enlevant une nouvelle quantité de feuilles, de manière à n'en laisser que le tiers ou la moitié, selon que les ceps sont plus ou moins vigoureux, que le climat est plus ou moins chaud , que Tannée a été plus ou moins humide. On enlève alors de préférence celles qui couvrent les grappes. En supprimant ces feuilles, on laisse toujours le pétiole attaché au bourgeon, pour que le bouton placé à ce point en souffre moins. Cet effeuiliement donne encore cet autre résultat, non moins important, que la maturité du jeune bois est aussi plus complète, ce qui influe beaucoup sur Tabondance des produits pour Tannée suivante.
On choisira, autant que possible, pour procéder à Taccolage, au pincement, au rognage et à Teffeuillement, un temps couvert, doux, plutôt humide que sec, afin que les bourçeons, les fleurs ou les raisins découverts par ces opérations ne soient pas trop brusquement saisis par Tardeup du soleil.
Les diverses opérations dont nous venons de parler, 'Tébourgeonnement, le pincement, Taccolage , le l'Ognage, Teffeuillement, sont très-rapidement exécutées par des femmes, et d'ailleurs le produit de ce travail, les bourgeons et les feuilles, payent en grande partie la dépense. Ces pampres séchés sont en effet une très-bonne nourriture pendant Thiver pour les vaches , les moutons, les chèvres et les ânes. Dans le Mont-Dore, près de Lyon, les feuilles de la vigne légèrement fermentées dans des citernes, où on les entasse avec une sufftsante quantité
d'eau, nourrissent pendant Thiver un très-grand nombre de chèvres dont le lait sert à la fabrication du fromage du Mont-Dore.
Du reste, les opérations précédentes sont plus ou moins bien pratiquées dans la plupart des vignobles , surtout dans ceux du Nord. Quant aux vignobles du Midi, dans le Languedoc, par exemple, on ne fait rien ou presque rien pendant la végétation de la vigne. Dans cette région la sécheresse de l'atmosphère et 4u sol est telle pendant l'été que la pousse annuelle de la vigne cesse assez tôt pour que les raisins mûrissent convenablement. Toutefois Tébourgeonnement y serait utilement pratiqué. 11 en serait de même pour le pincement exécuté sur 4es cépages les plus vigoureux et pour l'effeuillement appliqué à ces mêmes cépages un peu avant la vendange et dans les automnes humides.