UNE VILLE DU PASSÉ
Les femmes de Berehovo — jadis regardées comme les plus gracieuses du Royaume de Saint-Étienne — ont depuis longtemps renoncé au costume national hongrois. Elles portent encore des robes de toile légère imprimée, sur lesquelles se détachent gaiement de petits tabliers de satin rouge ou jaune. Le centre du Corso, à Berehovo, est le Ras$inoro Némesti (Rasin Tér), mais, par les beaux soirs d’été, une longue file de promeneurs s’étend entre la gare et la place Masaryk.
Rien ne donne mieux l’idée de ce que fut Berehovo dans le passé, que cette place qui n’est plus aujourd’hui qu'un morne terre-plein animé deux fois par semaine par les marchés. Le petit commerce juif périclite lentement sous les deux Halles qui constituent le grand et le petit « Bazar ». Plus pittoresque et plus vivant demeure le coin de la place où débouche la Petüfi ul. Les splendides chevaux de la région piaffent dans la boue, dans l’attente de problématiques acheteurs. Le petit marché qui s’est établi au pied du Casino est assez fréquenté. Le paysan des environs peut y trouver des bottes et des vêtements d'occasion ; il vient lui-même y vendre certains de ses travaux : objets en bois tourné ou sculpté, et surtout corbeilles et paniers d’osier. Mais les modestes échanges commerciaux qui se font ne parviennent pas à troubler la calme atmosphère d’un des coins de Berehovo les plus hantés par l’histoire : c’est la place de la République (Nämésti Republiky) dont le nom, supplantant celui de Rakoczi, n’évoque qu’imparfaitement les souvenirs qui y furent attachés. C’est là, au coin de la Kostelni ul., que le grand condottière magyar avait sa demeure : une maison longue et basse, éclairée par de hautes fenêtres. Ce sont ces vieilles et nobles résidences, un peu délaissées et comme solitaires, qui confèrent à Berehovo son charme mélancolique et hautain.