DU PAUVRE MERCIER
Un riche seigneur fit annoncer un marché nouveau sur son domaine ; la police y était toujours si bien faite que les marchands s'y rendirent en grand nombre. Un petit mercier se trouva fort embarrassé de son cheval au moment d'étaler ses marchandises car, pour le conduire à l'hôtellerie, il lui coûterait trop cher, et, pour le laisser paître dans la prairie c'était s'exposer à le perdre. Un marchand le tira d'embarras en lui conseillant de mettre l'animal sous la sauvegarde du seigneur. Le mercier alla donc conduire son cheval dans la prairie du seigneur et marmotta quelques prières en le recommandant à Dieu et au châtelain, et leur demanda de ne point laisser sa bête sortir du pré.
Le lendemain, le mercier alla dans le pré pour y reprendre son cheval, mais il fut douloureusement surpris de n'en retrouver que les os ; une louve affamée l'avait dévoré. C'était la ruine du pauvre homme. Il se présenta tout éploré devant le seigneur, et, lui ayant raconté son malheur, il fit appel à sa générosité. Le baron lui remit trente sous, la
moitié du prix du roussin, et ajouta qu'il l'aurait dédommagé en entier si l'autre moitié n'avait été recommandée à Dieu. « Adressez-vous donc à lui ; il est trop juste pour ne point faire droit à votre requête. »
Le pauvre mercier, s'étant mis en route, aperçut un moine : « A qui êtes-vous ? » lui cria-t-il.
Je sut à Dieu le nostre Père.
— Haï, hai, dist li Merciers, biau frère. Que vos soiez le bien venus, Je soie plus honiz que nus, Se ni'achapez en nule guisse, S'en déviiez aler en chemisse.
Tant que je serai bien paiez De trente sols
Et le mercier s'empara du manteau du moine ; celui-ci, qui n'était pas le plus fort, proposa à son adversaire d'en appeler devant le seigneur du lieu et de s'en rapporter à son jugement.
Le baron condamna le moine, vassal du bon Dieu» à payer pour son suzerain, à moins de le renier, saufà avoir recours s\xïse^h\^n^.{Barbazan, III, 17).
DE l'enfant qui FONDIT AU SOLEIL.
Un marchand s'étant absenté pour un commerce, ne revint qu'au bout de deux ans. A son retour, il trouva un garçon nouvellement né. Sa femme lui en donna l'explication suivante : « L'hiver dernier,
il tombait de la neige, et, ayant levé la tetc vers le ciel, j'en ai reçu un flocon dans la bouche. C'est ainsi que j'ai conçu. »
Le mari parut accepter cette explication, mais il avisa dès lors au moyen de se délivrer de l'enfant de sa femme. Il y mit le temps, comme on va le voir. Un jour, il avertit sa femme qu'il va entreprendre un nouveau voyage et qu'il veut être accompagné de son fils, alors âgé de quinze ans. « Il est en âge, dit-il, d'apprendre le commerce. »
Le lendemain, les deux voyageurs se mettaient en route. Arrivés à Gênes, le marchand vendit l'enfant, puis, ayant terminé ses affaires, il rentra dans son pays. Sa femme, le voyant revenir seul, demanda des nouvelles de son iils. « Dans le pays où j'ai été, répondit-il, il faisait une si grande chaleur qu'un jour, en cheminant avec votre fils, à midi, le soleil était si ardent qu'il reprit l'enfant. Je m'aperçus bien alors qu'il avait été fait de neige. n>
La dame sentit 'a portée de ce discours;
Bien Ven avilit qu'avenir duty Qu'ele brassa ce qiCele but, (Barbazan, III, 2iS-)