‹ Les vignobles et les arbres a fruits a cidreChapitre 8 sur 74 · CHOIX D'UN EMPLACEMENT · texte numérisé non relu

CHOIX D'UN EMPLACEMENT

produits dans tous les autres terrains lorsqu'ils sont convenablement cultivés, bien exposés et situés sous un climat favorable.

Un coup d'œil sur les différents sols qui fournissent les meilleurs vins de France nous en fournira la preuve :

Terrain silicéo- argileux mélangé d'une notable quantité de gravier et de cailloux siliceux : vignobles des bords du Rhin ; côtes de Reims, de Romanée-Conti (Bourgogne).

Sables plus ou moins purs ^ mélangés de cailloux roulés de grosseur très-variable, et allant quelquefois jusqu'à donner à la terre Taspect du délaissement récent d'un torrent : vignobles des terres dites graves de Bordeaux et du Médoc.

Sols calcaires: vignobles de Champagne : Pierry, Ay, Épernay, Avize et Grammont ; vignobles de la Saintonge ; ceux de Xérès, en Andalousie.

Schistes argileux : vignobles de Malaga, de Grenade, de r Aragon, de T Anjou.

D'autres vignobles renommés sont assis sur des terrains granitiques: tels sont ceux du Mas, de Condrieu, de TErmitage, de Saint-Peray, ainsi qu'un petit nombre de ceux de la Bourgogne.

Quoique les terrains volcaniques soient rares, ils méritent cependant d'être cités. Les vignobles de Roquemaure en Vivarais, du département du Puy-de-Dôme, quelquesuns de ceux des bords du Rhin, ceux du Vésuve et de TEtna, reposent sur un terrain de cette nature.

La vigne peut donc donner de bons produits dans des sols de nature très-variée; mais ces terrains seront d'autant plus propres à cette culture qu'ils renfermeront une certaine quantité de petits cailloux : ceux-ci paraissent agir favorablement sur la fertilité du sol, en le rendant plus perméable à l'air et à l'eau, et enTaidant à s'échaulfer plus facilement au soleil. Aussi devra-t-on se garder d*épierrer les terres destinées à ia.»vigjae, et se contenter

d*enlever les gros cailloux qui nuisent à la culture. Ajoutons encore que la vigne exigera des terrains d'autant plus secs, d'autant plus faciles à s'échauffer au soleil, qu'oa s'éloignera davantage de la région méridionale.

Ce que nous savons de Tinfluence fâcheuse d'une humidité trop abondante sur les produits de la vigne nous indique suffisamment Tespèce de sous-sol qui convient à celle-ci. Si la couche inférieure du terrain était imperméable à l'eau, cette eau, en s'accumulant à la surface, ferait pourrir les racines des ceps, ou entretiendrait dans leur voisinage une humidité surabondante, nuisible à la qualité des produits. Toutefois un sous-sol peu perméable serait plus préjudiciable à la vigne sous un climat tempéré et dans une atmosphère naturellement humide, que sous un climat brûlant, où les vignes souffrent souvent de l'excès de la sécheresse du sol.

En résumé, ainsi que le fait observer M. de Gasparin, c'est principalement à cette propriété du terrain, de recevoir et de retenir plus ou moins d'humidité, que l'on doit attribuer les principales différences que présentent les vins. Cette dose plus ou moins grande accélère ou ralentit la végétation, laquelle influe sur les transformations du moût et décide ainsi de l'abondance relative de tous ses composés organiques.

Ces observations sont confirmées par l'examen de l'ensemble de la région de la vigne. Les vins des côtes de l'ouest (Portugal, Médoc) sont riches en tannin et moins sucrés que ceux des côtes de l'est (Grenade, Malaga, Xérès, Syracuse). En allant du midi au nord, on voit aussi la proportion de sucre décroître à mesure que l'humidité augmente et que la température s'abaisse. C'est ce que montre l'examen successif des vins du Languedoc, de la côte du Rhône, de la Bourgogne, du Rhin. On sait aussi que les années humides fournissent des vins plus 9pid^s et mollis sucrés,

CHOIX D'UN EMPLAGEMENT. 15

Situation. — Un vignoble peut être situé dans une vallée, sur une plaine élevée ou sur le penchant d'une montagne. î^xaminons si ces diverses positions sont également favorables.

Les vallons étroits sont peu propres à cette culture ; l'humidité atmosphérique y est trop abondante, elle nuit à la maturité des raisins, et les vignes y sont plus exposées qu'ailleurs aux gelées jprintanières.

Les plateaux élevés, le sommet des hautes collines ne sont pas plus favorables. Là, les vignes sont sans cesse balayées par des vents froids qui durcissent les pellicules des raisins et nuisent à la production du principe sucré. Les froids intenses de Thiver, les orages, la grêle auxquels elles sont sans cesse exposées ne leur sont pas moins nuisibles.

Les plaines découvertes donnent de très-bons vins, témoin les vignobles du Médoc, ceux de la plaine de Thassis (Drôme), de la plaine du Roussillon, de la Grau, près d'Arles, de Saint-Nicolas de Bourgueil en Touraine, etc. Enfin, les collines de la Bourgogne, et d'un grand nombre d'autres localités renommées par la qualité de leurs vins, démontrent aussi combien les terrains en pente conviennent, en général, à la culture de la vigne.

En résumé, dans la partie septentxnonale de la zone que nous avons indiquée comme étant propre à la vigne, on devra préférer d'abord les plaines basses, spacieuses et bien découvertes ; puis les collines, les coteaux peu élevés ; ,et, à mesure que l'on se rapprochera de la partie méridionale de cette zone, on remontera vers le sommet des montagnes élevées, afin de soustraire la vigne à la chaleur trop brûlante des plaines. Les flancs du Vésuve, les coteaux élevés de Madère, les roches sourcilleuses de Ténériffe et du Cap, fournissent des vins très-estimés, tandis que les plaines- qui s'étendent dans le voisinage ne doni^ent (ju'upe li(|uei4r peu l'ephprchée. P^n^ le noi'^, c'jept

le contraire : le vin des plaines découvertes, ou des coteaux peu élevés, est généralement supérieur à celui des hautes montagnes.

Il sera également utile que les terrains en pente ne présentent pas une inclinaison très-prononcée. Dans ce cas, la culture est beaucoup plus coûteuse. On ne peut y introduire la charrue. Les eaux pluviales ravinent le sol et entraînent vers la base une partie des terres du sommet, qu*on est obligé d'y remonter à dos d*homme. Le transport des engrais, la vendange, y sont aussi beaucoup plus difficiles.

On a cru remarquer que le voisinage des rivières exerce une influence satisfaisante sur les produits de la vigne ; ce qu'il y a de constant, c'est que les vignobles les plus renommés sont presque tous placés dans le voisinage de grands cours d'eau. On réco le Tokai dans les vignes qui croissent sur la Theiss ; les vins célèbres de TErmitage, de Côte-Rôtie, de Condrieu, sont produits par les coteaux qui bordent le Rhône ; la Garonne coule non loin des meilleurs crus de vin rouge du Médoc et de vin blanc des Graves, lesquels s'étendent de Langon à Bordeaux ; la Gironde baigne les vignobles célèbres de MargauXy La tour et Lafïite; la Dordogne n'est séparée de ceux de Saint'Emilion que par la plaine alluvionnelle qui s*étend sur sa rive droite, La Loire, la Marne et la Seine ne voient, pour ainsi dire, que des vignes sur toute l'étendue de leur parcours, et la fameuse côte qui traverse la, Bourgogne domine une plaine arrosée par la Saône. Il est vrai qu'on pourrait citer également les vignobles non moins célèbres de la Champagne et de la Côted'Or, qui échappent à cette influence. Aussi M. de Gasparin attribue-t-il plutôt la qualité supérieure de ces crus à leur disposition en coteaux et à leur bonne ex[)0sition qu'au voisinage des cours d'eau.

KiLpesition. — Les auteurs qui ont écrit sur la

Page 1