‹ Les Villes de la Russie SubcarpatiqueChapitre 21 sur 65 · MUKACEVO · texte numérisé non relu

MUKACEVO

dans Mukaëevo, en 1708 ; ses biens confisqués furent attribués par Joseph Ier aux Schünborn.

La fin du xvrre siècle fut aussi cruelle pour Mukaëevo. La main des Impériaux était lourde. Impôts et vexations de toute sorte s’abattirent sur les habitants. Pourtant en dépit de toutes ces difficultés, la population de Mukaëevo s’accroissait sans cesse. En 1672, un recensement comptait 233 « pères de famille » et 203 « jeunes gens ». En 1699, le nombre des contribuables s'élevait à 204, sur 1.200 habitants. Nous ne possédons pas de statistiques précises des professions avant 1649. En cette année Mukaëevo comptait 17 métiers représentés par 55 artisans. Détail curieux : les artisans portaient le nom de leur métier ; tous les tailleurs se nommaient Szasé. En 1672, il n’y a plus que 16 métiers, mais représentés par 60 artisans. D’après les éléments statistiques que nous possédons, nous pouvons dire que de 1649 à 1682 l’importance du commerce n’a pas cessé de croître, tandis que s’affaiblissait le rôle de l’agriculture. En 1649 on compte encore 155 nonlibres, c’est-à-dire serfs agricoles. En 1672, il n’y en a plus que 95. En 1682, seulement 56. Or, tandis qu’il n’y avait que 17 « marchands » en 1672, il y en a 91 en 1682.

Cette même année apparaissent les premières manufactures de textile mais ce ne sera qu’au début du xvrrr® siècle quele commerce des draps de laine et des toiles peintes prendra un réel essor.

Quand, au début du xvini® siècle, le château de Mukaëevo fut complètement restauré, la ville qui s’étendait à ses pieds comptait environ 165 maisons. Le plus grand nombre des habitants s’occupait d’agriculture. En 1730 les Schônborn avaient fait appel à une nouvelle couche de population : des artisans allemands en majorité originaires de Franconie. Ces nouveaux venus se construisirent de confortables maisons pouvues de toits en tuile, type d'habitat qui porta par la suite le nom d’« allemand ». Face aux nobles appauvris par des guerres incessantes, ces petits bourgeois faisaient bonne figure, et, seules, les toitures trahissaient dans le Mukaëevo de ce temps les différentes classes sociales.

Grâce aux colons franconiens l’activité commerciale de Mukaëevo ne cessera pas de s’accroître. En 1734, Charles VI autorisa la ville à établir un marché qui devint rapidement célèbre !,

L’année 1772 est d’une grande importance : c’est l’année de l’annexion à l’Empire de la Galicie. La frontière de la Pologne est ouverte. Un courant d'échanges commerciaux et humains pourra

* En 1740 une statistique nous apprend qu’il y avait 238 maisons à Mukatevo, que le nombre des métiers s’élevait à 17 et celui des artisans à 47, mais la ville ne disposait encore que d’un seul médecin.

s'établir régulièrement. D’ailleurs la nomination de Mukatevo à la dignité de capitale de Comitat confèrera une consécration politique à une primauté économique déjà reconnue.

Il faut reconnaître toutefois que cet essor de Mukaëevo fut parfois compromis — comme à UZhorod — par les querelles entre les bourgeois et artisans, d’une part, et les nobles, d’autre part. Les Schônborn eux-mêmes ne se soucièrent guère du développement municipal et se préoccupèrent à peu près exclusivement de la réfection et de l’entretien de leur château. Aussi ce chef-d'œuvre de l’art baroque n’eut-il aucune influence sur l’évolution des types d'habitation des environs. « Au-dessus de l’enchevêtrement des maisons de Mukaëevo, qui n’eurent jamais aucune propension à former un alignement, cette résidence trônait comme le symbole de la puissance économique et sociale des latifundia !. »

Cette indifférence de la noblesse pour le développement de Mukaëevo eut de graves conséquences, d’autant plus que les seigneurs jouissaient de multiples privilèges municipaux.

Sous l’empereur Joseph, les nobles se considéraient comme faisant partie de la municipalité ; ils participaient ainsi à toutes les délibérations du Conseil. En 1796, la noblesse de la ville décida de demander au Conseil le droit pour ses membres de devenir conseillers. Le Conseil accepta à condition que les nobles ne se refusassent point à partager les charges municipales dont certaines comme la « porta » consistaient en des impôts très onéreux. Il faut croire que cette proposition ne fut pas du goût des seigneurs, car, dans les années 1836-1837, nous assistons à un nouveau conflit entre la bourgeoisie et la noblesse qui, cette fois exige que l’on prenne dans ses rangs le Maire. Les nobles trouvèrent un interprète éloquent dans la personne d’un avocat de Mukatevo, Gabriel Baxcsy. En 1838 enfin la noblesse obtenait cinq représentants dans le Grand Conseil de Mukaëevo. Les nouveaux éléments de l’administration municipale apportèrent des principes de libéralisme jusqu’alors inconnus : en 1843 éclatait un grave conflit entre la ville de Mukaëevo et les autorités fiscales du Domaine qui, en vertu d’un usage immémorial, prétendaient percevoir le dixième de la récolte de pommes de terre. Le « Fiscal » s’attira une fière réponse de la part du Conseil municipal : « Mukaëevo a été jadis une ville libre ».… et l’on ne pouvait procéder avec elle comme avec une « cité serve ».

La petite et la moyenne noblesse s’associèrent à ces remontrances. C’est ce qui explique la facilité avec laquelle s’accomplit

1 SAS, Mukatevskyÿ Barok, dans Technikà Prâce, p. 96-97.

Les villes de Russie. De

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l'abolition du servage en 1848 : les hobereaux ruinés avaient lié leur sort à celui de la bourgeoisie et formé avec celle-ci un front commun contre les prétentions d’une féodalité restée entièrement fermée aux nouveaux courants idéologiques.

Les événements de 1848 eurent, en ce coin éloigné de la plaine subcarpatique, un retentissement d'autant plus grand que le château de Mukatevo servait alors de prison. Le commandant de la place dut obéir aux ordres du gouvernement hongrois et libérer les prisonniers politiques, parmi lesquels se trouvaient 11 officiers polonais du régiment galicien Mazzuchelli condamnés en 1840 pour délit de conspiration.

Au lendemain du régime de Kossuth, la répression s’abattit sur Mukaëüevo comme sur les autres villes de Hongrie. Mais la « féodalité » municipale, qui s’était soulevée, vit disparaître pour toujours son prestige et son autorité.

Mukaëevo avait longtemps conservé un double caractère : ville féodale de résidence qui produisait elle-même tout ce qui était nécessaire à la vie de ses seigneurs, puis, dès le dernier tiers du xvirie siècle, ville commerciale, dont l’importance, sans cesse croissante, la destinait à devenir la capitale économique de la province. Désormais, les marchands qui feront la prospérité de la ville résideront de préférence dans les faubourgs et non pas dans l’ancien centre. Ainsi était condamné à disparaître peu à peu le vieux système d’économie domestique de structure féodale. La tradition commerciale de Mukaëevo devait changer : ses anciens métiers disparaissaient devant les exigences du commerce moderne. Le caractère de la ville se modifia au reste complètement : les marchands étaient des étrangers, le nouveau commerce de tissu qu’ils introduisirent créa un peuplement ouvrier inexistant jusqu’alors. De la vieille petite cité féodale grandie autour du Château et pour le Château, il ne devait bientôt plus rester que le souvenir. En juillet 1855, la forteresse de Mukaëevo perdit définitivement son caractère militaire et fut transformée en prison. Elle pouvait alors abriter 91 détenus politiques (la répartition de ceux-ci par nationalités est assez intéressante : sur 91 prisonniers, il y avait 15 Roumains, 14 Polonais, le reste était magyar). Chose curieuse : le premier directeur du nouvel établissement pénitentiaire était un ancien directeur de la prison centrale de Prague, Jan Heysl. Celui-ci sut accomplir dans la vieille forteresse des transformations et des aménagements notables qui devaient lui permettre, un an plus tard, en 1856, de contenir près de 625 détenus, en 1858, 930 détenus. De 1855, date de sa création, jusqu’à l’année 1896 oùle ministère de la Justice hongrois décida son abolition, la prison de

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