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CHAPITRE TROISIÈME

Relation entre la nature géologique du rivage et la profondeur de la mer au large. — La grande plage du golfe de Lyon. — Formation des étangs littoraux. — Développement de l'appareil littoral. — Cordon littoral , lido, — Formation des dunes. — Mécanisme de la formation des deltas. — La barre et l'étang central. — Delta du Nil.

— L'ancien lac Maréotis. — Le lac Bourlos. — Le lac Menzaleh. — "La. lagune de Venise. — La lagune de Comachio. — Comblement de l'estuaire du Rhône. — Le diluvium du Rhône et de la Durance. — La Crau et la Camargue. — Le déluge Scandinave et le déluge Asiatique.

— Différentes hypothèses sur les causes des courants diluviens. — Variations des. embouchures du Rhône. — Comblement graduel des étangs littoraux — Lagunes mortes. — Lagunes vives. — Lee fleuves travailleurs

Les rivages de la mer peuvent présenter deux ^aspects très -différents et n'en présentent jamais d'autres; la côte peut être rocheuse et abrupte, ou bien elle est plate et sablonneuse; c'est un escarpement ou une plage. Nous avons vu que le littoral français de la Méditerranée se composait d'une immense plage circulaire s'étendant de Collioure au cap Couronne, encastrée entre deux développements de côtes rocheuses : le massif des Albères du côté de l'Espagne, et du côté de l'Italie les Maures, l'Estérel et les Alpes maritimes.

La profondeur de la mer dans le voisinage d'une •côte dépend toujours d'une manière directe de la

daine; la lame y est dure et courte, à cause du peu de profondeur, et les navires, souvent affalés à la côte, ne trouvent ni abri, ni relâche sur un développement de plus de deux cents kilomètres battus directement par les mers du large.

Cette grande plage sablonneuse a une inclinaison très-faible et presque régulière de o^oi par mètre. C'est sur ce plan incliné que les vagues viennent déferler, après avoir soulevé une partie des sables du fond. Ces sables, ainsi jetés à la plage par les coups de mer, forment une sorte de bourrelet que M. Élie de Beaumont a très-justement appelé le cordon littoral; c'est la ligne de démarcation entre la mer et la terre ^ clôture essentiellement fragile et que la mer tend à chaque instant à modifier par de nouveaux apports, et isurtout à régulariser et à adoucir en fermant par •des levées de sable toutes les baies et tous les en^ fondements dans lesquels son mouvement ne peut ise développer à l'aise. Telle est l'origine de la formation des étangs et des lagunes littorales, qui toutes ont été dans Forigine de petites baies peu profondes et ouvertes du côté de la mer, mais que le travail incessant des vagues et des courants a fini par retrancher du domaine maritime. Cette rséparation a eu lieu au moyen d'une série de flèches de sable orientées suivant les courants parallèles à la côte, qui ont fermé peu à peu toutes les anses; et ces tronçons de cordons lit-^ toraux se soudant les uns aux autres ont fini par

constituer le rivage actuel, et présentent aujourd'hui une ligne presque continue sur tout le développement du golfe.

Ce ne sont pas seulement les sables de la mer qui sont ainsi soulevés par les vagues et jetés à la côte de manière à constituer le cordon littoral; et on conçoit même que, si Faction des vagues se bornait à remanier indéfiniment les mêmes sables de la plage sous-marine, le cordon littoral une fois constitué ne subirait point de modification sensible.

Quelle que soit, en effet, Tagitation de la mer, le mouvement des vagues ne se fait pas sentir sur le fond à une très-grande distance de la côte. On est peu d'accord sur la détermination exacte de cette profondeur, limite au delà de laquelle le flot n'a plus assez de force pour soulever les sables; mais on admet généralement qu'au-dessous de quinze à vingt mètres, l'agitation de la surface ne se transmet pas sur les matières meubles qui constituent la plage sous-marine.

Dans le golfe de Lyon, dont le littoral a une pente transversale de o^oi par mètre, c'est, par conséquent, sur une bande d'une largeur de quinze cents à deux mille mètres environ que s'exerce l'action des vagues et des courants littoraux. Si donc ces vagues et ces courants n'avaient à rema-

nier sans cesse que les sables de la plage, celle-ci , bien que dans un état d^équilibre instable, conserverait sensiblement la même courbure et le même contour; car ces sables, jetés à la côte par Faction des vagues, redescendraient ensuite le plan incliné sous Faction de la pesanteur; et il s'établirait ainsi un mouvement de va-et-vient dont le résultat serait de donner à la courbe de la plage un profil à peu près définitif, de telle sorte que la ligne de démarcation entre la terre et la mer serait nettement déterminée.

Mais les apports continus des fleuves mettent à chaque instant à la disposition de la mer de prodigieuses quantités de nouvelles matières dont les vagues s'emparent immédiatement, qu'elles soulèvent et tiennent en suspension, et que les courants transportent ensuite à de très-grandes distances; alors se forment des flèches de sable qui ferment les petites baies et constituent de nouvelles lagunes littorales. Et c'est pour cela qu'on rencontre souvent, le long delà côte, plusieurs étangs disposés en chapelet, séparés entre eux par des lignes de dunes parallèles au rivage et qui ne sont que d'anciens cordons littoraux, témoins irrécusables de la présence de la mer à des époques très-éloignées de nous, mais qui ne dépassent pas cependant notre période géologique actuelle.

L'ensemble de ces formations, dont l'origine remonte à peine à quelques milliers d'années , et

qui se compose d^étangs , de dunes , de marais et d^alluvions tour à tour fluviales et maritimes, a reçu le nom caractéristique (Tappareil littoral; c'est la véritable frontière maritime du continent, frontière essentiellement variable, si Ton observe que cette zone de terrains récents tantôt s'élargit, par suite de la formation de nouvelles lagunes empiétant sur le domaine de la mer et abritées par les dernières levées de sable qui barrent Feutrée de tous les petits enfoncements de la côte, tantôt au contraire est rongée et attaquée par les vagues et les courants littoraux; car le volume des eaux de la mer est toujours constant, et celleci doit nécessairement regagner d'un côté ce qu'elle perd d'un autre.

Il est quelquefois assez difficile de reconnaître remplacement d'un ancien cordon littoral , surtout lorsque, par suite du retrait de la mer, cette ancienne frontière se trouve enfoncée au milieu des terres; mais cependant certains caractères généraux permettent de retrouver, sur plusieurs points, les limites des anciens rivages.

Un des phénomènes les mieux déterminés des cordons littoraux est la formation des dunes.

Le sable sec est par lui-même d'une extrême mobilité , et le vent le transporte facilement à de très-grandes distances avec une vitesse souvent

considérable. Le long de toutes les plages sablon* neuses, on peut observer sur une petite échelle les mêmes effets qu'au milieu des vastes solitudes de l'Afrique centrale. Il se forme de véritables ccrflines mouvantes, qui se déplacent suivant là direction du vent dcmiinant et qui, dans certains cas, ont recouvert des surfaces immenses et envahi des villages entiers, sans que Thomme ait pu s'opposer à la marche progressive de ce fléau. Fout le monde connaît la vaste formation des dunes de la Gascogne, qui auraient fini certainement par envahir la plaine entière des Landes, si l'ingénieur Brémontier n'avait réusisi à fixer par la végétation cette mer de sable que rien jus-* qu'alors n'avait pu arrêter. Les mêmes phénomènes se présentent sur la côte Nord - Ouest de Cornouailles , sur différentes parties de la côte de la Bretagne et de la Vendée, dans la Belgique et sur tout lé rivage delà Hollande, qui peut être considérée comme un pays artificiel , dont l'existence ne se maintient qu'à la faveur des dunes* Partout, en effet, oti la côte est plate et sablonneuse, le vent chasse le sable du littoral, et il se forme une sérié de dunes mouvantes dont le volume, la hauteur, la vitesse de propagation ef Torîentation dépendent de la direction et de l'intensité des vents dominants.

Le phénomène se développe surtout dans de très-grandes proportions , lorsque la mer découvre à marée -basse une large zone sablonneuse; le

soleil d^sèche en peu de temps la surface ainsi émergée ; et si le veni de mer soufiBe avec violence, il pousse à la côte le sable de la plage devenu mobile; celle-ci s'élève alors rapidement , et finit par présenter, sur une certaine largeur, une série de monticules qui atteignent parfois cent et deux cents mètres d'élévation.

Les conditions les plus favorables à la formation des dunes littorales sont donc que la mer découvre périodiquement de vastes espaces de sable, et que le vent soufiSe ensuite du large pour transporter à la côte la couche supérieure de ce sable desséché pendant les basses mers. Ces conditions n^eMstent pas sur le littoral français de la Méditerranée; car, d'une part, cette mer n'a pas de marée, et son niveau, à peu près constant, n'accuse pas en général des variations supérieures à o"75 sous rinfluence des agents atmosphériques, et, d'autre part, le vent dominant qui souffle du Nord et du Nord-Ouest jette au contraire les sables dans la mer; aussi les dunes qui se forment sur le cordon littoral du golfe de Lyon sont loin d'atteindre les proportions de celles des rivages de l'Océan, et ne dépassent pas ordinairement dix mètres de hauteur.

Cette formation est cependant parfaitement retonnaissable sur plusieurs points de l'appareil littoral, et notamment près d'Aiguesmprtes , où quatre lignes de dunes, situées au milieu des étangs , se développent parallèlement au rivage de

la mer, et marquent d^une manière très-nette les limites des anciens rivages , à différentes époques de notre période actuelle.

D'après ce que nous avons dit plus haut sur les apports des fleuves en général, et sur les dépôts qui se produisent aux embouchures lorsque les sables et les limons charriés par le courant rencontrent la masse des eaux tranquilles de la mer, il est aisé de concevoir que c'est dans la région des embouchures d'un grand fleuve que les variations de la zone littorale doivent être le plus sensibles.

Là, en effet, le littoral se développe et gagne sur la mer avec une rapidité telle qu'on peut suivre, pour ainsi dire, sa marche à vue d'œil, et noter, dans une période d'un très-petit nombre d'années, les empiétements des terrains nouvellement formés sur le domaine maritime et les érosions qui en sont la conséquence sur quelques points de la côte voisins de la zone de dépôt.

Lorsqu'un fleuve comme le Rhône débouche dans une mer sans marée, la formation de son delta a lieu suivant un mécanisme fort simple. Les sédiments tenus en suspens dans Teau courante tombent au fond, dès qu'ils rencontrent la masse des eaux tranquilles de la mer; et ce dépôt sous-marin affecte tout d'abord la forme d'un cône

à talus très-allongés, analogue aux cônes de déjection de tous les torrents (i).

Cette sorte de seuil , que Ton trouve à l'entrée de toutes les rivières, est ce que Ton nomme la barre; promptement balayée dans les mers à marée sous l'action des courants énergiques produits par le flux et le reflux, elle est, au contraire, incessamment rechargée dans les mers tranquilles par les apports continuels du fleuve, et finit par émerger au-dessus du niveau des eaux. Le courant du fleuve se divise alors en deux branches qui entourent cet îlot de création récente , et Ton peut dire qu'à ce moment le delta est formé. Les eaux des crues, très -chargées de sables et de limons, élargissent très-rapidement la surface de ce delta rudimentaire; elles déposent d'abord sur ses bords une quantité notable de troubles et se déversent ensuite dans l'intérieur du delta; de là, la formation de deux bourrelets latéraux, qui s'élèvent et s'épaississent après chaque période d'inondation. La forme triangulaire du delta s'accentue dès lors de plus en plus , et le terrain nouvellement créé présente dans son ensemble deux berges latérales au fleuve, dont la crête est à un niveau supérieur aux eaux moyennes et est submersible seulement par les eaux d'inondation. Ces deux berges, qui servent ainsi de déversoir aux eaux des grandes crues , ont un talus légèrement incliné

(i) DupoNCHEL, Hydraulique et Géologie agricoles.

vers rintérieur du delta, où il se forme naturel^ lement une sorte de cuvette centrale ouverte du côté de la mer. Au bout d'un certain temps, lorsque les matières charriées par le âeuve et remaniées sans cesse par les courants littoraux ont constitué au-devant des embouchures une plage sous-marine d'une certaine étendue, Faction des vagues sur ces dépôts détermine , comme nous l'avons vu , un cordon littoral qui sert de clôture à la mer. Le delta est alors fermé. L'étang central est isolé du domaine maritime et ne communique plus avec lui que pendant les tempêtes, lorsque la force des vagues produit une rupture dans le cordon littoral , ou après une série de pluies abondantes lorsque , gonflé par les pluies, il est obligé, pour écouler le trop-plein de ses eaux, de s'ouvrir un passage provisoire à travers la frêle barrière qui le sépare de la mer.

Ainsi s'explique la présence d'un étang ou de plusieurs lagunes intérieures au centre de tous les deltas; ceux du Nil, du Pô et du Rhône vont nous fournir à cet égard des observations tout à fait identiques.

Le delta du Nil est le plus vaste des trois ; sa superficie, de près de vingt-trois mille kilomètres carrés (2,3oo,ooo hectares), est presque égale à celle des quatre départements réunis de l'Aude,

de THérault, du Gard et des Bouches-du-Rhône, qui forment la ceinture de tout le golfe de Lyon ; elle est de trente fois environ la surface de la Camargue , qui n'atteint que soixante-quinze mille hectares. Les géographes anciens (i) donnaient sept bouches au fleuve; mais il n'avait en réalité que trois bouches principales , la branche Pélusiaque, la plus orientale de toutes, la branche Canopique, la plus occidentale, et la bouche Sebennytique, qui occupait à peu près le milieu du delta et traversait le lac Bourlos. Ces trois

(i) Les anciennes branches du Nil, au nombre de sept, portaient, d'après de Rozière, Constitution physique de l'Egypte, les noms suivants :

i« La branche Canopique, la plus occidentale, qui se jetait à la mer près de l'ancienne ville de Canope (aujourd'hui près d'Aboukir), entre le lac El-Madieh et le lac Ed-Kou.

2» La branche Bolbitine : c'est de nos jours la plus considérable ; elle aboutit près de Rosette.

3» La branche Sebennytique, aujourd'hui presque atterrie, était, du temps de Ptolémée, la plus importante de toutes; elle traverse le lac Bourlos.

4» La branche Phatnitique, Bucolique ou Phohnétique, aujourd'hui branche de Damiette*

5« La branche Mendésienne, qui tirait son nom de l'ancienne ville de Mendès, et dont la bouche paraît être aujourd'hui celle de Dybeh, qui traverse le cordon littoral du lac Menzaleh.

6« La branche Tanitique ou Satdienne, dont l'embouchure porte aujourd'hui le nom d'Oum-Fareg, autre coupure du cordon littoral qui sépare le lac Menzaleh de la mer.

7<> La branche Pélusiaque ou Bubastique, qui aboutissait près de Péluse, aujourd'hui branche de Tineh.

bouches sont aujourd'hui oblitérées; Canope est en ruine, Péluse est enfoui sous les sables, et la branche Sebennytique, que Ton croit avoir été autrefois la plus considérable, est très-difficile à reconnaître sous les sables et les limons déposés par les inondations périodiques du Nil.

Le delta ancien était donc compris entre les deux branches Canopique et Pélusiaque. Celui de nos jours n'occupe que la moitié environ de cette surface , et se trouve resserré entre les deux branches plus rapprochées de Rosette et de Damiette. Nous pouvons dès maintenant remarquer la même particularité pour le Rhône, dont le delta actuel, désigné sous le nom â!île de la Camargue, occupe une superficie beaucoup moins grande que celle de l'ancien delta , qui s'étendait jusque vers Tétang de Mauguio, du côté de Cette, alors que les bras atterris du fleuve «ppelés Rhônes-Morts jetaient leurs eaux dans la grancté lagune littorale située au Sud de Montpellier.

Un autre caractère commun à ces deux deltas est l'invariabilité du point de diramation des branches du fleuve depuis la plus haute antiquité. Ce point de diramation s'est maintenu pour le Nil aux environs de la ville d* Héliopolis, située à quelques lieues au Nord du Caire , et qui correspond par conséquent assez exactement à la position d'Arles sur le Rhône.

Mais ce qu'il est surtout intéressant de remarquer^ ce sont les dépressions de terrain qui exis-

tent entre les diverses branches de tous ces deltas, dépressions qui donnent naissance à une série d'étangs ou de lagunes séparées de la mer par le cordon littoral.

Tel est le lac Maréotis , situé à l'Ouest de la branche Canopique, et qui est isolé de la mer pai une digue presque continue de rochers calcaires soudés les uns aux autres par des bancs de sable. C'est sur cette digue qu*est bâtie la ville d*Alexandrie, qui possédait autrefois deux ports, l'un sur la mer et l*autre sur le lac, et qui était redevable à cette situation privilégiée d'un climat très-salu- ; bre. Desséché, en partie par Tévaporatîon, atterri par les limons du Nil, le lac Maréotis n'est plus aujourd'hui qu'un immense marécage, assez malsain et complètement perdu pour la navigation.

Deux autres lagunes, le lac El-Madieh et le lac Ed-Kou, sont situées entre la branche Canopique et la branche de Damiette; leur profondeur est supérieure à celle du lac Maréotis et est en moyenne de deux à trois mètres; ce sont de petites mers navigables pour les embarcations de pêche.

Les deux lagunes les plus remarquables du delta sont le lac Bourlos , situé entre la branche de Rosette et l'ancienne branche centrale dite Sebennytique, et le lac Menzaleh, qui s'étend de la branche de Damiette à la branche Pélusiaque (aujourd'hui branche de Tineh), et au milieu du-

quel débouchait Tancienne branche Mendésienne. Ces vastes lagunes ont un développement de cinquante à soixante kilomètres parallèles au rivage; leurs eaux sont tantôt salées , tantôt saumâtres et même potables, suivant le régime du Nil qui les envahit aux époques d'inondation. Elles sont couvertes d'un nombre infini d'îles et d'îlots de toutes dimensions, et séparées de la mer par un mince cordon littoral, qui se réduit, en certains points, à une crête de sable au travers de laquelle s'établissent à chaque instant des communications entre la mer et la lagune; disposition qui présente la plus grande analogie avec la lagune de Venise et en général avec tous les étangs des deltas du Pô et du bas Rhône.

Tandis que le lac Bourlos , situé au centre du delta du Nil, correspond assez bien à l'étang de Valcarès, qui forme la cuvette centrale de la Camargue, les lacs Maréotis et Menzaleh, placés extérieurement aux branches actuelles de Rosette et de Damiette, peuvent être comparés à la lagune de Comachio et à la lagune de Venise, qui. sont toutes deux placées en dehors des embouchures actuelles du Pô et de TAdige.

La lagune de Venise est, comme le lac Menzaleh, protégée du côté de la mer par une longue flèche de sable de quarante-cinq kilomètres de

développement et dont la largeur moyenne n*est que de trois cent cinquante mètres; cette barrière, qu'on appelle le littoral, est coupée par cinq ouvertures naturelles qu'on désigne sous le nom de ports (portus, -ko^o^, passage)^ et qui ne sont que les passes plus ou moins navigables permettant aux navires d'arriver jusqu'à Venise. En descendant du Nord vers le Sud, ces passes sont les Troîs-Ports, Saint-Erasme, le Lido, Malamocco et Chioggia ; elles rappellent fidèlement les coupures ou bouches de Dibeh, de Gemileh, d'Oum-Fareg et de Tineh , qui traversent le cordon littoral du lac Menzaleh; et si Ton ajoute cette particularité, que la coupure de Port-Saïd et les deux môles avancés qui viennent d'y être enracinés pour permettre l'entrée des navires dans le canal de l'isthme de Suez sont des ouvrages de même nature et établis d'après les mêmes principes que les grandes digues de Malamocco, construites sous le premier empire par les ingénieurs français de Prony et Sganzin, on voit que l'analogie entre la lagune de Menzaleh et celle de Venise est des plus complètes.

La grande lagune de Comachio, dont la superficie est encore plus considérable que celle de Venise, se trouve aujourd'hui à l'extérieur du delta du Pô; mais elle était autrefois au centre même de l'ancien delta; car la branche la plus ancienne et même la plus importante du fleuve était le Pô di Primaro, qui coule aujourd'hui au

Sud du delta, et dont les alluvions ont comblé la lagune de Ravenne (i).

La position de la lagune de Comachio, par rapport aux anciens bras du Pô, peut donc aussi être comparée à celle du lac Bourlos, placé entre les branches de Rosette et de Damiette, et à celle de l'étang de Valcarès, entre le grand et le petit Rhône.

Nous pourrions multiplier ces analogies; car il n*y a aucune raison physique pour que les embouchures des trois grands fleuves de la Méditerranée ne présentent pas, sauf quelques variationslocales, des configurations à peu près semblables. Nous ne nous étendrons pas plus longtemps sur ce sujet; mais nous renverrons le lecteur, curieux de voir jusqu'où peut aller Tidentité des disposi tions topographiques des deltas de la Méditer ranée, à une note très-curieuse sur le déplacement de la partie du rivage de Tltalie occupée par lesembouchures du Pô, extraite des savantes recherches de l'ingénieur de Prony sur le système hydraulique de l'Italie, et reproduite par Cuvier dans son discours sur les révolutions de la surface du glohQ {Pièce justificative II). Ces deux savants établissent de la manière la plus nette, que Tancien delta du Pô et de l'Adige, de for-

Ci) La ville de Ravenne est aujourd'hui éloignée de la» mer de plus de sept mille mètres.

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mation toute récente, comprenait autrefois, entre les branches extrêmes, une série d'étangs et de lagunes, aujourd'hui atterries et tout à fait comparables aux lagunes de la région littorale du NiL

Revenons au Rhône. Le sommet du delta se trouve un peu en amont d'Arles. Ce point de diramation des branches du fleuve ne paraît pas avoir sensiblement varié depuis les époques historiques. Dans l'état actuel, le delta du Rhône se compose d'une île triangulaire de soixante-quinze mille hectares, enserrée entre deux bras qu'on appelle le grand-Rhône ei le petit-Rhône ; le premier passe à Arles et débouche à huit kilomètres en aval de la tour Saint-Louis; le second passe à Saint-Gilles et débouche aux Saintes-Mariés. A la base de ce triangle se trouve , comme nous Pavons déjà dit, un étang central, le Valcarès, dont la superficie est de douze mille hectares, et dont la profondeur varie de un mètre à deux mètres.

Tout autour de cet étang et le long de la plage, un nombre considérable de lagunes et de marais , de formes et de dimensions différentes et variables, occupent encore une surface de près de huit mille hectares. Cette région de la basse Camargue est à peine séparée du domaine maritime par une plage étroite, qui se réduit sur certains points à

une mince crête de sable , et que les vagues franchiraient à chaque instant, si on n'avait récemment fortifié cette fragile clôture par une digue artificielle, qui met ainsi Tîle à Tabrî des coups de mer.

Telle est la Camargue aujourd'hui , bien différente de ce qu'elle était au commencement de notre ère et de ce qu'elle sera très -certainement dans quelques siècles. Le delta du Rhône ainsi considéré est, comme on le voit, assez restreint; mais, envisagé au point de vue géologique, il a dès proportions bien autrement importantes. On n'a qu'à jeter les yeux sur la magnifique carte géologique de la France dressée par MM. Dufrénoy et Élie de Beaumont pour reconnaître que les apports du diluvium et les alluvions plus récentes du fleuve couvrent un vaste triangle , dont les trois sommets sont à peu près situés près de Cette, de Port -de-Bouc ou des Martigues et de Beaucaire.

Or, il est certain qu'à l'origine de la période quaternaire, l'estuaire du Rhône, tout comme, celui du Nil et du Pô, au lieu de former en mer une protubérance marquée, débouchait au contraire dans l'intérieur d'un golfe, dont on peut reconnaître sur la carte le contour en suivant la limite des terrains de l'époque tertiaire ou secondaire.

Là montagne de Beaucaire et le massif de la Montagnette situé au nord de Tarascon ont été

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les falaises anciennes du rivage, dans les premiers temps de notre époque. Depuis lors, le diluvium du Rhône et de la Durance a comblé ce golfe et répandu sur toute sa surface une immense couche de cailloux; et cette couche récente s*étend jusqu'à la mer et plonge à une certaine profondeur audessous des alluvions maritimes et fluviales de la Camargue, des plaines d^Aiguesmortes et de toute la région littorale qui s'étend le long de l'étang de Mauguio jusqu'à Cette.

L'un des bras de la Durance débouchait autrefois dans le golfe par le pertuis de Lamanon, gorge étroite située entre l'extrémité orientale de la chaîne des Alpines et les escarpements de la montagne du Détends, qui est le premier contrefort de la chaîne de la Trévaresse ; c'est par ce défilé que le diluvium de la Durance s'est précipité dans la mer et a donné naissance à une partie de cette plaine de cailloux qui s'étend jusqu'au Rhône et qui porte le nom de Crau. Le diluvium du Rhône a, de son côté, pénétré dans le golfe entre Beaucaire et Tarascon et inondé de ses quartzites blancs et rosés toute la région qui se prolonge du côté de l'Ouest jusqu'à Montpellier et à Cette. La vaste plaine , qui a pour sommet Beaucaire et dont les limites extrêmes sont la plage de Cette et le golfe de Fos , est donc une véritable mer de cailloux, campus lapideus, ainsi que la désignaient les anciens géographes, provenant des diluviums du Rhône, de la Durance et

subi les mêmes transformations; les deux deltas ont commencé par occuper unie surface beaucoup plus grande que celle qu'ils ont de nos jours. Le point de diramation des branches du âeuve n*a pas plus varié pour le Rhône que pour le Nil ; L'angle au sommet du delta a seulement diminué lans les deux cas; enfin les deux fleuves, qui semblent avoir eu tour à tour trois, cinq et peutêtre sept embouchures, n'en ont plus aujourd'hui que deux. On voit qu'il est impossible de trouver une analogie plus saisissante.

Les considérations qui précèdent permettent d'expliquer d'une manière générale le mode de formation du littoral maritime, et les diverses configurations que présente ce littoral, suivant que la mer déferle le long d'une côte rocheuse et escarpée, ou qu'elle vient baigner une plage basse et sablonneuse, en grande partie formée d'alluvions fluviales.

Dans le premier cas, le rivage ne subit pour ainsi dire aucune modification sensible; tout se réduit à Péboulement de quelques falaises, à la réunion de quelques îlots entre eux ou à leur soudure au continent au moyen de flèches de sable, au comblement enfin de quelques baies peu importantes.

Les transformations du littoral sont au con-

traire très-appréciables et souvent très-rapides le long des plages sablonneuses. Dès l'origine de l'époque géologique actuelle, le premier travail de la mer a été de clore son domaine par un bourrelet de matières meubles que le mouvement des âots a poussées sur le rivage. « Derrière cette ligne, qui est le cordon littoral primitif et que la mer élève tout d*abord par Faction de ses vagues , de manière à s'en faire une enceinte, sont situés les lagunes et les marais, qui ne sont que des lagunes remplies de végétation (i). »

Tous les cours d'eau qui se rendent à la mer ont commencé par déboucher dans ces lagunes littorales; ils y ont apporté leurs sédiments; et ces matières se sont déposées immédiatement, dès que leur vitesse de transport a été amortie au contact des eaux tranquilles. Les deltas des fleuves ont dû par conséquent se former tout d'abord derrière le premier cordon littoral, et dans l'intérieur de ces lagunes primitives que la mer a séparées de son domaine , au commencement de la période actuelle.

Dans une foule de localités, ces bassins, d'une profondeur et d'une superficie assez considérable, ont jusqu'à présent suffi pour recevoir les dépôts de toutes les petites rivières qui y aboutissent, sans avoir pu encore les combler. Tels sont les

(i) Élie DE Beaumont, Leçons de géologie pratique professées au Collège de France, 1843-44. — Paris, 1845.

cours d'eau qui se jettent dans la grande lagune littorale qui commence à Aiguesmortes et finit à Cette et se compose d'une série de bassins soudés les uns aux autres . ce sont les étangs du Repausset, de Mauguio, de Pérols, de FArnel, de Vie, d'Ingril, des Eaux-Blanches et de Tau, dans lesquels débouchent le Vistre, le Vidourle, la Bérange, le Salaison, le Lez, etc. Mais ces réceptacles ont été ou seront bientôt comblés par les apports des grands fleuves; les lagunes ont été transformées en marais; les deltas continuent leur marche en avant et atteindront la limite du cordon littoral; ils finiront même par la dépasser et faire irruption dans la mer. <c Les dépôts de tous les cours d'eau sont destinés, sans doute, à produire, dans le laps des siècles, des effets analogues; mais le temps écoulé depuis que la surface du globe a pris sa forme actuelle n^a pas été assez long pour que la plupart des cours d^eau aient pu accomplir, sous ce rapport, la première partie de leur tâche, qui est de remplir les lagunes littorales (i). D Quelques grands fleuves seuls ont fusqu'à présent dépassé ce terme et prolongé leurs berges dans la mer; mais tous n'ont pu encore franchir cette limite , et ceux qui l'ont atteinte ne l'ont fait que de manières fort inégales (2). Ainsi

(i) Élie DE Beaumont, GéoL prat (2) Les âeuves des Pays-Bas néerlandais, TEscaut, la Meuse 9 le Rhin, etc., n*ont pas encore dépassé le cordon

le Rhône, après avoir commencé son delta dans la lagune primitive située en arrière du cordon littoral qui traverse la Camargue au Nord de Tétang du Valçarès, a dépassé depuis longtemps cette barrière et s'est avancé en mer de dix mille mètres environ.

Le delta du Nil n*a franchi cette limite qu'aux environs des bouches de Damiette et de Rosette ; mais comme le fleuve, dépourvu de digues, dépose la plus grande partie de ses limons sur toute la surface de la basse Egypte , l'avancement en mer est peu considérable.

Le Pô, au contraire, endigué sur la plus grande partie de son cours, conduit tous ses sédiments dans r Adriatique. Ses apports ont comblé une grande partie des étangs littoraux , et la ville d'Adria, qui était autrefois, comme Venise, sur les bords d'une lagune accessible aux navires, est aujourd'hui à plus de vingt-cinq mille mètres du rivage. On voit, du reste, sur les cartes quelle saillie considérable forment les alluvions du Pô, dont l'accroissement est une menace permanente pour la conservation des lagunes environnantes.

Toutes les lagunes sont donc destinées à être

littoral; ce qu'on peut attribuer, d'une part, à la grandeur des lagunes originaires qui ne sont pas encore entièrement comblées, et d'autre part, à l'action des marées, qui, pénétrant par de larges ouvertures, n'ont pas permis au ré gime des deltas de s'établir d'une manière complètement régulière.

•comblées dans la suite des siècles; et tous les cours d'eau qui y aboutissent aujourd'hui finiront, comme les grands fleuves, par déboucher directement dans la mer et y créer des berges en saillie et des promontoires qui , remaniés par les courants, formeront, au bout d'une certaine période, de nouvelles flèches de sables et de nouveaux cordons littoraux. Ceux-ci sépareront à leur tour du domaine maritime d'autres lagunes , qui seront les réceptacles des sédiments des fleuves, jusqu'au moment où elles seront <:omblées par des alluvions de même nature que les premières. Le phénomène suivra donc une marche parfaitement régulière, et l'appareil littoral se développera de siècle en siècle, sorte de chronomètre naturel qui permet, en remontant le cours des âges , de reconstituer avec une certaine approximation Tétat du littoral à une époque déterminée.

Les Vénitiens, dont la vie maritime et commerciale est subordonnée à la conservation de leurs lagunes , désignent sous le nom de lagune morte toutes les parties voisines de la terre ferme, qui se composent d'étangs peu profonds, servant à la petite pèche, et de terrains bas, alternativement au-dessus de l'eau ou submergés, suivant l'amplitude de la marée, qui est en moyenne de o"8o et s'élève fréquemment à i»40 (i). Par

(i) Les marées sont beaucoup plus considérables au fond

tLES TROIS GRANDS DELTAS DE LA MÉDITERRANÉE. 7I

contre, ils appellent lagune vive celle dans laquelle le jeu des courants s*opère librement, dont la profondeur varie de un à deux mètres et au milieu de laquelle des passes navigables permettent aux navires d'arriver jusqu'aux quais de Venise. Ces dénominations sont parfaitement justes et devraient être appliquées à toutes les lagunes littorales de la mer Méditerranée, qui présentent exactement les mêmes caractères topographiques, le même aspect et les mêmes variations que les lagunes de Venise. Partout, en effet, le sol tend à s'exhausser d'une manière trèsmarquée par suite des atterrissements et des dépôts de toute nature; une dépression de quelques centimètres dans le niveau de la mer suffit pour ■découvrir des espaces considérables; partout la lagune vive diminue et se transforme insensiblement en lagune morte; les étangs se changent peu à peu en marais; ceux-ci finiront par se dessécher à leur tour et l'agriculture entrera un jour en possession d'un domaine qui était recouvert par des eaux assez profondes pour que la navigation y fût possible à l'époque de la domination ro-

de TAdriatique que sur tout autre point de la Méditerranée, et en particulier sur le littoral français. Le niveau de la haute marée extraordinaire du i5 janvier 1867 s'est élevé à 2"38 en contre-haut des plus basses mers. — Doniol, Note sur la situation des travaux maritimes dans les villes de Venise, Ltvoume , Spe:{^ia, etc.. {Annales des Ponts ei Chaussées, année 1870).

7i2 PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE TROISIÈME.

maine et même au moyen âge. Telle était la situation des anciens étangs d'Arles, d*Aiguesmortes et de Narbonne , aujourd'hui plus ou moins atterris , jadis navigables jusqu'à une trèsgrande profondeur dans l'Intérieur des terres , et dont la disparition a modifié d'une manière complète toute cette partie de notre littoral maritime.

Il est assez difficile d'apprécier exactement la quantité de matières minérales que les fleuves mettent ainsi chaque année à la disposition de la mer et qui contribuent à l'élargissement de l'appareil littoral. Pour la . plupart des cours d'eau, les expériences font presque complètement défaut; et les ingénieurs et les météorologistes qui se sont occupés de ces questions ont borné leurs recherches aux apports de quelques grands fleuves. Il résulte cependant des observations directes de M. l'ingénieur Surell que le produit annuel des sédiments du grand Rhône est de dixsept millions de mètres cubes. D'après M. Lombardini , le Pô verse annuellement dans l'Adriatique (i) plus de quarante millions de mètres cubes de limon. L'apport du Nil serait de soixante millions; celui du Mississipi de six cent quarante-quatre millions de mètres cubes.

(i) DupoNCHEL, Hydraulique et Géologie agricole.

LES TROIS GRANDS DELTAS DE LA MEDITERRANEE. j3

Les embçuchures avancent naturellement dans la mer en proportion de la quantité des matières charriées.

Ainsi, la grande bouche du Rhône progresse annuellement de cinquante mètres; celle du Pô de près de quatre- vingt mètres , le Mississipi s'allonge environ de trois cent cinquante mètres dans le golfe du Mexique; et, si les embouchures du Nil n'accusent une marche annuelle que de trois à quatre mètres environ , cela tient à ce que le fleuve, dépourvu de digues, se répand librement pendant les crues sur toute la surface de la basse Egypte, y dépose la plus grande partie de ses limons, et produit, au lieu d'un avancement en mer y un exhaussement général de tout le delta, que les recherches de Dolomieu ont évalué à soixante millimètres par siècle.

On a désigné sous le nom dt fleuves travailleurs les grands fleuves à delta, qui, comme le Rhône, le Nil et le Pô, encombrent leurs embouchures d'une quantité énorme d'alluvions. L'expression est parfaitement juste; c'est en effet un immense travail de terrassement que ces fleuves accomplissent tous les jours sous nos yeux : travail de déblai dans la partie supérieure de leur lit; — travail de transport et de broyage dans le cours de leur descente; — travail enfin de remblai

aux embouchures ; et il faudrait des armées d'ouvriers et un outillage considérable dont il serait difficile de se faire une idée pour effectuer, au prix de beaucoup de peines et d'efforts , un mouvement de matières minérales pareil à celui que les fleuves et les rivières accomplissent insensiblement et avec une régularité parfaite par Tapj)lication d'une seule force, la gravité.

Mais les grands fleuves de nos continents ne sont pas les seuls travailleurs ; le moindre cours d^eau, nous l'avons vu, travaille de la même ma- ' nière, exécute sur une échelle plus restreinte les mêmes transports, et lorsqu'il n'aboutit pas directement à la mer, c'est dans Pintérieur d^une lagune littorale qu'il commence à déposer les j)roduits de l'érosion de sa zone supérieure.

Les embouchures de tous les cours d'eau forment en général une saillie assez prononcée; les rives 'S'avancent sans cesse et se terminent invaxiablement par deux musoirs plus ou moins accentués , qui se développent dans Pintérieur de la lagune si le cours d'eau débouche encore en arrière du lido, ou qui s'avancent en mer si le fleuve a déjà comblé ce premier bassin et franchi Je cordon littoral.

Nous avons déjà eu l'occasion de parler des

protubérances formées par les deltas des grands

fleuves comme le Nil, le Rhône et le Pô; on peut

remarquer des dispositions analogues, quoique

/dans des proportions réduites, pour les cours

LES TROIS GRANDS DELTAS DE LA MEDITERRANEE, y^

d eau d'une importance secondaire, TAude, i'Hérajult, la Tet, le Tech et TAgly. Ces petits fleuves débouchent directement dans le golfe de Lyon; ils ont déjà dépassé la frêle barrière du cordon littoral, et leurs saillies en mer festonnent légèrement la courbe de la plage sablonneuse qui s'étend d' Argelès à Cette et qui , sans cela , présenterait une ligne parabolique très-régulière et sans le moindre accident de terrain.

Ainsi le plus modeste cours d'eau, depuis sa source jusqu'à son embouchure, manifeste les mêmes phénomènes et produit les mêmes effets que le plus grand de nos fleuves ; tous contribuent à des degrés différents à cette œuvre commune et continue de l'accroissement du rivage , de son avancement en mer au droit des embouchures ei de la création simultanée, dans une période séculaire plus ou moins longue, de cette série de golfes, de baies, d'étangs parallèles au rivage, de lidi et de bancs de sable, dont l'ensemble constitue l'appareil littoral.

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