‹ Les Vilains dans les œuvres des trouvèresChapitre 4 sur 41 · MÉNESTREL · texte numérisé non relu

MÉNESTREL

(Bibl. d'Abbev., ms, n^ l6J,

fut mise en prison ; Garnier d'Avignon^ Vivien de Bourgogne, Regnault le Danois, Ogier de Montauhan, qui conquit le p.iys d'Ardennes ; je connais des romans d'aventure, qui sont à oir délit ahle ; (i) je sais plus de quarante lais, »

Comme talents de société, il se vante de savoir cercler un œuf, de couvrir les maisons avec des omelettes ;\\ sait saigner les chats, ventouser les bœufs ; lisait faire y^^m^ à vaches, gan^ à chiens, coifes à chièvres, hauberts à lièvres, et enfin sait confectionner des broches à rôtir la graisse, des fourneaux à trépieds et des gaines à serpes.

Le second bordeor^ ayant ensuite la parole, lance d'abord quelques traits dédaigneux à l'adresse de son adversaire, puis il énumère ce qu'il sait faire.

« Je tire de moi-même tout ce que je conte et ce que je chante,

(i) C'est dans le but défaire rire les assistants que ce trouvère intervertit les noms et les surnoms des titres des romans les plus célèbres, ainsi que Tout fait remarquer les auteurs de l'Histoire littéraire (XXIII, 95). Ceux qui 1 écoutaient savaient bien qu'il fallait dire : Aïe d Avignon, Garnier de Nanteiiil, Gui de Bourgogne, Vivien d'Aleschans, Ogier le Danois, Renault deMontauban.

Je suis juglère de vièle, Si sai de muse et de frestèle Et de harpe et de chifonie, De la gigue et de rarménie, Et del salteire et de la rote.

Je sai contes, je sai fableaux, Je sai conter beax ditz nouveaux, Rotruenges viels et novèles, Et sirvantois et pastoreles.

« Je sais le fabliau du Denier, l'Ju'stoire de Pcvceval, celle du Provoire qui mangea les mûres, celle du Renard; je s>3,\s par sens et par mémoire la chronique

De Charlemaigne et de Roulant, Et d'Olivier le combatant :

Je sai d'Ogier, si sai d'Aimmon Et de Girart de Rouxillon.

Si sai porter conscls d'amors, Et faire chapelez de flors, Et çainture de dnierie.

Et beau parler de cortaisi e A cens qui d'amors sont espris.

Avec une telle diversité de talents, ces hommes étaient sûrs d'être toujours bien accueillis partout ; en guise d'applaudissements, les

auditeurs faisaient le signe delà croix aux plus beaux endroits, ce qui a fait dire à Rutebeuf, le roi des trouvères : Je fais plus sainier de testes que se je chantasse évangile.

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