SALSES ET LEUCATE
La fontaine, l'étang «t le fort de Salses. — Le plateau et le fort de Leucate. — Les îles et les prairies flottantes.
Reprenons le long de la plage notre marche vers le Nord. Nous suivons Tétroite bande de sable du cordon littoral. A gauche, Tétang de Salses parsemé de joncs et de graminées qui donnent à ses eaux une couleur indécise; la chaîne des Corbières ferme au loin Phorizon ; à droite , la mer, paisible et bleue et presque toujours déserte; devant nous, se dresse le promontoire de Leucate, dont la blanche falaise, coupée à pic du côté de la mer, rappelle les escarpements calcaires de la Normandie et de la côte Sud de TAngleterre. Il n'est pas nécessaire d'être un géologue émérite pour reconnaître que la soudure de la montagne de Leucate à la terre terme et la formation du lido qui sépare Pétang de Salses de la mer sont deux accidents tout à fait récents et sensiblement contemporains. A une époque relativement assez rapprochée de nous, Tétang de Salses était un véritable golfe de la Méditerranée, et les vagues venaient déferler au pied
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des dernières pentes de la chaîne aride des Corbières^ Le tracé actuel du chemin de fer de Narbonne à Perpignan nous parait marquer, à trèspeu de chose près, la limite de cet ancien rivage. Dans sa plus grande dimension du Nord au Sud, l'étang de Salses n'a pas moins de quinze kilomètres; sa largeur moyenne est de six à sept kilomètres; c'est, on le voit, une sorte de petite mer qui a été navigable autrefois et ne l'est plus aujourd'hui, depuis que l'exhaussement très-sen« sible de son fond ne le rend accessible qu'eaux barques de pèche les plus plates et qui n^exigent qu^un tirant d^eau de quelques centimètres. Ses eaux sont un peu plus salées que celles de la mer; cet excès de salure ne tient pas seulement à Tactive évapora tion qui se produit, à cette latitude, mais il est dû, en grande partie, aux apports de deux sources sursaturées de sel, qui surgissent au milieu des rochers formant le soubassement du bourg et du fort de Salses, et dont l'une, fons Salsuiœ, a donné son nom à l'étang et à la petite ville. Cette particularité n^avait pas échappé aux géographes anciens, ot Pomponius Mêla en fait mention d'une manière toute spéciale (i).
Indépendamment de cqs deux sources salines, l'étang est alimenté par un grand nombre de petits cours d^eau et d'infiltrations provenant soit
(ï) Et Salsulœfons, non dulcihus aquis defluens, sed soi-' $ioribwi etiam quammarince sunU (Pomp, Mbla, 1. II, c. v.)
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des derniers contre-forts des G>rbières, soit de la montagne de Leucate. L'étang est ainsi le récep* tacie de toutes les eaux pluviales qui tombent sur les escarpements des montagnes voisines; et, pendant l'hiver, après la saison des pluies, son niveau, considérablement exhaussé, s'élève au-dessus de celui de la mer d'une quantité assez sensible pour déterminer une pression capable de rompre les points les plus faibles du cordon littoral.
La petite ville de Salses, dont la population ne dépasse guère douze cents âmes , se présente d'une manière très-pittoresque à l'extrémité Ouest de l'étang, et le fort qui la domine conserve encore un assez beau caractère, malgré les mutilations regrettables que le génie militaire lui a fait subir sans la moindre utilité, (c Salses, écrivait Pîga« niol de la Force au commencement du dix-bui« tième siècle (i) , est à la fois un fort et un village qui, en mémoire du temps passé, a le titre et les prérogatives de ville. Le fort fut bâti par ordre de l'empereur Charles-Quint , pour l'opposer à celui de Leucate, C'est un carré de maçonnerie ayant une grosse tour à chaque encoignure. Il est considérable par la prodigieuse épaisseur de ses mu-
(1) PiGAN. DE LA FoRCE, Descriptiofi de la France, t. VII, Paru, 1731-1752-1753^
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railles et par la bonté de ses souterrains. Le village est à deux portées de fusil du fort, en avançant vers Perpignan; c'est un lieu tout ouvert. Un peu plus loin, on trouve sept à huit maisons qui sont les restes de l'ancienne Salsulœ dont parle l'Itinéraire d^Antonin, et qui produirait une rivière considérable si elle ne se jetait presque aussitôt dans l'étang ». Nous n'avons presque rien à ajouter à cette exacte description. Le chiâteau de Salses était , en effet , le premier poste avancé appartenant aux Espagnols; tandis que le fort de Leucate, dont l'existence remonte au treizième siècle, mais qui avait été reconstruit par François I*', défendait l'entrée de la France. Leucate couvrait Narbonne; Salses fermait la route de Perpignan et de la Catalogne. L^ancienne frontière se trouvait entre les deux forts. La paix des Pyrénées ayant rendu ces deux postes inutiles, Louis XIV fit raser le fort de Leucate; plus tard , les tours de Salses furent découronûées et nivelées, et cette ancienne citadelle n'est plus aujourd'hui qu'un casernement d'une vingtaine d'hommes employés au service d'une poudrière.
Le blanc promontpire (i) de Leucate (Xeux<{ç.
Çi) Promoniorium album. (Avien., Ora marit. pass,)
^ quod Candidum
Dixi vocari (Ip., ibid,, v. 598-599.)