‹ Les Vilains dans les œuvres des trouvèresChapitre 27 sur 41 · VILAINS · texte numérisé non relu

VILAINS

Les mœurs de ces vilains, qui grouillaient au fond des campagnes et vivaient dans une promiscuité dont on a peine aujourd'hui à se faire idée, étaient-elles aussi corrompues que sembleraient le faire croire un grand nombre de fabliaux que personne n'a encore osé publier jusqu'ici ?

A ne considérer que les expressions grossières et obscènes dont sont émaillés ces contes, on serait autorisé à penser que nos pères avaient des mœurs détestables, qui ne pourraient être comparées qu'à celle du monde de VAssommoîr. Mais il ne faut pas perdre de vue que la littérature d'alors ne connaissait pointée que le libertinage des siècles suivants a créé, c'est-à-dire ces tournures de phrases qui, sous

une décence apparente, cachent la pensée la plus libidineuse.

Les fabliers ignoraient l'art des sous-entendus et appelaient les choses par leur nom. Comme on le voit dans le Roman de la Rose, il n'y avait jamais aucun mal, disait l'auteur, à nommer ce que Dieu a fait. Pour les contemporains, les plaisanteries des trouvères ne présentaient pas le sens et la portée qu'elles auraient aujourd'hui, et leurs impiétés apparentes n'étaient point ce qu'elles seraient pour nous. <s II y avait alors beaucoup de candeur dans les esprits et de corruption dans les mœurs ^> (i).

Page 1