‹ Les villes mortes du Golfe de LyonChapitre 19 sur 64 · PI · texte numérisé non relu

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Extrait d'un Portular\ du XV^siècle

Bib/ioChèfue de l'Evik de Méderme deMs^//er

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DELTA DE l'aUDE. ANCIEN PORT DE NARBONNE. 187

telli di Vignola (1690), celles enfin des États de Languedoc gravées par Nolin (1692), permettent de suivre avec intérêt les variations successives des plages et des embouchures dans le golfe de Lyon (i). Mais toutes ces cartes sont relativement récentes, et nous manquons absolument d'éléments de celte nature qui remontent plus haut que le quinzième siècle.

Si la science géographique est tout à fait moderne, il est permis d'en dire autant de la critique historique. Sans doute, les historiens anciens nous ont laissé de merveilleux récits qui sont et seront à jamais un sujet d'étude et d'admiration pour les lettrés de tous les temps ; mais « les histoires, a-t-on pu dire avec raison, sont des faits faux composés sur des faits vrais ou bien à l'occasion des vrais (2) », et presque jamais on n'y trouve de descriptions exactes et détaillées du sol sur lequel se sont passés les événements dont elles font mention.

Ainsi donc, dans notre travail de reconstitution des anciens rivages , nous sommes privés d'une manière à peu près absolue de tout monument cartographique remontant au delà du treizième

(i) Voir les cartes des pages 79, i23 et 141. (2) Montesquieu , Pensées diverses*

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siècle, et nous n'avons en main que les descriptions souvent incorrectes ou métaphoriques des géographes anciens et les documents incomplets et quelquefois erronés de Thistoire. Le problème peut au premier abord paraître insoluble; mais dans ces régions littorales la tâche est singulièrement facilitée par l'étude géologique du sol. La variation des plages et le développement de l'appareil littoral sont si nets qu'ils permettent de suivre pas à pas les transformations successives du rivage. Pour celui qui veut observer attentivement ces plages et ces lagunes aux contours et aux limites chaque jour modifiés, les dunes, les sables, les étangs, les marais sont de véritables chronomètres naturels; en se déplaçant et se transformant sans cesse, ils laissent toujours des traces très-caractéristiques de leur passage et marquent en réalité, époque par époque, les dififérentes limites de la mer et du continent.

Jetons donc les yeux sur une carte géologique de la région inférieure de PAude et examinons la plaine de Narbonne jusqu'à la mer. L'accident le plus frappant est la saillie formée par les montagnes de la Clape [C lapas, amas de pierre, idiome languedocien), qui présentent une figure ovale dont le grand axe a quinze ou seize kilomètres de longueur et dont le petit axe a près de huit kilomètres. L'altitude des différents sommets de cette petite chaîne montagneuse varie de cent ù cent quatre-vingts mètres. Le massif, qui

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appartient tout entier à l'époque secondaire, est formé de différentes couches du terrain crétacé inférieur; il émerge, au milieu d'une plaine marécageuse en grande partie alluvionnée , entouré de toutes parts de sables, de limons, d'étangs plus ou moins atterris et de flaques d'eau.

Cette courte description et le plus sommaire examen des lieux démontrent, de la manière la plus évidente, qu'à l'origine de notre période actuelle, l'Aude débouchait dans l'intérieur d'un golfe profond , véritable mer intérieure isolée du large par une chaîne d'îles escarpées , qui , soudées aujourd'hui entre elles et rattachées à la terre ferme par des dépôts d'alluvions, constituent le massif de la Clape. Contrairement à la plupart des deltas, qui se produisent, en général, dans l'intérieur d'une lagune défendue du côté de la mer par un cordon littoral et donnent ainsi naissance à un étang central, le delta de l'Aude s'est constitué autour d'une montagne originairement isolée en mer, et qui occupe une place correspondante à celles de l'étang du Valcarès et du lac Menzaleh au centre des deltas du Rhône et du Nil. Cette particularité très-curieuse, que nous retrouverons à l'embouchure de l'Hérault, mérite d'être soigneusement notée; et, bien que la montagne de la Clape paraisse être réunie définitivement au continent depuis plusieurs siècles, il est intéressant de constater que des cartes relativement modernes, celle de Jean Jollivet entre autres (iSyo),

la dessinent très-nettement sous forme d'île, située à une assez grande distance de la côte dont elle est séparée par un bras de mer fort large désigné sous le nom d'Estang»

L'Aude, dont la dénomination ancienne, Atax, a une physionomie celtique très-prononcée, prend sa source dans les Pyrénées, au pied de la chaîne secondaire du Canigou; le développement total de son cours est de deux cent vingt kilomètres environ; son régime est essentiellement torrentiel; et, tandis que son débit à Tétiage descend à cinq mètres cubes par seconde, celui de ses grandes eaux d'inondation s'élève à plus de trois mille mètres cubes. On a calculé approximativement que la masse des sédiments transportés par ce torrent était d'un million huit cent mille mètres cubes par an; c'est à peu près le dixième du produit du Rhône , dont le bassin a une surface environ vingt tois plus étendue. Il résulte de ce simple rapprochement , que les eaux d'inondation de l'Aude sont deux fois plus chargées en limons que celles du Rhône (i). Dans de pareilles conditions, on conçoit que la mer intérieure, qui existait dès les temps les plus anciens et qui était, comme nous Pavons dit plus haut,

(i) DupoNciiEL, Hydraulique et Géologie agricoles.

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isolée du large par le massif des îles de la Clape, a dû être assez rapidement comblée ; et , peu de siècles après les dernières dislocations du sol qui ont marqué le commencement de notre époque géologique, l'Atax, avançant chaque jour ses promontoires dans le golfe, se frayait, non sans peine, une route variable à travers les lagunes envahies par les atterrissements. C'est au milieu de ces alluvions de formation récente et sur un terrain vaseux à peine consistant que se sont établies, à Torigine des temps historiques, les premières habitations de Tantique Narbôn , Nap êwv.

Les commencements de cette ville célèbre échappent complètement à l'histoire, mais il est probable que les Phéniciens en ont jeté les premiers fondements; car c'est aux peuples navigateurs qu'il convient d'attribuer la fondation de la plupart des villes littorales dans le bassin de la Méditerranée. Bien avant les Grecs, les Phéniciens ont établi des comptoirs sur tout le développement des côtes de l'Ibérie, de la Celtique et de la Ligurie. A ces époques reculées, oti les voies de communication continentales faisaient presque absolument défaut, la mer, « cette route gratuite et éternelle », et les fleuves navigables, a ces chemins qui marchent », étaient des routes beaucoup plus sûres que les chemins de terre sur lesquels il eût été imprudent d'aventurer un convoi d'une certaine valeur, et qui n'étaient, à tout prendre, que de simples /r^éf5, impraticables pendant la

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quaient, en général, à chaque fleuve dont il-j apercevaient les bouches le nom du pays ou de la ville que ce cours d'eau traversait et qui lui servait de port (i). Cette configuration de Narbôn, commune d'ailleurs à beaucoup de villes situées au milieu de lagunes littorales, semble donner une réelle valeur à Tétymologie si souvent reproduite et encore plus souvent contestée (war-eau , io-habitation) , et qui indique d'une manière assez nette que la ville était bâtie près de Peau , ou même dans Peau. On ne peut, dans tous les cas, méconnaître que, si cette étymologie n'est pas vraie, elle a du moins le mérite d'être parfai- Tiement rationnelle.

Il n'est pas impossible , d'après ces indications , e retrouver avec une certaine exactitude la phyionomie que devait avoir l'ancienne Narbo près e mille ans avant notre ère. Toute la partie de a côte Ligustique, AiyucTix^ 7^, depuis les boulies de TAtax jusqu'aux monts Pyrénéens, était «Itique de mœurs et de langage (2). L'historien

(i) PoLYBE, lib. XXXIV, /7^55/m.

^ Nous avons déjà fait la même remarque pour la Têt et ^^ Tech, désignés sous le nom de Roscinus et d'Illibcrris, à

use de l'existence de villes marchandes et de ports situes ^\a-dessus de leurs embouchures. — Voir page 129.

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