‹ Les Vilains dans les œuvres des trouvèresChapitre 26 sur 41 · LA VIEILLE QUI GRAISSE LA MAIN DU CHEVALIER · texte numérisé non relu

LA VIEILLE QUI GRAISSE LA MAIN DU CHEVALIER

Une vieille avait deux vaches, qui entrèrent un jour dans le pré seigneurial ; le prévôt s'en saisit et les conduisit au château. En vain, la vieille les réclama au prévôt ; elle ne put les ravoir parce qu'elle n'avait point d'argent. Sa voisine lui dit qu'elle aurait pu fléchir le prévôt

Se la paume liavoit ointe.

La vieille prend un morceau de lard et retourne au château; elle aperçoit à la porte le châtelain, qui se promène les mains derrière le dos ; croyant qu'elle aura plus de succès auprès du maître,

La famé par derrière vait Le lard par la paume li trait.

Quant cil sant sa paume lardée, Si a la vieille regardée :

« B on e famé que fais -tu ci ?

— Sire, por amor Deu, merci ; Si me fut dit c'a vos venisse Et que la paume vos oinsisse Et se je ce faire pooie, Mes vaches quites r'averoie.., »

Le bon seigneur rit de la simplicité de cette femme, lui fit rendre ses vaches et lui donna même le pré.

C'était alors comme aujourd'hui :

Chaciins à prendre s'abandonne ;' Povres n'a droit, se il ne donc.

(méon, /, 183)

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