CHARLOT LE JUIF
RuTEBEUF raconte ainsi une aventure arrivée à Vincennes à un nommé Guillaume Pénetier. Celui-ci ayant été à la chasse poursuivit un lièvre avec tant d'ardeur qu'il creva son cheval, mais il eut le lièvre.
Sur ces entrefaites, un cousin de Guillaume se maria. La noce fut brillante et les ménestrels nombreux. Quand, après plusieurs jours de plaisir et de joie, les invités prirent congé de l'époux, celui-ci chargea le ménestrel Chariot le Juif de remettre une lettre à son cousin Guillaume Pénetier. La commission fut faite, et, pour récompense, le messager reçut la peau du lièvre que Guillaume avait tué : « Elle me coûte plus de cent sols! » dit-il en la lui donnant. En effet, elle lui coûtait son cheval.
Chariot résolut de se venger de "celui qui se montrait si peu généreux. Il emplit la peau d'excrément et, revenant chez Guillaume, il lui dit que, saris doute, il n'a voulu lui donner que la peau, mais il vient de s'apercevoir qu'elle contient quelque chose : « C'est la coiffe de ma femme, dit Guillaume, ou son voile ou son chapeau. » Enfonçant alors dans la peau une de ses mains, il la retira couverte d'un gant, qui fit rire le ménestrel.
Qui barat quiert^ barat II Dient, (Barbasan^ III, 78).