CHAPITRE IX
Intempéries, maladies, insectes nuisibles.
Le vignoble établi sur un sol et sous un climat qui conviennent à la vigne, et convenablement traité, serait certainement l'une des grandes cultures qui donnerait aujourd'hui le bénéfice le plus élevé, si chaque année la récolte pouvait être complètement réalisée. Malheureusement, il en est des produits de la vigne comme de ceux des autres pFantes soumises à la culture : les intempéries, les maladies, la présence des insectes nuisibles, viennent trop souvent diminuer leur quantité, les anéantir quelquefois, ou altérer leur qualité. Recherchons donc quels sont le& moyens à l'aide desquels on peut combattre efficacement ces influences redoutables.
Intempéries. — Les intempéries qui nuisent le plus souvent aux produits du vignoble sont surtout le froid, V humidité atmosphérique^ la ffi^êJe, V ardeur du soleil.
1° Le froid. — Les abaissements de température ont une action diversement fâcheuse sur la vigne, selon leur
degré d*intensité et Tépoque à laquelle ils se produisent^
Gelées d'automne. — S'il survient une gelée un peu forte à Tautomne avant la vendange, alors que le raisin est parfaitement mûr, il n'en résulte aucun dommage pour le cep et pour la récolte ; la qualité du vin s'en trouve même augmentée. Mais si la maturité est encore imparfaite, le raisin se flétrit, sa maturation s'arrête, et il entre bientôt en décomposition. Il nous paraît assez difficile de prévenir cet accident, du reste peu fréquent.
L'action de ces premiers froids peut aussi devenir désastreuse pour les jeunes plantations de Tannée dont la végétation a commencé tard ; leurs bourgeons, qui n'ont pas eu le temps de s'aoûter suffisamment, sont quelquefois entièrement désorganisés, et le jeune cep ne repousse pas au printemps. La plantation faite au moyen de boutures enracinées, âgées de deux ans, et confiées au sol avec les soins indiqués plus haut, donne lieu à une végétation assez précoce et assez vigoureuse pour que cet accident soit beaucoup moins à redouter.
Gelées d'hiver. — Quoique la vigne puisse supporter un abaissement de température assez considérable pendant le repos de sa végétation, il arrive parfois cependant que l'intensité des gelées de l'hiver est telle que les sarments sont détruits, et que cette altération atteint même le vieux bois. On cite certains hivers (1829, 1830, 1871) où, dans les vignobles de la région du nord et du centre du climat de la vigne, les ceps furent gelés jusqu'à laracine. Ces accidents sont heureusement assez rares. Il est d'ailleurs impossible de les prévoir ; aussi^ la dépense des abris qu'on pourrait employer pour les prévenir ne serait pas payée, le plus souvent, par le résultat obtenu.
I^ans les parties de la Russie méridionale ou l'on a établi des vignobles, en Grimée, aux environs d'Odessa, et «usai au Canada, les étés offrent une température plus que suffisante pour mûrir convenablement les raisins,
mais les hivers sont assez rigoureux pour que ron ait à redouter fréquemment l'accident dont nous tenons de parler. Là on soustrait les ceps à ces fortes gelées en les enterrant chaque hiver au moyen d'un fossé creusé au pied de la ligne de ceps. On les y plonge, et on les recouvre d'une suffisante quantité de terre. On conçoit qu'un travail manuel aussi énorme ne peut être entrepris sur de grandes surfaces que dans des contrées où le prix de la main-d'œuvre est très-peu élevé.
Dans les vignobles du Jura, souvent exposés à cette altération, on y soustrait les ceps en procédant ainsi : en novembre on couche les jeunes ceps et on les enterre. Quant aux vieux ceps, dont la tige est trop grosse pour se prêter à cette opération, on réserve à la base un sarment qui est chaque année taillé sur un bouton. C'est ce sarment qui est enterré un peu au-dessus de son point d'attache sur la tige. Si le froid est assez intense pour gelier le vieux bois, celui-ci n'est atteint que jusqu'audessus du point où Ton a enterré la base. On le recèpe alors au-dessus de ce point, et le sarment de la base sert à reformer sa souche. Tous les ceps enterrés sont découverts à la fin de février.
Toutefois, ce travail est excessif, et les racines étant souvent rompues par ce couchage, les ceps en souffrent. Aussi, quelques vignerons préfèrent le procédé suivant. Ils se contentent d'abriter le pied du cep du côté du midi au moyen d'une pierre ou d'une poignée de broussailles. Cet abri empêche la neige de fondre au soleil. Or, c'est cette fonte partielle qui, se faisant en février, donne lieu, sous l'influence du froid de la nuit suivante, à une congélation qui détruit les ceps.
Nous devons faire remarquer que ces gelées d'hiver se font plus sentir aux expositions du sud et de l'ouest qu'y celles du nord et de l'est. D'une part, parce que les premières sont plus chaudes, et que, même pendant l'hiver,
la circulation des fluides sévoux n'est pas complètement suspendue dans les ceps qui y sont exposés ; d'un autre côté, parce que les tissus de ces mêmes ceps sont plus engorgés d'humidité à ces expositions qu'à celles beaucoup plus sèches du nord et de l'est. Ajoutons que, par le même motif, les ceps des terrains humides souffrent plus que ceux des localités sèches (1).
Lorsque la gelée a sévi sur les sarments de la vigne, la récolte de l'année même est perdue ; car on sait que les nouveaux bourgeons qui naissent sur le vieux bois ne portent presque jamais de grappes. — Il arrive même que la récolte ne reparaît que deux ans après cet accident. La seule opération à pratiquer sur les ceps atteints par les gelées de l'hiver consiste à les tailler ou à les receper un peu au-dessous du point où l'altération s'est aiTêtée. On reforme ensuite la charpente avec les nouveaux bourgeons.
Gelées du printemps, — Ce sont les gelées tardives qui sont le fléau le plus habituel et le plus redoutable pour les vignobles, lorsque ces gelées se produisent au moment du bourgeonnement de la vigne, c'est-à-dire du 15 mars au 15 mai.
Les bourgeons rudimenlaires sont alors plus ou moins complètement altérés, et la récolte de l'année est anéantie.
— Il est vrai que dans quelques cépages on voit apparaître à côté du bourgeon détruit par la gelée un ou deux bourgeons stipulaires pourvus de quelques grappes ; mais ce développement n'a lieu que dans le cas où les bourgeons ont été gelés lors do leur premier développement et qu'ils n'ont encore absorbé qu'une faible quantité de sève. Dans tous les cas, la récolle que l'on obtient ainsi est bien loin d'équivaloir à celle qui a été détruite.
— 11 arrive d'ailleurs que, si ces gelées tardives sont assez
(I) Voir le chapitre de la température dans le premier volume de notre Cours d'arboriculture.
ÎBteBses pour détruire complètement tous les jeunes bourgeons d'un cep, souvent ce cep ne repousse pas et se dessèche. C'est ainsi que périssent chaque année 1/10 environ de tous les ceps des vignobles du Jurav^ Si toute l'étendue du cep ne périt pas, il en résulte souvent que
¥ig, 167. — Rentlement spongieux r«^.suUant de IVlion des gelées tardives sur la vigne.
la sève, restreinte dans des limites d'actions trop étroites, fait naître des exostoses d'apparence spongieuse sur divers points de l'étendue du cep. Ces nodosités (%. 167) sont adhérentes au bois, ainsi que le montre la coupe faite suivant la ligne A B. Elles nuisent dès lors à la circulation de la sève, d'où résulte l'utilité qu*il y a à supprimer les parties de la charpente où elles apparaissent.
Ces gelées tardives peuvent se produire sous deux formes différentes : d'abord la gelée blancbej qu'on observe lorsque le thermomètre ne descend que de 0* jusqu'à deux degrés et demi au-dessous de zéro; puis les gelées noires, où le thermomètre s'abaisse de S® a 6® au-dessous de zéro.
Les gelées blanches résultent de la congélation des goutelettes de rosée par suite du rayonnement qui se produit pendant les nuits claires, depuis le commencement d'avril jusque vers la fm de mai. — On sait, en effet, que tous les corps répandus à la surface du sol offrent un certain degré de chaleur qui leur est propre. Lorsque le ciel est serein pendant la nuit, ces corps perdent une partie de cette chaleur, sous forme de rayons calorifiques qui s'élancent dans l'espace. — Ce rayonnement conti-
nuantf ces corps se refroidissent progressivement, et Ta^ baissement de température auquel ils sont soumis devient tel que Thumidilé atmosphérique se condense à leur surface. C'est ce premier phénomène qui produit la rosée. Si le refroidissement de ces corps augmente encore, la rosée qui les recouvre se congèle et donne lieu aux gelées blanches.
Si le ciel est nuageux, il n'y a ni rosée, ni gelée blanche, parce que les rayons calorifiques qui s'échappent des corps terrestres et s'élancent vers le ciel rencontrent les nuages et sont renvoyés vers leur poiiit de départ. 11 y a échange de rayons calorifiques entre les corps terrestres et ces nuages ; il n'y a pas refroidissement. L'obstacle le plus léger interposé entre les plantes ligneuses ou herbacées et le ciel suffirait donc pour les soustraire à l'action des gelées blanches.
Ces abaissements de température sont, on le comprend, d'autant plus à craindre, que le mibeu où les plantes sont placées est plus chargé d'humidité. Aussi ils sévissent davantage dans les vallées que sur les coteaux. Sur un cep de vigne, les jeunes bourgeons les plus rapprochés du sol, et dès lors les plus exposés à l'humidité, gèlent plus fréquemment que ceux du sommet. — Un vignoble dont le sol a été tout récemment cultivé gèle plus facilement que celui dont la terre est durcie, parce que, dans le premier cas, révaporation de l'humidité est plus abondante. La rosée et les gelées blanches ne se produisent pas lorsque l'air est suffisamment agité pour enlever, par l'évaporation, à la surface des corps terrestres, l'humidité qui s'y condense par leur refroidissement.
On a également remarqué que la congélation est plus difficile sur les corps soumis à un ébranlement plus ou moins marqué que sur ceux qui sont maintenus dans une immobilité complète. C'est pour cela que les vignerons de l'Auvergne, qui conservent sur leurs ceps un long sar-
ment pour la fiructîfieation, ne le fixent sur Téchalas qu'après répoque des gelées tardives. Ces longs sarments, ébranlés par la moindre agitation de Tair, gèlent moins facilenient que ceux qu'on attache aussitôt après la. taille.
Mais cela tient peut-être aussi à ce qu'en attachant ces sarments fructifères on les rapproche du sol.
L'action des gelées est d'autant plus funeste pour les plantes que le dégel est plus prompt. Il semble que le passage subit de cet état de congélation à une température plus élevée, altère plus profondément les tissus. C'est pour cela que les vignobles situés sur des coteaux exposés au levant souffrent davantage des gelées que ceux exposés au couchant.
De ce qui précède, à l'égard des gelées blanches, il résulte qu'on pourra y soustraire plus ou moins complètement les vignes en adoptant les règles suivantes : Maintenir le sol exempt d'humidité surabondante au moyen du drainage ; faire que pendant la période où ces gelées se produisent le sol soit dépourvu de plantes nuisibles qui retiennent l'humidité des rosées ; s'abstenir de planter dans les bas fonds habituellement frappés par ce fléau ; ne pas donner de façons à la terre pendant le temps où ces gelées sont à craindre ; enfin élever d'autant plus les sarments fructifères ou les coursons au-dessus du sol que la localité est plus exposée à ces gelées.
Mais le moyen le plus efficace serait incontestablement de soustraire les vignes à l'action du rayonnement et aussi aux effets d'un dégel trop prompt résultant de l'action immédiate des rayons solaires. On a dans ce but, et depuis longtemps, tenté l'emploi de divers moyens. Nous allons examiner les principaux.
Les vignerons de la Champagne, qui piquent jusqu'à 60,000 échalas par hectare, attribuent à ces échalas une certaine action préservatrice contre les gelées blanches^ Il est possible, en effet, que ces échalas, ainsi rapprochés
$3i CULTURE DU VÏGNOBLE.
les uns des autres, s'opposent, dans de certaines Ikniles, au rayonnement. Ils peuvent aussi agir en retardant le flégel parTombre qu'ils projeltent sur le sqL II faut reconnaître toutefois que ce moyen est très-insuffls^nl. Néanmoins, les vignerons champenois se hâtent, dans ce but, de placer ces échalas avant les gelées tardives.
Quelques propriétaires de la Bourgogne et de la Toaraine se sont bien trouvés de l'emploi d'un autre procédé que voici. Il consiste à faire réunir les sarmeaits résultant de la taille de façon à en former autant dépetits faisceaux maintenus ave.^ un sarment qui sert de ligature. Ces faisceaux, longs de 0"™40 environ et présentant un diamètre d'environ O'^âO, sont fixés horizontalement au-dessus de chaque cep en les faisant traverser par chaque échalas. Ce procédé, également peu coûteux, donne aussi de très-bons résultats en empêchant presque complètement les effets du rayonnement.
Pour les vignes soumises au mode de taille que nous
conseillons, il suffira de fixer ce faisceau de sarments par un seul lien sur le til de fer, au-dessus de chacun des sarments fructifères, ainsi que le montre la figure
FIg. 16P. - Abri au moyen de sarment., ^^g^ q^ ^^^^^^ avantageusement remplacer ces sarments par des faisceaux de broussailles quelconques, telles que la bruyère, les feuilles de fougère, etc , qui auront l'avantage de moins peser sur les fils de fer.
M. George Perrier, propriétaire viticulteur à Ay (Marne), a imaginé un procédé analogue au précédent, mais qui nous paraît être préférable. Des liges de genêt à balai sont réunies en forme d'éventail, à l'aide d'un fil de fer, à l'extrémité d'un piquet de bois dont la longueur
vari^ suivant les besoins [ûg, 169). Ce piquet de bois est fixé en terre un peu obliquement, pour que l'éventail prenne une direction inclinée au-dessus I du cep. On place cet abri de façon à ce •^ que le cep ne puisse recevoir Taction du - soleil levant. Ces petits éventails, con- I fectionnés pendant Thiver, sont peu coû- ^ teux et peuvent durer six ans. Un ouvrier S de M. George Perrier peut, en un jour, i piquer en terre environ 8,000 de ces abris. i Pour les vignes soumises au mode de I taille que nous recommandons, on pourra I donner à ces abris la disposition indig quée par la figure 170. Le manche en ^ bois est entaillé en A pour engager le fil ^ de fer dans cette entaille, et l'éventail est fixé sur le fil de fer du sommet au moyen d'un osier.
On a aussi, depuis longtemps, essayé de couvrir le vignoble d'une couche de fumée qui, produisant Teffet des
l'ig. 170. — Abris en gonot pla(^(^-: sur un cop.
nuages, empochât le rayonnement et s'opposât soit à la production de la gelée blanche, soit à un dégel trop rapide en s'interposant entre les rayons solaires et les bourgeons gelés. On procède ainsi à l'époque où les gelées tar»lives cQmmencent à être à craindre ; on dispose autour de chaque
i34 CULTURE DU VICrNOBLK.
pièce de vigne, dont retendue ne devra pas dépajïser 10 hectares, des tas de mauvaises litières, de mauvais foin, de broussailles, de feuilles sèches, de racines de chiendent, etc., qu*on maintient un peu humides et qui sont placés à environ 12 mètres d'intervalle. Ceci fait, on doit veiller avec soin chaque soir et chaque nuit à l'état de l'atmosphère. Si le temps est pluvieux ou couvert le matin, il n'y a rien à craindre ; si au contrair e, le ciel est clair, étoile, si le thermomètre marque 4 à 5 de- }?rés au-dessus de 0 dans la soirée, il faut se tenir sur ses gardes, vérifier de nouveau à quatre heures du matin ; si le temps n'est pas changé on met le feu au tas de broussailles accumulées sur le côté du vignoble d'où souffle le vent. Il en résulte bientôt une fumée épaisse qui, couchée par le courant d'air le plus faible , s'élend horizontalement sur toute la surface de la pièce de vigne. Ce rideau produit l'effet d'un nuage et empêche la gelée blanche en s'opposant au rayonnement. Il sera bon de continuer la production de cette fumée jusque vers dix heures du matin, pour les vignobles exposés au levant, afin de retarder l'action du soleil sur les ceps qui, malgré ce moyen, auraient été atteints. On a dit que les gelées blanches ne se produisent que souk rinfluence d'un repos parfait de l'air atmosphérique et qu'alors la fumée, s'élevant verticalement, devient inefficace pour combattre ce fléau. — Cette remarque est vraie en principe, mais on l'a exagérée. Il est bien rare, en effet, que les courants d'air soient insuffisants pour coucher une colonne de fumée. D'ailleurs cette colonne de fumée est bientôt atteinte, en s'élevant, par un abaissement de température qui la précipite rapidement vers le sol. Dans tous les cas, nous savons que ce procédé a donné de très-bons résultats dans quelques vignobles et même en Auvergne, pour sauver la récolte de grandi? vergers de pommiers.
INTEMPÉRiRS, MALADIES. INSECTES, ETC. 23%
Tout récemment cette importante question a été examinée à nouveau, et cette opération a reçu d*utiles perfectionnements. Nous ne croyons pouvoir mieux faire qu'en donnant ici un extrait du procès-verbal de Texpérience publique faite à Suresnes, près Paris, le 16 février 1873, par la Société des agriculteurs de France*
On a remplacé les tas de broussailles dont nous venons de parler par de Thuile lourde qui doime par sa combustion une fumée plus épaisse. Celte huile résulte de la fabrication du gaz d'éclairage. On l'emploie après que, par la distillation, on en a enlevé le brai destiné à l'agglomération des menus charbons. On se la procure dans toutes les fabriques d'agglomérés des bassins houillers et chez la plupart des fabricants de produits chimiques. M. le docteur Menudier, de la Charente -Inférieure, a employé avec succès le goudron de gaz qui lui a coûté 10 francs les 100 kilos.
Pour brûler cette huile lourde de gaz, de nombreux essais ont été faits et ont conduit à renoncer aux vases de terre et de fonte et à employer de préférence des vases ou godets en tôle forte, en forme d'assiette creuse, d'une contenance d'un litre environ, semblables à ceux qui ont servi à Suresnes. Ces godets, avec leur couvercle, pesant ensemble 750 grammes, provenaient de la fabrique de M. Deschamps-Colomb, à Chalon-sur-Saône, qui a monté un outillage complet pour leur fabrication. M. Deschamps livre les godets aux prix suivants :
De 10 à 99 godets 90 centimes pièce.
De 100 à 499 godets 85 —
De âoo à 1,000 godets,.., 80 —
Au-dessus de 1,000 godets 75 —
M. le docteur Menudier reproche à ces godets leur capacité insuffisante. Il les a remplaces par de petites marmites en fonte qui lui ont coûté 90 centimes et qui contenaient environ 4 litres.
i36 <:ULTIIRE Dr VIGNOBLK.
Il faut 10 godels environ par hectare pour une superficie un peu importante, 50 hectares par exemple; et le nombre nécessaire décroît pour la préservation de surfaces plus étendues ; s'il s'agissait d'un territoire considérable, d'une ou plusieurs communes réunies, 5 ou 6 suffiraient par hectare, de même qu'il en faudrait de 15 à 20 pour cette dernière surface s'il s'agissait de quelques hectares seulement.
Ces godets se placent dans les chemins, les sentiers, les places vides de la vigne, ou à défaut, sur des piquets un peu élevés, afin d'éviter que les flammes viennent nuire aux ceps voisins. Il faut avoir bien soin que dans la ligne de ceinture qui entoure l'espace à préserver, les va^çes soient beaucoup plus rapprochés entre eux que dans le centre. Ce soin est important, pour que, si un léger vent s'élève et vient à déplacer le nuage,*on puisse produire sur cette rive une fumée plus épaisse qu'ailleurs ; on peut n'allumer d'abord qu'une partie de ces godets, sauf à doubler l'intensité du feu, si cela devient nécessaire, et l'on i^'allume pas du tout la ligne de ceinture qui se trouve .soUv«i lo vent.
On établit ces godets dans la vigne dès que la végétation prend de l'activité, et ils restent en place jusqu'à ce que tout danger soit passé, c'est-à-dire jusqu'au 25 mai environ. Ils sont remplis d'huile, prêts à être allumés, et recouverts, pour que l'eau ne puisse s'y introduire et, par son poids, en chasser l'huile.
On place aussi de dislance en distance des réservoirs d'huile , des bonbonnes en verre , par exemple , pour pouvoir alimenter les godets en cas de vent ou de soleil trop hàtif, ou au cas où il yauraitplusieurs jours de gelée roui^éputifs
Ces précautions une fois prises,- par les matinées de printemps, par les temps clairs, on est sur pied de bonne heure, et \m instant avant le lever du soleil, quand lether-
INTEMPÉRIES, MALADIES, IXSEtïES. ETC. 237
niomètre ne marque plus que quatre degrés au-dessus de zéro, on se hâte d*allumer.
L'espace a été d'avance distribué entre le personnel disponible ; chacun sait le nombre et la place des godets dont le soin et la surveillence lui sont confiés. Au signal donné, chaque homme part muni d'une torche allumée et précédé d'un enfant chargé d'ôter les couvercles des godets et de placer près du vase plein d'huile un petit bouchon de paille de cinq à six centimètres de longueur, préparé à l'avance et qu'il porte dans un panier ; ce petit bouchondepailleestalluméetpôsésur l'huile, qui, au bout de quelques minutes, s'échauffe et s'enflamme sur toute sa surface. Tout cela se fait avec une grande rapidité ; en dix minutes, quinze hommes peuvent allumer les lampions placés sur 50 hectares.
A dater de ce moment, comme une surveillance d'ensemble est impossible, parce qu'on ne se voit pas à cent mètres, chaque homme doit veiller à ce que le lot qui lui a été confié soit bien couvert de fumée , à ce que le vent ne vienne pas le découvrir. Suivant les circonstances, il alimente les godets, les laisse s'éteindre ou allume ceux qu'il avait cru d'abord pouvoir négliger.
La surveillance doit se porter surtout sur la partie du vignoble d'où vient le vent et où le nuage court risque d'être emporté.
Les frais du matériel d'installation sont peu de chose : dix à quinze godets de tôle à 90 centimes, quelques bonbonnes en verres du prix de 3 francs l'une ; tout cela ne réprésente pas plus de 15 francs par hectare.
L'huile coûte 8 à 10 francs les 100 kilogrammos à l'usine, après avoir coûté 5 francs seulement ; il en faut donc pour 1 franc ou 1 fr. 50 c. par hectare ; un litre brûle pendant environ une demi-heure, et quand iln'y a point de vent, il n^est jamais nécessaire d'alimenter les godets.
Quand toute menace de gelée a cessé, c'est-à-dire vers
û'SS CULTURE DU VIGNOBLE.
la fin de mai habituellement, on vide les godets, on les enlève et les emmagasine avec la provision d'huile jusqu'au printemps suivant.
En résumé, rien donc de plus simple, de moins dispendieux que ce procédé. Pour assurer sa récolte contre une perte considérable, pour se libérer d'une vive préoccupation pendant plusieurs semaines, il suffit de dépenser 15 francs par hectare pour l'achat du matériel, de brûler pour 1 fr. 50 c. d'huile par hectare, et enfin, de fournir, chaque jour de gelée, une heure de travail supplémentaire prise sur le sommeil du Vigneron en ces matinées pleines d'inquiétudes, sommeil bien plus fatigant que la veille.
Qu'un double, qu'on triple la quantité d'huile à brûler, que l'on compte avec la dernière rigueur la valeur du temph qu'on fasse la part de l'amortissement du capital d'acquisition des godets, comme cela a été fait, il restera toujours bien certain que jamais opémtion n'aura dépensé moins de peine et d'argent pour un pareil profit.
M. le docteur Menudier a pu, à l'aide de ce procédé» préserver ses vignobles de la Charente-Inférieure au printemps de 1873 , contre un abaissement de température de S degrés au-dessous de zéro.
Tout en reconnaissant les bons résultats que donne ce procédé, nous pensons cependant que, dans beaucoup de cas on pourra continuer l'usage des tas de broussailles dont nous avons parlé plus haut ; mais il conviendra d'y répandre une certaine quantité d'huile lourde au moment de les allumer, afin d'obtenir une fumée plus noire.
Les abris dont nous venons de parler suftisent en géué* rai pour soustraire le vignoble aux gelées blanches, c'està-dire à un abaissement de température qui ne dépasse pas 2° 1/2 au-dessous de zéro. Mais parfois, malheureusement, le froid ne s'arrête pas à cette limite. Il arrive à 5 et 6 degrés au-dessous de zéro. Ce ne sont plus des gelées blanches ; les cultivateurs les désignent sous le nom de
INTEMPÉRIES» MALADIES. INSECTES, ETC. î*39 gelées noires. Ces refroidissements ne sont plus dus au rayonnement nocturne. Ils tiennent à certains courants d'air qui nous viennent des régions froides du nord ou du nord-est. Ce ne sont pas seulement les corps ten^estres qui se refroidissent, toute la masse atmosphérique est soumise à cet abaissement de température.
Les gelées noires n'exercent pas leur action de la même façon que les gelées blanches. Ainsi, contrairement à ce qui a eu lieu pour ces dernières, les vignes situées sur les points élevés souffrent plus que celles placées dans les vallées abritées. Les expositions du couchant, du nord et de Test sont plus atteintes que celles du sud.
Les causée qui déterminent les gelées noires étant différentes de celles qui donnent lieu aux gelées blanches, les moyens à employer pour les prévenir doivent être différents. Il faut; pour cela, avoir recoui*s à des abris plus puissants et malheureusement trop coûteux.
Telle est le paillassonàge imaginé par le docteur Jules (ruyot. Ce procédé serait excellent si la dépense n'excédait presque toujours la valeur des résultats obtenus* Nous nous occupons nous-même de résoudre cette question et nous nous empresserons de faire connaître notre procédé si nous arrivons à le rendre satisfaisant.
En nous occupant plus haut de Tépoque à choisir pour pratiquer la taille dans les vignobles, nous avons parlé de la taille tardive pour les localités exposées à des gelées printanières fréquentes. C'est encore là un procédé qui peut donner d'excellents résultats contre ces froids tardifs, quelle que soit leur intensité. Pour cela on retranche sur les ceps, à l'époque habituelle de la taille, toutes les parties qui dans tous les cas doivent disparaître ; on ne consei*ve que les quelques sarments qui doivent servir à la nouvelle végétation et à la fructification. Ces sarments sont laissés complètement libres et autant que possible dans une position verticale, jusqu'au mo:nent où les ge-
240 OULTUhE DU VIGNOBLE.
lées tardives ne sont plus à craindre, c'est-à-dire vCTfe le milieu de mai. A ce moment les bourgeons du sommet des sarments se sont allongés de 0"06 à 0"08, s'ils n'ont pas été détruits par la gelée ; mais les boutons placés sur la moitié inférieure ne se sont pas enveloppés, et ont ainsi échappé aux intempéries. Alors on soumet ces sarments à la taille en leur conservant la longueur qu'ils doivent avoir.
Ce procédé est beaucoup moins coûteux que les précédents : mais il présente ces deux inconvénients: d'abord il y a, quoiqu'on en ait dit, un certain degré d'épuisement pourJes ceps, par suite de la sève qui s'est dépensée en pure perte au profit du sommet des sarments ; pois le retard apporté dans le développement des bourgeons fructifères fait que la maturité complète des raisins est reculée de quelques jours. Disons toutefois que ces deux inconvénients sont bien plus que compensés par les avantages qui résulteront souvent de l'emploi de ce moy^.
Si, par suite d'une cause quelconque, les jeunes lM)urgeons de la vigne ont subi l'action de la gelée, il sera bon de supprimer immédiatement tous ceux qui sont plus ou moins atteints. Cette suppression sera faite en conservant quelques millimètres de leur base.
Toutes ces jeunes pousses offrent, à leur point d'attache, plusieurs yeux stipulaires. Si ces bourgeons plus ou moins altérés sont conservés , ils continueront, malgré leur état languissant, à absorber de la sève et les yeux stipulaires ne se développeront pas. Au contraire, par suite de la suppression que nous recommandons, la «éve économisée tournera au profit de ces yeux qui donneront lieu à des bourgeons souvent fructifères, au moins dans un certain nombre de cépages. Dans tous les cas, on obtiendra de bon bois bien constitué pour la taille de Tannée suivante au lieu de n'avoir que des sarments chétifs et languissants. S'ils s'agit de ceps taillés à long bois, il
faudra en outre retrancher un tiers environ de la longueur des sarments fructifères, et cela pour accumuler plus de sève au profit des nouveaux bourgeons.
Enfin, lorsque ces nouveaux bourgeons arriveront à une longueur d'environ 0™15 , on procédera à l'ébourgeonnement en opérant comme nous Tavons indiqué plus haut . On augmentera ainsi la vigueur des bourgeons conservés.
Froids de fêlé. — Il n*est pas toujours nécessaire que le thermomètre descende au-dessous de zéro pour que la vigne en végétation souffre du froid. Un abaissement sensible dans la température, quoique insuffisant pour produire la gelée, détermine souvent des désastres non moins fâcheux que les gelées.
Si la température s'abaisse pendant quelques jours au moment du premier développement des grappes, il en résulte une suspension dans la circulation de la sève et tians la végétation. Les boutons rudimentaires que portent les jeunes grappes avortent par insuffisance de sucs nourriciers ; les pédicelles qui portent ces jeunes boutons s'allongent et la grappe se transforme en vrille. Les vigoerons disent alors que les grappes ont filé. Le nom de coulure est également donné à cet accident.
Un peu plus tard, lorsque les grappes sont en fleur, le même abaissement de température peut aussi anéantir la récolte. La végétation étant suspendue au moment où le cep a besoin de toute son énergie vitale pour aider à l'acte de la fécondation, les jeunes ovaires ne reçoivent qu'imparfaitement cette influence et les grains de raisin avortent. On donne aussi le nom de coulure à cet avortement.
On a tenté divers moyens pour prévenir la coulure. L'incision annulaire, dont nous avons parlé plus haut, diminue très-notablement celte influence fâcheuse.
M. Troubat, de Bordeaux, a pris, il y a quelques années, un brevet d'invention pour l'exploitation d'un procédé ayant le même but, et qui consiste à couper les bourgeons
i42 CULTUHE DU VIGNOBLE.
immédiatement au-dessus de la grappe la plus élevlèe, et cela aussitôt que les grappes sont visibles. Ce moyen, qui donne de boas résultats, a été tenté il y a déjà longtemps et à diverses époques. On y a renoncé par suite du retard qu'il apporte à la maturité, et aussi à cause de Tabondance de faux bourgeons qui se développent jusqu'à la base des bourgeons principaux, et qui compromettent la récolte de l'année suivante.
Le pincement des bourgeons, pratiqué comme nous l'avons indiqué plus haut, ne présente pas ces inconvénients et produit d'excellents effets contre la coulure.
Mais le moyen vraiment efficace contre la coulure j ce serait l'emploi des abris malheureusement très-coûteux et dès lors peu applicables aux vignobles , du moins jusqu'à présent.
Depuis l'emploi du soufrage pour combattre Voidiuin, dont nous parlei'ons tout à riieure, on.a constaté que l'application du soufre sur la vigne et sur la plupart c^ plantes a pour résultat de stimuler très-puissamment ta végétation et qu'un soufrage pratiqué au moment de la formation des grappes et à l'époque de leur épanouisse^ ment diminue beaucoup la coulure.
2? Humidité atmosphérique. — Loi*sque l'humidité atmosphérique dépasse les limites de son action eilioace, elle peut devenir aussi très-préjudiciablè aux vignobles.
Si des pluies abondantes et continues tombent au ma- ' ment de l'épanouissement des fleurs, elles nuisent à la fécondation en refroidissant l'atmosphère et en suspendant la végétation des ceps.
Si ces pluies, fréquentes pendant Tété, deviennent presque continues en septembre et en octobi'e, les dommages ne sont pas moins graves. La végétation de la vigne se prolonge trop longtemps et la maturation commence trop tard. Les raisins, engorgés de principes aqueux, ne mûrissent que très-imparfaitement et pourrissent sou-
vent avant leur complète maturité. 11 résulte de ces effets des vins extrêmement médiocres, ainsi que cela s'est produit en 1860 dans tous les vignobles de la région du Nord et de la région moyenne.
L'effeuillement dont nous avons parlé plus haut, et les abris, s'ils deviennent d'un emploi pratique, sont encore les seuls moyens à Taide desquels on puisse prévenir les influences fâcheuses des pluies surabondantes du commencement de Tété et de Tautomne.
8** Grêle. — La grêle est un fléau d'autant plus redoutable pour le vignoble qu'on ne peut le prévenir et qu'il est impossible d'y remédier. Quelques instants suffisent pour qu'une localité soit entièrement ravagée, tant la violence et la rapidité de son action sont effrayantes. Heureusement , elle n'agit en général que par zones assez restreintes. Mais il y a certaines localités qui, par fmite de la disposition des montagnes qui les avoisment, sont beaucoup plus souvent ravagées que les autres.
• Lorsque la grêle frappe un vignoble, non-seulement la récolte est perdue, mais souvent celle de l'année suivante est aussi compromise : car les bourgeons sont tellement mutilés qu'ils ne peuvent donner lieu qu'à des sarments chétifs et improductifs. Toutefois, si ce désastre frappe un vignoble vers le commencement de juin, on peut encore espérer une récolte passable pour l'année suivante ; mais à la condition d'appliquer immédiatement un moyen efficace. Nous ne pouvons mieux faire à cet égard que de reproduire ici la réponse que nous avons adressée, en 1861, à l'administration départementale de l'Aude, qui nous demandait ce qu'il y avait à faire pour les vignobles de cette contrée qui venaient d'être grêlés.
« Si j'ai bien compris votre lettre, les vignes des communes ravagées par la grêle se composent aujourd'hui de souches portant les bourgeons de . l'année, mais ceux-ci
i44 <:rLTURE DU VIGNOBLE.
complètement privés de feuiHes et de grappes, et mutilés par les grêlons sur une de leurs faces.
« La récolte de cette année est perdue ; mais il convient de sauver celle de l'année prochaine. Or, cette récolte ne pourra avoir lieu que si Ton obtient avant Thiver des sarments sains et vigoureux.
« Si on laisse ces vignes dansTétatoù elles sont, le peu de sève qui sera attirée dans les bourgeons effeuillés et mutilés y fera développer quelques nouvelles pousses chétives et malingres, et ces souches, devenues languissantes, seront longtemps souffreteuses si elles ne succombent pas.
« La santé de ces vignes ne peut être rappelée que par le développement immédiat de nouveaux bourgeons vigoureux. Si, dans ce but, on taille les bourgeons mutilés (le façon à leur conserver cinq ou six boutons, la sève les fera se développer tous, jusqu*à la base, m^iis, cette sève étant insuffisante pour chacun d'eux, ils ne produiront que des sarments trop faibles pour êlre fertiles ; et, d'un autre côté, le peu de vigueur de ces nouveaux bourgeons laissera les souches languissantes.
« Il convient donc de concentrer toute l'action de la sève sur un moins grand nombre d'yeux, et pour cela de tailler immédiatement, comme on le fait à la taille de l'hiver, avec cette différence qu'on ne taillera qu'à un œil au lieu de deux. On n'a besoin, en effet, que d'un seul sarment lors de la taille d'hiver.
«. En procédant ainsi on concentrera toute la sève sur un petit nombre d'yeux qui donneront lieu à des bourgeons vigoureux. Ceux-ci reconstitueront les organes destinés à l'entretien de la végétation annuelle des souches, organes compromis par la destruction des feuilles. La saison est encore assez peu avancée pour que ces nouvelles pousses aient le temps de s'aoûter et l'on pourra espérer une récolte passable pour Tannée prochaine.
liNTEMPÉRIES, MALADIES, INSECTES, ETC. 24%
€ n sera utile, comme complément à cette opération, de donner au sol, aussitôt après cette taille, une légère façon destinée à favoriser la végétation en empêchant la sécheresse. Il conviendra également d'éloigner l'oïdium de ces jeunes pousses en appliquant un soufrage aussitôt qu'elles auront atteint une longueur d'environ 0"»20. Cette dernière opération, indispensable pour empêcher cette maladie qui sévit avec plus de force à la fin de l'été qu'au commencement, aura aussi pour résultat d'augmenter beaucoup la vigueur de ces nouveaux bourgeons.
« Telle est l'opération qui me paraît la plus rationnelle et que je n'hésiterais pas à pratiquer si j'avais des vignes mutilées par la grêle, comme celles dont vous me parlez. Il est fâcheux sans doute que les moyens que j'indique entraînent à de nouvelles dépenses, mais je crois que la perte serait plus grande encore si l'on ne faisait rien, car ces souches seraient au moins condamnées à la stérilité pendant plusieurs années. »
Si la grêle frappait le vignoble à une époque assez avancée pour qu'on ne pût pas espérer voir les nouveaux bourgeons se constituer suffisamment avant l'hiver, il faudrait renoncer à cette taille courte. Il conviendrait alors de retrancher la moitié seulement de la longueur des bourgeons. On obtiendra quelques nouvelles pousses destinées à entretenir la végétation dans les ceps jusqu'à la fin de l'automne. A la taille d'hiver, les sarments primitifs , mieux constitués que dans le premier cas, puisqu'ils ont été frappés plus tardivement, seront taillés comme de coutume. Il sera toutefois nécessaire de tailler un peu plus court, car les ceps seront nécessairement moins vigoureux.
4** Ardeur du soleil. — L'ardeur du soleil peut devenir préjudiciable aux produits de la vigne dans les circonstances suivantes : dans les étés brûlants de la région du Midi et même de la région moyenne, lorsque les raisins sont
Sft6 CULTURE DU VIGNOBLE.
découverts par un effeuillement prématuré, les grappes^ surprises par la brusque transition, et directement frappées par un soleil brûlant, sont souvent grillées et la grappe se dessèclie plus ou moins complètement. Nonseulement la quantité du produit est ainsi diminuée, mais les raisins grillés peuvent agir d*une manière fâcheuse sur la qualité des vins fms, si ces raisins ne sont pas se* parés des autres lors de la vinification. — Les gi*appes directement frappées par le soleil dès leur jeune âge échappent plus facilement à cet accident ; Tépiderme des grains s'est habitué progressivement à cette influence. Toutefois, lorsque ie sol est profondément atteint par la sécheresse, que la vigne ne trouve plus dans le sol Thumidité nécessaire pour réparer les pertes qu'elle éprouva par révaporation, les grappes dont nous venons de parler peuvent aussi être grillées. "^ .
Pour prévenir cet accident, il convient d'abord de ne pratiquer Veffeuillement^ dans les années brûlantes, quV vec modération et lorsque la saison est déjà assez avancée et que le soleil a perdu une partie de sa force. Il faudra, en outre, pratiquer quelques binages pour empêcher le sol de se dessécher aussi profondément.
Maladies. -^ La vigne est exposée à diverses maladies dont voici les principales :
Jaunisse, — Cette maladie est caractérisée par le changement de couleur des feuilles qui passent du vert au jaune. Cette couleur jaune est déterminée par une sorte d'atonie dans le tissu cellulaire des feuilles, atonie qui suspend les fonctions de ce tissu et empêche la formation de la chlorophylle ou matière verte qui donne cette couleur à tous les tissus frappés par la lumière. La cause de cette atonie du tissu cellulaire résulte toujours d'un étal de souffrance des racines. Ainsi, on voit apparaître la jaunisse lorsque les racines sont en contact avec une humidité stagnante qui les fait pourrir, lorsqu'elles sontattî^-
qtiées par les larves de certains insecteSj etc. Il suffira donc, pour combattre le mal, de faire disparaître la cause, c'est-à-dire de pratiquer le drainage ou de détruire les larves des insectes.
Rougeot ou Rougin. — Cette autre maladie a une certaine analogie avec la précédente. Toutefois elle en diffère par la couleur des feuilles qui prennent une teinte rouge plus ou moins foncée, dès le mois de juillet, et finissent bientôt par tomber. Cette altération, presque toujours mortelle pour les ceps, est encore due au mauvais état des racines.
Miellée ou Rrouissure. — Cette affection présente les caractères suivants : les feuilles, les jeunes bourgeons, et môme les grains de raisin prennent une teinte grisâtre due à ce que Tépiderme de ces parties se fendille et se dessèche. L'accroissement s'arrête complètement, les grains se fendent au lieu de mûrir. Les vignerons attribuent cette altération, soit aux pluies froides de Tété succédant à un temps chaud, soit à une récolte trop abondante pendant Tannée précédente. On fait disparaître cette maladie en fumant abondamment les ceps atteints et en les privant de récolte pendant une année.
Stérilité des ceps, '— Certains ceps dont la végétation ne présente d'ailleurs rien d'anormal, se couvrent de fleurs chaque année. Ces fleurs s'épanouissent, puis elles se dessèchent bientôt, ainsi que la grappe, et tout disparaît. — Le même phénomène se reproduit chaque année sur les mômes ceps qui sont ainsi condamnés à une stérilité complète. — Dans le Midi on donne à ces ceps le nom d'avdlidouires. L'épanouissement de leurs fleurs présente cette particularité c[ue les pétales pç §^ dét^-
Fig. 171. - Fleur anormale épanouie.
Fig. 172. - Fleur
normale pendant son
épanouissement.
CULTURE DU VKiNOBLE.
chent pas à leur base (%. 171) ; tandis que dans Téparioiiissement normal des fleurs de la vigne, les pétales se détachent à leur base et forment un capuchon au sommet de rovaire (%. 172).
On trouve aussi certains ceps dont les grains de raisin
coulent chaque année à l'exception de deux ou trois qui arrivent à leur développement normal. Les autres grains restent avortés et toujours verts. On donne à ces ceps le nom de couîards.
On n'a rien trouvé jusqu'à présent ^ pour faire disparaître ces deux sortes de stérilité.
Il conviendra donc de remplacer les ceps qui en sont atteints ou de les greffer.
Fig. 173. — Bourgeons atteints par le charbon. j nharhnn
Cette altération qui est surtout fréquente dans le Midir» la plus grande analogie avec la AroMisswre. Les bourgeons se couvrent de plaies plus ou moins profondes, souvent parallèles à la direction des fibres ligneuses. Les bords de ces plaies sont noirs. Elles sont parfois si nombreuses qu'elles se touchent et ressemblent à une série de piqûres disposées longitudinalement. Cette désorganisation atteint toutes les parties vertes du cep, bourgeons, feuilles et
grap; es. Les parties ainsi frappées cessent de se développer et présentent l'aspect des %. 173 et 174. Les feuilles et les grappes se dessèchent bientôt et les bourgeons profondément altérés succombent aussi.
— Si Ton examme Tune de ces taches noires à l'aide d'un v.
verre grossissant, on y reconnaît la présence d'un petit champignon appartenant à la nombreuse famille des hypoxylés.
Le charbon apparaît surtout en mai et en juin. Il se produit particulière- " ment lorsqu'à un temps sec succède une humidité prolongée; lorsqu'un temps chaud e t lourd est accompagné de brouillards, lorsqu'enfln, à la suite d'abondantes rosées, le soleil darde ses rayons brûlants entre les nuages.
Oïdium, lèpre, blanc ou meunier. — De toutes les maladies qui attaquent la vigne, celle-ci est incontestablement la plus redoutable.
Cette altération se montre sous forme d'une efflorescenee d'un blanc grisâtre, d'abord sur les feuilles (%. 175) et les jeunes bourgeons (/îg. 176), dentelle suspend le
Fig. Mi. — Bourgeon fructifère charbonné; e, grappe saine.
ioO CULTURE DU VIGNOBLE.
développement, puis sur les fsri'appes elles-mêmes, dont
Ki^. ii6. — Fragment de reuilin de vigne attaqué par l'oïdium.
elle arrête raccroissemenl.L*épidermedes grains se dur-
Fig. -176. — Bourgeon de vigne Fig. Xll , — Raisins attaqués par
attaqué par l'oîdium. l'oïdium.
cit, prend une teiate fauve ; ces grains se fendent {fig, 177),
INTEMPÉRIES, MALADIES, INSECTES, ETC. Toi
acquièrent une saveur amère et se corrompent avant de mûrir. Les feuilles et les bourgeons attaqués se couvrent de taches brunes, les feuilles se détachent, et, si la maladie est intense, les bourgeons eux-mêmes sont désorganisés jusqu'à leur base ; de sorte qu'on perd ainsi, non-seulement la récolte de Tannée, mais même celle de l'année suivante, et, si les ceps sont soumis à ce fléau pendant deux ou trois années de suite, ils périssent bientôt.
C'est en 1845 que Yoïdium fut observé pour la première ois sur la vigne, en Angleterre, par un jardinier de Margate, M. Tucker. Depuis 1849 cette maladie s'est montrée sur plusieurs points des environs de Paris, d'abord sur les vignes chauffées dans des serres^ puis sur les treilles des jardins, et enfin Sur les ceps des vignobles. Aujourd'hui elle a malheureusement envahi tous les points du territoire, en agissant avec d'autant plus d'intensité que les vignes sont situées sous un cUmat ou à une exposition plus chaude et plus ombragée. Elle paraît attaquer indifféremment toutes les variétés ; mais elle sévit avec d'autant plus de force qu'elles sont plus vigoureuses.
Les avis ont été très-partages quant à la cause de celte grave affection de la vigne. Les uns l'attribuent exclusivement au développement de cette efflorescence blanchâtre reconnue pour être un petit champignon parasite appartenant au genre oïdium^ de la nombreuse famille des mucédioées et auquel on a donné le nom de Tuckeri. Les autres ont considéré la présence incontestable de ce champignon comme le résultat de la maladie et pensent qu'elle est déterminée par certains insectes microscopiques ; quelques personnes entin l'ont attribué à des influences atmosphériques analogues à celles qui ont produit la ma- «adie des pommes de terre ; d'où il résulte que, la cause finale de cette altération étant encore indéterminée, le remède a été difficile à trouver. On a tenté, depuis son invasion en France; en 1849, de nombreux moyens pour
S52 CULTURE DU VIGMOBLE.
la combatti*e. Nous ne parlerons que des trois procédés suivants, qui, seuls, ont donné des résultats satisfaisants. Le premier consiste dans remploi de la fleur de soufre soufflée sur toutes les partie^ vertes préalablement mouillées avec soin. Ce procédé, employé d'abord, en 1848, par un horticulteur anglais de Leyton, M. Kile, a été essayé pour la première fois en France, en 1849, par M. Marie, médecin àEcouen.
Tous les cultivateurs de Thomery remployèrent en grand en 1851. Ils en obtinrent un excellent résultat, mais ils lui reprochèrent de faire adhérer la fleur de soufre aux parties intérieures des grappes, et de nuire à la vente de ces raisins de table. La nécessité d'employer Teau rendait d'ailleurs ce procédé peu applicable au vignoble.
Le second moyen est celui préconisé, en 1852, par M. Grison, jardinier en chef des serrés du potager de Versailles. Il consiste dans remploi de Thydrosulfate' de chaux préparé ainsi qu'il suit : 530 grammes de fleui* de soufre et un volume égal de chaux fraîchement éteinte sont intimement mêlés Tun à Tautre. Ce mélange, placé dans un vase de fonte contenants litres d'eau, est soumis à rébullition pendant 10 minutes. On laisse ensuite éclaircir le liquide, qu'on décante alors ; ce liquide est de l'hydrosulfate de chaux, que l'on conserve dans un vase fermé pour s'en servir à mesure des besoins. Alors on l'étend de cent fois son volume d'eau et l'on en mouille toutes les parties vertes de la vigne. Ce mode d'opérer, employé en 1852 par un très-grand nombre de cultivateurs de Thomery, n'a donné que des résultats beaucoup moins complets que la fleur de soufre.
Pendant l'hiver 1852-1853, M. Rose Charmeux, propriétaire-cultivateur à Thomery (Seine-et-Marne), chauffait des vignes, sous verre, à l'aide d'un thermosiphon. II eut la pensée de répandre une traînée de fleur de soufre sur les conduits en cuivre de son thèrmosiphon. La cha-
leur de Teau bouillante suffit pour déterminer une émanation sulfureuse qui empêcha complètement l'apparition de Toïdium. Fort de cette observation, il résolut de éoumettre, pendant Tété 1853, toutes ses treilles en plein air au soufrage à sec, et il en donna le conseil aux cultivateurs de la localité. Cette année-là, presque toutes les treilles de Thomery furent soumises au soufrage à sec, et la récolte fut intacte.
Les excellents résultats" de ce procédé ont été reconnus par une commission officielle nommée sur nos instances, par le ministre de l'agriculture, et le rapport de cette commission, inséré au Moniteur, constate les droits qu'a M. Rose-Gharmenx à la reconnaissance de tous les viticulteurs, conrarie inventeur du seul moyen vraiment praticable et efficace pour combattre ce terrible fléau. Les indications fournies par ce rapport ont servi de point de départ à toutes les opérations de soufrage appliquées aujourd'hui à une grande partie de nos vignobles et de nos treilles.
M. Laforgue, propriétaire de vignobles dans les environs de Béziers, est le premier qui en ait fait l'application en grand. M. Mares de Montpellier et M. Vial de Béziers ont puissamment contribué, par leurs écrits, à l'adoption de cette méthode dans toute la région du Midi.
Voici la description des soins principaux que réclame le soufrage à sec pour produire ses bons effets. Le soufre doit être uniformément répandu et bien divisé sur toutes les parties vertes (bourgeons, feuilles et grappes). M. Charmeux a reconnu et Ton a constaté depuis partout, que l'action du soufre est d'autant plus grande, qu'il est appliqué au premier début de la maladie, et- même avant son apparition ; c'est surtout un moyen préventif. Aussi convient-il de pratiquer un premier soufrage lorsque les bourgeons de la vigne ont à peine 0'°,10 de longueur, un second au moment de l'épanouissement des Heurs, un
troisième lorsque les raisins ont atteint le tiers de leur grosseur. S'il survenait une pluie abondante peu après Texécution de Tune de ces opérations, il faudrait la re. commencer immédiatement. Il conviendra de choisir pour ces opérations un beau temps, et surtout un tenips calme, afin que le soufre ne soit pas entraîné au loin par le vent. — Les deux premiers soufrages sont appliqués sur tout Tensemble de chaque cep. Le troisième peut n*être appliqué q^ue sur les grappes seulement.
Certains ceps dans chaque vignoble, et toujours les mêmes, sont atteints les premiers par cette maladie, et peuvent servir en quelque sorte de moniteurs pour l'indication du moment à choisir pour pratiquer chacun des soufrages. Ce sont particulièrement les ceps les plus ombragés.
Depuis que le soufrage est devenu une opération presque générale pour le vignoble, il en est résulté une énorme consommation de soufre, puis l'augmentation très-notable du prix de cette matière, et par suite sa falsification. Il importe donc d'apporter le plus grand soin à ne pas se laisser tromper lors des acquisitions. On avait d'abord pensé que le soufre sublimé ou fleur de soufre devait être exclusivement choisi pour cette opération ; mais M. Laforgue a reconnu le premier que le soufre brut très-finement trituré produit, à poids égal, les mêmes effets ; or, comme ce dernier est beaucoup moins cher que le premier, il conviendra de le préférer.
On a aussi conseillé de mélanger au soufre certaines matières étrangères, telles que du plâtre ou autres substances, et cela en vue de diminuer la dépense. Mais les résultats obtenus ont été tels que nous ne pouvons recommander ces procédés.
Lorsqu'on a commencé à faire usage du soufrage, on a cherché le moyen de répandre le soufre le plus promptement possible et le plus économiquement. Dans ce but
deux séries d*instruraents ont été imaginés. D'abord les soufflets : c'est M. Gontier, cultivateur de primeurs à •Montrouge, près de Paris, qui, le premier, a imaginé un soufflet pour cet usage. Ce soufllet a été ensuite perfectionné par M. Gaffé, de Fontainebleau, d'après les indications des cultivateurs de Thomery.
Nous en donnons ici la description. C'est d'abord un
ns. — Soufflet Gaffé pour le soufrage des vignes atteintes par roïdium.
[let ordinaire (A, fig, 178) auquel est joint' l'appareil
liné à recevoir le soufre. Cet appareil, en fer-blanc, se
ipose d'une boîte ovale B, fixée à l'extrémité de la buse
soufflet et percée de irois ouvertures : la première C
179) donne accès à l'air chassé par le soufflet ; la
^onde D permet d'introduire le soufre dans la boîte et
fermée par un bouchon en liège E ; la troisième I per-
bt à l'air qui a pénétré dans la boîte de s'échapper en
itraînant une certaine quantité de soufre F. La boîte est
Fig. 179. — Coupe verticale de la figure précédente.
séparée à l'intérieur par deux cloisons horizontales et à jour. La première G se compose de sept fils de fer tendus à 0'",01 les uns des autres dans le sens de la longueur de
CULTUKE DL VIGNOBLE.
la boite. La seconde H est une toile juélallique en cuivre, tendue à 0'",01 au-dessous de la première cloison et dont les inailles offrent une largeur d'environ 0,001.
On comprend maintenant (|ue si l'on introduit le soufre dans la boîte D [lîg. 179) et que Ton fasse fonctionner le
Fig. 180. — Soumet de M. de la Vergne.
soufflet, le courant d'air traversant la buse G suivra la direction Hl, et, rencontrant le soufre qui s'échappe à travers les deux cloisons, l'entraînera et le fera apparaître au point F sous forme d'un petit nuage dont les particules impalpables vont se déposer en couche mince, mais suffisante, sur les surfaces environnantes.
On a reproché à cet instrument de ne pas opérer avec assez de rapidité dans le vignoble, et surtout de placer à son extrémité antérieure le soufre destiné à être répandu,
Kig. 181. — Coupe du soufQet de M. de la Vergne.
ce qui fatigue assez vite l'opérateur. Aussi lui préfère-t-ou aujourd'hui le soufflet de M. de la Vergne, construit à Bordeaux.
Les dimensions de ce soufllet (/yy. 180 et 181) sont
INTEMPÉRIES. MALADIES, RTC. r>T
celles des soufflets ordinaires. Les deux faces se composent de deux planches en bois de peuplier, terminées en avant par uue buse longue de 0",07, et dont le canal intérieur va en s^évasant de l'intérieur à Textérieur. Il n'y a de ferrement d'aucune sorte, ni intérieurement ni extérieurement ; de simples petits clous fixent la peau ialérale sur les planches. Un trou rond de 0™,04 de diamètre est pratiqué dans la planche supérieure. On le ferme avec un bouchon de liège B. Il n'y a pas de soupape, Tair entre et sort par la tuyère.
La tuyère A est courbée régulièrement et présente un diamètre de 0"»,03; elle est fixée à la buse du soufflet au moyen de deux crochets placés parallèlement. Une loile de cuivre à maiUes de 2 millimètres de côté est placée à l'extrémité antérieure.
Le soufre est placé dans l'intérieur même du soufflet, et on l'y introduit par l'ouverture B ménagée sur l'une des faces de l'instrument. Le poids du soufre étant ainsi moins éloigné des mains de l'opérateur, l'instrument devient moins fatigant. On a reproché à ce soufflet de placer le soufre en contact avec la peau de basane qui entoure cet instrument et d'amener rapidement la détérioration de celle-ci. Aussi conviendra- t-il de couvrir la face intérieure de cette peau d'une couche de résine, de façon à empêcher son contact avec le soufre. Les ouvriers chargés du soufrage portent avec eux une petite provision de soufre de 2 à 3 kiloofr., dans un sac en toile ùxé devant eux. Ce
Fig. 182. —Sac à soufre de M. de la Vergno.
â58 CULTURE DU VIGNOBLE.
sac (%. 182) offre 0"»,33 de largeur à sa base, 0™,20 seulement au sommet, et 0"*,28 de hauteur. Il est pourvu à Tun des angles inférieurs d'un bec conique C en fer-blanc, fermé par un bouchon en liège et destiné à introduire le ' soufre dans le soufflet. Ces sacs à soufre sont assez rapidement mis hors de service. Dans quelques localités, on leur a substitué des boîtes en fer-blanc de même capacité, pourvues d'une courroie pour lés porter autour des reins. Chaque ouvrier est en outre muni d'une cuillère de capacité à l'aide de laquelle il charge le soufflet de la quantité de soufre voulue. Il importe en effet de ne pas dépasser la dose convenable, sous peine de répandre le soufre en trop grande abondance, ce qui détermine souvent le grillage des raisins. La disposition de la tuyère du soufflet permet de diriger facilement le jet de soufre dans tous les sens, de bas en haut, de haut en bas et latéralement. Le prix de cet instrument est, à Bordeaux, de 2 fr. 50 c. et de 3 fr. 50 c. avec le sac. Les deux appareils suivants ont encore été imaginés
pour pratiquer le
Kig. 183. — Boîte à sablier de M. Laforgue. Béziers.
Cette boîte se compose d*un cylindre de fer-blanc un peu conique, haut de 0™,20. La base B, large de0",09, est un peu bombée et percée d*un grand nombre de petits trous. Un couvercle A, ayant 0 °*,05 de diamètre, permet rintroduction du soufre par la partie supérieure. Des fils de fer C (%. 184), croisés dans l'intérieur au-dessus du fond, servent à diviser le soufre lorsqu'il forme des grumeaux. On reproche à ce sablier de ne pas diviser assez le soufre en le répandant, de nécessiter par conséquent
plus de matière pour la même surface, et surtout de ne pas projeter le soufre avec force, comme le font les soufflets, de manière à le faire arriver sur tous les points. ^u
M. Laforgue a perfectionné son instrument en diminuant le diamètredestrous,ilne ^'S- ^«^- - ^°"p® ^® ** ^«^'■^ précédente. répand maintenant la matière qu'en quantité convenable.
MM. Ouin et Franc ont tenté d'améliorer le sablier Laforgue en y ajoutant une houppe de laine ou de crin A
Fig. 183. — Boîte à houppe de MM. Outn et Franc.
(%. 185) fixée sur le fond B (ûg. 186) également percé de trous. Le soufre est ainsi mieux divisé, mais on ne peut opérer qu'après la disparition de la rosée, autre-
Fig. 186. — Coupe de la figure précédente.
ment cette houppe se mouille bientôt, et l'instrument ne fonctionne plus.
Le choix à faire entre ces deux séries d'instruments ne nous paraît pas devoir être absolu. Ainsi, il conviendra de
préférer les soufflets pour les deux premiers soufrages qu'on doit, appliquer sur toute retendue du cêp. Le sablier Laforgue nous paraît préférable pour la troisième opération qu'on peut n^appliquer qu'aux grappes. On lient cet instrument de la main droite, et, de la gauche, on découvre les grappes auxquelles on applique le soufrage.
Une dernière question nous reste à examiner à l'égard de cette importante opération; c'est la dépense à laquelle elle donne lieu pour un hectare de vignoble.
La quantité de soufre trituré à employer par hectare est en moyenne de 30 kilogr. pour le premier soufrage, et de 60 kilogr. pour chacun des deux autres; en tout 150 kilogr., qui, à 0 fr. 20 le kilogr., font 30 francs.
H faut, pour répandre le soufre, six journées de femmes à 1 fr. 50 c, ou en tout 39 à 40 francs par hectare.
On comprend, toutefois, que la dépense relative à cette opération varie nécessairement suivant le prix du soufre et de la main-d'œuvre, suivant le temps qui succède immédiatement à l'opération: une pluie d'orage peut obliger à recommencer le travail ; enfin aussi suivant le mode de taille des ceps: les ceps à pampres traînants du Languedoc demandent plus de temps et exigent plus de soufre que ceux du Médoc.
A côté du service immense qu'a rendu le soufrage en permettant de lutter victorieusement contre l'oïdium, on reproche à cette opération les inconvénients suivants :
1° Le soufrage peut déterminer des ophthalmies chez les ouvriers dont la vue est déhcate. Cet accident n'est pas à redouter s'ils se baignent les yeux plusieurs fois par jour avec de l'eau fraîche ; et d'ailleurs, cet accident n'est à redouter qu'avec le soufre sublimé, dout'i de propriétés acides. Le soufre trituré en est exempt ;
2o Le vin des vignes soufrées conserve un goût de soufre. Gela a lieu lorsque le dernier soufrage a été fait trop tardivement. Mais l'expérience nous a démontré que
INTEMPÉIUIÎS, MALADIES. ETC. 2^,1
cette saveur a disparu dès le second soutirage des vins.
Il est juste de placer à côté de ces reproches d'autres
avantages résultant du soufrage en dehors de son action
sur Toïdium.
11 est incontestable que cette opération augmente trèsnotablement la vigueur de la vigne. On a constaté dans le Midi qu'elle hâte d'environ 10 jours la maturité des raisins. Enfin le soufre ainsi répandu détruit bon nombre des insectes nuisibles au vignoble.
Insectes nuisibles. — Kiinmlpe de h vlrpie (%. 187).— Ce petit coléoplère, connu des vignerons sous les noms de dior hleau, de gribouri, d'écrivain, a les élytres d'un rouge brun et le restant du corps noir; il se rencontre dans les vignes à partir du mois de juillet.
C'est lui qui trace sur les feuilles, en les rongeant, ces impressions linéaires que l'on a comparées à des caractères . . d'écriture (%. 188). Lorsqu'il est très- '"'de laTignr'^' abondant, il s'attaque aussi aux raisins et les dessèche. G est lorsqu'il est à l'état de larve que l'écrivain devient surtout redoutable. 11 se présente sous forme d'un petit ver allongé, d'abord blanchâtre, et qui devient ensuite de couleur brune. Cette larve passe l'hiver dans le sol et ronge les racines de la vigne; au printemps elle dévore les bourgeons et les jeunes feuilles.
M. Paul Thenard a récemment imaginé le moyen suivant pour détruire l'eumolpe. Au moment où l'on donne à la vigne la première façon de l'année, répandre sur le sol immédiatement avant cette façon, des tourteaux de graines oléagineuses qui n'ont pas été chauffées au delà de 80% et que l'on a obtenus en employant le moins d'eau possible; autrement l'huile essentielle de moutarde qui détruira les insectes aurait disparu. Réduire en poudre
ces tourteaux sous des meules d'huilerie, les répandre dans la proportion de 1,200 kilogr. par hectare, et lesen-
Fig. 188. — Feuille de vigne attaquée par Teumolpe.
terrer immédiatement au moyen de la première façon donnée à la terre. Cette opération, répétée tous les trois
Fig. 189. — Entonnoir pour recueillir Fig. 190. —Appareil pour recueillir les euinolpes. les eumolpes dans PYonne.
ans, détruit complètement les larves de Teumolpe qui vivent dans le sol. Il est malheureusement difficile de se procurer les tourteaux dans Tétat que nous venons d'indiquer.
Dans le Gard et quelques autres déparlements, on fait la chasse àTeumolpe, lorsqu'il est dans un état parfait, au moyen de Tinstrument indiqué par la figure 189. C'est un entonnoir en fer-blanc dont l'orifice est très-évasée, pourvu d'une échancrure A dans laquelle on fait entrer la tige du cep. On secoue alors brusquement celui-ci; l'eumolpe tombe, glisse sur les parois de l'entonnoir et arrive dans le petit sac placé au-dessous et d'oii on le tire pour le tuer.
On comprend que la forme et les dimensions de cet instrument peuvent beaucoup varier suivant la disposition des ceps. Dans l'Yonne, cet appareil [ûg, 190) se compose d'un petit van formé d'une toile tendue au moyen d'un demi-cercle en bois. Cette toile offre au centre une ouverture correspondant à un sac destiné à recevoir les insectes. Cet appareil est pressé contre la tige du cep par le côté opposé au cercle. Le moment de la journée le plus favorable pour faire cette chasse est dès le matin : les insectes engourdis sont plus facilement' séparés de leur point d'attache.
Attelabe de la vigne^ becmars {lig. 191). — Cet autre coléoptère est connu des vignerons sous les noms de urheCy ulbard, lisette. Ses élytres sont vertes ou bleues; il attaque également les feuilles et les jeunes bourgeons, et, comme le précédent, il se laisse tomber, comme s'il était mort, à l'approche de Fi&-^9^-— Attelabe. la main qui veut lé saisir. Au moment de la ponte, en juin, la femelle pique lepétiol des feuilles avec sa trompe; celles-ci se flétrissent et se ramolissent. Elle en profite alors pour les rouler en forme de cigare (%. 192), en les pliant et repliant sur elles-mêmes. C'est dans ces feuilles qu'elle dépose ses œufs au nombre de deux ou trois. Ces feuilles, qui se dessèchent et restent suspendues aux bourgeons, doivent être enlevées et bi*ûlées. On détruira
également un grand nombre de ces insectes en employant, pour les ramasser, les appareils indiqués pour Teumolpe.
Altise bleue de Dunal, altiea oleracea de Geoffroy, altise des potagers (%. 193). — C'est encore un petit coléoptère connu, dans quelques vignobles, sous les noms de barbeau^ puceau. Il commence à paraître à la fin d'avril, et s'attache aux jeunes bourgeons et aux grappes, dont il ronge le pédoncule. Il s'accouple vers la fin de mai ; quinze jours après, il dépose sesœute sur le revers des feuilles, et, dans les derniers jours de juin, la larve éclot sous forme d'un petit ver, quironp:e les feuilles.
On ne connaît, jusqu'à présent, d'autre moyen de détruire cet insecte que de lui faire une chasse opiniâtre. Lorsqu'il est à l'état
Fig. 192. — - Feuille de vigne roulée par Tattelabe.
Fig. 194. — Larve da hanneton ou mans.
Fig. 195.
Hanneton commun.
parafait, on se sert pour cela des appareils indiqués plus haut pour l'eumolpe.
Hanneton commun (scarabœus melolontha y Lin.) (Iig. 195). — Cet insecte cause aussi de graves dommages à la vigne. — Ce sont ses larves {fiff, 194), connues sous les noms de mans, ver hlanCy turc, que redoute surtout le
vigneron, parce qu'elles dévorent les racines. Il n*y a d'autre moyen de combattre la multiplication de cet insecte que de le détruire, soit à Tétat de larve, soit à Tétat parfait.
Les larves doivent donc être enlevées avec soin lorsqu'elles sont ramenées à la surface du sol par les labours appliqués au vignoble.
Quant aux insectes parfaits, il y aura utilité à les faire recueillir sur les arbres qui avoisinent le vignoble ; on obtient ce résultat en ébranlant fortement ces arbres dès le matin, lors du premier développement des feuilles. Les larves restant dans le sol pendant trois ans, cette opération ne sera répétée que périodiquement.
Certains animaux font aux hannetons une guerre acharnée : tels sont la chauve-souris, la corneille, le hibou, la chouette, qui dévorent ces insectes à l'état parfait ; puis la taupe, qui se nourrit de larves. Il conviendra donc de ne pas détruire ces animaux dans les localités infestées par les hannetons.
La pyrale de la vigne, connue aussi par les vignerons sous les noms de teigne de la vigne^ ver de la vigne, vei* coquin, est incontestablement l'un des insectes qui font le plus de ravages dans les vignobles. Ce lépidoptère paraît deux fois chaque année, à Tétat de larve ou de ver ; on le voit d*abord à Tépoque de la floraison. A ce moment sa larve (fig, 196) dévore les feuilles et les jeunes grappes, qu'elle enveloppe de nombreux fils soyeux. On Tobserve ensuite, à Tautomne, entre les grains de raisin, (ju*elle enveloppe encore de fils de soie ou même à Tintérieur des grains. Ces larves passent Thiver dans des coques ^ig. 19-. - Papiiiun soyeuses appliquées sous les vieilles ^® '* pyraie. écorces gercées, ou dans les fentes des vieux échalas.
Elles se transforment, en avril ou mai, en petits papillons d'un blanc jaunâti*e (ûg. 197). Ces papillons déposent leurs œufs y en juillet, sur le tissu soyeux qui recouvre les grappes.
On a conseillé les trois moyens suivants pour détruire cet insecte redoutable : i** Pendant la végétation, enlever avec soin et brûler toutes les grappes entourées de fils soyeux, ainsi que les feuilles roulées ou déformées ; pendant Thiver, passer tous les échalas au four, afin de .détruire les œufs ou les larves qui y seraient attachés, puis enlever les vieilles écorces et la mousse qui couvrent la tige du cep. L'ensemble de ces opérations donne, à coup sûr, de bons résultats ; mais ils sont incomplets et laissent toujours sur la tige quelques œufs ou quelques petites larves qui, au moyen des deux générations qu'elles peuvent fournir en une année, ne tardent pas à infester de nouveau le vignoble.
2<> On a tenté avec succès d'échauder les ceps avec de Teau bouillante. Cette opération, imaginée par M. Raclet de Romanèche, est en usage dans quelques vignobles et notamment dans le Beaujolais^ oii l'on a pu, à l'aide de ce procédé, détruire la pyrale qui y a exercé de grands ravages pendant plusieurs années. On opère de la manière suivante :
Aussitôt après la taille et avant l'entrée en végétation
-•1^^ des ceps, on choisit un temps sans
^^ |^j^f\ gelée, sans vent et sans pluie ;
€vl/ li^l I P^^^^ ^^ ouvrier, muni d'une cafe-
.^.Jw '|^U^B& ^^^^^ ^^ fer-blanc contenant un
"^^P^BJPI^^ litre, à bec allongé et effilé
Fig. ^987- caf^irpour (%' 198), remplie d'eaubouiUante, échauder les ceps. vcrsc Cette cau sur le vieux bois du cep de façon, à mouiller tout le périmètre de chaque branche. On doit éviter avec le plus grand soin de mouiller les jeunes sarments avec cette eau, qui les désorga-
niserait. Cet échaudage suffit pour détruire les larves et les œufs attachés dans les anfractuosités de l'écorce. — Voici la description et la figure de la chaudière destinée à chauffer l'eau bouillante {fig. 199). Cette chaudière se compose d'une cheminée ou cylindre chauffeur FF, surmontant le foyer central E formant Tun et l'autre la paroi intérieure. La paroi extérieure du vase ABC, renflée à 0"32 en B, formant cylindre de 0™25 en A, et donnant un foyer bombé et renflé à 0"»36 en C, offre 0""80 de hauteur de B enJ.FAaO«»40dehaut sur 0"»15 de diamètre.
D est Tentonnoir d'emplissage; G, la soupape à vapeur ; I, I, deux ro-
Chaudière à eau bouillanie
Fig. 199.
pour échauder les ceps.
binets d'eau bouillante; H, H, deux crochets sous lesquels on passe deux échalas pour porter l'appareil ; J, la grille du foyer ; la grille et les crochets sont en fer ; tout le reste est en cuivre. Cet appareil, transporté au milieu des vignes, est chauffé à la houille ; on verse un litre d'eau froide à chaque Htre d'eau bouillante tirée. L'eau ne cesse de bouillir et assure le service de quatre vignerons. — Le ser(rice de l'eau bouillante étant organisé, un vigneron peutjêbhauder 2,000 ceps par jour.
' Ce mode d'opérer donne de très-bons résultats ; mais il 'faut, pour que le succès soit complet, que les écha-
ii68 CULTURE DU VIGNOBLE.
Ins soient aussi ochaudés, ou qu'on les passe au four. 3® M. Georges Perrier, propriétaire-cultivateur à Ay (Marne), a imaginé et emploie avec beaucoup de succès Tacide sulfureux pour la destruction de la pyrale. Voici comment il procède :
Pour les échalas^ lorsqu'ils sont réunis de place en place dans la vigne, pendant Thiver, sous forme de moyette, comme le montre la fig. 78, p. 119, couvrir chaque moyetle d'une sorte de cloche en bois (%. 200) parfaitement close et pourvue de deux poignées en fer.
Avant de placer cette cloche sur les échalas, on pose sur le sol, près de ceux-ci, un vase rempli de soufre. On y met le feu, et Ton couvre le tout avec la cloche, en ayant soin d'accumuler un peu de terreàla base de celle-ci pour empêcher Tair extérieur de pénétrer dans l'intérieur. La combustion du soufre se prolonge tant qu'il y a du gaz oxygène sous la cloche, et cette combinaison de l'oxygène de l'air avec le soufre produit du gaz acide sulfureux qui tue rapidement les larves ou les œufs d'insectes logés dans les anfractuosités des échalas. Après deux heures d'attente environ, l'effet est produit et l'on peut enlever la cloche pour la placer sur une autre moyette d'échalas.
Pour les ceps, M. Périer opère aussitôt après la taille, avant Téchalassement et lorsque aucun signe de végétation ne s'est encore manifesté. Il convient aussi de procéder avant le rabaissement des ceps, opération qui consiste, en Champagne, à enterrer chaque année le vieux bois jusqu'à la naissance des jeunes sarments. Car, autrement, on pourrait enterrer les œufs et les larves de la pyrale, ce.qni ne les empêcherait pas de se développer [fig, 92, p. 135).
Fig. 200. — Cloche en bois pour soufrer les échalas.
Le moment d*opérer étant venu, on place sur le sol, au pied d'un certain nombre de ceps, un fragment de tuile sur lequel on dépose un morceau de mèche soufrée qu*on allume, puis on couvre chaque cep d'une cloche en tôle (%. 201) parfaitement close et d'une di- ..^«^^ mension suffisante pour y loger les ceps sans contrainte. Ces cloches sont un peu enfoncées dans le sol, afin d'intercepter lo passage de l'air par la partie inférieure. 11 se produit alors un effet semblable à celui ({ue nous avons indiqué pour les échalas. Pour que l'opération puisse marcher assez (.^^ g^^ ^,,^,^.,,3 rapidement, il sera bon d'être pourvu en tcie pour sond'une centaine de ces petites cloches ; de ^'"^'^ '®* ^®p^ façon à ce que, lorsque la dernière sera posée, il se soit écoulé assez de temps (environ deux heures) depuis la pose de la première. On placera alors celle-ci snv im nouveau cep, et ainsi de suite sur toute retendue du vignoble. On comprend du reste que les dimensions de ces cloches devront nécessairement varier avec celles des ceps, et que la longueur de la mèche soufrée à employer sera proportionnée aux dimensions des cloches. Il vaudra toujours mieux en mettre plus que moins. M. Georges Perrier porte à 180 francs par hectare les frais de ce soufrage, pour les ceps et les éclialas. Mais il ne faut pas oubher que, dans cette partie de la Champagne, il y a 60,000 ceps à riiectare. Il est vrai (juc ces ceps sont réduits à des proportions très-exiguës, ainsi que nous l'avons montré plus haut.
La cochylis [cochylis amphacteUa) .
— La cochylis de la ^ ^^^^^
grappe, désignée j'^jrr^
aussi sous le nom de ^''^' 202.-nhenille de la cochylis, iiès-grossie.
teigne de la grappe^ est un très-petit papillon apparte-
ilO CULTURE DU VIGNOBLE.
nant à la nombreuse famille des teignes. Sa larve ou chenillette (fig. 202) présente une longueur d'environ douze millimètres et se montre en mai et juin. Elle réunit entre eux les fleurs et les grains déjà constitués et y forme un cocon cylindrique. Elle pique la rafle de la grappe et fait périr tout ee qui est au delà de cette morsure. Elle se transforme en chrysalide vers la fin de juin et le papillon éclot en juillet. Malheureusement, on ne connaît pas de procédé vraiment pratique pour la destruction de cet insecte.
Phylloxère. — Depuis quelques années, un nouveau fléau, plus redoutable que tous les précédents , s'est abattu sur nos vignobles du Midi; c'est \e phylloxère (phylloxéra vastatrix), connu aussi sous le nom de puceron de la vigne.
Le trait extérieur le plus caractéristique de la nouvelle maladie, résultant de la présence du phylloxère, celui qui a le plus frappé tous les observateurs, c'est l'existence, dans toutes les parcelles atteintes depuis peu, d'un centre d'attaque qui s'élargit sans cesse. Les ceps environnant ce premier foyer d'infection s'étiolent et jaunissent de plus en plus jusqu'à ce qu'ils soient complètement desséchés. Quand la parcelle a une certaine étendue et quand le mal est suffisamment intense, au lieu d'un centre d'attaque, on en trouve plusieurs. Il ressort de ces faits, observés partout, que la maladie de la vigne se propage de deux manières : de proche en proche et à distance. L'extension progressive des divers centres d'attaque, dont nous venons de parler, révèle le premier mode de propagation ; leur existence simultanée sur plusieurs points éloignés les uns des autres révèle le second. L'expérience a d'ailleurs appris bien des fois que la nouvelle maladie de la vigne procède par bonds irréguliers et qu'elle fait souvent une brusque apparition à de grandes distances des foyers d'infection déjà connus. Quand
on examine les racines des vignes attaquées, on s'aperçoit facilement qu'elles sont le siège des altérations les plus pfofondes : on les trouve toujours molles et pourries ; leurs tissus, hypertrophiés et sans consistance, ne résistent pas à la pression des doigts.
Ces graves désordres sont bien occasionnés par le phylloxère. Ce puceron, presque invisible à Tœil nu, s'établit sur les racines de la vigne et les pique de son suçoilr afin de se nourrir de leur suc. Ces piqûres multipliées irritent probablement les tissus et amènent leur hypertrophie. Elles produisent souvent sur le chevelu des racines des nodosités tout à fait caractéristiques.
On remarque en même temps que les phylloxères , auteurs de ces graves désordres, ne restent jamais sur les racines qui commencent à se décomposer. Dès qu'un point pourrit, ils se portent immédiatement sur un autre. En un mot, ils produisent la pourriture, ils la précèdent sans cesse et ne la suivent jamais. Jusqu'à ce jour, aucun de nos cépages n'a été épargné par la nouvelle maladie de la vigne.
L'insecte qui dévaste les vignes appartient au genre phylloxéra , faisant partie lui-même de l'ordre des //émiptèresj et plus particulièrement du sous-ordre des homoptères dont les cigales, les pucerons et les coche-
Fig. 203. — Phylloxère à rétat Fig. 204. — Phylloxère à l'état ailé, aptère, très-grossi. très-grossi.
nilles sont les représentants les plus connus. Il constitue du reste, à lui seul, une petite famille qui sert en quelque
272 (u:lture du vignoble.
sorte de transition entre les pucerons ou aphidiens et les cochenilles oucoccidées.
D*après les éludes faites dans ces derniers temps, les phyUoxères vivent sous deux formes différentes : à l'état aptère (fig, 203) et à Tétat ailé(%. 204) ; ils ne sont jamais vivipares ; en toute saison et sous les deux formes qu'ils affectent, ils ne pondent jamais que des œufs. Nous devons ajouter que les individus observés jusqu'à ce jour, et le nombre en est grand, ont toujours été des femelles.
Le phylloxore mâle, qu'on cherche depuis longtemps, n'a encore été trouvé nia Tétat aptère ni à l'état ailé.
Voici quelles sont les principales phases de la vie cïe ces insectes. Ils hivernent sur les racines de la vigne à l'état d'insectes aptères, jamais à l'état d'œufs. Tant que la température est rigoureuse, ils restent plongés dans un état complet d'engourdissement ; mais, dès que la chaleur commence à faire sentir son influence, tous les individus épargnés par les froids et par les humidités de l'hiver reprennent une vie nouvelle ; ils se nourrissent avec abondance et se mettent immédiatement à pondre des œufs. Leur multiplication devient bientôt effrayante et ne s'arrête plus que dans le courant du mois d'octobre. C'est pendant cette période, qui dure de sept à huit mois dans le Midi, que les pucerons font leurs plus grands dégâts.
Le phyJloxève à Télat aptère est essentiellement voué à la vie souterraine; il chemine probablement sur les racines de la vigne, suivant les nombreuses fissures qu'on trouve à leur surface. Toutefois, on a constaté que, dès le milieu de juin, ces jeunes pucerons sortent de teiTO et courent sur le sol pour aller d'une souche à l'autre. Mais il ne reste pas toujours dans cet état. Pendant la saison chaude, on voit de loin en loin quelques rares individus présentant sur leur corselet de petits appendices destinés à devenir des ailes. Les insectes ainsi conformés sont de
INTEMPERIES, MALADIES. ETC. 273
véritables nymphes qui ne tardent pas à se dépouiller de leur enveloppe et à se transformer en insectes parfaits possédant des ailes et des yeux bien caractérisés. C'est probablement quand ils ont pris celte forme que les /?////loxères sont soulevés et emportés par les vents à des distances souvent très-considérables. On ne pourrait pourtant pas affirmer que les pucerons aptères ne peuvent pas eux aussi, dans certaines conditions, être transportés par les vents.
Les phylloxèves ailés sont excessivement rares, nous l'avons dit ; le nombre d(7 ^eux qu'on a pu observer jusqu'à ce jour n'est nullement en rapport avec les myriades d'insectes aptères qu'on voit partout sur les racines des vignes malades. Est-ce une loi de la nature ? est-ce une simple lacune due aux procédés d'observation imparfaits dont nous disposons ?
Tous les phylloxèves ailés qu'on a vu étaient des femelles pondant des œufs et donnant ainsi naissance à des pucerons aptères.
On rattache à l'existence de l'insecte sous sa forme ailée
un fait d'une très-haute importance.
Dans la vallée du Rhône et plus encore *2^/^ dans le Bordelais, oh a observé, pen- ^BjfPj^
danl l'été, quelques ceps, excessivement rares, dont les feuilles étaient ^^ucded'ûne^'^grie'dcs couvertes de galles d'une forme parti- feuilles de vigne. ciilière; la saillie verruqueuse est en dessous (%. 205), et l'ouverture est au-dessus de la feuille {iîg. 206). Ce caractère constant établit une distinction radicale entre les galles dont il s'agit et toutes les autres galles ou boursouflures qu'on trouve sur les feuilles de la vigne. Ces galles sont des nids remplis de pucerons aptères ressemblant beaucoup à ceux qu'on trouve sur les racines. On croit pouvoir attribuer la formation de ces galles et l'apparition des habitants qu'elles renferment aux in-
«74 CULTURE DU VlGNOBLË.
sectes provenant des œufs pondus par les phylloxères aiiés.
Comme on le voit, le phylloxère a deux genres de vie. Il reste presque toujours caché sous terre ; mais, à certains moments, quelques rares individus jouissent d'une véritable existence aérienne. La vie souterraine de cet insecte est assez bien connue ; il n'en est pas de même de la seconde.
Telles sont les conditions dans ng. 206. - Feuille de vigne lesquelles se présente la nou-
portant sur sa face inférieure , i j- j i •
des galles vermineuses. velie Hialadie de la Vigne.
Depuis qu'on connaît cette altération, deux opinions différentes ont été émises sur la cause qui la détermine. Les uns l'attribuent à la présence du phylloxère, qui détruit les extrémités radiculaires. Les autres considèrent la présence incontestables de cet insecte comme le résultat d'un état maladif des ceps. La première opinion étant généralement admise, on s'est donc occupé des moyens à employer pour éloigner ou détruire le phylloxère. L'application des insecticides a été tentée. Aucun d'eux n'a complètement réussi. En trouvera-t-on de plus actifs à l'avenir ? Parviendra-t-on, ce qui est trèspossible, à tirer parti de ceux qu'on a essayé ? Il est permis de l'espérer. Ce qu'il y a de bien certain, c'est que l'efficacité du remède qu'on cherche et qu'on trouvera ne dépend pas seulement de la nature et de l'énergie des substances employées. Le mode d'emploi et le moment de l'application seront toujours d'une très-grande importance. Les substances capables de tuer les pucerons sont très-nombreuses ; mais, pour produire de bons effets, il faut qu'elles soient sans danger pour la plante et
INTEMPÉRIES. MALADIES, EÎC, 275
qu'elles puissent pénétrer assez facilement dans le sol pour atteindre les insectes à 40 ou 50 centimètres de profondeur et quelquefois même au delà. C'est là que se trouve la plus grande difficulté. Aussi les traitements préventifs, destinés à préserver les vignes encore intactes, doivent-ils surtout être Tobjet de l'attention des personnes qui chercheront un remède à ce nouveau mal.
On a constaté que Thumidité du sol pendant l'hiver est des plus nuisibles pour ces pucerons. Aussi at-on recommandé d'inonder les vignobles en octobre et en novembre. Mais la position presque toujours élevée des terrains qui nourrissent la vigne rendra bien souvent impossible l'emploi de ce moyen. Puis il n'est pas certain que la vigne, qui redoute par-dessus tout Thumidité surabondante du sol, supporte ce traitement.
On a également remarqué que les fumures abondantes ont pour résultat d'augmenter la vitalité des ceps et de leur permettre de résister à l'attaque du phylloxère.
Enfin, il existe aux Etats-Unis un certain nombre d'espèces de vignes différentes de la nôtre, au point de vue botanique. Quelques-unes des ces espèces, notamment les vitis labrusca et vulpina, ont été plantées dans l'Hérault, au milieu desjvignes infestées i>SiT le phylloxère, et elles n'ont pas été atteintes jusqu'à présent par cet insecte. On pourrait donc les planter dans les vignobles du Midi et les greffer avec les cépages cultivés dans la région.
M. le professeur Planchon, de Montpellier, envoyé en mission aux États-Unis, par le gouvernement, pour y étudier le phylloxère qui paraît en être originaire, a constaté que ce puceron a pour ennemi redouiable une espèce de petit acarien dont il s'est empressé de rapporter des individus vivants avec l'espoir de le voir se multiplier et
276 CULTUUE DU VIGNOBLE.
se répandre au milieu de nos vignobles inl'estés par le pliylloxère.
En résumé, au point où est arrivée Tétude de cette importante question, et en attendant que la science nous indique des moyens moins coûteux, plus pratiques et plus complètement efficaces, on ne peut donc conseiller que les moyens suivants : 1° pratiquer la submersion partout où elle sera possible; 2° appliquer d'abondantes fumures et multiplier les binages du sol pendant Tété ; 3» enfin planter les cépages américains et les greffer.
Limaçons. — Escargots, — En dehors des insectes nuisibles aux vignobles, nous devons encore citer les limaçons, qui font parfois des ravages considérables en dévorant au printemps les jeunes bourgeons de la vigne, de façon à n'en pas laisser un seul. — À cette époque, ils couvrent les échalas et la tige des ceps. Il convient alors de les faire ramasser par des femmes ou des enfants. Dans quelques localités on convient d'un certain piix par mesure de limaçons ramassés. Nous avons cru remarquer que le soufrage employé contre Toïdium fait disparaître en grande partie ces mollusques.