Procédé pour tracer UD quinconce
jours également le fil de fer et tenir son piquet dans une position bien verticale ; le n» 1 doit empêcher que son piquet ne fléchisse d'un côté ou de l'autre. Ce travail doit être exécuté avec beaucoup de soin, surtout si la plantation est un peu étendue. Car, comme chaque ligne sert successivement à en tracer une autre, on conçoit que la plus petite erreur se transmettrait et pourrait même se multiplier au point de rendre la plantation irrégulière.
Si la plantation est à effectuer sur un terrain de forme irréguhère, comme celui de la figure 453, et si Ton veut faire usage du mode d'opérer indiqué par la figure 452, on devra commencer par inscrire dans ce périmètre un parallélogramme ABCD, dans lequel on tracera le quinconce ; quant aux vides existant entre ce parallélogramme et le périmètre, on les remplira en prolongeant chacune des lignes.
Il ne nous reste plus qu*à parler delà distance à réserver entre les arbres dans ces sortes de plantations. Cette distance devra varier selon qu'il s'agira de la plantation de prés naturels ou de terres labourées. Sur les premiers, le sol est cou vert de plantes cultivées seulement pour leurs parties vertes.- Tout en réclamant l'influence utile de la lumière, ces plantes ne sont pas aussi exigeantes, sous ce rapport, que les récoltes granifères. Les arbres
Fig. 453.— riantatioa en quinconce sur une surface à périmètre irrégulier.
peuvent donc y être plus rapprochés que dans toute autre circonstance. Toutefois, ils ne doivent pas priver entièrement le sol de Faction directe du soleil, et pour cela on devra réserver un intervalle d'environ 2 mètres entre la tête de chaque arbre, lorsqu'elle sera complètement formée. Nous avons vu des prés plantés à une distance telle que les têtes d'arbres se touchaient de toutes parts dès la dixième année après la plantation. On espérait ainsi obtenir une plus grande quantité de produits. Or, les arbres, n'étant éclairés que vers le sommet, ne pouvaient donner de récolte que sur ce point. Quant aux herbes qui se développaient sous ce rideau continu de verdure, elles étaient d'une qualité des plus médiocres. Pour éviter ces fâcheux résultats, il conviendra de laisser un intervalle de 12 à 15 mètres entre les arbres des prés un peu humides, où la végétation est vigoureuse, et seulement 10 mètres dans les prés secs.
Quant aux terres labourées, plantées en plein, une plus grande somme de lumière étant nécessaire, on laissera un intervalle d'environ 80 mètres entre les arbres, et cela sans tenir compte de la nature du sol, puisque nous avons dit qu'il n'y a que les terres labourées sèches et peu fertiles qu'il convient de planter en plein.
Préparation du sol, — La bonne préparation du terrain a une très-grande importance; car la transplantation que subissent les arbres les privant, quoi qu'on fasse, d'une certaine quantité de leurs racines, et le sol où on les plante à demeure étant presque toujours de moins bonne qualité que celui où ils ont été élevés, leur végétation se trouve singulièrement contrariée. Si, sous l'influence de cet état de choses, on se contente de pratiquer une petite excavation juste assez grande pour recevoir les racines, celles-ci, déjà mutilées et ne rencontrant qu'un terrain de qualité très-médiocre, ne prendront qu'un développement insuffisant, l'arbre languira et finira par périr. Il
faut donc, pour remédier à ces deux causes de souffrance, une bonne préparation du sol.
Cette opération a d*abord pour objet de pulvériser, de diviser la terre qui entoure les racines de manière qu'elles puissent s'y développer facilement, ensuite de placer ces racines en contact immédiat avec une terre de meilleure qualité, plus fertile que le terrain où Ton plante.
Pour obtenir ces résultats, on ouvre un trou ou excavation plus ou moins grande à chacun des points qui doivent recevoir un arbre.
La confection des trous doit être considérée sous quatre points de vue différents : leur forme, leurs dimensions, l'époque où on doit les exécuter, la manière dont ils doivent être faits.
Les trous peuvent être circulaires ou carrés. Sans attacher une grande importance à cette question, nous pensons qu'on devra donner la préférence à la forme circulaire, parce que, Tarbre étant placé au centre, ses racines trouveront un espace égal à parcourir de tous les côtés, tandis qu'au milieu d'un trou carré les racines qui se dirigeront perpendiculairement aux côtés du carré se heurteront plus tôt contre la terre non remuée que celles qui suivront la diagonale.
On a remarqué que les racines, ayant constamment besoin de l'influence de l'air, tendent à se développer plutôt horizontalement que verticalement; les trous devront donc être plus larges que profonds. Cette largeur doit varier, selon que le sol est plus ou moins fertile.
•En effet, si pour planter un arbre dans un terrain sec, caillouteux, brûlant, on fait un trou juste assez grand pour pouvoir y tasser les racines, les premières radicelles qui naîtront pour constituer la reprise de l'arbre, rencontrant immédiatement les parois de cette petite excavation, seront bientôt arrêtées dans leur allongement, et si Tarbre ne périt pas, il restera toujours languisfi«it."SÎ, au con-
traire, le trou est spacieux et que les racines puissent s'allonger sans contrainte pendant plusieurs années, l'arbre acquierra de la force, de la rusticité, et lorsque les racines rencontreront les parois du trou, elles pourront surmonter cet obstacle. Les deux limites extrêmes seront, pour les terrains les plus médiocres, au moins 2 mètres de largeur, et pour les terrains les plus fertiles, 1 mètre. Il sera facile de prendre des largeurs intermédiaires, selon que le sol se rapprochera plus ou moins de l'un ou de l'autre de ces deux points extrêmes. Dans tous les cas, il n'y aura qu'avantage pour les arbres à étendre les limites que nous venons de poser, tandis qu'il y aurait de graves inconvénients à les restreindre. Il n'y a qu'une seule circonstance où l'on puisse sans inconvénient faire des trous ayant moins d'un mètre de largeur : c'est lorsqu'on plante un sol qui a été défoncé uniformément sur toute son étendue. -
La profondeur des trous varie en raison de la plus ou moins grande dose d'humidité que retient le sol. Plus le sol est exposé à la sécheresse, plus les arbres doivent être plantés profondément pour que leurs racines trouvent l'humidité qui leur est nécessaire. Dans les terrains humides, au contraire, les racines ont une tendance bien prononcée à se rapprocher de la surface pour éviter l'humidité surabondante qui les empêche de recevoir l'influence de l'air.
Dans les terrains les plus secs, les trous ne devront pas avoir moins d'un mètre de profondeur, et ne pas dépasser 0« 35 dans les sols les plus humides. Nous verrons plus loin qu'il y a certains terrains où il est utile de planter à la surface du sol.
On n'a pas jusqu'à présent attaché assez d'importance à l'époque la plus convenable pour ouvrir les trous destinés aux plantations. On fait généralement cette opération au moment même de la mise en terre des arbres ; nous
POHMIËH.
pensons que cette pratique est vicieuse, et qu'il y a tout avantage à faire ce travail quelques mois avant la plantation. La couche de terre placée au-dessous de la surface, et qui est généralement peu propre à la végétation parce qu'elle n'a pas encore reçu Tinfluence fertilisante de Tair, se trouvera suffisamment aérée lorsque viendra la plantation, et sera surtout beaucoup plus friable.
Lorsque le point que doit occuper chaque arbre est déterminé, on prend un bout de cordeau présentant en longueur exactement le rayon de la circonférence du trou à ouvrir. On lixe à chaque extrémité une cheville pointue, on enfonce Tune d'elle^ au point qui doit être occupé par la tige, on tend le cordeau, et Ton trace avec Taulre cheville le périmètre du trou. Ceci fait, on pratique l'excavation en se servant de la bêche, de la pioche ou de la pelle, suivant que la terre est plus ou moins compacte. Il est important de séparer les différentes couches du sol à mesure qu'on les extrait. Ainsi on lève d'abord toute la couche superficielle, le gazon (A, fîg, 257), jusqu'à 0"*,15 de
Fig. 257. — Trou préparé pour la plantation.
profondeur, et on le met à part sur l'un des côtés du trou. On attaque ensuite la couche inférieure (B), dont on enlève une épaisseur de 0",20 environ, que l'on sépare de la couche (A) mise à part. La couche de terre (G) est éga-
36a CULTURE DES ARBRES A FRUITS A CIDRE.
lement enlevée et mise de côté. Puis le fond du trou est remué, afin de l'ouvrir à Tinfluence fertilisante de l'atmosphère.
' Après avoir fait ce travail jusqu'à la profondeur que doit présenter le trou, il sera bon de se procurer, pour les terrains légers et exposés à la sécheresse, un peu de terre argileuse ou terre franche; pour les sols exposés à une humidité surabondante, on prendra des mortiers, des plâtras concassés, des sables graveleux ou même de la marne calcaire délitée ; pour les sols précédents et pour tous les autres, oiï se procurera des vases de mares, d'étangs ou de fossés, exposées à l'air depuis une année, ou encore des gazons recueillis à l'avance et décomposés. On déposera au bord de chaque trou (en D et en F) environ un dixième de mètre cube de ©hacune de ces substances. L'argile forcera le terrain à retenir plus d'humidité ; les plâtras et mortiers diminueront, au contraire, la compacité du sol et faciliteront l'écoulement des eaux surabondantes ; entîn les dernières substances amélioreront la terre par les débris organiques qu'elles contiennent. Après ces travaux, on abandonnera le trou jusqu'au moment de la plantation.
CHoix des arbres. — Le choix des arbres est de la plus grande importance ; nous avons déploré l'économie mal entendue de certains propriétaires qui, pour avoir mal choisi leurs sujets, les ont remplacés jusqu'à trois fois de suite, avant de les voir se développer, et ont en définitive perdu beaucoup de temps et d'argent.
On doit considérer : 1° si les arbres sont greffés; 2' s'ils sont greffés en pied ou en tête ; S° la grosseur de la tige et sa hauteur ; 4** leur mode de culture dans la pépinière; 5® la nature du sol de celle-ci.
Arbres greffés ou non greffés, — Quelques cultivateurs préfèrent planter les sauvageons à demeure et les greffer ensuite; d'autres pensent qu'il y .a plus d'avantage à les
POMMlEb. 363
greffer dans la pépinière et à ne planter à demeure qu'après la première formation de la tête de Tarbre. Nous pensons qu'il y a, de part et d'autre, des inconvénients et des avantages qu'il convient de préciser.
Si l'on greffe les jeunes arbres dans la pépinière, pour les planter à demeure quelque temps après, l'amputation qu'on leur fait subir dans la pépinière, pour lesp greffer en tête, détermine le développement d'une très-grande quantité de radicelles qui leur donnent meilleur pied et assurent le succès de leur transplantation. D'un autre côté, lorsqu'on vient à les planter, il n'y a plus à supprimer, sur leur tige, que le prolongement de quelques rameaux, et cela en proportion du dommage causé aux racines. On n'est pas non plus forcé de les étêter un an ou deux après leur plantation, comme lorsqu'ils ne sont pas greffés, opération qui nuit singulièrement à leur reprise, et prolonge leiir état languissant, en suspendant pour la seconde fois le développement des racines. Enfin, les greffes placées sur des arbres en pépinière sont bien moins exposées aux accidents déterminés par les vents, les gros oiseaux, etc., que celles des arbres plantés dans les cours de fermes, et surtout en plein champ.
Mais, si la pépinière est assise sur un sol compacte, humide, où la végétation est très-vigoureuse, il arrive souvent, lorsqu'on vient à supprimer la tête des arbres pour les greffer, que leur tige se couvre de chancres qui les rendent languissants et parfois même les font périr. Dans ce cas, il y a tout avantage à planter les arbres à demeure avant de les greffer, car cette opération diminue leur vigueur, et les chancres ne se manifestent plus. D'un autre côté, si la pépinière n'est pas soignée par celui qui plante, s'il est obligé d'acheter les arbres, il est exposé à ne pas avoir les variétés de fruits qu'il désire cultiver ; car les pépiniéristes sont intéressés à greffer les variétés qui poussent le plus vigoureusement et qui forment le
plus tôt la tête de Tarbre ; or ces variétés sont presque toujours les moins productives et sont rarement les meilleures. On sera donc obligé, après plusieurs années d'attente, de regreiîer ces sujets.
Nous ajouterons, toujours dans Thypothèse où ces arbres seraient achetés chez un pépiniériste, que la première formation de la tête, si essentielle comme nous le verrons plus loin, aura été le plus souvent négligée et même abandonnée à elle-même, et qu'on ne pourra y remédier qu'à l'aide d'amputations toujours pernicieuses.
11 est donc évident que le choix entre les deux procédés doit être déterminé par les circonstances suivantes :
Si la pépinière appartient à celui qui plante et qu*elle soit assise sur un terrain de fertilité moyenne, il y aura tout avantage à ne planter qu'après que les arbres auront été greffés et lorsque la tête sera âgée de 2 à 3 ans. Si, au contraire, le sol est très-compacte« et humide, ou bien si Ton est obligé d'acheter ces arbres, il deviendra préférable de les prendre non greffés.
Arbres greffés en pied ou en tête. —Lorsqu'on pourra planter des arbres greffés, on examinera s'il est plus avantageux de les prendre greffés en tête ou en pied. Nous pensons qu'on devra généralement choisir les premiers ; car pour former une belle tige aux dépens de la greffe en pied, il faut prendre le greffon sur une variété très-vigoureuse ; or nous avons dit que ce sont souvent les moins productives et rarement les meilleures. D'ailleurs, les tiges formées au moyen du sauvageon sont toujours plus rustiques et résistent mieux que les autres aux nombreux accidents résultant de l'ardeur du soleil, du choc des instruments de culture, de l'attaque des bestiaux, etc.
Grosseur et hauteur des arbres, — Il est bon, lorsqu'on plante à demeure, que les arbres aient acquis assez de force pour résister aux vents, à l'ardeur du soleil et aux bestiaux. On ne doit cependant pas dépasser certaines
limites, car leur reprise deviendrait plus difficile, ou bien il faudrait leur conserver des racines d'une longueur telle que les dimensions indiquées plus haut pour les trous deviendraient insuffisantes, et, s*il s'agit d'arbres non greffés, la plaie occasionnée par le greffage se refermerait très-lentement et pourrait déterminer la carie de la tige. Toutefois le degré de grosseur de la tige pourra varier un peu en raison de quelques circonstances. Ainsi, pour ïa plantation des cours de ferme, où les arbres sont abrités des grands vents, les liges pourront n'avoir que 0'",14 de circonférence, à un mètre du sol. Dans les terres labourées, plus exposées aux vents et surtout au choc de la chaiTue, ils ne devront pas avoir moins de 0°*,16. S'il s'agit d'arbres greffés, soit en pied, soit en tête, les tiges pourront, sans inconvénients, avoir une grosseur plus considérable d'un quart. Il est bon aussi que la tige présente une élévation d'au moins 2'",30 à partir du sol jusqu'aux premières ramifications, afin que les récoltes souffrent moins de l'ombrage, que la tête n'empêche pas le passage des animaux de trait, et que les branches ' soient moins exposées à être rompues par les bestiaux. Cette condition est plus nécessaire encore pour les terrains en pente un peu rapide.
Mode de culture dans la pépinière. — Le mode de culture des arbres dans la pépinière influe beaucoup sur leur reprise. On doit examiner s'ils ont été soumis au repiquage ; si ce repiquage a été fait à dislance convenable, pour que leur tige ait reçu une influence suffisante du soleil et qu'elle ait acquis une grosseur en rapport avec sa hauteur; enfin, on doit voir également si les opérations à l'aide desquelles on forme cette tige, et que nous avons décrites au chapitre de la pépinière, ont été exécutées convenablement.
Nature du sol de la pépinière. — Le pépiniériste a tout avantage à s'établir sur un sol riche, fertile, un peu frais,
afin d'obtenir une végétation vigoureuse et que ces arbres soient plus tôt vendables. Or le planteur a presque toujours un intérêt opposé. En effet, les arbres nourris dans ces sortes de terrains sont presque toujours plantés dans des sols beaucoup moins riches, et Ton voit s'ajouter pour ces arbres, à la cause de souffrance qui résulte pour eux de leur déplacement, cette autre influence fâcheuse produite par le terrain où on les plante et qui est de moins bonne qualité que celui où ils ont été élevés. Le propriétaire devra donc choisir ses arbres dans la pépinière dont le sol sera le moins fertile, pourvu toutefois que ces arbres présentent une vigueur convenable.
Ajoutons enfin qu*à qualité égale des produits, il faudra préférer la pépmière la plus rapprochée du lieu de la plantation, car les arbres souffrent souvent d'un long trajet. On évitera surtout d'acheter ces arbres dans les foires. Le plus souvent on vend ainsi des restants de pépinière qui sont colportés pendant tout l'hiver, dont les racines sont profondément altérées et appartenant à des variétés dont on ne peut apprécier les qualités.
Époque à eltoisir pour la plantation. — On devra planter le plus tôt possible avant l'hiver, en commençant aussitôt après la chute des feuilles. Il n'y a d'exception que pour les terrains argileux, humides, dans lesquels on ne plantera qu'en mars. Nous avons indiqué, en traitant du repiquage dans les pépinières, page 319, le motif qui doit faire choisir les époques que nous venons de recommander.
Dëplantatlon dans la pépinière. — C'est une chose vraiment déplorable que le peu de soin apporté généralement à la déplantalion des arbres ; cette opération, telle qu'elle est faite par la plupart des jardiniei*s, mérite bien plutôt le nom d'arrachage. On croirait, aies voir tirer sur les arbres à peine dégagés de la terre qui retient leurs racines, et couper avec la bêche ou la pioche celles
qui résistent à leurs efforts, que ces racines sont des organes surperflus, dont on peut sans inconvénient retrancher là plus grande partie, tandis que ce sont ceux dont la conservation est la plus utile au succès de la plantation. Aussi voit-on ces arbres, dont on a été obligé de mutiler la tige pour rétablir Téquilibre entre elle et les racines, rester languissants et souvent même périr au bout de Tannée.
On doit, lors de la déplantation des arbres de haut jet, dans les pépinières, remplir deux conditions : 1** choisir un moment convenable ; 2^ employer un mode de déplantation qui conserve la plus gi»ande quantité possible de racines.
L'instant le plus favorable pour déplanter les arbres est celui où le temps est doux et oij il ne pleut pas. Il faut se garder de faire ce travail sous Taclion des vents froids et desséchants, car le chevelu des racines serait bientôt désorganisé. On devra, à plus forte raison, ne pas faire cette opération lorsque la température est au-dessous de zéro. Les racines sont en effet bien plus sensibles au froid que les tiges, et il suffit, pour la plupart des espèces, d'un abaissement de température de 2 degrés centigrades au-dessous de zéro pour les désorganiser complètement.
Quelques propriétaires , pressés de planter au printemps, font déplanter leurs arbres avant que la couche inférieure du sol soit parfaitement dégelée ; c'est là une pratique vicieuse, car les racines, engagées encore dans la terre gelée, ne peuvent être détachées , et se brisent au grand détriment de l'arbre.
Toutes les fois qu'on sera obligé de planter au printemps des espèces à feuilles caduques, il sera convenable de faire déplanter les arbres dans le courant ou^à la fin de l'hiver et de les faire mettre en jauge ou tranchée, soit dans la pépinière, soit dans le voisinage du terrain à planter. Le printemps venu, le premier développement de
368 Cl LTURE DES ARBRES A FRUITS A CIDRE.
ces arbres sera retardé par ce déplacement, et lorsque viendra le moment de les confier définitivement au sol, on sera moins exposé à troubler leur végétation. Celte pratique présentera surtout de grands avantages pour les plantations tardives du printemps. Nous avons souvent planté de cette manière, vers le milieu du mois de mai, et cela avec succès, des arbres déplacés à la fin de février.
La. déplantation s*effectuera, comme nous Tavons indiqué, pour les jeunes planis : on ouvrira à Tune des extrémités du carré d'arbres une tranchée d'une profondeur telle, qu'elle pénétrera un peu au-dessous du point où sont arrivées les racines ; puis, en minant le terrain de proche en proche, on enlèvera les arbres avec la plus grande partie de leurs racines.
On objectera peut-être qu'on ne pourra employer ce mode de déplantation que dans le cas où les arbres du carré seront également J)ons à être plantés à demeure , mais qu'il deviendrait impraticable lorsqu'on voudrait laisser encore les plus faibles. Nous pensons qu'il n'y a que le pépiniériste qui puisse avoir avantage à laisser les arbres trop faibles pour ne pas être obligé de les replanter. Nous engageons les propriétaires, pour éviter les mutilations qu'éprouveront indubitablement les racines si l'on choisissait les arbres dans le carré, à acheter tout ou partie de ce carré et à les faire déplanter ainsi que nous venons de l'indiquer. Il y aura à cela deux avantages : le premier , que les arbres seront beaucoup moins mutilés; le second, quon pourra placer en pépinière, dans le voisinage de la plantation, ceux qui seront encore trop faibles pour être plantés à demeure, et qui serviront plus tard à effectuer les remplacements.
Si les arbres doivent voyager avant la plantation, on prendra les plus grands soins pour que les racines ne soient pas desséchées ou gelées en route. On ne saurait trop s'élever contre la négligence de certains pépinié-
rifles qui ne garantissent que la tige et entourent à peine les racines par une poignée de paille qui, mal fixée, est bientôt détacliée, et les laisse à nu.
Préparation ou liablllafre des arbres. —
Lorsque Ton est prêt à effectuer la plantation, on pratique rhabillage des arbres. Cette préparation s'applique aux racines et à la tige.
Malgré tous les soins possibles, il y a toujours une certaine quantité de racines qui sont rompues ou desséchées par l'impression de Pair. La préparation , dans ce cas , consiste à enlever avec un instrument bien tranchant l'extrémité des racines rompues ou desséchées, et à couper celles qui ont été blessées, immédiatement en deçà dû point où la plaie existe. Ces plaies 'se cicatrisent et donnent naissance, sur leur périmètre et au-dessus d'elles, à de nombreuses racines qui viennent bientôt remplacer celles qu'on a tronquées. Si , au contraire, on abandonnait à elles-mêmes les parties brisées ou desséchées, lesplaies deviendraient chancreuses, les racines resteraient dans un état maladif et ne seraient d'aucun secours pour l'arbre. Telles sont les seules suppressions à opérer sur les racines.
Si l'on supprime, pour quelque temps, une partie des racines, il devient indispensable d'enlever également une certaine étendue de la tige, afin de maintenir un équilibre parfait entre ces deux organes Cette suppression, pour qu'elle ne devienne pas nuisible, doit être faite avec non moins de circonspection que celles des racines, et être avec elles dans un rapport complet.
Les amputations de la tige devront uniquement porter sur les rameaux âgés d'un an , ou tout au plus sur les ramifications de deux ans, comme le montre, la figure 258. On ne saurait trop s'élever contre l'usage barbare qui consiste àcouper entièrement la tête des arbres en les plantant, ce qui les fait ressembler, après la plantation, à autant de
jalons (%.259). Cette pratique est on no peut plus vicieuse, et cela pour deux raisons: la première, c'est
que Ton prive l'arbre de tous les boutons qui auraient donné naissance aux bourgeons et aux feuilles indispensables pour développer les filets ligneux et corticaux, et préparer le cambium qui concourt à Taccroisse-
Fig. 238. — Retranchement à opérer sur la tige pour la plantation.
Fi g. 259. — Habillage exagéré pour la plantation.
ment des racines ; la seconde, c'est que la plaie, restant longtemps exposée a rinfluence de Tair avant d'être cicatrisée, se carie souvent et détermine dans le tronc de Tarbre une altération qui peut abréger sa durée.
Il n'y a que deux circonstances dans lesquelles cette opération puisse être tolérée; c'est : 1* lorsque les racines qn\ étp tellpn^pn^ mutilées par la déplantation (//§r. 259),
que le retranchement des ramifications ne suffît plus pour établir Téquilibre entre retendue de ces racines et celle de la tige ; 2° lorsque les arbres, ayant été trop rapprochés dans la pépinière , se sont beaucoup plus développés en hauteur qu'en grosseur, et sont exposés à être rompus par les vents. Il est donc de la plus grande importance de faire déplanter les arbres avec soin et de les élever en pépinière de façon à ce que la tige présente un diamètre proportionné à sa- hauteur.
Mise en terre des arbres. — La mise en terre des arbres exige aussi quelques soins particuliers: on doit considérer, dans cette opération, la distribution des diverses variétés sur le terrain à planter, l'orientation des arbres, la profondeur à laquelle les racines doivent être enterrées, la manière dont les différentes couches de terre enlevées des trous doivent y être replacées.
Nous recommandons de grouper autant que possible, lors de la plantation, les variétés dont les fruits mûrissent à peu près à la même époque. Ainsi on placera sur la même ligne ou dans les lignes voisines les fruits de première saison, puis ceux de deuxième saison, enfin les variétés tardives. On économisera amsi le temps et la maind'œuvre au moment de la récolte.
Si les terrains à planter présentent des expositions variées, on réservera les plus froides pour les variétés à floraison tardive. En effet, les gelées du printemps, elles vents froids et desséchants, si pernicieux pour la floraison des pommiers, agissent avec plus d'intensité sur les variétés à floraison précoce que sur les autres. En plaçant aux expositions froides les variétés à floraison tardive, on les soustraira plus facilement que les variétés hâtives à ces causes de stérilité.
L'orientation des jeunes arbres ne présente d'utilité que pour peux qui se sont développas dans la pépinière ^ûif: \^ bord des carrés. Pour cpux-là, il sera
372 CULTURE DES ARBRES A FROlTS A CIDRE.
bon d'exposer au midi le côlé de la tige habitué à cette exposition et que Ton reconnaît à une teinte plus grise de récorce. Quant aux arbres pris dans Tintérieur du carré, on peut indifféremment placer les côtés de leur tige à toutes les expositions, car ces tiges ont été presque complètement soustraites à Taction du soleil. , '
En général, les racines doivent être enterrées à une profondeur telle, que, d'une part, elles puissent recevoir Tinfluence de l'air, et que, de l'autre, elles ne soient pas exposées à la sécheresse. Le degré de profondeur moyenne à l'aide duquel on remplit le mieux ces deux conditions est 0"*06. Ainsi , le collet de la racine devra être placé de manière à ce que, la terre du trou étant complètement affaissée, il se trouve placé à 0"*06 au-dessous de la surface du terrain. Néanmoins cette profondeur devra beaucoup varier en raison de la nature du sol. Celle que nous donnons est pour un terrain de consistance moyenne; mais dans un sol très-léger, très-perméable , et par conséquent très-exposé à la sécheresse, cette profondeur pourra être portée à 0"*10. Au contraire dans les terrains compactes, humides, on devra faire en sorte que la naissance des racines soit au niveau de la surface.
Les trous ayant été creusés avec les soins que nous avons indiqués pour chaque sorte de terre, voici comment on doit les remplir : on commence par ameublir le mieux possible le fond de l'excavation (G, ûg. 257); puis on mélange parfaitement la couche de gazon A, la terre prise au-dessous B, la terre argileuse ou la terre calcaire D, enfin les engrais F qu'on aura pu se procurer. Ceci fait on dépose au fond du trou une certame quantité de ce mélange de façon à en faire un cône évasé au sommet duquel on place le pied de l'arbre de telle sorte que le collet de la racine soit placé au degré de profondeur voulu; puis on rejette sur les racines ce qui reste de ce mélange. Enfm, si le trou n'est pas suffisamment comblé , on y
ajoute une partie de la troisième couche, celle du fond C. Pendant cette opération, il est essentiel, à mesure que Ton jette la terre sur les racines, de donner à la tige de Tarbre un mouvement de trépidation de bas en haut, afin de bien faire pénétrer cette terre entre toutes les racines. On termine l'opération en tassant légèrement la terre avec les pieds, surtout sur le périmètre du trou.
Il résulte de cette manière d'opérer que la terre la plus fertile, celle qui était à la surface du trou, le gazon enfin, se trouve immédiatement en contact avec les racines, et concourt puissamment à la reprise de Tarbre.
Les trous doivent être comblés à environ 0"10 au-dessus du niveau du terrain environnant, afin qu*en s'affaissant la terre ne s'abaisse pas au-dessous du niveau du sol. Dans les terrains exposés à la sécheresse, il sera bon de creuser un peu cette saillie en cuvette , afin qu'elle retienne mieux Teau des pluies et que celles-ci profilent aux racines.
Lorsque les arbres ont été plantés comme nous venons de l'indiquer, la coupe verticale du trou doit présenter la figure 260.
Plantation des arbres dans pig. Veo^— coupe verticale du les terrains très-humides. — ^er"**'^ ^p""^^ ^* plantation. 11 est certains terrains tellement humides ou exposés aux inondations périodiques, que les plantations ne peuvent y réussir qu'autant qu'elles sont effectuées à la surface du sol. Voici comment on doit opérer dans cette cir-
Fig. 261. — Tracé d*un trou pour" la plantation des terrains très-humides.
û74 CULTURE DES ARBRES A FRUITS A CIDRE.
constance : à chacun^ des points qui devront être occupés par les arbres, on trace sur le gazon, avec le cordeau et
les chevilles, une circonférence de 2 mètres de diamètre (A, %. 261), dans laquelle on inscrit un second cercle B de 1 mètre de diamètre, et que Ton coupe avec la bêche à la profondeur de 0™06 environ. On sépare de la même manière toute l'étendue comprise dans les cercles en seize parties (G et
D). Le grand cercle A doit rester intact.
On enlève ensuite, en les conservant entières, toutes les plaques de gazon D comprises dans le cercle B ; enfin on détache également toutes les plaques de gazon G, mais en les laissant adhérentes au bord extérieur. Gette opération terminée, on soulève les gazons G, puis on les renverse en dehors du grand cercle A. Ge premier travail présente alors Taspect de la figure 262. Qn ameublit ensuite le sol sur cette surfape, pui§ on y rapporte deg terres de bonne qualité, dp façpn 4 en fqr-
Fig. 262. — Trou pour la ' plantation dans les terrains très -humides.
mer un cône tronqué de 0»35 de hauteur (%. 263). C'est au centre de ce cône, à 0"*06 de profondeur environ, que l'arbre est planté. La terre étant bien tassée sur le périmètre de ce cône, les plaques de gazon C, qui sont renversées autour de cette butte, sont ensuite relevées contre les côtés. Pour remplir les vides (B, fig. 263), on se sert des gazons extraits du cercle intérieur (B, fig. 262) que l'on taille en triangle (D, ûg. 263).
Il ne reste plus qu'à battre fortement ces gazons pour les bien appuyer sur les parois de la butte. La coupe verticale du trou présente l'aspect de la figure 263.
Nous ne saurions trop recommander cette opération pour tous les terrains trèshumides, surtout pour ceux qui sont exposés aux inondations périodiques.
Trantiplaiitatioii des arbres âsé8. — Nous avons dit plus haut les dimensions convenables que doivent avoir les pommiers pour être plantés à demeure. Toutefois il peut se présenter certaines circonstances où le déplacement d'ai'bres plus âgés sera nécessaire. Cette opération pourra être tentée avec succès pour des arbres âgés de 25 à 30 ans au plus^mais à la condition de remplir les conditions suivantes:
Conditions générales de succès, — La? ïirbi'es âg^ç que
Fig. 263. — Coupe verticale d'un trou après la plantation dans un terrain très-humide.
l'on veut transplanter doivent être isolés et non réunis es massif serré, de telle sorte que toutes les parties de leur tige soient habituées au grand air et au soleil, et que leur tête soit également développée tout autour de l^. tige.
Ils doivent avoir été plantés là où on les prend et non semés à demeure ; car dans ce dernier cas les i*acines seront très-longues, peu ramifiées, l'arbre aura trèsmauvais pied et reprendra difficilement.
Ces arbres doivent être situés sur un terrain liorizontaL Ceux placés sur une surface inclinée présentent des racines beaucoup plus élevées du côté supérieur de la pente que celles du côté inférieur; il devient donc difficile de placer convenablement ces racines lors de la transplantation dans un sol à surface horizontale ; cela n*est possible que si le lieu où Ton plante est également incliné. Le sol doit être de meilleure qualité que celui où Ton prend les arbres, afin que cette plus grande ferhlité facilite la reprise des arbres. Enfin, ces arbres doivent être sains et vigoureux.
Deux modes différents peuvent être employés pour la transplantation des arbres âgés : la transplantation avec motte; la transplantation avec racines nues.
Transplantation avec motte. — Ce système, qui consiste à enlever avec Tarbre la terre dans laquelle les racines sont engagées, paraît être le plus rationnel, puisque les racines ne sont ainsi nullement dérangées. Mais aussi c*est le mode le plus coûteux, à cause des dépenses auxquelles donnent lieu le déplacement et le transport de cette motte de terre, parfois excessivement pesante, puisqu'elle peut mesurer plus de 9 mètres cubes. Ajoutons que ce procédé exige des machines spéciales qu'on n'a pas toujours à sa disposition. Aussi conseillons-nous de s'en tenir, pour les arbres qui nous occupent, à remploi du second procédé.
Transplantation avec racines nues. — Cet autre sys-
lème consiste à ouvrir aato\ir de Tarbre une tranchée circulaire large de 1 mètre et naissant au point où l'on suppose que les extrémités radiculaires sont arrivées. Ce premier travail terminé, on enlève peu à peu la terre qui enveloppe les racines en minant le sol de proche en proche sur la paroi intérieure de la tranchée et en ayant bien soin de consen'^er les racines tout à fait intactes. On a dû à Tavance fixer la tige de l'arbre à l'aide de cordes attachées aux arbres voisins , afin qu'elle reste dans une position verticale,après que les racines auront été complètement mises à nu et détachées du sol. Lorsque la terre a été ainsi complètement enlevée, on fait descendre au pied de l'arbre, au moyen d'une tranchée ou d'un plan incliné ouvert sur l'un des côtés du trou, une
Fig. 26'k. — Transplantation des arbres figés avec racines nues.
machine de transport composée seulement de deux très-grandes roues, d'un essieu et d'un long timon unique fixé au milieu de Tessieu. Ce timon est dressé dans une position verticale contre la tige de Tarbre. On y attache solidement celle-ci du sommet à la base, en la garantissant des contusions à Taide de coussins. Puis on abaisse lentement ce timon, qui entraîne avec lui la tige, tandis que des ouvriers détachent les racines restées encore engagées dans la terre au-dessous de l'arbre. Les racines se trouvent ainsi soulevées, puis placées sur le côté, à une certaine hauteur au-dessus du sol. On les réunit par faisceaux, ainsi que les branches, pour les empêcher de traîner, puis on attelle un ou plusieurs chevaux du côté des racines, et Tarbre est ainsi porté ail lieu de sa plantation. Il est bien entendu que le véhicule qui le transporte ne peut sortir du trou d'extraction qu'à l'aide d'un plan incliné semblable â celui par où il a été descendu et opposé à ce dernier.
La figure 264 montre un de ces ai'bres placé sur ce chariot et prêt à être transporté.
Le trou destiné à recevoir cet arbre devra offrir un rayon de 0™50 de plus que la longueur des racines: puis on aura dû ouvrir deux tranchées en plan incliné pour permettre à la machine d'arriver au centre du trou et aux chevaux d'en sortir par le côté opposé. Enfin ce trou devra avoir une profondeur telle que les racines de l'arbre s'y trouvent placées aussi profondément qu'elles l'étaient avant. La machine de transport étant aiTivée au centre du trou, on place de nouveau le timon dans une position verticale ; on attache solidement la tige à l'aide de quatre cordes en croix fixées aux arbres voisins ou sur des pieux assez forts. On détache alors la tige du timon et l'on fait sortir la machine du trou. On étend convenablement les racines et on les recouvre de terre parfaitement amendée, en ayant soin de les diviser par étage dans l'épaisseur du
POMMIKH;. 379
sol. Lorsque le trou est complètement comblé, on pratique un arrosement très-copieux, afin que la terre se lasse et qu'elle adhère aux racines. On aura dû, avant de dresser la tige dans une position verticale, raccourcir un certain nombre de branches pour rétablir l'équilibre entre l'étendue de celles-ci et les racines, dont quelques-unes, quoi qu'on fasse, sont toujours brisées.
Cïreffe des arbres. — Nous nous sommes longue- • ment étendu plus haut, en traitant de la pépinière pour les arbres à fruits à cidre, sur les greffes les plus convenables pour ces arbres, et sur les moyens de les pratiquer avec le plus de succès. Nous n'avons donc pas à y revenir, mais nous devons étudier le laps de temps qui doit s'écouler entre la plantation des arbres non greffés et le moment où on leur applique cette opération.
Quelques cultivateurs, préférant planter des arbres non greffés, sont dans l'usage de les soumettre à cette opération l'année même de leur plantation ; d'autres ne pratiquent le greffage que la seconde ou la troisième année. Nous pensons que la première méthode est vicieuse. Lorsqu'on plante ces arbres, quelque soin que Ton prenne» on les prive toujours d'un certain nombre de leurs racines, et surtout des radicelles, parties essentielles de cet organe. On doit donc tout faire pour réparer cette suppression, car c'est seulement alors que la reprise de l'arbre est assurée. Or le moyen le plus sûr est de lui laisser un nombre de rameaux suffisant pour qu'il se couvre de la plus grande quantité possible de feuilles, puisque celles-ci sont les organes générateurs des racines. Mais si, l'année même de la plantation, on prive l'arbre de sa tête pour le greffer, ce ne sera pas le greffon qui remplacera la masse de feuilles qu'eût développées cette tête ; l'arbre, privé des moyens de produire de nouvelles racines, restera languissant jusqu'à ce que le greffon, continuant de s'accroître, détermine enfin là
formation des radicelles qui donnent lieu à une végétation vigoureuse. Si, au contraire, on ne prive Farbre de sa tête que deux ou trois ans après sa plantation, le greffon se développe si rapidement, que, dès la deuxième année, il est ordinairement plus fort, plus étendu que ceux qu'on aurait placés depuis cinq ans sur des arbres opérés Tannée même de leur plantation. Il en "résulte donc que, tout en paraissant perdre du temps, on en gagne réellement, et que Tarbre est mieux portant.
Nous devons rappeler ici tout ce que nous avons dit en parlant plus haut de la pépinière pour les pommiers à cidre, relativement à la greffe en couronne. Cette opération peut être très-utilement employée pour ces arbres lorsqu'ils sont d*un certain âge, et que Ton veut remplacer les fruits qu'ils produisent par une autre variété.
Soins d'entretien pendant lem premières années qni sniirent la plantation. — Ce n'est pas assez d'avoir bien choisi les arbres et d'avoir rempli, pour les planter, toutes les conditions que nous venons d'indiquer ; il faut encore leur donner, pendant les premières années qui suivent leur plantation, des soins qui ont surtout pour objet: 1® de défendre leur tige de l'attaque des bestiaux, du choc des instruments aratoires ou de la violence des vents, en les entourant d'une sorte d'armure ; 2" de les préserver de l'ardeur du soleil pendant la première année et de Tinfluence delà sécheresse; 3" d'entretenir leur vigueur à l'aide d'engrais ; 4*" de donner à leur tête une forme régulière et convenable.
Armures. — Les armures doivent varier de forme selon qu'il s'agit de défendre la tige des arbres de l'attaque des bestiaux, du choc des instruments aratoires, ou de l'action nuisible de l'ardeur du soleil.
Dans les cours de fermes, et généralement . dans tous les pâturages plantés d'arbres à fruits à cidre, ceux-ci font exposés à être ébranlés, et même déracinés, par la
pression qu'exercent sur leur tige les bestiaux qui viennent s'y frotter ; quelquefois même ces animaux rongent récorce de la tige. Pour éviter ces fâcheux accidents, on a imaginé les armures suivantes.
L'une des plus anciennement usitées consiste dans trois
Fig. 365. — Armure au moyen de trois pieux droits.
Fig. 266. — Armure au moyen de trois pieux inclinés.
pieux {fig. 265), disposés en triangle autour de chaque arbre, longs de 1""80, enfoncés à 0"40 du pied de Tarbre, et sortant de terre de i>n34. Ils sont assez forts pour résister à la pression des bestiaux et sont solidement liés
382 CLLTURE bES ARBRES A FRUITS A CibRÉ.
vers leur sommet (A) et leur partie moyenne (B) par trois petites traverses.
Ce mode d'armare, qui a été longtemps considéré comme le meilleur, présente les inconvénients suivants. D'abord la distance à laquelle ces trois pieux doivent être
Fig. 267.— Armure au moyen de deux pieux.
Fig. 26a. — Armure au moyen d'un seul pieu.
les uns des autres est telle, qu'ils ne défendent pas toujours le pied des arbres de Tattaque de certains bestiaux, tels que les génisses et les jeunes porcs. D'un autre côté, si l'on fait cette armure en bon bois, c'est-à-dire assez
POMMIËH. 383
solide pour durer de sept à dix ans, temps nécessaire pour que Tarbre atteigne l'âge où il n*a plus besoin de défense, elle coûte de 3 fr. 50 c* à 4 francs, ce qui détermine une dépense considérable.
L*armure représentée par la «figure 266 est aussi quelquefois usitée. Elle coûte presque aussi cher que la première, et défend moins bien encore les arbres de rapproche des bestiaux.
Pour remédier aux inconvénients de ces deux armures, on a imaginé la suivante (%. 267). Elle se compose de deux pieux de même dimension que les précédents, mais un peu arqués à leur base, de manière qu'on puisse les rapprocher de la tige de l'arbre sans nuire aux racines. On les place de chaque côté en les inclinant légèrement l'un vers l'autre de manière à ce qu'au sommet ils soient séparés par un intervalle d'environ O^âO; puis on les réunit à l'aide de six traverses (Â), trois de chaque côté. Si Ton enfonçait ces pieux au pied de l'arbre après la plantation on s'exposerait ' à blesser les racines. Il vaudra mieux placer ces pieux en même temps qu'on plantera les arbres. Il est indispensable d'entourer la tige de l'arbre d'une poignée de paille solidement fixée avec un osier, au point où elle sort de l'armure, afin que, si elle était ébranlée par le vent, elle ne soit pas meurtrie par cette armure. Ce mode de défense est préférable au premier, parce que la tige est mieux défendue de l'attaque des bestiaux, et qu'il est d'un prix moins élevé. Toutefois ce prix s'élève encore de 2 fr. 50 c. à 3 francs.
On a encore essayé d'un moyen plus simple {Hg. 268). On s'est servi d'un seul pieu, enfoncé à0«»16 tout au plus, du pied de l'arbre, armé de chevilles horizontales ayant l'aspect de longues cornes. La tige est, en outre, entourée de branches d'épines fortement fixées par des liens d'osier. Mais on a promptement renoncé à ce procédé, d'abord parce que le pieu, enfoncé tout près de la tige,
384 CULTURE DES ARBRES A FRUITS A CIDRE, blesse et contrarie toujours plus ou moins les racine; ensuite parce que les épines dont on entoure Farbre pour remédier à Tinsuffisaiice des chevilles, le déchirent; enfin, parce que, ébranlée par les vents, la tige, presque en contact avec le pieu ^ et les chevilles, est mutilée par le frottement. Le prix de cette armure s'élève encore de 1 fr. 50 c. à 2 francs.
Nous citerons également une autre sorte de défense qui a été quelque temps employée sans plus de succès que la précédente (Fig. 269). On commence par entourer la tige de l'arbre d'une petite couche âe paille longue fixée avec de l'osier. On recouvre cette paille par trois lattes armées d'un certain nombre de longs clous, et attachées au moyen de fil de fer. Cette armure présente les inconvénients suivants : d'abord les clous, placés d'une manière fixe, déterminent de nombreux accidents en blessant les bestiaux. D'un autre côté, la tige étant ainsi couverte, on ne peut surveiller et détruire, soit les nombreux bourgeons qui couvrent sou-
. 1 • . > . . Fie. 269. — Armure au moyea 4d
vent les jeunes tiges et nui- trois lattes armées de clous el
sent au développement de la fixées sur la tige. tête, soit les insectes nuisibles, le puceron lanigère surtout, qui, ainsi abrités, leur causent beaucoup de dommage. Enfin, ces entraves, qui emprisonnent la tige, contrarient son développement et son accroissement en grosseur.
Des divers moyens que nous venons de décrire, ce serait donc Tarinure au moyen de deux pieux qui serait la moins mauvaise, et qui atteindrait en même temps le plus cîomplétement le but. Ce serait donc aussi celle que nous conseillerions de choisir si son prix de revient n'était une difliculté qui en rendra toujours l'application difficile.
Frappé de ces inconvénients, et sentant cependant l'indispensable nécessité de garantir les arbres, M. Lelong a imaginé et mis en pratique sur ses propriétés du pays de Bray (Seine-Inférieure) un mode de défense qui remplit toutes les conditions désirables.
Nous laissons ici parler M. Lelong, qui a donné la description de son procédé dans les cahiers de la Société d'agriculture de Rouen :
«... Depuis bi^tôt un an, j'ai fait placer une douzaine de ces armures daks un endroit resserré où Ton réunit un troupeau de vaches pour les traire. Protégés par cette nouvelle défense, pas un arbre n'a été attaqué par les bestiaux, ni offensé par une autre cause.
« Voici ce dont se compose cette armure :
k tringles en bois de chêne de sciage A ou en bois blanc sulfaté (fiff 210) :
longueur i «"670
— — largeur 0 030
— — épaisseur 0 Oio
« Chaque tringle est garnie de i3 à 14 pointes n° 16 qui dépassent son épaisseur d'environ 0™020.
« Les quatre tringles sont assujetties enJtre elles et tenues à une distance de O^llO l'une de l'autre par trois liens de fil de fer (B) nM6.
€ Les choses étant ainsi disposées, j'ai formé, en courbant les trois fils de fer B, un cylindre creux laissant la saillie des pointes en dehors, de manière à faire un hérisson. L'intérieur du cylindre est garni de deux bourrelets de vieux chanvre hors de service (C). L*un est attaché à l'extrémité supérieure, et l'autre à environ 0»"160de la base.
ai
« Pour terminer, j'ai placé ce cylindre élastique autour de l'arbre, et l'ai fermé au moyen des crochets que j'ai l>ratiqués aux extrémités des fils de fer(//gr. 270).
« Il est bien entendu que cette armure repose seulement à la surface du sol.
Les arbres ainsi armés, les bestiaux s'en approchent pour s'y frotter, mais ils rencontrent les pointes et
Fig. 270. — Armure Lebng déployée.
Fig. 271. — Armure Leloog placée autour d'une tige.
n'insistent pas ; s'ils exercent une légère pression, l'armure cède en tournant sur la tige ; les bourrelets G {/iff, 270) empêchent le frottement des lattes sur l'écorce. »
Cette armure peut s'établir pour le prix de 85 centimes à 1 franc et peut durer de 7 à 8 ans.
A ce moment la tige des arbres a acquis assez de force pour ne pas être ébranlée par la pression des bestiaux;
mais les écorces, encore tendres, peuvent .être mutilées
par la dent des jeunes animaux. Pour éviter cet accident,
on remplace Tar-
mure dont nous
venons de parler
par une corde en
paille roulée en
spirale sur la tige
de l'arbre jusqu'à
i»"50 de hauteur
{Rg. 272). Cette
cordeenpaillepeut
être conservée en
bon état pendant 5
à 6 ans; mais alors
les arbres n'ont
plus à redouter les
accidents dont
nous venons de
parler.
Les jeunes arbres sont encore exposés à la négligence des char- ^^'^
retiers ou des bon- Fig. 272. — corde de paille pour préserver la lige viers oui en la- ^^ ^^^^ ^^^ instruments aratoires.
bourant ou en hersant, laissent leurs instruments frapper contre les tiges ; ces chocs leur font un tort considérable en déterminant des plaies souvent très-étendues.
Nous avons vu procéder au hersage sur un champ nouvellement planté de pommiers. Le charretier était assis sur l'un des chevaux attelés à la file et traînant deux herses . L'une d'elles a rencontré l'un de ces jeunes arbres, l'a Incliné horizontalement et est passée dessus, en le laissante moitié renversé et la tige mutilée. Ces accidents,
produits par la charrue ou par la herse sont des plus fréquents Deux moyens peuvent être successivement employés pour prévenir ces désastres.
Le premier est le mode d'armure indiqué par la ligure 267. La partie saillante de cette armure devra , être parallèle à la direction des raies du labour, afin de ne pas gêner l'action des instruments de culture. On laissera cette armure jusqu'au moment où elle aura été détruite par le temps, ce qui aura lieu ordinairement au bout de sept à dix ans. A cette époque, on la remplacera par la corde de paille roulée en spirale autour de la tige {fig. 272). Pour les arbres de 8 à 10 ans, ce dernier mode de défense ne présente plus les inconvénients qu'il offrirait s'ils étaient plus jeunes. En effet, l'écorce de la tige, ayant acquis beaucoup plus d'épaisseur et de dureté, ne développe plus ces bourgeons à la destruction desquels on doit veiller; les insectes nuisibles n'attaquent plus cette partie de l'arbre, et la tige a acquis assez de force pour contraindre la spirale de paille à se prêter à son grossissement.
L'armure au moyen de deux pieux, dont nous venons de parler, peut également servir à défendre les jeunes arbres de l'action des vents violents, surtout de ceux de l'ouest, qui, soufflant très-souvent, finissent par faire prendre à la tige une position souvent Irès-inclinée. On conçoit que le sommet de l'armure fait résister les jeunes arbres à cette action. Mais il faut veiller à l'entretien de la paille fixée au sommet de la tige et sans laquelle cette dernière serait mutilée par son frottement contre l'armure.
Souvent les champs plantés de pommiers servent de parc aux moutons après l'enlèvement des récoltes. Or les moutons attaquent souvent l'écorce de la tige des jeunes arbres, et l'armure que nous venons de conseiller est insuffisante pour les en éloigner. Dans ce cas, il faudra compléter cette armure en entourant la tige d'un
épinage comme le montre la figure 267, ou, ce qui vaudra mieux, clouer sur chacune des deux faces de l'armure une petite latte verticale.
Opération contre I ardeur du soleil et Faction desséchante de Tair, — Lorsqu'on transplante les arbres de la pépinière dans les champs ou dans les pâturages, leur tige, qui s'est développée sous l'influence d'une- lumière peu intense et à l'abri des grands vents, se trouve tout à coup exposée à l'ardeur desséchante du soleil et de l'air. Il en résulte que l'écorce se durcit instantanément, qu'elle perd son élasticité, et qu'elle ne se prête plus au grossissement de la tige. La sève des racines, étant alors gênée dans sa circulation vers les feuilles, détermine l'apparition de bourgeons nombreux à la base de la tige.
Pour éviter ces résultats, et habituer progressivement la tige aux influences du grand air et de l'ardeur du soleil, on la couvrira d'une bouillie de chaux éteinte dans laquelle on ajoutera une certaine quantité d'excréments de porc. Cette couche préservera la jeune écorce de l'influence de l'air, et sa couleur blanche empêchera la tige de s'échauffer trop au soleil. Quant aux excréments de porc, c'est un très-bon moyen pour empêcher les bestiaux de ronger les arbres, ce qui arrive encore quelquefois malgré l'emploi des armures. Il suffira de répéter l'opération dont nous venons de parler pendant les deux premières années.
Opérationsi contre la sécheresse du soi, — La sécheresse du sol, toujours nuisible pour les plantations déjà anciennes, l'est à plus forte raison pour les arbres qui, n'ayant pas encore pris possession du terrain, s'approprient plus difficilement le peu d'humidité qu'il contient. Aussi voit-on souvent les plantations récentes décimées par cette influence lorsqu'on n'emploie pas ses efforts pour la combattre. On peut recourir pour cela aux binages et aux couvertures.
Les binages consistent à ameublir la couche superfi-
cielle du sol deux fois pendant Tété, et cela sur toute rétendue du terrain remué pour la plantation. Nous avons indiqué, au chapitre des pépinières, page 349, comment les binages agissent contre la sécheresse. Mais cette opération convient surtout aux terres un peu argileuses.
Les couvertures seront préférables pour les sols légers. Elles se composeront d*une couche de feuilles sèches, d*herbes de marais, de tiges d'ajonc, de genêt, de fougère, de bruyères, de broussailles quelconques, sm* une épaisseur de 0"K)8. Si Ton a sous la main des cailloux de la grosseur du poing, on pourra également les employer à cet usage, soit seuls, soit par-dessus la couverture dont nous venons de parler. Ces cailloux seront rangés symétriquement comme un pavage à sec {ûg. 260). Les matières végétales indiquées plus haut se décomposent bientôt et forment du terreau dont profitent les racines des arbres. — Lorsqu'on place la couche de cailloux au pied de chaque arbre, il convient d'entourer la base de la tige d'une ti»anche de gazon (B, ûg, 260). Autrement ces cailloux pourraient blesser la base de la tige lorsque celle-ci est ébranlée par le vent.
Nous avons vu également employer, dans le même but, le procédé suivant qui donne d'excellents résultats. Mais il faut que le terrain sur lequel on l'appUque puisse être soustrait à la circulation pendant quelques années. Voici en quoi il consiste.
Lorsque la plantation est terminée et que le pied de chaque arbre est pourvu d'une couverture, comme nous venons de l'expliquer, on répand de la graine d'ajonc sur toute rétendue du terrain, dans la proportion de 15 kilogrammes à l'hectare, et on l'enterre le mieux possible à Taide d'un râteau à dents de fer. Cet ensemencement est fait au printemps. Bientôt les jeunes ajoncs couvrent toute la surface du sol et le défendent contre le soleil. On ne lQit pas redouter l'épuisement du terrain par les ajoncs,
car cette plante est au nombre de celles qui enrichissent le sol. Les débris de ses feuilles et de ses ramilles ne tai'dent pas à former, par leur décomposition, une petite couofae de terreau. A mesure que la tête des jeunes arbres s'étend, les ajoncs, qui redoutent l'ombrage, disparaissent successivement. Mais alors les arbres, qui se sont rapidement développés, abritent eux-mêmes le sol contre l'ardeur du soleil.
Fumuie. — Quelques cultivateurs pensent qu'il est inutile de fumer les arbres à fruits à cidre ; d'autres, au contraire, ont adopté cette pratique. Nous croyons cette opération utile dans quelques circonstances, et inutile dans d'autres. Nous pensons que la fumure devient superflue s'il s'agit d'arbres plantés dans les terres labourées, parce qu'ils y profitent de l'engrais répandu sur ces terres pour les autres récoltes.
Il en sera de même pour les arbres plantés dans lea pâturages suffisamment pourvus de bestiaux. Ceux-ci répandent sur toute la surface une abondante fumure dont les arbres profitent. Ces arbres ne devront donc recevoir une fufnure spéciale que s'ils sont plantés dans des prés fauchés. Dans ce bas, on procédera de la manière suivante :
A la fin de l'automne, on enlève le gazon au pied de chaque arbre, par plaques régulières et sur un rayon d'environ 1™50; on en forme un tas près de l'arbre, puis la terre, mise à nu, est labourée avec la fourche. Ceci fait, on abandonne le terrain jusqu'à la fin de l'hiver, en ayant soin, toutefois, de ne pas laisser déracines exposées à la surface du sol. A cette époque, on répand, sur la terre remuée, les engrais dont on peut disposer ; tels que fumiers consommés, curures de fossés et de mares mélangées depuis quelque temps avec de la chaux, des gazons décomposés, des marcs de pommes préparés dp }a m§me manière. Si l'on pouvait di^po^er de phiffoifs 4e
laine, de déchets de corne, de crins, de poils, de tendons, de déchets de cuirs, ce serait préférable, parce que ces engrais se décomposent plus lentement et que leur effet aura beaucoup plus de durée. Enfin, au printemps, on replace, sur le terrain ainsi fumé, les plaques de gazon qu'on avait enlevées à Tautomne. Il résulte de ce travail que la couche de terre où vivent les radicelles se trouve fertilisée par l'influence de Tair, des pluies, des neiges, et surtout par les engrais qu'on y a répandus.
Cette fumure doit être répétée périodiquement jusqu'au moment où l'étendue de la tête de l'arbre fait supposer que les radicelles ont dépassé le rayon de 1*»50. A partir dé ce moment le mode de fumure que nous venons de décrire deviendrait inutile ; car les racines iibsorbent seulement par leurs extrémités radiculaires, et les engrais appliqués au pied de l'arbre seraient trop éloignés des points absorbants des racines. Il faudra donc remplacer cette fumure spéciale pour chaque arbre par une fumure en couverture appliquée uniformément sur toute la surface du pré. Elle se composera alors de fumiers assez décomposés.
Formation de la tête des arbres. — Le développement de la tête des arbres qui nous occupent ne doit pas être abandonné à lui-même. Autrement cette tête offrira la forme d'une demi-sphère plus ou moins régulière et entièrement pleine (%. 273). Lorsque cet arbre sera feuille la lumière ne pourra éclairer que le périmètre. Or, la fructification ne pouvant avoir Heu que sur les points frappés directement par le soleil, on n'aura de récolte qu'à la surface de cette tête d'arbre. Si, au contraire, on applique à ces pommiers, dès leur jeune âge, une forme telle que leur tête présente dans son ensemble la disposition d'une vaste coupe, on comprend que, la face intérieure étant aussi bien éclairée que la face extérieure , on doublera ainsi la surface productive. Pour obtenu» ce résultat avec
les arbres plantés à demeure avant de les greffer, on procédera avec les soins indiqués à propos des pépi- ' nières, à la page 344.
Pour les arbres greffés en pépinière, et qui ont reçu un commencement de formation, on devra, Tannée qui suit celle de leur plantation, raccourcir chacun des quatre ou six rameaux principaux résultant de cette première formation, à 0"30 de leur naissance et sur deux boutons placés latéralement, de manière à obtenir huit ou douze rameaux disposés circulairement comme dans la figure 272. On veillera ensuite à ce que, pendant les premières années qui suivent la plantation à demeure, la végétation de chacune des huit ou douze branches principales conserve exactement le même degré de vigueur. Si Ton s'apercevait que Tune d*elles tendît à acquérir un développement disproportionné, on devrait enlever Textrémité herbacée, si c'est en été, ou couper une partie de son prolongement, si c'est pendant le repos de la végétation.
On doit surtout veiller à ce que les bourgeons qui se développent à la partie supérieure des branches principales ne se transforment pas en rameaux trop vigoureux, connus sous le nom de gourmands. Ces rameaux, placés dans une position presque verticale, acquièrent souvent tant de force, qu'ils absorbent presque toute la sève des racines, qui devait alimenter le prolongement de la branche, et anéantissent cette branche ; la tête de Tarbre se trouve alors déformée. Dès que Ton s'aperçoit de la tendance de ces bourgeons, on les supprime. Plus tôt on agit ainsi, et mieux cela vaut, parce que les plaies qui en résultent sont moins étendues. Enfin on doit tout faire pour que la tête de l'arbre acquière et conserve la forme d'un vase ou coupe plus ou moins régulier. Ces soins doivent surtout se continuer pendant les huit ou dix premières années qui suivent la plantation. Après ce temps la surveillance devient moins nécessaire.
L'instrument le plus commode pour procéder aux divers retranchements dont nous venons de parler est incontestablement Véchenilloir [fig, 274). 11 permet de pratiquer ces divers travaux sans recourir à l'emploi d'une échelle.
K bourgeonnement de la tige. — En traitant de la greffe
Fig. 27:). — Pommier à branches pendantes.
en pépinière, nous avons indiqué, comme indispensable, la suppression des nouveaux bourgeons qui naissent sur la tige des arbres greffés en tête. Celte opération doit être répétée pendant les premières années qui suivent la plantation à demeure. On supprimera ces bourgeons aussitôt qu'ils paraîtront.
Souvent aussi on voit ^e développer vers le collet de l'arbre et jusque sur les grosses racines un certain nombre de bourgeons qui deviennent très-vigoureux et
nuisent ainsi au développement de la tête de l'arbre. Il convient de les détruire avec le plus grand soin dès leur apparition. Pour cela on déchausse Tarbre et on les coupe le plus près possible au point où ils naissent.
Kla^ase. — Certaines variétés de pommiers offrent, dès rage de vingt ans, des branches qui pendent vers le sol (%. 273). Cette disposition a pour résultat de s'opposer au passage des attelages lors des labours.Les récoltes sont aussi presque complètement privées de lumière sous ces arbres.
Dans les pâturages ces branches pendantes sont brisées par les bestiaux, qui en mangent les fruits. Il est donc utile de couper ces ramifications vers le point où, abandonnant la ligne horizontale, elles commencent à s'incliner vers le sol. Il en résultera le développement, sur la partie conser-
vée, de bourgeons vigoureux
Fig. 27'i. — Échenilloir.
qui donneront Heu à des ramifications bien plus productives que celles que Ton a retranchées.
L'élagage des pommiers doit encore porter sur les ramifications intérieures de la tête. Ainsi les branches de deuxième et de troisième ordre, placées obhquement ou horizontalement, développent souvent, dans Tintérieur de la tête de Tarbre, de nombreux bourgeons qui, favorisés par leur position, poussent vigoureusement, absorbent, au détriment des extrémités, la sève des racines, et, remplissant complètement l'intérieur de la tête, empêchent la
lumière d'y pénétrer. Il est essentiel de maintenir une égale force entre les diverses parties de Tarbre, et surtout de faire en sorte que la lumière puisse pénétrer jusqu'au centre de la tête ; car c'est seulement sous 1 iniluence de cet agent que les boutons à fleurs peuvent se former. Si Ton tolérait cette confusion dans les ramifications, il en résulterait certainement, comme nous l'avons expliqué plus haut, que la production des fruits aurait lieu seulement à la circonférence de la tête. Il faudra également supprimeras branches sèches, qui augnientent encore cette confusion.
Ces diverses suppressions, difficiles à exécuter avec la serpe d'éiagueur, en raison du peu de dislance qui existe entre chacune des branches, sont facilement pratiquées avec Tébranchoir à crochet (%. 275), Cet instrument se compose d'un ciseau bien tranchant pourvu sur le côté d'un crochet non coupant. La base du ciseau est terminée par une douille qni reçoit un manche en bois dur, un peu gros, bien droit, . long d'environ 2™50 et pourvu à sa base d'une armature en fer. Pour se servir de cet ébranchoir on place la lame à la base ^ de la branche à supprimer, puis avec un maillet de menuisier on frappe sur la base du manche et la branche est ainsi facilement détachée. Si elle reste engagée dans la tête de l'arbre, on l'en sort à l'aide du crochet. Cet instrument dispense de se servir d'échelles ou de monter sur les arbres. Quant à l'époque la plus favorable pour ces élagages, on choisira le moment du repos de la végétation. Nous pensons que ce travail devra être répété tous les trois ans environ.
Intervention du propriétaire pour l*appli« eation des opérations précédentes. — Les diverses opérations que nous venons de décrire pour la
création de vergers d'arbres à fruits à cidre, tels que la préparation du sol, le choix des arbres, la plantation, le greffage, les armures, la formation de la tête des arbres, la fumure, doivent être toutes exécutées avec le plus grand soin si Ton veut obtenir un résultat prompt et le plus satisfaisant possible. Or, il s'en faut de beaucoup qu'il en soit toujours ainsi. Cela tient parfois au manque de connaissances spéciales chez le propriétaire. Mais cela est dû, le plus souvent, à ce que ces travaux sont imposés au fermier qui, par suite de la brièveté de son bail, n*a aucun intérêt à la bonne venue de ces arbres dont il récoltera à peine les premiers fruits. Il est vrai qu'à rentrée d'un fermier sur une exploitation on dresse l'inventaire des arbres fruitiers qui y existent et qu'une clause du 'bail l'oblige à remplacer à sa sortie tous ceux qui ont péri par son ■fait. Il exécute ces remplacements d'une façon si écono- Iniquè et si imparfaite que ces plantations succombent. Le même fait se renouvelant périodiquement, l'exploitation linit par être privée de fruits à cidre. Pour éviter ces fâcheux résultats, il est indispensable que le propriétaire fasse exécuter à ses frais tous les travaux de création el d'entretien de ces plantations jusqu'au moment où Ces arbres commenceront à donner des produits. Alors il pourra en abandonner l'entretien au fermier, qui sera intéressé à leur conservation. On pourra d'ailleurs faire au fermier sortant une retenue en argent équivalente à la valeur des arbres qui auraient disparu par son fait.
Principales mal adies des arbres à fruits a cidre. — Ces arbres sont, comme toutes les plantes ligneuses, exposés à des maladies déterminées soit par des blessures ou autres causes diverses, soit par la présence de certains insectes nuisibles, soit enfin par des plantes parasites.
Maladies ûésaltanl des blessures ou autres causes diverses.'— Les blessures qui résultent de contusions sur
la tige ou de fracture des branches principales donnent lieu aux ulcères et à la carie.
Les ulcères sont presque toujours dus à la cause suivante : Lorsqu'une plaie faite à un arbre pénètre jusqu'au corps ligneux et le laisse exposé à l'influence de l'air, rhumidité atmosphérique et l'eau des pluies altèrent les couches extérieures de Taubier et déterminent Técoulement d'un liquide de couleur brune et d'une grande âcreté. Cet écoulement empêche même la formation des bourrelets sur les bords de la plaie ; de sorte qu'au lieu de diminuer, rétendue de la plaie s'étend sans cesse en altérant progressivement l'écorce environnante et le corps ligneux. Cette plaie peut déterminer la mort de l'arbre si l'on n'y porte remède. C'est à cette maladie que l'on donne le nom â*ulcère ou de gouttière. Les ulcères se manifestent d'autant plus facilement que les plaies présentent une surface moins unie, et que cette surface, en s'éloignaut davantage de la ligne verticale, permet à l'eau des pluies d'y séjourner plus facilement.
Le remède le plus efficace à employer dans celte circonstance est le suivant : On enlève d'abord, et jusqu'au vif, toute la partie de l'écorce qui est altérée, ainsi que le bois décomposé ou déchiré, afin qu'il en résulte une plaie bien nette ; puis après avoir laissé cette plaie exposée à l'air pendant un jour ou deux, pour qu'elle se dessèche, on la recouvre complètement avec un englument.
On a successivement proposé à cet effet diverses substances : d'abord Vonguent de saint Fiacre, composé de terre argileuse, de bouse de vache et de bourre; puis Vonguent de Forsyth^ dont nous donnons la composition plus bas ; enfin le mastic à greffer, indiqué plus haut au chapitre des pépinières, page 400.
Le mastic à greffer deva être préféré aux onguents : ces derniers se fendillent sous l'action de la chaleur ou sont entraînés par les pluies. Toutefois le mastic à greffer