‹ Les vignobles et les arbres a fruits a cidreChapitre 35 sur 74 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Différents modes d'exploitation du vignoble.

Le vignoble peut être exploité à l'aide des trois méthodes indiquées pour tous les biens-fonds, c'est-à-dire le fermage, le métayage ei Y exploitation par le propriétaire*

Fermiiipe. — Le fermage est certainement le moyen d'obtenir la rente d'un domaine avec le moins de souci et d'embarras pour le propriétaire. Toutefois, on se tromperait étrangement si Ton pensait que cette amodiation dispense le propriétaire de toute surveillance de son domaine. Le fermier et le propriétaire ont en effet des intérêts complètement opposés: le premier veut tirer du sol tout ce qu'il est possible d'en obtenir, même aux dépens

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du fonds, de façon qu'à sa sortie du domaine celui-ci aura perdu une partie de sa valeur. Le propriétaire, au contraire, désire voir son capital foncier non-seulement rester intact, mais encore augmenter de valeur.

On essaye de régler et de concilier ces deux intérêts rivaux par les clauses du bail et par la surveillance active du propriétaire pour leur exécution; mais, quoi qu'on fasse, le propriétaire est le plus souvent lésé dans ses intérêts. Les inconvénients que présente Taflermage des domaines en général sont bien plus graves lorsqu'il s'agit de grands vignobles. Et d'abord cette culture exige , pour être réellement lucrative, un capital d'exploitation très-élevé. En effet, les gelées, la coulure, la mauvaise qualité des produits par suite d'une maturité insufSsante, l'oïdium, les insectes nuisibles, la grêle, etc., sont autant de causes qui, par leur fréquence, font de cette récolte Tune de celles qui présentent le moins de chances de succès ; on a à peine tous les quatre ans une bonne et abondante récolte pour payer les frais de culture qu'il aura fallu avancer pendant les années de non-production. D'un autre côté, ce qui précède obligera le fermier à exiger un long bail, sous peine de ne pouvoir compenser les mauvaises années par un nombre suffisant de bonnes récoltes. Or, ces longs baux sont difficilement consentis par les propriétaires qui sont ainsi gênés, pour de longues années , dans la libre disposition de leur domaine. Enfin, en supiposant qu'on consente à engager sa propriété pour un aussi long temps et qu'on trouve un fermier pourvu d'un capital suffisant pour entreprendre cette exploitation, on se trouvera encore en face de cette difficulté qui consiste à défendre le vignoble contre la rapacité du fermier pendant les dernières années de son bail. Celui-ci peut, en effet, en économisant alors les frais de culture et en augmentant outre mesure le produit des ceps , laisser le vignoble dans un tel état qu'il faudra plusieurs années pour

le ramener à sa richesse normale, et, parfois, il y aiira plus d'avantage à le reconstituer entièrement par une nouvelle plantation. On peut tenter, il est vrai, de prévenir ces abus parles clauses du bail; mais les détails de cette culture se prêtent moins encore que celle des plantes agricoles à cette sorte de réglementation, et ces clauses seront le plus souvent illusoires et leur exécution rigoureuse donnera lieu à des contestations qui se renouvelleront sans cesse entre le propriétaire et le fermier. Du reste, les inconvénients que nous venons de signaler pour l'affermage des vignobles sont si réels que ce mode d'exploitation est rarement usité.

Métayas^. — Cette sorte d'exploitation est une as. sociation entre le propriétaire du domaine et celui qui ïe cultive.Le propriétaire fournit le sol et une partie plus ou moins considérable des bestiaux, des instruments aratoires, des semences. Le métayer apporte son travail et le complément des bestiaux, instruments, etc., nécessaires A l'exploitation. Du reste, la proportion dans laquelle contribuent le propriétaire et le métayer pour les bestiaux, instruments, etc., est très-variable suivant les contrées. Il y a certaines régions pauvres où le métayer ne fournit que son travail. Le produit de l'exploitation est ensuite partagé en nature entre le propriétaire et le fermier dans la proportion de l'apport de chacun dans l'association.

Quoique l'exploitation du vignoble au moyen du métayage ne soit pas non plus la plus fré(iuente,il est cependant plus en usage que le fermage. Mais il n'est pas non plus sans inconvénients. D'abord le propriétaire est gêné dans l'application des modes de culture qu'il peut croire utile d'introduire dans le vignoble. Il faut qu'il obtienne le consentement du métayer qui pourrait craindre de voir ses intérêts froissés par ces innovations. Il faut, à plus forte raison, ce consentement, si, ce qui a lieu le plus souvent, ces innovations se traduisentpar une dépense et que

le propriétaire veuille prélever sur les produits riiitérèl du capital ainsi employé. D'un autre côté, lorsque, par suite des accidents énumérés i)lus haut, la récolte du vignoble est anéantie pendant une ou plusieurs années consécutives, et que le métayer n'a pas su se créer un fonds de réserve, le propriétaire est obligé dé luf faire des avances dans lesquelles il rentre souvent avec difficulté. Ce mode d'exploitation présente d'ailleurs l'un des inconvénients que nous avons signalés pour le fermage lors de l'expiration de la jouissance du fermier. Le métayer, intéressé en effet à tirer du vignoble le plus grand produit possible avec le moins de travail, et cela sans se préoccuper de la durée des ceps, p6ut, quelque temps avant la lin du contrat qui le lie au propriétaire, tailler les vignes de façon à en augmenter le produit habituel, mais aussi de façon à les épuiser complètement.

Enfin, le métayage exige la présence fréquente du propriétaire qui doit constamment surveiller la bonne exécution des travaux, et qui, dans tous les cas, doit assister à la récolte pour en partager le produit.

Exploitation par le propriétaire. — L'exploitation du vignoble par le propriétaire est incontestablement le procédé le plus rationnel, lorsqu'il a les connaissances nécessaires pour diriger convenablement cette culture, et qu'il possède les capitaux indispensables pour faire les avances qu'elle exige. Il est complètement libre d'adopter les innovations qui lui paraissent être réellement profitables, et il évite tous les inconvénients que présentent les deux modes d'exploitation indiqués plus haut. Mais sa présence est plus nécessaire encore pour surveiller l'exécution de tous les travaux: car, lui seul étant appelé à en profiter, personne n'a un intérêt direct à le seconder dans la bonne administration de cette culture. Or, c'est là une tache que beaucoup de propriétaires hésiteront à entreprendie. 11 faut, en effet, pour cela vivre presque coni-

plétement aux champs avec sa famille et renoncer , en grande partie, aux relations du monde dans lequel on est né. Toutefois, l'administration d'un vignoble est beaucoup moins compliquée que celle d'une grande exploitation agricole. Aussi, les principales améliorations dont le vignoble était susceptible ayant été appliquées sous l'oeil du maître, et l'ordre et le mode d'exécution des travaux annuels ayant été réglés convenablement, la présence du propriétaire sera moins nécessaire. Il pourra se faire remplacer par un régisseur qui n'aura qu'à diriger les travaux annuels et qui recevra les instructions dupropriétane pour les opérations exceptionnelles. C'est ainsi que sont administrés Içi plupart des grands vignobles du Bordelais, de la Bourgogne, de la Champagne et du Languedoc.

Travail à la tâche ou à la journée. — Quant à la manière de faire exécuter les travaux du vignoble , on peut les faire faire à la tâche ou à la journée. Ces deux procédés offrent, pour cette culture, les avantages et les inconvénients qu'on y trouve pour les autres travaux agricoles : le travail à la tâche va plus vite, mais il pèche souvent par l'exécution; le travail à la journée est généralement mieux fait, mais il marche plus lentement. Il conviendra d'avoir recours à ces deux procédés en les appliquant aux .travaux qui s'y prêtent le mieux. Ainsi, on donnera à la tâche tous les travaux qui peuvent être facilement surveillés et contrôlés, tels que les façons données à la terre, le transport, la répartition et Tapplication des terres et des engrais. Mais toutes les opérations qui s'appliquent directement aux ceps, la taille, l'ébourgeonnement, le soufrage, l'accolage, le rognage, la vendange , devront être faites à la journée. Il conviendra d'ailleurs, dans l'un et l'autre cas, de bien se rendre compte, par. un essai préalable, de la quantité de travail qui peut être exécutée en une journée, soit pour ne donner que le prix convenable

aux tâcherons, soit pour contrôler l'activité des ouvriers à la journée.

Depuis quelques années certains grands propriétaires de vignobles ont adopté un usage des plus moralisateurs et qui donne les meilleurs résultats. — Cet usage consiste à intéresser les ouvriers constamment attachés à leurs vignobles au succès de cette culture. Pour cela, ils leur accordent une petite part dans les bénéfices. Ils stimulent ainsi leur zèle pour tous les travaux qui leur sont confiés, de sorte que, tout en élevant le salaire de ses ouvriers, ie propriétaire obtient un produit net très-sensiblement plus élevé.

Les artwes à fruits à cidre sont particulièrement le pommier j le poirier et le cormier. Les fruits d'autres espèces, telles que le sorbiery etc., pourraient être classés dans la même catégorie ; mais le cidre qu'ils donnent ne présente pas, à beaucoup près, les qualités de celui des espèces que nous venons d'indiquer. L'examen que nous allons faire de la culture des arbres à fruits à cidre s'applique donc exclusivement aux trois premières espèces.

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