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sonnage riche, mais avare, l'auteur nous dit en quoi consistait son dîner : il n'avait ni saumon ni perdrix, mais pain, vin, œufs frits et fromage en abondance (i). Tous les médecins de campagne de nos jours ne se contenteraient pas d'un ordinaire si frugal.
Ailleurs, nous voyons que, pour son dîner, un paysan mangeait des pois et des fèves que sa femme avait fait cuire avec un morceau de lard. Le ménage n'était point riche et n'avait pas de cuiller ; le vilain s'en tira facilement en en faisant une avec une croûte de pain, qu'il mangea en dernier lieu ; il la trouva même excellente, car elle avait pris tout le jus et le meilleur du plat (2).
Au XII^ et au XIII^ siècle, on se lavait les mains avant de se mettre à table, comme nous le font connaître les fabliaux du Prêtre
(i) Barbazan, t. III p. 3. v. 71 à 75,
Li vilains demande à diner, La Dame li cort aporter :
N'orent pas saumon ne pertris, Pain et vin orent, et oés fris, Et du fromage à grantplenté.
(2) L'abbé de la Rue, loc. cit,, t. III, p. 277.
et de la Dame [i), du Chevalier qui faisait parler les c..., etc. (2). Après le dernier service des viandes, la nappe était enlevée et les convives se lavaient une seconde fois les mains. C'est alors que commençaient les divertissements, et que l'on introduisait les ménestrels et les jongleurs, qui venaient chanter ou jouer leurs farces, ainsi qu'on le constate dans différents fabliaux, entre autres dans le Vilain awi5z(^^z^(3). Quand les divertissements avaient pris fin, on servait les fruits.
Pendant les longues soirées d'hiver, les habitants de la campagne de tout âge et de tout sexe se réunissaient en grand nombre soit chez quelques-uns d'entre eux, soit dans des caves, soit dans des souterrains creusés pour l'extraction de la pierre qui avait servi à construire les églises et les châteaux ; il y avait ainsi économie de chauffage et d'éclairage. Tandis que les hommes réparaient leurs outils et leurs instruments aratoires, les femmes et les filles dévidaient leurs quenouilles.
Ces réunions, appelées veillées^ devenues
(i) Barbazan, t. IV, p.181-187.
(2) Ibid., t. III, p. 409-436.
(3) Ibid., t. m, p. 264-272.
très rares aujourd'hui, se sont cependant perpétuées jusqu'à une époque très rapprochée de la nôtre. Parmi les assistants, il s'en trouvait souvent plusieurs dont la franche gaieté, la verve intarissable égayait tout l'auditoire. Si l'on se transporte par la pensée au milieu de l'une de ces réunions qui se tenaient il y a six siècles, on ne sera pas surpris d'entendre le principal orateur raconter le fabliau du dernier ménestrel qui venait de passer. C'est ainsi que se sont transmis presque sous la même forme la plupart des pièces dues aux trouvères du XIII^ siècle.
On se fait à peine idée aujourd'hui du nombre considérable de contes qui se sont conservés depuis le moyen âge au sein des populations rurales. C'est le même sel gaulois, la même expression grossière, les mêmes mots que le français a répudiés depuis. Mais ces contes orduriers, le paysan d'aujourd'hui ne les récite point à tout venant ; c'est en petit comité, à deux ou trois de ses compatriotes qu'il les raconte ; il se défie de l'étranger et craindrait qu'il n'eût mauvaise opinion de ses mœurs ou de ses sentiments.
C'est en Picardie surtout qu'il nous a été
donne d'entendre un très grand nombre de contes, dont le principal héros était souvent un curé. De ces contes, nous en avons lu une notable partie dans les recueils publiés par Barbazan, Méon, Jubinal, etc. Les autres, on les retrouverait assurément parmi ceux qui sont restés manuscrits, et que personne, jusqu'ici, n'a osé mettre au jour, et pour cause.
Nous ne passons en revue, dans cette étude, que les fabliaux qui ont été publiés, mais nous ne relevons aucune de ces sales histoires, de ces vilenies mises sur le compte des vilains, telles que Gauieron et Marion ; (i) les Trois Meschines (i), le Fevre de Creil (2) les Quatre souhais saint Martin [2), de Audigier (4), et d'autres dont nous n'osons même pas reproduire le titre (5). « Ceux des contemporains des ménestrels qui les appelèrent les ministres du diable, ministri scilicet diaboli, dit M. V. le Clerc, venaient sans doute de leur entendre réciter de tels ouvrages » (6).
(i) Barbazan, t. III, p. 439.
(i) Ibid., p. 446.
(2) Ibid., t. IV, p. 265.
(3) Ibid., p. 386.
(4) Ibid., p. 217.
(5) Voy. Barbazan, t. IV, pp. 194, I97j 204.
(6) Hist. littér. de la Fr., . XXIII, p. 204.