CHAPITRE TROISIEME
Aspect général de la plage. ~Argelès-sur-Mer et la Massanne. — Le Tech, lUiberris ou Sordus. — Pyrèneet les Bébrykes, — Anciennes villes lacustres. — lUiberris et Caucoliberis. — Passage d'Annibal. — Helena de Constantin. — Elne moderne. ~ L'étang de Saint-Cyprien.
La région littorale qui commence au pied même des rochers de Collioure et s'étend Jusqu'aux rivages de l'étang de Leucate est une des plus riches plaines de la France. Une puissante végétation se développe avec rapidité sur ces terrains de transport échauffés par le soleil brûlant du Roussillon , et que les crues des rivières descendant des derniers contre-forts pyrénéens enrichissent continuellement de leurs alluvions.
Comme fertilité, la campagne qui s'étend à FEst de Perpignan est comparable à la Touraine, à la vallée de Graisivaudan dans le Dauphiné, et même aux riches plaines de la Lombardie. Cette contrée, la plus chaude delà France, en est peut-être la mieux arrosée : l'oranger , le palmierdattier, Tagavé y vivent en pleine terre; les prairies , les jardins et la vigne couvrent littéralement le sol. Mais la végétation ne s'étend que sur une bande littorale assez étroite; elle cesse
brusquement à detix ou trois kilomètres de la mer, et la plage sablonneuse, monotone et déserte, parsemée de dunes peu élevées, ne présente à l'œil aucun relief. C'est à peine si les petites redoutes des douaniers, construites à la fin du dernier siècle et espacées à peu près régulièrement tous les trois kilomètres, coupent la ligne plate du rivage et jalonnent pour ainsi dire le cordon littoral jusqu'au rocher de Leucate.
Le développement de la côte entre CoUioure et Leucate est d'environ quarante kilomètres; sa direction est presque rectiligne et orientée à peu près exactement du Sud au Nord. En l'étudiant avec un peu plus de soin, on reconnaît cependant qu'elle présente une légère concavité , et est fractionnée en trois sections distinctes séparées par les embouchures du Tech, de la Tét et de l'Agly, qui forment, avec les saillies extrêmes des falaises de CoUioure et de Leucate, les pointes avancées d'un quadruple feston. Cette disposition est d'ailleurs conforme aux lois générales qui président à la formation de tout littoral maritime; la plus grande partie des alluvions de ces trois petits fleuves a constitué, remanié et fertijisé la plaine littorale qui s'étend de Perpignan à la mer; mais une certaine partie de ces terrains de transport, qu'il serait possible de mesurer assez approximativement si des expériences étaient faites dans ce but, est entraînée jusqu'aux embouchures, oti elles se déposent et
tendent à prolonger les deux berges de chacun des trois petits fleuves, qui gagnent ainsi tous les jours sur la mer. Cet avancement est trèslent; mais il est cependant sensible, et on peut le constater en comparant les cartes hydrographiques les plus récentes avec celles qui remontent seulement à quelques années : les promontoires du Tech, de la Têt et de FAgly y sont trèsnettement indiqués; et dans la suite des siècles, lorsque cet avancement sera un peu plus accusé, on verra se dessiner de mieux en mieux les petits golfes, aujourd'hui à l'état rudimentaire, compris* entre les saillies extrêmes de Leucate et de CoUioure et les musoîrs sablonneux qui forment les barres des trois fleuves. Si la violence des coups de mer ou l'énergie des courants littoraux ne détruit pas le travail d'avancement de ces embouchures , ces petits golfes , qui ont aujourd'hui la forme d'un segment de cercle à très-grand rayon et ne présentent par conséquent qu'une faible concavité, se creuseront de plus en plus, deviendront chaque jour plus accentués , finiront par se fermer à leur tour, seront alors convertis en lagunes littorales, puis en marais; et. leur destinée est d'être un jour atterris, comblés par les alluvions, et d'augmenter ainsi la largeur de l'appareil littoral .
Dans de pareilles conditions physiques, la limite du rivage ne peut, sur cette partie de la côte, qu'être essentiellement instable; la gracieuse ville d'Argelès, située, il y a quelques années, sur lé bord même de la mer, en est séparée aujourd'hui de près de deux kilomètres. La petite rivière de la Massanne, qui descend du massif des monts Albères, au pied même de cette tour mauresque du même nom que nous avons signalée au-dessus de Port-Vendres , et qui sert d^amer pour la navigation côtière, se jetait autrefois dans la mer aux environs d^Argelès; c'est à son embouchure même qu'ont dû, dès Torigine, être construites les premières cabanes de pécheurs de cette modeste station maritime, dont la situation littorale justifiait alors parfaitement le nom d^Argelès-sur-Mer qu'elle continue à porter assez improprement aujourd'hui. Depuis lors, la rivière a projeté assez avant ses deux rives vers le large; elle s'est même déviée vers le Sud ; une flèche de sable a converti en étang une partie du domaine maritime; une lagune s'est formée , qui reçoit maintenant les eaux de la Massanne; et ainsi s'est développée entre Argelès et la mer une petite plaine marécageuse de date récente, presque contemporaine, et que les alluvions finiront par colmater complètement, dans un avenir très-peu éloigné.
On peut donc en toute certitude reculer la limite de l'ancien rivage jusqu'à Argelès-sur-Mer, peut-être même au delà , et considérer la zone de deux kilomètres qui s'étend entre cette petite ville et la plage comme un apport récent de la Massanne et un accroissement tout à fait moderne du cordon littoral.
Nous retrouvons une indication de la même nature sur le petit fleuve du Tech, dont Tembouchure est à cinq kilomètres au Nord de celle de la Massanne. Son cours a un développement de quatre-vingts kilomètres environ. Il prend sa source dans une gorge profonde du massif des Pyrénées-Orientales, arrose la vallée de Céret et coule ensuite presque à niveau des terres riveraines, au milieu d'une double haie de roseaux, d'oseraies et de saules; pendant ses crues, il se répand, sans rencontrer d'obstacles, à la surface des prairies, dont Thorizontalité presque parfaite favorise la fertilisante submersion.
Les anciens géographes l'appelaient Tichis ou Tecum /lumen (i); ils y ajoutaient souvent l'épi-
(i) In ora regio'Sardonum, intusque Consuanorum. Flumina: Tecum, Vernodubrum : Ruscino Latinorum.., (Plin., lib. III,c. V.)
Inde est ora Sardonum et parva flumina Telis et Tichis; ubi accrevere, persceva. (Pomp. Mêla, lib. II, c v.)
thète de S or dus, qui indiquait que le fleuve traversait le pays habité par les Sordons, Sordi, Sordones, vaste peuplade répandue sur cette partie de la côte aux époques les plus éloignées.
Mais cette rivière s'appelait aussi Vllliberris, et portait ainsi le même nom qu^une des villes les plus importantes de la région, et dont nous ne retrouvons plus aujourd'hui que quelques ruines assez clair-semées à la surface ou dans lés profondeurs du sol. Cette particularité mérite d'être mentionnée avec soin, et c'est ici le lieu de faire une remarque générale qui peut permettre de déterminer avec une certaine exactitude les limites des anciens rivages occupés par les populations primitives.
Presque toutes les villes littorales des régions marécageuses ont dû, dans Torigine, être construites sur pilotis et ressembler, par leurs dispositions fondamentales, à ces cités lacustres dont nous recherchons et nous retrouvons aujourd'hui avec tant d'intérêt les curieux vestiges. Ces premières agglomérations ont été vraisemblablement établies soit aux embouchures mêmes d«s fleuves, soit dans les étangs littoraux, lorsque les fleuves n'avaient pas encore rempli leurs lagunes; elles portaient alors presque toujours le nom du fleuve lui-même. Est-ce le fleuve qui a pris le nom de la ville littorale située à son embouchure? ou la ville, au contraire, qui a pris le nom du cours d'eau? Il est diflicile, il est même
inutile de le rechercher trop longuement. Toujours est-il qu'il y a, dans la plupan des cas, une identité d'appellation assez curieuse pour être soigneusement notée. Ainsi PAude, VAtax des anciens, s'est longtemps appelée Narbôn; la Tét a porté le nom de Roscinus ou Roscino, qui était la capitale du pays des Sordons , et a donné son nom à la province du Roussillon; et le Tech, comme nous venons de le dire, s'appelait Illiberris, comme la ville aujourd'hui disparue qui se trouvait à peu de distance de son embouchure.
La position des villes maritimes de Narbonne, de Roscino et d'Iiliberris, aujourd'hui assez éloignées dans rintérieur des terres, permet donc de recQUStituer en quelque sorte la limite de l'ancien rivage, ou tout au moins de l'ancienne lagune vive dans l'intérieur de laquelle la navigation était possible,
On ne peut qu'être frappé de la physionomie tout ibérienne des noms à'' Illiberris et de Caiicoliberis; nous avons déjà vu que ce dernier n'était autre que CoUioure. Quant à Illiberris, son existence paraît remonter à la plus haute antiquité. Pomponius Mêla et Pline disent, à peu près dans les mêmes termes, que cette ville n'était plus, de leur temps, qu'un pauvre village ; mais ils parlent de sa splendeur passée et des magnifiques con-
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ancienne cité remonteraient donc aux époques historiques les plus éloignées, puisque nous trouvons, dans cette désignation d'Illi^berri , villeneuve, la preuve certaine qu'une ville ancienne existait antérieurement à l'occupation par les Ibères de cette partie de la Gaule.
L'emplacement d'IUiberris est celui de la petite ville d'Elne. A trois kilomètres plus loin, en se dirigeant vers la mer, on rencontre un feubourg de Tancienne cité , qui est encore désigné sous le nom de la Tour-bas-Elne. Le groupe d'Elne et de la Tour-bas-Elne peut donner une idée de l'importance de la vieille ville ibérienne; ce sont pour ainsi dire deux fragments séparés. Plusieurs cartes désignent ces deux localités sous le nom de les villes d'Elne et les divisent en ville haulte et ville basse. On voit donc que ce ne sont pas deux villes distinctes, mais les traces et presque les ruines de l'opulente cité aujourd'hui presque complètement disparue.
On peut faire sur la topographie des villes anciennes une observation générale. Presque toujours, les premières constructions ont été établies sur un sommet et dans une position difficilement accessible. A ces époques primitives où l'homme, toujours armé, sans notion et sans respect du droit d'autrui, ne connaissait que l'usage et l'abus
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de la force, les plus petits groupes ({^habitations devaient être disposés en vue de la défense; Tunique préoccupation était d'envahir le territoire du voisin^ ce qui impliquait nécessairement le souci permanent de résister à toutes les attaques du dehors; c'est ce qui explique la disposition de presque tous les oppida au sommet des collines (i) et en arrière des cours d'eau , toutes les fois que les conditions topographiques du pays le permettaient. Dans les pays marécageux, où il était impossible d*adopter ce mode de défense, les constructions étaient disposées d'une manière analogue à celle des anciennes habitations lacustres, isolées au milieu des marais et reliées à la terre par des appontements que Ton pouvait enlever à l'approche du danger. Telles étaient les grandes villes des Bataves (Amsterdam, etc.), des Hénètes [Henetia, Vene:{ia, Venise, etc.) et en général de tous les pays de lagunes qu'on peut désigner sous le terme générique de pays bas, en appliquant aux uns la dénomination géographique de Néerlandais, aux autres d'Adriatiques, et en réservant pour les lagunes du golfe de Lyon la désignation de pays bas Méditerranéens, ou même, si Ton veut, de pays bas Ligyens, ce qui serait la traduction à peu près littérale de l'ancien vocable des géographes classiques, Aiyuatix^ y^-
(i) Germer -Durand, Dictionnaire topographtque du Gard, introduction. Paris, 1868.
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Une grande partie des villes littorales doivent donc avoir été, dans le principe, de simples agglomérations d'habitations lacustres , construites sur pilotis ou sur enrochements, et par suite d'un abord assez difficile. Les édifices en pierres ou en briques et les palais de marbre que nous admirons aujourd'hui occupent, dans un grand nombre de cas, la place même des misérables chaumières des populations primitives qui sont vraisemblablement contemporaines de l'origine de notre époque moderne.
Il est cependant assez rare que le relief du terrain ne permette pas de disposer tout d'abord les constructions sur une petite éminencequi domine le reste de la plaine; et presque toujours on constate que la vieille ville ou ville haute se compose d'une acropole, à l'abri ou même dans l'intérieur de laquelle se sont pressées , dans un enchevêtrement souvent inextricable, les premières habitations. Ce n'est que lorsque la population s'est accrue et qu'une sorte de sécurité relative a fait place à l'état de guerre permanente, qui était la condition normale de la vie publique chez ces peuplades primitives, que les habitants ont quitté les hauteurs fortifiées pour se répandre sur le versant du coteau et dans le fond de la vallée ; et on peut dire, en thèse générale, que toutes les villes, d'abord construites sur les sommets , ont fini par descendre dans la plaine
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La petite ville d'Elne est bâtie sur les ruines de Tancienne lUiberris ; et, depuis l'acropole, aujourd'hui remplacée par un cloître en marbre blanc , une des merveilles de Parchitecture religieuse du treizième et du quatorzième siècle, jusqu'à la Tour-bas-Elne , le sous -sol révèle la présence d'un grand nombre de substructions antiques qui ont été jusqu'ici peu étudiées et que des fouilles entreprises avec méthode permettraient de coordonner entre elles, et de relier les unes aux autres, de manière à donner une idée assez précise de l'étendue et peut-être des dispositions générales de l'ancienne ville ibérienne.
Il ne paraît pas probable que la ville d'Elne, même sous la domination romaine, au moment de sa grande splendeur, ait jamais atteint l'importance d'Illiberris. Celle-ci était déjà presque en ruine, lorsque Constantin le Grand la releva, y fit construire une forteresse et donna à la ville ainsi restaurée le nom de sa mère Hélène [Helena, Helna, Elne); c'est le nom qu'elle a conservé aujourd'hui; mais les itinéraires de l'époque romaine, la table de Peutinger et les anciennes cartes portent tous la désignation à^Illiberris ou Illihere, qui témoigne ainsi du souvenir laissé par la grande ville disparue. D'après Aviénus, elle se développait sur la lisière de la lagune litto-
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raie , était fréquentée par les commerçants massaliotes et portait, à Torigine des temps, le nom de Pjrrène (i).
Cette dénomination se rattacherait à Tépoque incertaine où les Bébrykes ou Bébryciens occupaient cette partie de nos côtes méridionales. Ici la légende et la mythologie se confondent. L'existence des Bébrykes se perd dans la nuit la plus profonde du passé. Les Bénédiains n'en parlent d'ailleurs qu'avec une très-grande réserve et l'histoire des amours de la vierge Pyrène, fille de Tun de leurs rois, avec Hercule, bien que racontée par plusieurs écrivains légendaires dont le poëte Silius Italiens a versifié les anciens récits, n'est pas faite pour éclairer la critique. Quoi qu'il en soit, la vierge Pyrène aurait, d'après cette version mythologique, donné son nom , non-seulement à la capitale de ce royauipe fabuleux des Bébrykes, mais encore à la grande chaîne de montagnes qui sépare la Gaule de l'Ibérie.
Il est plus probable que les Phéniciens, dont la présence sur le littoral est incontestable et remonte aux époques historiques les plus éloignées, ont fréquenté l'antique ville de Pyrène; peut-être même l'ont-ils fondée à une époque trop éloignée
(i) In Sordiceni cespitis conflnio
Quondam Pyrène, civitas ditis îaris, Stetissefertur; hicque Massilice incoîce Negotiorum scepe versabant vices,
^AviENUS, Ora maritima, v. 558-56i.)
pour qu'on puisse la préciser avec une certaine exactitude. Si Ton remarque, en effet, que les géographes de Pépoque classique ne font aucune mention des Bébrykes, que tout ce que nous savons sur ce peuple fabuleux se réduit à des notions tellement vagues qu'on ne peut les considérer comme des éléments historiques dans le sens scientifique du mot, on est en droit de mettre en doute l'existence même d'un peuple dont la nationalité est si peu définie, et ne se manifeste à nous que par des récits mythologiques.
Mieux vaut donc penser que la ville de Pyrène était simplement une colonie phénicienne, florissante à une époque très-reculée, et que tous les auteurs sérieux reconnaissent d'ailleurs avoir été en déclin dès les premiers temps historiques. Elle a précédé lUiberris, que les Ibères ont établi sur l'emplacement de Pyrène et dont le nom caractéristique, Ville-neuve , prouve assez clairement que la ville ibérienne s'est substituée à une autre plus ancienne, dont nous n'avons pu malheureusement retrouver jusqu'à présent le moindre vestige.
Le Tech ou, pour parler le langage de l'époque, riUiberris coulait au pied de la ville ancienne. 11 débouchait autrefois dans l'étang de Saint-Cyprien, dont la superficie était beaucoup plus
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grande qu'aujourd'hui, et qui était une petite mer intérieure, isolée de la Méditerranée par un lido dont Tépaisseur s'est considérablement accrue; les eaux du Tech inondaient une vaste région marécageuse parfaitement décrite par les anciens géographes et qu'ils appelaient marais sordique on sordice. « Là, écrit Festus Aviénus (i), est un étang et un marais qui s'étalent au loin. Par delà les ondes clapotantes de ce vaste étang , qui s'enfle facilement par l'action des vents que ne peut arrêter le contour aplati des rives , le fleuve Sordice s'écoule en sortant de cet étang même ». Il est impossible de faire une description plus exacte au point de vue topographique ; et elle est d'autant plus précieuse pour nous qu'elle nous donne des indications très-nettes sur l'état ancien des lieux.
L'étang et le fleuve portaient ainsi tous deux le nom de la peuplade des Sordes ou Sordons, qui habitait cette région de la côte. Ullliberris , le S or dus, le Tichis, le Tecum flumen et le Tech ne sont que les dénominations différentes d'un même cours d'eau qui, après avoir comblé sa
(i) Stagnum hic palusque diffuse patet,
Et incolce istam Sordicen cognominant, Prceterque vasti gurgitis crepulas aquas, (Nam propter amplum marginis laxce ambitum, Ventis tumescit scepe percellentibus) Itaque hoc ab ipso Sordus'amnis effluit,
(F. AviENUS, Ora maritima, v. 5 69-574.)
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lagune, s'est dévié au Sud. De même Pyrène, Illiberris, Helna, Elne désignent la même ville, d*abord colonie phénicienne, dont l'origine se perd dans la nuit des temps, disparue presque complètement à une époque très-ancienne et jusqu'ici indéterminée, puis rebâtie par les Ibères, ruinée de nouveau, restaurée par Constantin le Grand, jadis opulente et peuplée, maintenant presque complètement éteinte.
Elne possédait, depuis le cinquième siècle, un siège épiscopal; par là, la ville conservait encore un dernier reflet de son ancienne splendeur; mais sa destruction presque totale après les sièges de 1285 et de 1474, et surtout la translation de son évêché à Perpignan, qui eut lieu en 1602, l'ont frappée d'une irrémédiable décadence. C'est la première de ces villes mortes que nous rencontrons sur le littoral du golfe de Lyon, anciennes capitales qui ne sont plus aujourd'hui que des bourgades presque désertes , que le voyageur et le touriste saluent à peine d'un regard indifférent, mais qui doivent intéresser au plus haut degré l'archéologue , le géographe et l'historien ; car elles sont échelonnées le long de la côte et fournissent ainsi de précieux repères pour la reconstitution du rivage aux époques historiques les plus éloignées.
DELTA Dli l'aUDE. ANCIEN PORT DE NARBONNE. 24 1
maritimes pourrait faire concevoir. « Narbonne alors, assise au centre d'un territoire dix fois plus considérable que celui qu'elle avait sous la domination romaine, desservie par deux chemins de fer (chemin de fer de Cette à Bordeaux, chemin de fer de Narbonne à Perpignan) suppléant son ancien port, pourra de nouveau prétendre au rang qu'elle occupait autrefois parmi les villes du Midi (i). » C'est dans cet ordre d'idées seulement qu'elle puisera ses moyens de salut.
(i) DupoNciiEL. Hydraulique et Géologie agricoles.