‹ Les vignobles et les arbres a fruits a cidreChapitre 63 sur 74 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Saules à osier.

Histoire. — Diverses espèces de saules sont cultivées pour la production des rameaux longs et flexibles auxquels on donne le nom d'osiery et qui fournissent la plus grande partie de la matière première mise en œuvre par les vanniers. Ces rameaux sont en outre employés comme ligatures dans de nombreuses circonstances (4). . Cette culture est fort ancienne, Columelle la décrit asse^ longuement, et les procédés qu'il indique diffèrent peu de ceux que nous employons aujourd'hui. On donne le nom d'oseraies aux surfaces consacrées aux saules à osier.

Importance. — La statistique officielle ne nous dit rien sur les quantités d'osier récoltées en France et sur leur valeur. Nous savons seulement que cette culture couvre une surface totale de 67,500 hectares. Nous exportons annuellement 800,000 kilogr. de ce produit aux Etats-Unis, en Angleterre, en Belgique et en Espagne.

(i) Nous avons emprunté beaucoup de renseignements à l'excellent irailé de M. L. Gossin, sur celte culture.

SAULES A OSIER. n49

Il est vrai que nous en importons environ 110,000 kilogr. Mais la balance reste largement en notre faveur.

Espèces. *^ Plusieurs espèces ou variétés de saules peuvent être employées, comme osier. Les principales sont les suivantes : '■

Saule vimiMl {Salix viminalis, Lin.), Osier à longues feuilles. Osier blanc» queue de renard. {Fig. 371.) Arbre de six à sept mètres de haut, bourgeons cendrés ; écorce de diverses nuances suivant les variétés, feuilles alternes, terminées par une pointe très-aiguë, supportées par un court pétiole, . plus étroites que celles d'aucun autre saule proportionnellement à la longueur, qui varie de dix à seize centimètres; un peu ondulées sur les bords, et non dentées, soyeuses à la surface inférieure, roulées dans le sens de la longueur lorsqu'elles sont jeunes; stipules le plus souvent nulles, fleurs en chatons velus, paraissant au printemps avec les feuilles ; deux étamines.

Cette espèce, Tune des plus cultivées en oseraie, présente des jets trèsélancés, qui atteignent parfois jusqu'à trois et quatre mètres ; les brins sont d'une excellente qualité dans certaines variétés, moins bons dans d'autres. L'une des meilleures est connue près de Saint-Quentin sous le nom û'Osier blond ou double-blond.

Saule fragile {Salix fragilis, Linnéo). {Fig. 372.) Arbre d'un port élevé, pouvant atteindre jusqu'à 20 mètres et plus ; jets de l'année flexibles et propres à la vannerie, tandis que, plus tard, les ramifications en deviennent fragiles, au point de se casser souvent sous le poids de petits oiseaux ; feuilles alternes, en forme de fer de lance très-aigu, dentées, glauques en dessous, d'un vert luisant à la face supérieure, de 8 à i5 centimètres de long; stipule? dentées; écorce des jeunes pousses vert clair, rouge, violet, gris foncé, suivant les variétés; jets annuels d'une. longueur de i mètre 50 à 2 mètres, un peu trop disposés à se ramifier ; fleurs en chatons longs et pendants, paraissant en avril après le feuillage, et pourvus à leur base de quelques petites feuilles; deux étammes.

Le saule fragile est souvent multiplié par plançons le long des rivières» puis exploité pour bois de chauffage. Autre part, on le cultive beaucoup en oseraie. Il est rustique ; mais ses produits ne sont que de seconde qualité.

Saule blanc (Salix alba. Lin.). {Fig. 373.) Grand arbre atteignant jusqu'à 30 mètres de haut, exploité souvent en têtard le long des rivières et des prés; feuilles allern'es, oblongues, de même forme que celle du saule fragile, mais plus petites et plus minces, d'une longueur de 7 à -lo centimètres, finement dentées, soyeuses en dessous, souvent même à la partie supérieure, ce qui leur donne un aspect argenté très-agréable à l'œil ; fleurs en chatons cylindriques et pendants ; 2 étamines.

Parmi les variétés du saule blanc, il en est une remarquable par la couleur jaune-orange des jeunes brins, qui sont d'ailleurs très-fins et très-souples. Les botanistes lui donnent le nom de Salix vilellina on Saule des vignes, et les cultivateurs rappellent Osier Jaune^ Amarinier. C'est celui dont le jardinier et les vignerons se servent le plus. Il est de qualité supérieure, excellent pour la tonnellerie ; les jets annuels atteignent 1 à 2 mètres.

Saule rouge {Satist rubra, Smith), Osier rouge^ Osier fendu, Uoussine, {Fig, 374.) Arbuste d*une hauteur de 3 à 4 mètres ; feuilles alternes en

forme de fer de lance allongé comir.e celles du saule fragile, mais plus petites, grisâtres en dessous, d'une longueur de 8 à -12 centimètres, bordées de petites dents plus distantes que ne sont celles du saule fragile, stipules très-petites ou nulles; fleurs en chatons dressés, se montrant avec les feuilles; végétation vigoureuse en été, mais, dès le premier printemps, lente et tardive.

Jets annuels d'une hauteur de i mëtre 50 à 2 mètres, très-minces, trèsnerveux, peu disposés à se ramifier, ordinairement d'un rouge plus clair à

Fig. 375. — Saule à une étamine.

a base qu'à une certaine hauteur, très-propres à la vannerie fine, excellents pour être fendus et servir aux tonneliers.

Saule à une étamine {Salix monanâra, Hoffmann), dont Linnée a fait deux espèces, savoir: Salix purpureaet SalLv hélix; Osier pourpre ; Oéier noir* Vourgène des environs de Lyon. {Fig. 375.) Arbrisseau peu élevé, à jets très-minces; facile à distinguer par ses feuilles, tantôt alternes, tantôt opposées, tandis que celles des autres saules sont toujoufs alternes; feuilles oblongues, parfois spatulées, obtuses ou aiguës, rarement denticulées et seulement au sommet, d'un vert quelquefois clair, mais le plus souvent terne en dessus, glauque bleuâtre à la face inférieure, d'une longueur de 8 à i5 centimètres suivant les variétés; stipules rarement développées; fleurs en forme de petits chatons rougeâtres, s'épanouissant en même temps que les feuilles ; deux étamines, soudées ensemble et ne paraissant en former qu'une seule ; écorce verte, rouge pourpre ou noire, suivant les variétés.

Les jets annuels de cette espèce sont d'une hauteur de i mètre a 1 mètre 50, très-fins, très-nombreux, très-nerveux, trè:;-souples, ce qui les fait rechercher pour la vannerie fine. Lorsque l'arbuste est isolé, ces brins s'étendent en traçant et ettent quantité <Je racines. Aussi, cpt^e espace est

5Si

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Fig. 371. — Saule Fig. 373.— Saule blanc. Fig. 372. — Saule

viminal. variée des vigoes. fragile.

uDe des meilleares à planter sur les lieux exposés aux dégradations des Saule à trois étamiMs {Saiix Irièndra^ Linné), Saule à feuilles d amandier.

Fig. 374. — Saule rouge, osier à fendre.

Fig. 376.— Saule à trois étamine?, Ganette de Beauvais. — Osier brun.

Salix amygdalina). du même, Osier brun des Ardennes, Ganelte de Picardie. (FtV*376.) Arbre d'environ io mètres de haut, qui, chaque année, perd son

écorce à la mçinière du platane ; feuilles sans yoils, d'une longueur de 8 à iO centimètres, moins effilées vers la pointe que ne le sont celles du saule fragile, d'un vert de diverses nuances, suivant les variétés, et toujours plus foncé en dessus qu'en dessous, pourvues de dents nombreuses et très-prononcées ; stipules formant collerette à la base des feuilles ; extrémité, des pousses striées; fleurs en chatons dressés; jaunâtres, paraissant en même temps que les feuilles; 3 étamines; écorce jaune, brune ou vert émeraude; brins annuels d'une hauteur de -i mètre so à 2 mètres, peu disposés à se ramifier. La variété de cette espèce, que l'on nomme dans les Ardennes Oiier brun, est considérée comme inférieure à l'osier rouge ; celle qui, à Beauvais, se cultive sous le nom de Ganette est, au contraire, très-estimée. On reconnaît cependant que les brins de cette variété ne sont pas d'excellent usage, si on les emploie sans les peler.

Les espèces d'osiers que nous venons de décrire n'ont pas une égale importance. Voici, sous ce rapport, comment on peut les ranger :

1<> Osier viminal, osier rouge, osier jaune.

2® Osier fragile, osier brun, osier pourpre.

■Il est important de faire un bon choix quant aux espèces ou variétés d'osier à cultiver ; car telle sorte d'osier peut donner un produit double en .valeur de celui d'un autre. Voici, du reste, les principaux signes qui caractérisent les osiers de bonne qualité : peu de moelle, fibre serrée, jets effilés avec peu ou point de ramifications, grande ténacité lors de la torsion.

Climat et sol. — Les osiers peuvent prospérer sous les divers climats de la France.

Mais il est loin d'en être de même pour le terrain. L'osier ne peut donner d'abondants produits que dans les terrains profonds, d'une certaine consistance et riches en humus ; sans être indispensable, la présence du calcaire favorise la végétation des meilleures espèces.

Le sous-sol tourbeux peut être considéré comme favorable, sinon à la qualité, du moins à l'abondance des ré-^ colteSy à la condition toutefois que la tourbe soit recouverte de 0»"30 au moins de terre ferme. Autrement, l'enracinement n'est pas assez solide, et, trop ébranlées par les coupes successives, les souches dépérissent i»apidement.

Quant à la dose d'humidité que le sol retient naturellement, il n'est pas nécessaire qu'elle soit très -abondante. Il suffît, pour le nord, l'ouest et Test de la France, que, pendant les chaleurs de Tété, le sol ne soit pas trop prompt à se dessécher. On y pourvoit dans le Midi par des irrigations.

Mais si une certaine dose d'humidité est nécessaire pour les osiers, cette humidité ne doit pas être stagnante, comme cela a lieu dans les terrains marécageux ; car on n'obtient alors que des produits de médiocre qualité. D'où il suit que les terrains trop humides doivent être parfaitement assainis, même dans les régions où les chaleurs de l'été obligent à recourir aux irrigations.

L'ombre nuit beaucoup aux osiers, aussi bien que les racines des arbres, et notamment celles des peupliers. H ne faut donc planter que sur des emplacements parfaitement découverts.

Les rives des cours d'eau limoneuses sont une excellente position pour la culture des osiers; Us sont soumis là à des inondations passagères qui laissent chaque fois une petite couche d'alluvion très-profitable à la vigueur et à la durée des souches d'osier. En outre, on obtient la consolidation des rives de ces cours d'eau, et ces terrains, souvent sans valeur, donnent de très-beaux et très-abondants produits.

Enfin, l'emplacement où l'on veut établir une oseraie doit être choisi de façon à ce qu'on puisse en éloigner facilement les bestiaux, qui pourraient y occasionner de grands dommages avant la récolte.

Pi^ëparaiioit du terrain. — Le terrain où Ton veut créer une oseraie doit avant tout recevoir un défoncement de 0"40 à 0"*50 de profondeur. On procédera à ce premier travail avant l'hiver, et de façop à ce que la terre de la surface soit placée au fond de la tranchée. On améliore ainsi la couche du gol où les racines des osiers doi-f

vent vivre ; puis les graines des plantes nuisibles, enterrées profondément, ne saliront plus la surface, et les façons destinées à leur destruction seront ainsi rendues moins coûteuses.

Au printemps suivant, on donne un hersage énergique pour bien diviser les mottes restées à la surface du sol, puis un roulage.

Plantotioit. — Dans Tintérêt de la qualité des produits, l'espacement entre les souches d'osier doit être peu considérable^ On obtient ainsi des brins plus fins et plus élancés, qui ont plus de valeur ; puis le sol est plutôt couvert, de façon à conserver sa fraîcheur et à produire une moins grande quantité de plantes nuisibles.

Pour Jes osiers rouges et jaunes destinés à être fendus pour la tonnellerie, il importe d'obtenir les brins les plus Tms. Dans ce cas, on espace les lignes seulement k 0'"30 entre elles, et on réserve un intervalle de 0™20 entre les souches sur les lignes. Pour les osiers non destinés à être fendus, ces intervalles sont augmentés de 0™10. Dans Tun et l'autre cas, la plantation est faite en quinconce.

Ce premier point réglé, on procède ainsi à la plantation : — Celle-ci est faite au moyen de boutures choisies sur les brins les plus vigoureux, âgés d'un ou deux ans et ayant au moins la grosseur du doigt. On leur conserve une longueur d'environ 0"30, et on les enfonce dans le sol le plus profondément possible. Dans tous les cas, elles ne doivent pas dépasser le niveau du sol de plus de O'^OS. Ce qui dépasse cette limite est retranché avec le sécateur. Cette plantation est pratiquée au printemps, sous tous les climats^ sauf dans le Midi, où l'on devra opérer à la fin de l'automne, excepté sur les terrains exposés aux inondations hivernales.

tioiiiM d'entretien. — L'opération la plus importante pour l'entretien des oseraies est le binage pratiqué pendant l'été et destiné soit à détruire les plantes

556 ARBRES ET ARBRISSEAUX ËC0N6M IQUES.

nuisibles, soit à empêcher le sol de se dessécher profondément. — On doit répéter cette opération deux fois pendant la végétation, à parth» du milieu de mai, et choisir pour cela un temps sec. — Il convient aussi d'appliquer un labour chaque année aussitôt après la coupe de l'osier. On se sert pour cela de la fourche à dents plates, afin de ne pas mutiler les racines des souches. — C'est lors de ce labour qu'on doit extraire du sol les nicines traçantes des 'iserons, qui sont Tennemi le plus redoutable des oseraies.

Malgré le soin que l'on prend de couper chaque année les brins d'osier le plus près possible de lu souche, néanmoins celle-ci, qu'Userait désirable de maintenir toujours au niveau du sol, s'en éloigne peu à peu. Lorsque cet inconvénient commence à se produire, il est utile de re charger l'oseraie, afin que le sommet des souches se trouve de nouveau au niveau du sol. Ces souches pourront ainsi développer de nouvelles racines qui entretiendront leur vigueur. Cette opération, pratiquée après la récolte de l'osier, est faite au moyen de terres que l'on prend au dehors ; ou Wen on creuse après coup dans l'o^ seraie et à des distances régulières des fossés dont la terre est destinée à cet usage. Pour les oseraies situées lé long des cours d'eau, on n'a pas à se préoccuper de ce soin, les limons déposés annuellement produisent un colmatage qui donne lieu à ce rechaussement.

Quoiqu'il ne soit pas d'usage de fumer les oseraies, il est certain cependant que les engrais ont pour résultat d'augmenter beaucoup leur produit, d'où il suit que ces oseraies payraient largement cette dépense. Il est bien entendu que cette pratique ne s'étendrait pas aux oseraies situées sur le bord des cours d'eau qui y déposent annuellement des limons très-fertiles, — Les marnages faits périodiquement sur les oseraies assise sur des terres privées de cet élément seraient aussi d'une grande utilité pour en faire disparaître l'acidité.

L'irrigation serait plutôt nuisible qu'utile pour les oseraies du Nord, du Centre, de l'Est et de TOue^t, placées dans les conditions de sol que nous avons indiquées. Mais pour celles du Midi, cette opération est indispensable pendant les chaleurs de Tété. Elle sera repétée trois ou quatre fois pendant les grandes chaleurs, et toujours dans la soirée.

Exploitation. — Les osiers se développent faiblement pendant Tété qui suit la plantation. Néanmoins, il ne faut pas hésiter à procéder au recépage dès le printemps suivant. Ce recépage est fait avec une sorte de serpe emmanchée comme une truelle et parfaitement tranchante. Chaque année on répète cette opération en coupant toujours siir le jeune bois et le plus près possible de la surface du sol.

On conçoit que les osiers soumis annuellement à celle récolte doivent souffrir de cette mutilation et tendre ^ s'affaiblir. Pour diminuer cette cause de dépérissement, il convient, de temps en temps, de laisser l'oseraie sans l'exploiter pendant une année ; le produit de cette pousse de deux ans a peu de valeur industrielle, mais elle fournit de très-bonnes boutures, et cela permet aux souches de reprendre leur vigueur première.

L'osier s'emploie sous trois états différents : !• pourvu de son écorce, et non fendu, pour la grosse vannerie ; 2** blanchi, c'est-à-dire écorcé pour la vannerie ordinaire et pour celle de luxe ; 3«» pourvu de son écorce et fendu en trois pour la confection des liens nécessaires au tonnelier. Le mode d'exploitation varie suivant que l'osier doit être traité de Tune ou de l'autre de ces Irois façons.

L'osier, que l'on ne doit ni peler ni fendre, se coupe, dans le nord de la France, du 15 novembre au 1** avril. On le laisse sécher sur terre pendant cinq ou six jours; ot pour le sortir de l'oseraie, ce qui doit toujours se faire

:m8 arbres et arbrisseaux économiques.

avec le moins de piétinement d'attelage possible, on commence par le lier en grosses bottes.

Ensuite, après avoir débarrassé l'osier des herbes, feuilles et autres saletés qui s'agglomèrent à sa base, on retend pendant quelques jours pour qu'il sèche, afin d'éviter tout danger de fermentation; ensuite, on le lie, toutes les cimes du même côté, par bottes à deux liens, dont la circonférence est de 1"*17.

Les hommes qui en sont chargés divisent l'osier par catégories de diverses longueurs, savoir: 1° le grand, de 2 à 3 mètres ; 2*» le moyen, de 1™25 à i'^l^ ; 3® le petit, de0™60à0°^.

La botte de cet osier non pelé se vend généralement, suivant la longueur et la qualité, 0 fr. 75 c. à 1 fr. 50 c; la grosse vannerie préfère habituellement les osiers de grande taille aux petits.

L'osier destiné à être pelé ou blanchi se coupe à la fin de l'hiver, lorsqu'il commence à entrer en sève. On le lie en petites bottes avec une seule hart à 20 centimètres au-dessus du pied. Puis, afin de le mettre en sève en vue de l'enlèvement facile de l'écorce, on dresse ces bottes dans une fosse bien nettoyée, le pied dans l'eau sur une profondeur d'environ 45 centimètres.

Il importe de disposer alors les choses de telle sorte que le niveau de l'eau ne puisse varier d'une manière excessive. On appuie les bottes contre des perches horizontales, afin que le vent ne les renverse pas, et si elles sont dans un ruisseau, on les éloigne quelque peu du bord, de peur de la dent meurtrière des rats. Il est prudent de les couvrir très-légèrement de litière pour les préserver de la gelée; car si, excité d'abord par une température chaude, le mouvement de la sève se trouvait ensuite arrêté par l'effet d'un retour de froid, l'écorce ne se détacherait plus. Enfin, on choisit, s'il se peut, une eau douce, courante, aérée. La mise en sève est très-

lente et quelquefois nulle dans les eaux crues et froides.

On coupe aussi des oseraies en pleine sève, et le pelage des brins a lieu, dans ce cas, de suite et sur place. Le commerce préfère les osiers mis en sève par le procédé ci-dessus, qui présente, en outre, Tavantage de répartir l'ensemble du travail dans un beaucoup plus long espace de temps et permet d'appliquer sur une plus vaste échelle l'exploitation des oseraies.

. Si Ton présume que l'enlèvement de Técorce ou blanchiment sera fini dans le courant de mai, on met les bottes à l'eau aussitôt après la coupe, et on les y tient, sans y toucher, jusqu'au moment de l'opération. Mais si celle-ci doit se prolonger jusqu'en juin, on cherche à retarder la végétation de l'osier qui sera écorcé en dernier lieu, et à cet effet on le tient d'abord à la cave pendant huit à quinze jours. Pour les bottes qui seraient blanchies à la fin de juin, on procède encore différemment. Celles-là sont d'abord mises à l'eau, ensuite retirées lorsqu'elles sont eu sève, rangées en cave pendant quelque temps, puis remises à l'eau une seconde fois.

U osier rouge et Vosier jaunOy destinés à être fendus, sont coupés en novembre, décembre et janvier, mis à la cave ou dans un cellier, et fendus en hiver, avant qu'ils ne soient secs.

Préparation commerciale. — Deux sortes d'osiers ne sont livrés au commerce qu'après avoir subi, chez le cultivateur, certaines préparations ; ce sont l'osier destiné à la vannerie ordinaire et à la vannerie de luxe ; puis celui qui sera employé par la tonnellerie.

Osier pour la vannerie ordinaire et de luxe. — Ces osiers doivent être blanchis, et pour cela on procédera de la manière suivante :

Dès que les boutons de l'osier mis à l'eau commencent à' s'ouvrir, on procède au blanchiment, travail que des enfants et des femmes exécutent très-bien. Ordinairement,

560 ARBRES ET ARBRISSEAUX ÉCONOMIQUES, chaque personne est assise, ayant un pied sur un socle de bois dans lequel est plantée une pince en bois garnie de fer sur une certaine longueur. L'ouvrière engage d'abord dans la pince le gros bout de l'osier, et elle le tire vivement à elle, ce i\ui détache l'écorce sur ce point-là ; alors elle retourne le brin et le replace dans la pince, le gros bout de son côté et la cime en dehors, puis elle le tire à elle jusqu'à ce que le brin tout entier ait traversé ^/^'^^s\ i la pince; alors l'écorce se trouve

/ Jj ^ enlevée.

\<^ ^ i On se sert dans quelques lieux,

pour le pelage des osiers, d'une pince en fer à ressort, vissée verticalement dans un piquet qui s'élève à 50 centimètres au-dessus du sol(%.377). L'ouvrière engage le brin d'osier des deux mains entre les bras de la pince et le tire très-vivement. On doit craindre avec cet instrument, plus qu'avec le précédent, de froisser les ^^J" ^ osiers, surtout lorsqu'on opère sur Fig. 377.-Pince àressort pour dcs brins fins et déUcats. Aussi la blanchir Tosier. pinco à ressort, aimée des uns,

est-elle rejetée des autres.

Si quelque parcelle d'écorce reste encore attacliée au brin sorti de la pince, l'ouvrière J'enlève à la main, car l'osier blanchi doit être entièrement net; puis, elle dépose le brin près d'elle, en formant deux ou trois catégories de longueurs diverses.

A mesure que l'opération s'effectue, on dresse les brins au soleil, le long des murs ou contre des perches, afin d'obtenir une dessiccation prompte et complète*

On procède à la mise en bottes dès que Tosier est parfaitement sec. Chaque botte est serrée par deux harts, dont Tune se trouve aux deux tiers de la hauteur de la botte, et 1 autre à 5 centimètres seulement de la base.

On fait le bottelage de la manière suivante :

L'ouvrier, après avoir marqué sur sa hart tordue la longueur qui doit déterminer le diamètre de sa botte, la couche à terre et place dessus de Tosier exactement comme s'il s'agissait de façonner une gerbe de blé, puis il lie comme un fagot en tordant la hart juste au point marqué. Ensuite, plaçant la botte entré ses jambes, il frappe avec un maillet les brins d'osier qui remontent dans la hart, et cela jusqu'à ce qu'en dessous de cette hart il ne reste qu'une longueur de quelques centimètres.

La botte ainsi traitée se resserre extrêmement. L'ouvrier la complète en introduisant de nouveaux brins, autant que faire se peut, tout à l'entour. Il donne quelques coups de maillet pour polir et égaliser le bas de sa botte, puis il ajoute un^ seconde hart vers le milieu de sa longueur.

En certains lieux, on serre mécaniquement la botte sur un chevalet. Quelque procédé qu'on adopte, ce travail ne peut être fait avec trop de soin.

Si l'on dispose de hangars ou de greniers suffisants, on y entasse jusqu'au moment de la vente les bottes d'osier pelé, le lit inférieur étant supporté au-dessus du sol par des perches que soutiennent elles-mêmes quelques morceaux de bois. Si l'on manque déplace, on peut, sans le secours d'aucun abri, faire sur des pièces de bois, à quelques centimètres au-dessus de terre, des tas de bottes couchées, comme sont, dans beaucoup de pays, en temps de moisson, les dizaines de gerbes. La pluie ghsse à la surface des bottes sans les pénétrer.

Jamais de paille ni de litière sur l'osier blanchi ; ces matières entretiendraient une humidité qui ne tarderait pas à l'altérer.

56i ARBRES ET ARBRISSEALX KCGNOMIQUES.

L'o8ier pelé se vend 2 à 6 francs la botte de l»"!? de tour; le plus fin est généralement le plus cher.

Osier rouge et osier jaune pour la tonnellerie, — Le commerce exige pour ces osiers destinés à être fendus une longueur au-dessous de laquelle il n'achète pas, soit 1 mètre, soit 1*20, soit 1"30, suivant l'abondance ou la rareté de la demande. En somme, la qualité des osiers de fente résulte de la plus grande taille possible jointe à la finesse des brins.

Afin de trier rapidement les brins de dimension suffisante, on place verticalement dans un cuvierTosier parmi lequel doit être démêlé Fosier à fendre. On tire alors du milieu des autres tous les brins qui ont la longueur voulue; puis, on les réunit et on les vend par bottes de mille.

Voici comment on procède à la fente de ces osiers : après avoir^ avec la serpette, divisé en trois la pointe de chaque brin, on prolonge ces fissures jusqu'à la base à l'aide d'un coin de buis, de forme triangulaire (roi/'lapaga 199). Les lanières sont réunies ensuite par paquets de 100, et chaque paquet en contient de diverses longueurs.

Les brins de longueur moindre sont ou mis à l'eau pour être pelés comme les osiers verts, ou vendus en bottes sans être préalablement séchés au prix de 50 à 75 cent, la botte.

Accideiiis^ insf eies, maladies. — Les oseraies sont exposées à plusieurs accidents, maladies, ou insectes nuisibles. Nous indiquons ici les principaux :

Liseron (cqnvolvulus sepium^ lin.) Cette plante est l'ennemi le plus redoutable des oseraies. Ses longues tiges VoluBiles s'enroulent sur les brins, les rendent cassants et impropres à tout espèce de service. On doit donc, lors du labour pratiqué annuellement, extraire du sol, avec le plus grand soin, toutes les racines traçantes' de celte plante. Une oseraie qu'on a laissé infester complé- Icineiit i)ar le liseron doit être promptemcnt défrichée.

SAULES A OSlËft. o6i

Pâturage et piétinement des bestiaux. — Rien n'est plus funeste à Tosier que la présence des bestiaux. Il faut donc faire garder ces plantations et éviter d*en établir sur des points trop exposés à ce parcours.

Grosse limace rouge. — Ce mollusque attaque les jeunes bourgeons, dont il est très-friand. Il est pai'ticulièrement dangereux pour les plantations de Tannée même. Les boutures constamment rongées par cette limace ne peuvent prendre aucune vigueur.

Pour combattre ces •ennemis, on répand deux fois, à une demi-heure d'intervalle, de la poussière de chaux vive sur Toseraie, en choisissant un temps de brouillard ou l'instant qui succède à une pluie douce ; car c'est alors que les limaces sortent toutes dç leurs repaires et se mettent à paître. Bientôt après ^qu'oh a répandu la chaux, brûlées par cette poudre alcaline^ on les voit écumer, se tordre et mourir. ^

Piqûre du sommet des bourgeons. — Certaines larves attaquent par le haut les brins d'osier. A la suite de cette piqûre, les feuilles du sommet se développent en formant une sorte de rose. Puis, au lieu de ÏHer droit, les jets se ramifient en perdant beaucoup de leur valeur. Nous avons vu desoseraies de Saule à trois étamines {Osier bivn des Ardennes) frappées de ce mal, sans qu'un seul pied en fût exempt. Dans les Ardennes, la piqûre du haut est trèscommune sur le Saule viminal. Jusqu'ici, on ne connaît aucun moyen de l'empêcher.

La chryaomèle du peuplier {Chrysomela populi) (ûg. 378). — Cet insecte, à l'état parfait, a des élytres d'un beau rouge avec un corselet d'un bleu d'acier. -Ses larves sont noires avec des vendues dorsales blanches. Cette chrysomèle attaque souvent les oseraies et nuit à l.eur produit en dévorant les feuilles.

On en détruit le plus grand nombre en faisant passer dans roseraie des ouvriers armés d'un bâton dont ils

56i ARBRES ET ARBRISSEAUX ECONOMIQUES.

Irappent doucement les rameaux, au-dessous desquels ils tendent en même temps une large poche qui reçoit les insectes {voir la page 262).

Les larves du haunelon commun font souvent périr un

Fig. 318. — Larve et insecte parfait de la chrysomèle du peuplier.

grand nombre de souches d'osier en dévorant les racines. Nous n'avons rien à ajouter à ce que nous avons dit, page 264, pour la destruction de cet insecte.

Grêle. — La grêle blesse les brins et les rend cassanl^ à l'endroit même de la contusion. Une oseraie fortemeni grêlée donne, l'année même de l'accident, des produil;: sans valeur vénale. On peut y trouver toutefois de bonne:: boutures.

Coup de feu des chasseurs. — Par le plomb des chasseurs, l'osier est encore blessé d'une façon plus meurtrière que par la grêle. Il importe d'autant plus d'j apporter une surveillance active, que les oseraies constituent une des meilleures retraites à gibier. Aucur chasseur ne l'ignore.

Rouille. — La rouille qui tache le feuillage, affaiblit e altère particulièrement la partie supérieure des brins Ceux-ci ne peuvent plus servir à rien, si ce n'est au^

Le« teintes les ploj âncées iniUquiPnl le«D«Y^'*^'**'^** ^

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vanneries d'emballage, et cela en mélange avec d'autres brins.

La rouille est d'autant moins à craindre que les oseraies se trojuvent en lieux mieux aérés. Quelquefois, elle se manifeste à la suite de brusques chanjjements de température, et toujours dans les localités les plus exposées aux brouillards.

Rendement. — Une oseraie commence à donner son produit important vers la quatrième année après la plantation. C'est à la cinquième année que ce produit devient complet. Il s'élève alors en moyenne à 500 bottes d'osier par hectare, vendues chacune au prix moyen de 1 fr. 25 c. Si roseraie est placée dans des conditions favorables et bien entretenue, ce même produit peut se soutenir pendant longtemps.

La durée d'une oseraie régulièrement rechargée, comme nous l'avons expliqué plus haut, est indéfinie. Quant aux osiers qu'on ne recharge pas, en sol de fertilité ordinaire ou médiocre, ils ne restent pas vigoureux plus de dix à douze ans, fussent^ils d'ailleurs bien exploités et bien cultivés. Le dépérissement est encore beaucoup plus rapide si, par l'effet d'une taille trop longue, on laisse chaque pied former promptement tête de saule.

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