DELTA DE L AUEE. — ANCIEN PORT DE NARLONNE
Mais la situation nautique et la prépondérance maritime de la colonie furent avant tout Tobjct de la sollicitude des nouveaux conquérants. Narbonne était, depuis un temps immémorial, la ville la plus commerçante de toute la côte celtique; c'était le grand marché des Volkes , le premier port de la Gaule méridionale. Il fallait à lout prix lui conserver cette importante suprématie. Or, Paccès par la mer n^était pas facile. On pénétrait dans le bassin de Narbonne par les graus souvent ensablés du cordon littoral; les navires entraient ensuite dans le grand lac Ru^ bresus et venaient enfin mouiller sous les murs de la ville , après avoir péniblement parcouru , à travers les hauts fonds des étangs, une ligne sinueuse, variable et assez mal définie. Les galères des Phéniciens et des Grecs pouvaient, à la rigueur, s*accommoder de ces conditions nautiques défectueuses et un peu primitives. Montées d'ailleurs par des pirates et d«s commerçants rompus à toutes les manœuvres des gens de mer, il leur était assez facile de se dégager des bancs vaseux de la lagune contre lesquels les vents et les vagues devaient souvent les échouer.
Mais la flotte romaine, dont les qualités étaient dé beaucoup inférieures, allait avoir d'autres exigences. La marine de Tépoque se composait
d^éléments aussi nombreux que variés. On peut cependant classer tous les navires gallo-romains en deux types généraux parfaitement tranchés : les navires de guerre, à évolutions rapides, manoeuvres à la rame et armés d^éperons ou rostres {rostrum, ^[iiêoXoç), et d'une grande lance de combat qu'on mettait en mouvement au moment des abordages ; ce premier groupe comprenait les unirèmes, les birèmes, les trirèmes, les quadrirèmes, etc.; et les navires de commerce, toujours pontés (naves onerariœ et tectœ)^ hauts, vastes, lents et n'obéissant qu'à l'impulsion d'une voile grande et large. Entre ces deux types très- (léfinis se trouvait une série de navires mixtes, qu'on appelait les actuaires [actuariœ naves)^ et qui ont joué un rôle considérable dans les campagnes d^s Romains sur la Méditerranée et l'Océan; ces navires, destinés principalement au transport des hommes de guerre et des chevaux, marchaient à la voik, et , dans les temps calmes ou en cas d'alerte, pouvaient aussi manœuvrer à l'aviron.
Le prototype des vaisseaux de guerre, le plus répandu de tous, celui qui paraît avoir été le navire de combat par excellence, était la trirème, qui possédait, comme son nom l'indique, trois rangs de rames saperposés, chaque aviron pouvant d'ailleurs être manœuvré par un ou plusieurs rameurs. Mais ce dernier système entraînait une très-grande déperdition de force; car les