CHOIX D'UN EMPLACEMENT
vigne sont loin d'être d'accord snr Texposition qu'on doit préférer. Les uns conseillent exclusivement celle du midi, d'autres considèrent Texposition du nord comme bonne ; quelques-uns, enfin, paraissent attacher peu d'importance à cette question, se fondant sur cette remarque que, si un grand nombre de vignobles renommés sont exposés au midi ou au levant, plusieurs, non moins remarquables par la qualité de leurs produits, sont à Texposition du nord : tels sont, en Champagne, ceux de la côte d*Épemay, de Mailiy, de Chigny, de Rilly ; tels sont ceux du Rhin les mieux famés; tels sont phisieurs de ceux de Saumur et d'Angers; tels sont, enfin, aux environs de Tours, les coteaux de Joué et de Saint-Avertin, oii Ton recueille de très-bons vins rouges ; une certaine partie des vignes de l'Ermitage sont en outre exposées au couchant.
Que conclure de ces divers avis, si ce n'est que la meilleure exposition ne peut être indiquée d'une manière absolue, qu'elle doit varier suivant les circonstances locales, et être déterminée par le rapport combiné de la latitude, de l'élévation au-dessus du niveau de la mer, de la nature du sol et de la fréquence des gelées blanches dans la contrée?
La vigne redoute surtout une atmosphère humide, car elle nuit à la qualité de ses raisins; on évite donc, en général, les expositions ouvertes aux influences des vents froids et humides du nord-ôuest, de l'ouest et du sud-ouest. Dans la partie septentrionale de la zone climatérique propre à la culture de la vigne, on préfère les expositions du sud, du sud-est et de l'est. Dans la partie méridionale de cette zone, on ajoute à ces expositions celle du nord, pourvu que l'angle d'inclinaison ne dépasse pas 20 degrés; cette dernière exposition est môme essentielle dans les localités les plus chaudes, pour soustraire la vigne à Tinfluence d'une chaleur trop intense.
L'élévation du sol au-dessus du niveau de la mer influe
48 CULTURE DU VIGNOBLK.
aussi sur le choix de Texposition. Plus le sol est élevé, plus Texposition doit se rapprocher du midi, surtout dans les parties septentrionales de la zone propre à la vigne : quand le terrain retiendra une grande quantité d*humidité, on préférera les expositions du nord et de Test comme généralement plus sèches. Enfin on choisit le couchant pour les localités exposées aux gelées blanches, afin que le soleil ne frappe les bourgeons qu'après que la gelée a disparu.
On voit combien il est difficile d'indiquer quel sera le degré de succès d'un vignoble établi sur im terrain déterminé, tant certaines circonstances, en apparence peu importantes , influent sur le résultat. Chaptal considère comme propres à cette culture tous les sols où Ton voit végéter convenablement et donner de beaux fruits, le figuier, l'amandier à coque tendre, le pêcher non greffé.
TRAVAUX PRÉPARATOmES.
L'emplacement du vignoble ayant été choisi, on procède à Texécuticn de quelques travaux préparatoires.
Clôtures. — Il est regrettable que la plupart de nos vignobles soient privés de clôture. Il en résulte les inconvénients suivants :
1*» Dans les contrées encore soumises au ban de vendange, il est impossible d'apporter à la culture du vignoble certaines améliorations qu'il pourrait être utile d'y introduire. -A quoi bon, en efi'et, introduire dans son vignoble un cépage à maturité plus précoce s'il faut attendre le ban de vendage pour en récolter les produits ? On ne pourra non plus profiter de travaux qui ont pour but d'aérer les ceps et de permettre aux raisins d'y séjourner plus longtemps sans craindre la pourriture, pour y acquérir une maturité plus complète. Il faudra vendanger plus tôt qu'on ne lèvent. Enfin, si le vignoble se compose de plu-
TRAVAUX PREPARATOIRES. lil
sieurs cépages à époque de maturité difTérente; le ban de vendange obligera à récolter tout à la fois. Les vignobles entotipés d'une clôture sont soustraits à ces divers inconvénients.
2"* D'un autre côté, les clôtures garantissent le produit du vignoble contre les déprédations exercées soit par les maraudeurs, soit par les chiens.
Mais toutes les clôtures ne sont pas également convenables pour le vignoble. Les haies vives entretiennent souvent une humidité qui favorise les gelées blanches , ou nuit à la maturité des raisins ; d'aiileiurs les racines de ces haies portent un préjudice notable en épuisant le sol jusqu'à 6 ou 8 mètres de distance. Les murs en maçonnerie donnent lieu à une dépens© trop élevée, à moins qu'il ne s'agisse de surfaces peu étendues et de produits d'une très-grande valeur. Mais si le terrain sur lequel on opère est assis sur des roches feuilletées, on pourra, à peu de frais, extraire de ce terrain assez de matériaux pour en faire un mur en pierres sèches. Dans le cas contraire, on pourra entourer le vignoble d'une clôture de fll de fer un peu fort et disposée en lignes horizontales placées à 0"25 d'intei'valle et s'élevant à environ 1"*20. Ce mode de clôture sera trèsconvenable pour les parcelles restreintes dans les vignobles où la propriété est très-divisée.
Chemins. — Il est de la plus grande importance que l'on puisse circuler avec un attelage sur tous les points du vignoble, surtout lorsque celui-ci présente une certaine étendue. Il convient pour cela, avant la plantation, d'établir des chemins convenablement distribués, toutes les fois que l'inclinaison du terrain les rendra possibles. Ils permettront de répartir, au moyen de voitures, sur les divers points de la surface, les engrais, les terres, etc., que l'on a à transporter dans le vignoble, et ce travail sera beaucoup moins coûteux qMe si on l'exécutait au moyen
âO CULTURE DU VIGNOBLE.
d'un cheval ou d'un âne, et surtout à la hotte. La vendangre pourra aussi être enlevée avec beaucoup moins de dép9nses.
Les chemins principaux d*un grand vignoble doivent présenter une largeur de 5 mètres afin que les voitures puissent s'y croiser. Ils seront placés à environ 50 mètres les uns des autres et disposés de façon à ce que les rangées de ceps soient perpendiculaires à ces chemins. D'autres chemins, larges de 2 mètres, couperont les premiers à angle droit, tous les 200 mètres. Il résultera de ce réseau que les terres ou les engrais nécessaires pour le vignoble pourront être transportés avec les voitures tout près du point où Ton doit les employer. Il n'y aura plus qu'à les distribuer à une faible distance à la hotte ou à la brouette. Si le sol est un peu argileux, il sera également nécessaire de faire ces chemins de façon à ce qu'ils soient en déblai. Ils facihteront ainsi l'écoulement des eaux surabondantes, toujours nuisibles au vignoble.
Si la culture annuelle du sol doit être pratiquée à la charrue, ce qui sera toujours désirable, il sera indispensable de réserver un espace libre à l'extrémité des carrés du vignoble et perpendiculairement aux raies du labour, afin de pouvoir faire tourner l'attelage et la charrue. Un chemin de 2 mètres de largeur sera suffisant pour cela.
Eeoulemeiit des eaux. — Enfin si le vignoble doit être établi sur une pente plus ou moins rapide, il faut songer à recueillir et à diriger les eaux de façon à ce qu'elles ne ravinent pas le sol. Pour cela, la surface est coupée de place en place par des rigoles dirigées obliquement à la pente du terrain et qui conduisent les eaux dans d'autres rigoles situées dans les plis de terrain parallèles à la pente et se dirigeant jusqu'à la base. Toutes ces rigoles doivent être pavées, afin de résister à l'action des eaux.
PREMIÈRE PRÉPARATIOI9' WJ SÛL.
Assainissement. — L'une des influences que l'on a le plus à redouter pour le vignoble est l'humidité surabondante du sol. Dans ces conditions, les racines de la vigne pourrissent, sa durée est très-courte, les produits» peu abondants, sont de médiocre qualité et mûrissent tardivement ; il convient donc, si l'on tient à établir un vignoble sur un terrain de cette nature, de commencer tout d'abord par l'assainir au moyen du drainage. — Nous . avons vu dans le département du Bas-Rhin, près de Saverne, un vignoble établi sur une pente rapide composée d'un sol argilo-siliceux, reposant sur une argile tout à fait imperméable. Par suite de l'humidité stagnante résultant de ces mauvaises conditions de terrain, la vigne était languissante, ses produits peu abondants, de médiocre qualité et mûrissant très-tai'divement. On a soumis ce terrain au drainage en diingeant les lignes de drains (A, liff. 1) parallèlement à la pente du sol, et de façon que chacune d'elles sorte à la base du terrain en B, sur la coupe formée à ce point par le passage en déblai d'une route G. L'extrémité supérieure des lignes app$iraissait à la surface du sol en D, sur le plan horizontal situé au sommet de la pente. Cette grande différence de niveau entre les deux extrémités de ces lignes de drains a donné lieu aux observations suivantes : si, pendant les chaleurs de l'été, on place une bougie allumée à chacun des orifices de l'une de ces lignes, on voit la tlamme de la bougie inférieure, entraînée par le courant d'air, pénétrer dans le drain, tandis que la flamme de la bougie placée au sommet s'éteint souvent par la force du coux*ant c^ui s'échappe par cet orifice. Cette circulation Rapide et abondante d'air chaud au-dessous de la surface du sol l'aère et l'échauffé en même temps qu'il est assaini. Aussi, ce vignoble a-t-il présenté, à partir de
ce moment, une vigueur inaccoutumée et une maturité de quinze jours ou trois semaines plus précoce. Nous ne
Fig. 1. — Drainage d'un vignoble sur un terrain en pente.
croyons pas devoir entrer ici dans des détails relatifs à l'exécution du drainage. — Nous renvoyons aux traités spéciaux sur cette matière ; ou plutôt, nous conseillons aux propriétaires qui auraient à faire exécuter ce travail de s'adresser aux entrepreneurs de drainage qui existent aujourd'hui dans tous les départements et qui, pourvus d'un outillage spécial et d'un personnel parfaitement dressé, feront ce drainage plus rapidement, avec plus de perfection et avec moins de dépense que s'il était entrepris par le propriétaire.
Défoncement. — La vigne, comme toutes les plantes ligneuses ou herbacées , demande, pouf se développer convenablement, un sol suffisamment perméable aux racines. Il convient donc de faire subir au terrain, avant la plantation, un défoncement qui donne ce résultat.
Le degré de profondeur auquel il convient de miner le sol doit nécessairement varier suivant que le terrain est plus ou moins perméable et plus ou moins exposé
à la sécheresse. On devra défoncer plus profondément dans un terrain sec et brûlant que dans un sol riche, substantiel et un peu frais, parce que les racines ont besoin de s'enfoncer plus profondément dans le premier que dans le second.
On conçoit aussi que, pour le même terrain, il sera utile de défoncer plus profondément sous le climat du Midi que sous celui du Nord, car la sécheresse y est plus à redouter que dans le Nord. — Il conviendra à cet égard de se renfermer dans les limites suivantes : pour les terrains les plus secs de la région du Nord, il faudra pénétrer jusqu'à 0*^45 au moins de profondeur ; on se contentera de 0™30 dans les sols substantiels un peu frais. Dans le Midi 0">60 seront nécessaires dans le premier cas et O^iO dans le second.
Il est vraiment déplorable de voir certains auteurs des plus autorisés qui ont écrit sur la viticulture, conseiller de cuUiver le sol pour la plantation de la vigne seulement à 0°>10 ou 0"15 de profondeur, et cela dans tous les terrains.
Le mode d'exécution de ce travail est modifié suivant rétat du sol sur lequel on opère.
Mais on doit, dans tous les cas, remplir les conditions suivantes : 1® faire ces travaux de défoncement plusieurs mois avant la plantation, afin que les terres ramenées du fond à la surface aient le temps de s'amender sous l'influence des agents atmosphériques; 2° placer au fond les terres de la surface, et ramener celles du fond à la place de celles-ci. On a conseillé, il est vrai, de se cont^nler, en pareil cas, d'ameublh* le sous-sol sans le ramener à la surface. Ce procédé, convenable pour les plantes herbacées dont les racines vivent à la surface, est peu favorable au développement de la vigne dont les organes absorbants plongent immédiatement à une plus grande profondeur, et ont besoin de trouver là les éléments nu.
U CULTUUK DU VIGNOBLE.
tritifs que leur fourniront les terres de la surface culbutées par la charrue.
Terrains en cultures accessibles h la charrue. — Si le vignoble doit être assis sur un terrain en culture, il sera bon de le charger, comme dernière récolte, de trèfle ou de sainfoin. Les racines profondes de ces plantes ameublissent le sol et Taméliorent par leurs débris. Si le défoncement doit pénétrer jusqu'à 0"*45 de profondeur, on se sert de deux charrues marchant dans la même raie ; la première est une charrue ordinaire qui pénètre jusqu'à environ 0"*15 de profondeur ; la seconde, fortement établie, doit être construite de façon à entamer 0™30 d'épaisseur du fond de la raie, et à ramener cette terre par-dessus la tranche renversée par la première charrue.
La charrue Bonnet (Cig. 2 et 3) remplit parfaitement
Fig. 2. — Côté droit de la cliarrae Bonnet.
cette condition; mais on conçoit qu'elle exige, pour
Fig. 3. — Plan de la charrue Bonnet.
donner ce résultai, un attelage t!e six chevaux ou mieux
de six bœufs. Le terrain ainsi labouré est laissé à luimême jusqu'au moment de la plantation. Ce travail donne lieu, dans le Midi, à la dépense suivante, pour un hectare :
8 journées de charrue conduite par un homme et deux bœufs, à 6 francs l'une 48 francs.
8 journées de charrue Bonnet conduite par deux hommes et six bœufs, à 15 francs Tune 120 —
Usure et entretien des charrues 8 —
Total 176 -
Le même travail fait à bras d*hommes exigerait 210 journées de 8 heures, à 2 fr. 50 c. l'une = 525 francs.
On procède de la même façon pour le défoncement à 0«»30, avec cette seule différence que la première charrue renversera seulement une couche de terre de 0"*10, et la seconde de 0™20. Dans ce cas, ce travail coûtera environ 90 francs par hectare. Il en coûterait 325 exécuté à bras d'hommes.
Lorsque le défoncement devra pénétrer ^ 0™60 de profondeur, coinme cela est utile dans les terrains très-secs du Midi, on emploiera les deux charrues dont nous venons de parler, et à l'aide desquelles on arrivera à 0™40 de profondeur ; puis on fera suivre la seconde charrue par des hommes munis de bêches et qui creusent le sous-sol à 0"*20 de profondeur en rejetant la terre sur celle retournée par la dernière charrue. Si l'on emploie un nombre d'ou" vriers suffisant pour que la marche des charrues ne soit pas aiTêtée, ce travail sera exécuté assez rapidement. On donne à ce mode d'opérer le nom de pelversage. Il coûtera environ 320 francs par hectare.
Terrains en friche, landes ou garigues accessibles à la charrue. — Il faut tout d'abord débarrasser ces ler-
rains des broussailles qui les couvrent et des gi»osses pierres qui gêneraient le labour. Les plus grosses de ces broussailles, dont la souche arrêterait la charrue, sont arrachées et abandonnées aux ouvriers en déduction du prix de la main-d*œuvre. Les autres broussailles sont coupées rez-terre et disposées par lignes parallèles à la direction des raies du labour. Ces lignes sont assez rapprochées les unes des autres pour qu'on puisse distribuer successivement ces broussailles au fond de chacune des raies ouvertes par la charrue. On fait ensuite fonctionner les charrues comme nous l'avons expliqué plus haut, et de façon à donner au défoncement le degré de profondeur qu'il doit avoir suivant la nature du sol et le climat où l'on opère. — A mesure que les raies sont ouvertes, on précipite au fond les broussailles placées à côté. Ces broussailles, ainsi enterrées, seront bientôt réduites en terreau et fourniront à la vigne des éléments nutritifs d'une grande richesse et d'une longue durée.
Terrains en pente rapide inaccessibles à la charrue. — Nous avons indiqué pour le défoncement des terrains précédents l'emploi de la charrue, parce que c'est le procédé le plus économique. Mais il y a parfois avantage à établir les vignobles sur des pentes tellement rapides qu'il n'est malheureusement pas possible d'y faire fonctionner cet instrument. Dans ce cas, on est obligé d'avoir recours aux bras de l'homme pour préparer le sol. On agira d'ailleurs de manière à obtenir au moyen de ce procédé les résultats indiqués plus haut, c'est-à-dire la terre de la surface placée au fond ainsi que les broussailles, si l'on opère sur un sol inculte.
Défoncement par bandes ou fossés. — Ce mode de préparation du sol consiste à ouvrir, à la place qui doit être occupée par chaque ligne de ceps, un fossé large de 0™40 environ et présentant un degré de profondeur qui varie suivant les circonstances indiquées plus
haut. Chacun de ces fossés est ainsi séparé par une bande de terre non remuée, plus ou moins large, suivant l'intervalle qui doit séparer chaQune des lignes. Le premier fossé étant ouvert, on y place les plants, puis une partie de la terre extraite du fossé suivant sert à combler partiellement le premier, et ainsi de suite pour toute la longueur du champ.
Défoncemenl par places ou fossettes. — On fait sur une même ligne des fossettes de 0"*60 carrés environ, dans chacune desquelles on plante une crossette ou un plant enraciné.
Ces deux derniers procédés sont beaucoup plus économiques que le défoncement immédiat de toute la surface j mais on ne peut les employer que sur des terrains fertiles et déjà soumis à la culture ; encore faudra-t-il plus tard en venir à défoncer successivement les intervalles laissés d'abord intacts, sous peine de voir le développement des ceps s'arrêter lorsque leurs racines arriveront aux parois des tranchées ou fossettes. Ajoutons que ces défoncements partiels et successifs seront moins bien exécutés sur un terrain planté que si Ton eût pratiqué cette opération d'abord sur toute la surface, d'où nous concluons que le défoncement uniforme devra être préféré comme plus convenable sans être plus coûteux.
Terrain à soussol rocheux peu profond. — ^ Nous avons supposé, jusqu'ici, que le terrain à préparer présentait une couche friable d'une épaisseur au moins égale au degré de profondeur que devait atteindre le défoncement. — Or, certains sols pouvant donner de très-bons produits en vin n'offrent partout qu'une épaisseur de 0"»12 à 0™15 et sont assis sur des roches fendillées plus ou moins verticalement. — Dans ce cas, il conviendra d'ameublir cette couche superficielle soit à la charrue, soit à bras d'homme, suivant le degré d'inclinaison du sol ; puis, au moment de la plantation, on ouvrira,
entre ces pierres, avec une barre de fer nommée pal ou taravel, décrite au chapitre des plantations, un trou suffisant pour y faire pénétrer assez profondément une crossette.
Terrains en pente couverts de rochers, — Certaines positions, excellentes pour le vignoble, surtout au point
Fig. 4. — Vignoble planté en terrasse.
de vue de la qualité des produits, présentent de trèsgrandes difficultés et nécessitent d'assez fortes dépenses pour l'appropriation du sol. Telles sont les pentes rapides couvertes de rochers plus ou moins saillants et plus ou moins rapprochés.
Il n*est possible de rendre ces surfaces propres à cette destination qu'en les déblayant de ces rochers jusqu'à 0™40 ou 0™50 de profondeur. Pour cela, on emploie les leviers en fer, et même on fait jouer la mine. On pourra charger ces mines avec des cartouches de dynamite. Cette matière a uije action plus énergique que celle de la poudre, et elle est moins coûteuse. D'ailleurs, cette action se faisant sentir surtout de haut en bas, elle est aussi moins dangereuse. Les matériaux résultant de cette désagrégation des rochers servent à élever de petits murs de soutènement en pierres sèches perpendiculaires à la pente, et qui permettent d'établir une série de terrasses superposées, d'autant plus étroites que la pente est plus rapide (%. 4 et 5). La surface de ces terrasses, bien dé-
foncée, est disposée horizontalement. — C'est ainsi x|iie sont établis la plupart des vignobles des bords du Rhin et un certain nombre de ceux des côtes du Rhône [fîg. 5). L'établissement de ces terrasses est absolument nécessaire sur les pentes rapides. Autrement, hne pluie abondante ravine le sol, déchausse les ceps et entraîne la terre à la base de la pente. Il faut alors la remqnter à dos d'homme vers le sommet. .
Vignoble récemment arraché. — Lorsqu'il s'agit d'un terrain sur lequel on a récemment arraché unfe vieille vigne, on pourra le replanter immédiatement en le
^^^rJi^
Fig. 5. — Vignobles de l'Ardèche.
défonçant convenablement, mais à la condition toutefois de le fumer très-copieusement, afin de rendre aux couches inférieures du sol les éléments nu(ritifs qu'y ont enlevés les racines profondes de la vigne précédente. Si l'on ne peut faire cette dépense d engrais, il conviendra de sou* mettre ce terrain à la culture pendant quelques années, en le couvrant surtout de fourrages légumineux d'une certaine durée, tels que le sainfoin et le trèfle. Ces plantes rendront
3e CULTURE DU VIGNOBLE.
peu à peu aux couches inférieures du sol la fertilité qu'elles ont perdue.
CHOIX DU CÉPAGE.
Le nombre des variétés de vignes cultivées pour la production du vin s'est successivement accru au moyen des semis. Quoique la synonymie des noms de ces variées ne «oil pas encore parfaitement établie, on peut afRrmer cependant que leur nombre dépasse aujourd'hui i,200. Tous ces cépages sont loin d'offrir le même avantage pour la culture; tous ne s'accommodent pas également du même climat et de la même nature de sol ; ils sont loin surtout de donner les mêmes produits, soit en qualitéy soit en quantité ; de là la nécessité de faire parmi eux un choix en harmonie avec le climat qui caractérise la localité où Ton veut établir un vignoble, la nature du sol où Ton veut planter et la qualité du vin que Ton se propose d'obtenir. Ce choix constitue l'une des opérations les plus importantes de la .viticulture. Voici les principales considérations qui devront le déterminer :
,1** Que langue mûrisse parfaitement ses fruits sous le climat où l'on se propose de la cultiver ;
2® Qu'elle s'accommode du terrain qui doit la nourrir, de manière qu'elle s'y développe avec une vigueur suffisante et que la qualité de ses produits n'en soit pas altérée ;
S^ Que son produit habituel soit, à la fois, le plus abondant possible, et de bonne qualité; c'est 4-dire que les raisins renferment, en proportion convenable, les éléments nécessaires à la fabrication des vins Ans. Cette double qualité sera d'autant plus précieuse qu'elle se rencontre plus rarement ; car, le plus souvent, les variétés trèsproductives ne donnent que des vins médiocres ; ; 4^ Que sa végétation soit tardive au printemps, sans toutefois que cela retarcje l^ i^r^aturité de sps fruits, 4e
telle sorte qu'elle échappe plus facilement à l'action désastreuse des gelées printanières ;
5» Qu'elle présente un degré de rusticité suffisant pour résister en partie aux effets des gelées, et que ses fruits mûrissent en dépit des froids de l'automne ;
6» Que la vigueur et la roidem* de ses sarments permettent de ne pas faire usage de support.
Quant à la synonymie, aux caractères distinclifs, à l'époque de maturité, à la quantité et à la qualité des produits des divers cépages, nous manquons encore, malgré lea travaux remarquables du comte Odart, d'un travail complet. Aussi, la liste que nous donnons ici comprendelle seulement les principaux cépages cultivés en Fi*ance. Nous avons conservé, dans cette liste, la nomenclature adoptée dans la région où chaque cépage est le plus cultivé, et nous nous sommes servi de la classification proposée par M. le comte de Gasparin, classification basée sur l'époque de maturité et sur la couleur des raisins.
Première époque de maturité, 25 août dans le Midi, 7 octobre à Paris.
RAISINS COLORÉS
Pinoi noir, frêne pinots franc noirien, en Bourgogne; âuvemêi noir, dans Indre-et-Loire; plant doré noir, en Champagne; servênien, en Suisse. Boi9 mince, dur, d'une coulear fauve violacée, mérithalles longs ; Teuilles rondes, épaisses, d*un vort foncé; grappes petites, peu allongées; grains un peu ovoïdes, noirs et couverts d'une efflorescence bleuâtre ; pellicule épaisse et riche en- matière colorante. C'est le cépage qui donne le meilleur vin de Bourgogne, si remarquable par là délicatesse de son bouquet. Rendement peu élevé, environ 45 hectolitres l'hectare. Il préfère les terrains en pente, silicéo ou argilo-calcaires, un peu caillouteux et bien exposés.
Pinot mour ou mouret, pinot noir luisent, en Bourgogne. Bois rougeâtre, plus moelleux que le précédent; mérithalles courts; feuilles légèrement loi>ées, cotonneuses en dessous dans leur jeune âge, teintées de points rouges opaques; grappes un peu plus allongées que celles du précédent; grain d'un beau noir luisant, rond, petit, pédicelle un peu allongée; pellicule épaisse, chair ferme, suc légèrement coloré. Vin très-coloré, assez nerveux, mais de qualité médiocre. Même rendement que le précédent. Sol plus substantiel.
Meunier, dans FEst; morillon taconné, dans la Marne; carpinet, Puy-de- Dôme; plant de Brie, Seine-et-Oise ; femaiee, Meurthe^ Bourgeons et feuilles couverts d*un duvet blanc épais; graii^ ronçls; pruitUll sm&cliiat, mais vin pla| et de>peu de durée. ^ ' ^
33 CULTURE DU VCGÎ^OBLE.
- PuUarty penâouïot, raisin perle^ dans le Jura. Feuilles très-décoapéés, à pétioles larges et minces; grappe peu fournie ; beaux grains un peu ovoïdes se séparant facilement de la grappe à la maturité et supportés par de longs pédicelles. Produit abondant, bon vin de longue durée. Sols argilo-siliceux inclinés.
Giboulot, côte châlonnaise. Bois d'un blanc fauve, gros; mérithalles courts. Feuilles larges, cotonneuses, longuement péiiolées. Grappe un peu allongée, grains ronds. Rendement moyen, 36 hectolitres à l'hectare; vin présentant une certaine finesse, mais généralement faible et de courte durée. Terrains en pente, légers et caillouteux.
Liverdun, hérkeff noivy grosse race^ dans la Lorraine. Feuilles grandes, planes, d'un vert foncé et sans duvet; grains oblongs. Vin très-abondant, mais peu alcoolique.
Franc noir, morillon noir, en Bourgogne. Grains oblongs ; produit abondant ; vin léger, agréable; aime les terrains légers et calcaires.