‹ Les Vilains dans les œuvres des trouvèresChapitre 13 sur 41 · DU PRKUDOME QUI RESCOLT SON COMPERE DE NOIER · texte numérisé non relu

DU PRKUDOME QUI RESCOLT SON COMPERE DE NOIER

Dans ce fabliau, qui ne manque point de finesse, l'auteur raconte qu'un pêcheur, s'étant rendu à la mer pour y jeter ses filets, aperçut un homme qui se noyait. Sans perdre un instant, le pêcheur lance un croc et parvient à ramener l'homme sain et sauf dans son bateau ; mais il constate bientôt que, dans sa précipitation, il a crevé un œil à celui qu'il vient de sauver de la mort.

Quoi qu'il en soit, le pêcheur, sans songer à tendre ses filets, transporte aussitôt chez lui le noyé et lui prodigue ses soins. Au bout de quelque temps, l'homme se voyant tout à fait rétabli fit cette réflexion : « Ce vilain m'a crevé un œil, et cependant je ne lui avais causé aucun préjudice. Je vais aller porter plainte contre lui. » En effet, il se rendit devant le maïeur et demanda que justice lui fût rendue.

Les deux parties entendues, les juges se trouvaient embarrassés lorsqu'un/^/ — un vilain assurément — présent à l'audience, s'écria : « II n'y a pas à hésiter. Que le prud'homme soit rejeté dans l'eau ; s'il parvient à échapper, il devra lui être tenu compte de son œil. » Et les juges d'approuver, en disant : « L'orateur a bien parlé. Il sera fait ainsi qu'il a dit. »

Le pêcheur se serait bien gardé de porter secours à ce faux preudome, si celui-ci s'était conformé à

la sentence qui venait d'être rendue. Aussi le plaignant se désista-t-il, car, pour le monde entier, il ne voulut être

En la mer mis oîi il estait Où ot soffert le froit et l'onde.

(Barhazan, I, 87.)

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