‹ Les villes mortes du Golfe de LyonChapitre 15 sur 64 · DU TECH A LA TÊT ET A L'AGLY. I · texte numérisé non relu

DU TECH A LA TÊT ET A L'AGLY. I

efifet un caractère et un aspect tout particuliers. C'est bien le cespes verdoyant décrit par le poëte Avîénus; et aucun terme ne me paraît mieux rendre la physionomie étrange de ces terrains, sans culture, que la mer occupait hier, qui ne font pas encore partie intégrante du continent et qui resteront, pendant quelques siècles , dans une situation intermédiaire, placés en arrière du cordon littoral, se transformant lentement en terres solides par suite de leur exhaussement et de leur assèchement continu.

Presque toutes ces flaques d'eau , qui ne sont plus aujourd'hui que des mares souvent infectes ^ ont été, à l'époque de la domination romaine^ des marais et. des étangs communiquant les uns avec les autres et sur lesquels la navigation était possible; peut-être même ne formaient-ils qu'un seul bassin dont les dimensions devaient dès lors, être considérables. De cette petite mer intérieure il ne reste plus aujourd'hui que deux étangs d'une certaine importance : c'est d'abord l'étang, de Saint-Cyprien , que nous avons déjà mentionné, dans lequel la rivière du Tech déversait autrefois ses limons , qu'elle a ensuite comblé et finalement abandonné; c'est surtout le grand étang de Saint-Nazaire , alimenté par une charmante petite rivière, le Réart, et que les alluvions finiront, dans la suite des siècles, par remplir à leur tour. L'étang de Saint-Nazaire a une superficie de mille deux cents hectares environ; il

les recherches que nous avons faites n'ont pu éclairer ce petit problème étymologique, qui peut bien avoir un certain intérêt, mais qu'il suffit, croyons-nous, de mentionner sans lui attribuer une trop grande importance.

Le rivage, depuis Argelès-sur-Mer jusqu'à l'embouchure de la Têt, ne présente aucun intérêt au point de vue de la navigation maritime; point d'abris pour les navires; pas la moindre rade, pas la plus petite crique; la mer déferle librement sur une plage uniforme et rectiligne qui n'est visitée que par les douaniers, et le long de laquelle on ne trouve aucune habitation. C'est à peine si les bateaux pêcheurs du plus faible tirant d'eau peuvent pénétrer dans l'étang de Saint -Nazaire, lorsque sa communication avec la mer résulte des circonstances atmosphériques que nous avons indiquées plus haut; et encore le fond de cet étang, qui s'exhausse d'une manière assez sensible, restreint-il chaque jour la surface sur laquelle peut s'exercer cette navigation incertaine.

L'embouchure de la Têt, comme celle du Tech, est à peu près fermée par une barre ou bourrelet sous-marin qui permet rarement, même aux plus petites embarcations , de remonter le fleuve , et de venir chei ner un refuge à lintérieur des terres.

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lorsque le mauvais temps du large les pousse à la côte. Toute cette partie de notre littoral constitue donc une côte inhospitalière et dont il est prudent de se tenir à distance, à moins que le vent et la mer ne tendent à éloigner les navires du rivage, ce qui, nous devons le dire, est le régime le plus fréquent dans ces parages. Aussi est-il fort rare d'apercevoir, même au large, des navires d'un certain tonnage, et ces atterrages si peu sûrs sontils presque toujours déserts. Il est probable que cette situation maritime, si précaire aujourd'hui, était bien meilleure et beaucoup plus florissante dans les premiers siècles de notre ère, et il est pénible de reconnaître qu'à ce point de vue nous sommes, depuis près de deux mille ans, en pleine décadence.

Entre Perpignan et le Canet, une tour isolée, haute d'une vingtaine de mètres, se dresse au milieu de la plaine sans relief; à côté, sont les débris informes d'une ancienne chapelle, et un examen un peu plus approfondi des lieux permet de découvrir quelques pans de murs écroulés, presque enfouis sous le sol, et quelques rares débris de fondation; l'ensemble de ces ruines ne présente ni caractère, ni effet pittoresque de nature à captiver l'attention du touriste, peu soucieux des souvenirs du passé ; c'est là cependant

tout ce qui reste de l'ancienne métropole des Sardons, Ruscino (i), autrefois assez importante pour avoir donné son nom à la province dont Perpignan était la capitale {Roscino, Rossilio, Castel'Roussillon). De même que le Tech arrosait Illiberris, la Têt coulait sous les murs de Roscino , et ces deux rivières , ainsi que nous en avons déjà fait la remarque, prenaient le nom des deux villes qu'elles baignaient (2). L'histoire n'éclaire le passé de Tantique Ruscino que de lueurs assez vagues et quelque peu incertaines.; il nous est tout à fait impossible, dans Pétat actuel de nos connaissances, de préciser l'époque de son origine très - probablement phénicienne; on ne saurait, dans tous les cas, douter que les Phéniciens Font fréquentée, y faisaient escale; et c'est bien certainement grâce à ses relations commerciales avec ce peuple navigateur, qui paraît avoir eu

(i) Ruscino, ancienne ville de la Gaule Narbonnaise, se trouvait, d'après l'Itinéraire d'Antonin, sur la route de Narbonne à Castulo, San-Esteban del Puerto, entre Cornbusta ( Rivesaltes) et ad Centuriones (Ceret), à six milles du premier de ces lieux et à vingt milles du second. Colonia Ruscino, Pomp. Mêla, 1. Il, c. v; — Ruscino Latinorum, Pline, 1. III, c. iv; — Poufftvdiv, Ptolémée, I. II, c. x; — Rosciliona, du temps de Louis le Débonnaire. — Détruite, selon P. de Marca, vers l'an 828, il n*en reste plus aujourd'hui qu'une tour, qu'on appelle la Tour de Roussillon.

(2) Post Pyrenœum jugum

Jacent arena littoris Cynetici Easque late sulcat amnis Rosckinus,

(AviEN., Ora marit,, v. SôS-Sôy.)

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plus que tout autre le génie des entreprises lointaines, qu'elle a atteint son apogée; nous ne croyons pas qu'on s'éloignât beaucoup de la vérité en plaçant au cinquième siècle environ avant notre ère l'époque de la plus grande prospérité de Ruscino. Elle appartint ensuite aux Volkes, non peut-être comme ville absolument conquise, mais à titre de tributaire ou de vassale, comme Narbonne et lUiberris. Les Volkes, en effet, essentiellement agricoles, n'occupaient pas euxmêmes le littoral; ils paraissent s'être peu mêlés, en général, au mouvement maritime du midi de la Gaule; et, s'ils ont été pendant plusieurs siècles les seuls maîtres de toute cette région , leur domination sur les villes commerçantes de la côte a dû se borner à exercer sur elles une sorte de suzeraineté , qui devait se traduire en impôts ou redevances de toute nature. La décadence de Ruscino commence à Tépoque de la domination romaine, qui l'érigea en colonie; plus tard, et à plusieurs reprises, elle fut bouleversée par les courses des Sarrasins; au milieu du huitième siècle, elle fut entièrement détruite par les Normands; elle ne s'est plus relevée depuis. ,

C'est à trois kilomètres environ de la grande tour, unique vestige de la ville du moyen âge, et non sur les ruines mêmes de Ruscino , qu'on a construit les premières maisons de Perpignan, qui n'a par conséquent rien de commun, ni comme emplacement, ni comme origine, avec

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Tancienne capitale des Sardons. On ne peut avoir que des idées assez vagues sur la disposition maritime de Ruscino par rapport au rivage de la mer ou au lido de l'ancienne lagune vive de la Têt. Aucun document ne permet de déterminer, même avec une très -large approximation, le chififre de sa population et l'étendue de sa superficie; toutefois, si Ton observe que cette ville disparue était autrefois une des plus importantes du pays des Sardons; que le cordon littoral que nous voyons aujourd'hui est de formation tout à fait moderne; que le territoire même sur lequel se trouve actuellement le petit bourg du Canet n'existait pas à Tétat de terre ferme , à l'époque de la domination romaine; que la Têt s'appelait alors le Roschinus, du nom de la ville qu'elle arrosait; que cette rivière avait alors une largeur considérable et se répandait librement sur une plaine de sable, ainsi que Tout écrit les géographes anciens, on peut sans témérité affirmer que la situation de Ruscino était comparable à celle d'Illiberris, de Narbonne et, en général, de toutes ces villes maritimes noyées au milieu des lagunes littorales.

Il est inutile, après cela, d'insister beaucoup pour relever Terreur des Bénédictins, qui, s'appuyant sur le texte de Pline, désignent la Têt sous le nom de Vernodubrum; les savants auteurs de r Histoire cîe Languedoc confondent ici la Têt avec l'Agly , et presque tous les géographes

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anciens ou modernes sont unanimes pour reconnaître que la rivière qui coule aujourd'hui sous les murs de Perpignan n'a jamais porté le nom de Vemodubrum. On peut donc l'affirmer en toute certitude : le fleuve qui , d'après Texpression du poëte géographe, « creusait son large sillon à travers les sables de la côte Cynétique », n'était et ne pouvait être que le Roschinus; et ses eaux, se répandant sur une vaste plaine d'alluvions d'une horizontalité presque parfaite et sans accident de terrain , alimentaient une lagune littorale sur les rives sablonneuses de laquelle la ville, phénicienne ou îbérienne, était établie.

La Tour de Roussillon, désignée aujourd'hui sous le nom de Castel-Roussillon , Castrum Rossoîiense, et qui marque l'emplacement de l'ancienne capitale des Sordons, est donc, au point de vue géographique, un repère des plus intéressants; car il indique assez bien jusqu'où venait autrefois la lagune vive; et en reculant jusqu'à cette ruine la limite de l'ancien rivage, comme nous Pavons déjà fait pour Elne et Argelès-sur- Mer, on est à peu près certain de ne pas s'éloigner sensiblement de la vérité.

Comme Illiberris, Ruscino est une de ces villes mortes dont l'existence nous est à peine révélée par quelques ruines informes et les souvenirs assez confus des époques historiques les plus éloignées. Il est regrettable que des explorations archéologiques sérieuses n'aient pas encore été

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faites. On n'a de Ruscino que des monnaies qui remontent à Tépoque de l'occupation romaine, et la ville était déjà en pleine décadence. Il est très-probable que des fouilles intelligentes mettraient à découvert des pièces ou des médailles carthaginoises, puisque l'armée d'Annibal, comme nous l'avons vu plus haut, a traversé la ville et a peut-être même séjourné assez longtemps le long des murs; nul doute aussi qu'on pourrait retrouver quelques-uns des types déjà connus des monnaies autonomes, ou de celles des populations ibériennes et des commerçants massaliotes dont les cabinets modernes possèdent déjà de très-riches collections. Les plus anciennes monnaies du pays que nous connaissions remontent à peu près à trois ou quatre siècles avant notre ère, et cette époque est précisément celle où Ruscino devait être à son apogée. Des recherches locales pourraient donc vraisemblablement être couronnées de succès. Pour nous, qui cherchons ici à reconstituer seulement la situation primitive du littoral , nous devons nous borner à constater que la Tour de Roussillon, entourée aujourd'hui de prairies et de vignes, marque l'emplacement de l'ancienne embouchure de la Têt à la limite trèsprobable de la terre et du domaine maritime, et nous n'hésitons pas à penser qu'on peut, avec une approximation très - convenable , placer à Castel-Roussillon la ligne séparative des lagunes et du continent.

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Une heure de marche suffit pour aller de Tembouchure de la Tét à celle de TAgly, et on peut facilement faire ce court trajet sans quitter le bourrelet de la plage, qui présente toujours la même monotonie. A droite, la mer séparée du continent par une ligne d'une très-faible courbure et d'un tracé presque géométrique; à gauche , une plaine basse et stérile, parsemée çà et là d'une végétation rabougrie et salée, qui dénote qu'elle n'est pas rattachée depuis très-longtemps à la terre ferme. Un petit étang, le Bourgidou, est le seul accident de terrain qui mérite d'être signalé : c'était autrefois une lagune plus étendue et sans doute navigable; aujourd'hui nous assistons pour ainsi dire à ses dernières années ; la rivière qui se jette dans l'étang et qui , comme lui , s'appelle le Bourgidou , y a déposé et y dépose encore une si grande quantité de limons que Tétang s'est transformé en marais, et finira , dans une période d'années relativement assez courte, par disparaître sous les alluvions. Le marais communique, comme celui de Saint-Nazaire, avec la mer par une coupure naturelle à travers le cordon littoral ; cette brèche est quelquefois obstruée par les sables de la plage; mais, suivant le régime des vents et de la pluie , dont l'effet est d'élever ou d'abaisser le niveau du Bourgidou, il s'établit un courant

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tantôt de la mer à Tétang, tantôt de Tétang à la mer, et l'équilibre rompu est bientôt rétabli.

La plage présente dans son ensemble une légère concavité qui tend à s'accentuer tous les jours davantage par suite de l'avancement en mer des deux promontoires de la Têt et de TAgly. La critique géographique ne nous offre pas pour TAgly la même certitude que pour le Tech et la Têt. L'Agly (ou la Gly) est un torrent d'une importance beaucoup moindre, et la plupart des géographes anciens Tout passé sous silence. Festus Avienus paraît cependant en avoir fait, selon son habitude, la description en termes imagés; malheureusement tous les manuscrits de cet auteur contiennent une lacune de deux vers à l'endroit du poëme où TAgly entre en scène (i); il semble cependant résulter des fragments conservés de tous les manuscrits connus aujourd'hui que le fleuve avait plusieurs bouches et présentait par conséquent , à la partie inférieure de «on cours , un véritable delta analogue probablement à celui du Tech; c'est du reste, nous Tavons vu, la disposition naturelle qui tend à s'établir chez tous les fleuves qui débouchent, à travers une plage basse et marécageuse , dans une mer sans marée.

Peut-être un centre de population existait-il à l'embouchure de TAgly, dans sa lagune ou au milieu de son delta. Si cette ville a existé, elle ne

(x) Ru,., effluentis ostiis, (Avxen., Ora marit,, v. SyS.)

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paraît pas avoir laissé de profonds souvenirs dans Tesprit des géographes anciens; car aucun d'eux nVn fait mention. Il est, dans ce cas, assez pro-^ bable que, suivant les habitudes de Tépoque, les navigateurs devaient lui avoir donné le même nom qu'au fleuve lui-même; mais ce n'est là qu'une simple conjecture. Pour le moment, aucun vestige de constructions anciennes, aucune ruine, aucun indice ne révèle la présence d*une ville disparue.

L'ancien delta du Vemodubrum ou de l'Agly diffère donc sur ce point d'une manière essentielle des embouchures de la Tét et du Tech , qui toutes deux baignaient les deux villes phéniciennes ou ibériennes de Ruscino et d'IUiberris. Une différence analogue, mais en sens inverse, peut être remarquée de nos jours. Tandis que la vie s'est éteinte sur les bords de ces deux derniers fleuves, elle s'est au contraire développée à Tembouchure de TAgly. Un petit hameau de trois cent cinquante feux, qu'on appelle le Port de Saint-Laurent de la Salanque, ou plus souvent le Bar car es, a pris naissance le long de la plage et sur la grève même du torrent. Le nom de Barcarès indique assez clairement la destination de ce petit port, fréquenté surtout par de simples

barques de pèche, et qui n'est, à tout prendre,

qu'une pauvre plage complètement découverte, n'offrant aucun abri, et le long de laquelle on haie les bateaux à terre presque aussitôt après leur arrivée. La Tour de Tantavel et quelques sommets de montagnes, derniers contre-forts de la chaîne aride des Corbières, signalent pendant le jour aux marins l'emplacement du mouillage, qui est assez bon lorsque le temps est calme; mais, pendant la nuit, les seules indications consistent dans les feux des maisons des*pécheurs et des postes de douaniers : c'est, on le voit, bien précaire et bien incertain , et l'établissement du plus modeste fanal serait considéré comme un véritable bienfait.

Il n'existe pas de port dans le sens que nous donnons aujourd'hui à ce mot; le Barcarès reste ce que la nature Ta formé. Les vents dominants du pays sont ceux du Nord et du Nord -Ouest; quand ils soufflent de terre, l'état de la mer permet assez facilement le mouillage; mais par les vents du Sud et du Sud-Est, une mer énorme est accumulée contre la plage; le niveau des eaux s'élève quelquefois de i'"2o; c'est une véritable petite marée dont les lames viennent déferler jusqu'au pied des maisons. Les courants sont trèsvariables d'intensité et de direction, suivant les circonstances atmosphériques ; et pendant l'hiver, lorsque le vent souffle avec violence du large , ils atteignent quelquefois la vitesse d'un nœud à l'heure. Dans de pareilles conditions, on conçoit

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que la plage, fonpée seulement des apports sablonneux de l'Agly, est sérieusement compromise; elle est rongée par la mer, et les fortes tempêtes menacent même les pauvres cabanes que les pêcheurs ont élevées sur cette grève déserte et presque oubliée; en revanche, lorsque le calme renaît (et dans ces parages le beau temps règne pendant la majeure partie de Tannée) , le fleuve travaille à reconstituer ce que la mer lui a enlevé, et regagne ainsi le terrain perdu. La ligne du rivage reste donc, malgré ces alternatives et ces oscillations, à peu près stationnaire; la plage se raccourcit en hiver par suite des coups de mer et des courants qui la rongent, elle s'allonge d^autant en été. A cet inconvénient vient se joindre celui des crues de TAgly, dont le régime torrentiel avait jusqu'à ces derniers temps pour effet de détruire une partie delà grève, de compromettre le sort des habitations riveraines, et même quelquefois de nuire à la stabilité des bateaux halés à la côte et qui pouvaient être arrachés de la plage par la violence du courant. Cette situation était tellement précaire qu'une digue a été construite en 1848- 1849 pour contenir lej eaux de TAgly, et donner ainsi au Barcarès une sorte de demi-sécurité.

C'est d'ailleurs depuis un siècle à peine que le petit cabotage fréquente Tembouchure de l'Agly Le mouvement de ce petit port est d'environ trois cents bateaux tant à la sortie qu'à rentrée,

connaît déjà sur la gauche, à côté du village de Portirargues, un évent en miniature entouré de laves et de scories. Le grand bras de THérault est à nos pieds ; et devant nous s'élève une grande masse noirâtre en forme de tronc de cône qui émerge au milieu des étangs et des marais : c'est l'ancien volcan d*Agde.

Il est hors de doute que le volcan d'Agde, désigné aussi sous le nom de montagne Saint- Loup, était primitivement un massif isolé en mer, et n'a été rattaché à la terre ferme que par les dépôts de la rivière de l'Hérault. Le plus sommaire examen géologique permet de constater que l'Hérault , tout comme l'Aude, débouchait dans l'intérieur d'un golfe, au milieu duquel surgissaient deux îlots, le pic volcanique d'Agde et le rocher de Brescou. Ce n'est que par suite du travail continu de comblement opéré par les alluvions que l'ancien estuaire du fleuve s'est transformé en plaine et que le volcan d'Agde a été d'abord soudé au continent; il est tout aussi certain que, après un nombre de siècles plus ou moins considérable, le petit fortin de Brescou, dont les rochers basaltiques sont aujourd'hui battus de tous côtés par les vagues de la mer, sera aussi rattaché à la terre et deviendra le cap avancé du delta.

Ptolémée signale d'ailleurs très - nettement l'existence de deux îles à l'embouchure de VArauris : l'une, Agatha, 'AYaôïî, avec une ville qui porte le même nom; l'autre, Blascôn ou

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