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de toutes les époques, un éloge pompeux de la ville où il avait reçu une hospitalité raffinée, et où il avait goûté le charme de cette civilisation amollie, caractère distinctif de toutes les cités cor-, rompues et à la veille de leur ruine. Narbonne était encore, il est vrai, baignée par les eaux de sa mer intérieure et de son fleuve majestueux; elle jouissait ainsi d'un climat particulièrement sain; et Sidoine pouvait, dans son enthousiasme de poète , s'écrier :
Salve, Narbo potens salubritate (i)
et, décrivant ensuite ses édifices, ses étangs, son fleuve et ses îles, rappeler qu'elle était autrefois célèbre :
Mûris, civibus, ambitu, tabernis, Partis, jporticibus , foro , theairo, DelubriSy capitoliis, monetis, ThermiSy arcubus, horreis, macellis, PratiSffoïitibus, insulis, salinisy Stagnis y flumine , merce , ponte , ponto (2).
Mais cet échafaudage poétique des magnificences de Narbonne ne pouvait guère s'appliquer qu'à un temps déjà bien passé; car, dès la fin du quatrième siècle, elle avait reçu la visite des Vandales, et, à partir de celte époque, elle ne fut plus qu'un objet de convoitise et un champ de déva-
(i) SiD. Apoll., carm. xxiii, (2) Id., ibid,
Station périodique pour les Wisigoths et les Sarrasins.
Inutile de dire que le port dépérissait de jour en jour. Il aurait fallu, en efifet, un travail opiniâtre et incessant, et d'autres mœurs que celles de TEmpire pour entretenir des ouvrages aussi considérables, créés artificiellement au milieu des sables et des limons de TAtax, et que chaque crue du fleuve envasait d'une manière sensible. La lagune se comblait peu à peu ; la profondeur des eaux diminuait chaque année ; les passes à demi atterries ne permettaient que difficilement Taccès des gros navires; et on peut considérer que, dès le sixième siècle, la décadence maritime du plus grand port de la Narbonnaise était à peu près consommée.
En Tabsence de tout document authentique, nous pensons qu'il ne sera pas sans intérêt de jeter les yeux sur un ancien plan de la ville romaine [Narbonis antiqui imago sub imperio romano et gothico), qui ne présente certainement pas un très-grand caractère d'exactitude, mais qui permet cependant de reconnaître l'existence des principaux monuments et édifices publics. Comme terme de comparaison, nous donnons aussi (voir pag. 179) le plan exact de la ville moderne. Le document anonyme que nous reproduisons donne la physionomie sinon réelle du moins très-pro-
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bable de Fancienne ville assise, comme on le voit, à rentrée de sa lagune, baignée par la mer Narbonnaise, et précédée de ses îles.
Uinsula Lici se distingue au premier plan ; à côté, une autre île, peut-être le lido sur lequel est bâti le temple consacré à Vénus. Le lac.i^Mbrensis ou Rubresus est indiqué au Nord. UAtax est dévié par une jetée en pierres, agger lapideus objectus Ataci; il abandonne son ancien lit qui ne tarde pas à s'atterrir, vêtus alveus; il longe les murailles de la ville à TOuest et au Sud, passe devant la porte de VKmAq^ porta Atacina, et la porte des Salines, porta Salaria, coule au-dessous du pont monumental à dix arches, pons vêtus, dont nous conservons et utilisons aujourd'hui les précieux vestiges; il passe devant la porte Aiguière, porta Aquaria, et la porte Marine, porta Navium, et débouche enfin dans le lac Narbonnais où il s'épanouit et forme le port, statio navium. Deux autres portes, la porte de VY^sx, porta Orientis, et la porte Romaine, porta Romana, complètent le nombre des ouvertures pratiquées dans l'enceinte continue de la ville ; cette dernière était, avec la porte Marine, la plus fréquentée, puisque, comme son nom l'indique, elle donnait accès sur la voie Domitienne qui conduisait à la capitale de l'Empire.
Toutes ces indications sont précieuses et nous paraissent très-près de la réalité. La disposition des tombeaux, tout autour de l'enceinte extérieure
des murailles, est cependant en contradiction avec les usages romains ; on sait, en effet, que les monuments de cette nature étaient invariablement placés le long des grandes routes, à rentrée des villes dont elles formaient les avenues funéraires ; ce qui était d^ailleurs conforme à tous les rites religieux relatifs au culte des morts.
Quant au forum entouré de ses portiques et placé au centre de la ville, il nous paraît occuper sur le plan la place qu'il devait en effet avoir dans l'ancienne Narbo; au centre, le célèbre autel votif d'Auguste, ara Augusti, dont nous avons parlé ; de chaque côté les deux temples principaux de la cité, Tun consacré à Jupiter tonnant, templum Jovis tonantis, l'autre au 'rffvm Auguste, templum Augusti (i). Huit autres temples étaient disposés dans les différents quartiers de la ville;
(i) Ces deux grands temples étaient ornés d'un pronaos ou péristyle à fronton , soutenu par des colonnes cannelées dont on a retrouvé les bases, déplacées et mutilées, au voisinage des monuments. Une de ces bases, découverte dans l'intérieur de la ville, n'a pas moins de 1B40 de diamètre, mesuré dans le renflement du tore monolithe dont elle est surmontée. Une autre base du même genre et presque de la même taille (i"25), récemment découverte sur l'emplacement que couvrait anciennement le Capitole, à trois mètres- du sol actuel, servait de support à une colonne engagée, ce qui semblerait indiquer que le monument était pseudodiptéros , comme le disaient les Grecs, c'est-à-dire que les murs de \z.cella étaient jalonnés intérieurement de demi-colonnes ou de quart de colonnes isolées du pronaos (tétrastyle ou hexastyle) et séparées par les mêmes entrecolonnements. {Hist. gén, du Languedoc, notes, passim.)
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ils étaient consacrés à Bacchus, à Minerve, à Hercule, à Apollon, à Cybèle, à Saturne, à la Concorde, et enfin au terrible Circius (Cers) [Noïv Pièce justificative IX) , divinité symbolique du vent furieux qui balayait la mer Narbonnaise.
La Curie, le Capitole et Tamphithéâtre se distinguent sur le plan par leurs grandes proportions; mais remplacement de ce dernier au milieu de la ville est assez inexactement rapporté; comme partout, Tamphithéâtre devait être situé à peu de distance des murs; et on a retrouvé en effet les vestiges de cette importante construction en dehors de la ville, sur le chemin qui conduit à rétang de Gruissan. (Voir le plan de Narbonne moderne, pag. 179.)
Narbonne possédait encore un marché, maceU lum, entouré de portiques comme le forum; des entrepôts, horrea, dans chaque quartier de la ville, pouvant servir de magasins pour toute espèce de marchandises et principalement de greniers pour les provisions de céréales ; un hôtel des monnaies, moneta; une teinturerie de pourpre renommée, baphium, dont l'intendance était une des dignités de l'empire , ^rocMraf or baphii Narbonensis; cet établissement était alimenté par les eaux limpides de Livière, Liguria, petit ruisseau qui prend sa source, ocula Liguriœ, à peu de distance de la ville, au pied du Mont-Laurès, mons Laureus, et arrose des prairies verdoyantes qui paraissent avoir été le séjour de plaisance des
23o SECONDE PARTIE. — CHAPITRE SIXIÈME.
riches habitants ou des hauts dignitaires de Narbonne, villa Catulli.
On rencontrait, à chaque porte de la ville, des bazars de commerce ou des hôtelleries, tabernœ, assez importantes pour être indiquées sur le plan ; et le nom de Pune d'elles, peut-être la plus importante, a même été conservé, tabema Galli,
Il n'y a pas de grande ville sans distribution d'eau; Narbonne avait la sienne. Indépendamment des eaux du ruisseau de Livière, un aqueduc, utilisant le grand barrage de l'Aude, conduisait les eaux dans les différents quartiers où se trouvaient des fontaines monumentales, ybnfe^.
Mentionnons enfin une grande place analogue au forum, ybrwm Cornelii, entourée comme le premier de portiques; divers autels votifs dont l'un consacré au génie, patron de la colonie, ara genii patroni; des arcs de triomphe, et un établissement de bains soit public soit privé, qui portait le nom de son propriétaire ou du personnage illustre qui l'avait fait construire, balneum Sexti Cornelii Chrjrsanti, et dont l'existence nous est aussi révélée par une inscription conservée au musée de Narbonne (i).
(l) CHRYSANTVS
... M . ET . CLODIA . AGATHE . VXOR ... BI . DATO . EX DECRETO VIRORVM . AVG ... ET . MARMORIBVS . EXSTRVCTVM . ET . DVCHT ... T . ET . SPORTVLIS . DATIS . DEDICAVERVNT
(Inscription i65 au Musée de Narbonne. j
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En dehors de Tenceinte de la ville, les thermes avec leurs jardins, un magnifique arc de triomphe, un collège d'augures, et, dans une des îles du lac, le temple de Vénus,
L'ensemble de ces monuments peut donner une idée de la splendeur de la ville romaine ; les dimensions de son amphithéâtre nous permettront d'évaluer avec une certaine approximation le chiffre de sa population.
Le théâtre et les jeux de toute nature tenaient, en effet, avec le bain, une place considérable dans la vie du peuple romain. Ce n'était pas, comme de nos jours, le délassement périodique et en quelque sorte exceptionnel de quelques favorisés; c'était un plaisir quotidien, presque continu, offert à tous soit par l'État, soit par les villes, soit enfin par de hauts fonctionnaires de l'empire. H y avait donc nécessairement une relation directe entre les dimensions des amphithéâtres et le chiffre de la population qui, tout entière, assistait à ces jeux plusieurs fois par semaine. Quel était ce rapport? les archéologues, avec cette élasticité qui caractérise quelquefois leurs études, en ont indiqué plusieurs qui variaient entre celui de un à trois et celui de un à huit. Mais ils conduisent à des chiffres de population notoirement trop élevés.
Ainsi , le théâtre d'Arles pouvait contenir seize mille spectateurs; son magnifique amphithéâtre en contenait vingt-six mille; et il paraît douteux que, même au temps de sa plus grande splendeur, la population arlésienne, loin d^atteindre le chiffre de deux cent mille habitants, ait jamais dépassé celui de quatre-vingt mille.
A Orange, le théâtre dont on admire encore aujourd'hui l'imposante façade avait six mille places; le cirque ou hippodrome, qui lui était contigu et a disparu aujourd'hui presque complètement, pouvait contenir seize mille spectateurs; il est vrai que les divertissements du théâtre et de l'hippodrome n'étaient peut-être pas aussi permanents que ceux de l'amphithéâtre; touteifois, il est difficile d'admettre que l'ancienne Arausio Cavarum ait jamais eu soixante mille et encore moins cent mille habitants; et tout au plus peut-on arriver au chiffre de quinze à vingt mille.
Nemausus, Nimes, la capitale des Volkes Arékomiques, possède l'amphithéâtre le mieux conservé peut-être de tous ceux que les Romains ont laissés sur le sol de leur immense empire ; ses dimensions exactes sont connues dans leurs plus petits détails ; il contenait vingt-cinq mille spectateurs; et il est certain que la ville de Nimes, même sous Antonin, oti elle avait atteint son plus grand développement, n'a jamais eu plus de quarante mille à cinquante mille habitants.
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L'ancienne petite capitale des Alpes Maritimes, Cemeliiim, placée sur le plateau de Cimiès qui domine Nice et Villefranche, n'existe plus et ne se révèle que par des ruines, parmi lesquelles celles d*un amphithéâtre qui pouvait contenir six à sept mille personnes ; il semble difficile, d'après la surface occupée par les débris de la ville disparue, qu'on puisse lui attribuer une population de dix à douze mille âmes.
Nous pourrions multiplier ces exemples et citer encore les amphithéâtres et les théâtres de Vienne, Vérone, Capoue, Pompéi, Tarragone, et enfin le Colisée de la Ville Éternelle; ils nous conduiraient tous à la même conclusion , à savoir que la proportion du simple au double entre le chiffre de la population et le nombre de places dans les différents monuments consacrés aux spectacles doit être admise sans grande chance d'erreur.
Revenons à Narbonne. Nous manquons de la manière la plus absolue d'éléments exacts qui pourraient nous permettre d'apprécier la capacité du théâtre. Tout ce que nous savons, c'est qu'il était situé aux environs de la cathédrale actuelle, sur l'emplacement de l'ancien cloître de Saint- Tust, où Ton peut voir encore, dans les caves de plusieurs maisons, des arceaux voûtés qui servaient d'escaliers ou de supports pour les gradins étages de l'enceinte semi- circulaire du monument, analogue par conséquent aux théâtres d'Arles et d'Orange,
•234 SfcICONDE PARTI i:. CHAPITRE SIX IK. M fcl.
Nous sommes mieux fixés sur l'amphithéâtre. Il était situé, comme nous l'avons dit, sur le chemin de Narbonne à Gruissan. Les fragments de 5on mur d'enceinte et de quelques assises retrouvées dernièrement ont permis de reconstituer géométriquement l'ellipse extérieure du monument, qui mesurait i38 mètres de longueur suivant le grand axe, et 95 mètres de largeur suivant le petit. Il est facile de le comparer aux arènes d'Arles et de Nimes, dont nous connaissons aussi les dimensions précises, et d'en conclure que Famphithéâtre de Narbonne était aussi vaste que ceux de ces deux dernières villes (i). Il nous paraît donc probable que k^ population de Narbonne, qui jouissait d'un th«tfe et d'un amphithéâtre de même importance due ceux d'Arles, devait aussi avoir une populanon à peu près ^gale; et, loin d'admettre avecitertains archéologues, entraînés sans doute par Tamour de leur pays, que la population de la ville dépassait, à l'époque romaine, le chiffre de içleux cent mille âmes, nous pensons qu'en la fixant, même au moment de son apogée, c'est-à-cÇre à la fin du premier siècle de notre ère, k soixante ou
^l) Désignation des
Grand axe
Petit axe
Nombre des
amphithéâtres.
extérieur.
extérieur.
spectateurs.
Arles
Nimes. . . .
loi 38o
Narbonne. .
DELTA DE l'aUDE. — ANCIEN PORT DE NARBONNE. 235
soixante-dix mille, nous ne nous éloignons pas trop de la vérité.
Nous avons dit que c'était à partir du corn* mencement du cinquième siècle que la décadence maritime de Narbonne s'est accentuée d'une manière rapide.
D'une part, les invasions «des Barbares, de l'autre le torrent boueux de l'Aude eurent bientôt transformé la riche ville marchande et maritime en une immense bourgade séparée de la mer par des marais vaseux dont la profondeur était insuffisante même pour les navires moyens de l'époque. Les alluvions livrées au hasard prirent un développement désordonné. Quatorze siècles d^atterrissement ont suffi à TAude pour combler SSL vaste lagune et la rendre aujourd'hui impropre â toute espèce de navigation; car les profondeurs des étangs de Sigean, de Bages, et de Gruissan ne permettent qu'aux barques du plus faible tirant d'eau de pénétrer dans ce bassin aux trois quarts comblé, qui avait été pendant près de cinq siècles le plus grand centre commercial et maritime de la Gaule.
Il est arrivé alors pour l'Aude ce qui se produit à plusieurs reprises dans le cours des siècles pour tous les fleuves qui ne communiquent avec la mer que par l'intermédiaire d^une lagune; les
dépôts et les alluvions entraînés exhaussent le fond des étangs , les transforment en marais , gênent l'écoulement de la rivière et la forcent à prendre un cours sinueux et d'un long développement; et, un jour ou l'autre, à la suite d^une forte crue, les eaux du fleuve se frayent une route plus directe vers la mer. C'est en 1 320 que le phénomène s'est produit : le grand barrage de Sallèles-sur-Aude a été emporté, et le fleuve , quittant brusquement son ancien lit, a délaissé Narbonne , et s'est écoulé tout entier dans la direction de Coursan et de l'étang de Vendres, qu'il n'a pas abandonnée depuis. La ville de Narbonne perdit alors presque subitement le peu d'importance commerciale qu'elle avait conservée, et la stagnation des eaux autour de la ville ne tarda pas à engendrer une insalubrité des plus dangereuses. Non-seulement les derniers restes de son commerce furent anéantis, mais elle se trouva pendant un certain temps privée de l'eau nécessaire aux premiers besoins de la vie. <c Semblable à ces grandes cités de l'Inde que le voisinage du Gange a fait naître, qu'un simple déplacement du fleuve suffit pour maintenir ou transformer en déserts et marais pestilentiels, Narbonne, la plus puissante des cités de la Gaule méridionale, le premier emporium de la plus riche province de l'ancien empire romain, ne fut plus au moyen âge qu'une malheureuse bourgade que ses derniers habitants furent même sur le point d'abandonner. Ils son-
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gèrent en effet sérieusement à se transporter . à Leucate, lorsque les désastres de Tinvasion anglaise et la peste qu^elle entraîna à sa suite vinrent se joindre aux fléaux de la nature (i). i)
Il eût été difficile, en effet, de reconnaître, dans cette ville malsaine et presque déserte, Fanciennc capitale dont Sidoine Apollinaire exaltait la salubrité, le climat, la richesse et les splendides monuments; et les géographes du seizième siècle pouvaient avec raison, dans leur langage pittoresque, rappeler le cloaque de la Gaule, pour la voir basse extrêmement et posée comme en une fondrière, au lieu oU le fleuve Atax, à présent Aude, s'engoulphe en la mer Gallique ou Méditerranée (2).
Bâcha umont et Chapelle, dans leur Voyage écrit à la fin du dix-septième siècle, dépeignent encore d'une manière assez piquante, mais trèsexacte, l'impression fâcheuse qu'ils éprouvèrent en visitant la malheureuse ville, perdue au milieu de la vase de ses lagunes :
Digne objet de notre courroux, Vieille ville toute de fange, Qui n'es que ruisseaux et qu'égouts.
Pourrais-tu prétendre de nous Le moindre vers à ta louange?
La situation était tellement grave que la con:-
(i) DupoNCHEL, Hydraulique et Géologie agricoles. (2) La Cosmographie de Munster. Paris, ibjb.
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munauté de Narbonne, dont le commerce était anéanti par la nouvelle direction de TAude, s'imposa des sacrifices considérables pour ramener dans ses murs les eaux qui seules pouvaient faire renaître sa prospérité commerciale. On creusa dans ce but le canal de la Roubine actuelle, qui, partant de Moussoulens (i), mettait en commu-^ nication la rivière avec la ville et celle-ci avec la mer; mais cet expédient n'a été et ne pouvait être qu^un insuffisant palliatif, et la situation maritime de Narbonne était définitivement et irrévocablement perdue.
Un moment on put croire que cette prospérité allait renaître. Lorsqu'on s'occupa du projet de réunir l'Océan et la mer Méditerranée par un canal de navigation , on dut choisir un port d'arrivée dans le golfe de Lyon. L'ancien port de Narbonne se présenta tout naturellement à l'esprit de l'illustre Riquet, qui avait eu, dans le principe, l'idée d'utiliser le lit de l'Aude pour descendre à la Méditerranée, de traverser ainsi l'étang Narbonnais et de déboucher au Grau de La Nouvelle; mais il ne tarda pas à reconnaître que ce fleuve était tantôt d'un trop faible tirant d'eau, tantôt d'un régime trop torrentiel pour pouvoir être canalisé, et la direction de Narbonne lut abandonnée.
Pour conserver un peu de vie à l'ancien port
(0 Voir la Carie de TÉlat-Major, feuille 244 .
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de la Gaule Narbonnaise, on songea alors à établir une communication entre le canal de la Roubîne, qui conduisait à la Nouvelle, et le canal, des deux mers dont le tracé, situé à cinq kilomètres au-dessus de Narbonne, condamnait cetteville à un isolement funeste. Les États de Languedoc firent creuser, à la fin du dix-huitièmesiècle, le canal dit de jonction, qui permettait à la batellerie de TAude de se rendre dans le canal du Midi ; c'est donc l'ensemble du canal de jonction (4,871 mètres), de la traversée de TAude {78 mètres) et du canal de la Roubine à la mer (31,584 mètres), formant un développement total de 36,533 mètres, qui constitue le réseau maritime de Narbonne à la mer, et la met en communication avec la grande voie de navigation de l'Océan à la Méditerranée; et le port de La Nouvelle continue à être, malgré les mauvaises conditions de son entrée et l'oblitération sans cesse renouvelée de sa passe, le port d'exportation de tous les produits du bassin Narbonnais.
' Cette situation est insuffisante et précaire. La question de la création d'un port considérable à Narbonne a été agitée dans ces derniers temps. Un ingénieur entreprenant, M. Thomé de Gamond, a proposé de creuser un large canal de navigation accessible aux navires du plus fort tonnage, et qui traverserait Tétang de Gruissan. Le grau actuel, le port de La Nouvelle et la rou-
bine de Narbonne à travers l'étang de Sigean seraient abandonnés; on entrerait par le grau du Grazel ou de Gruissan qui n'est qu'à quatorze kilomètres de la ville et deviendrait ainsi la tête d'un immense port intérieur. Sans méconnaître le mérite d'une telle conception , il est permis de croire qu'un avant-projet, dont la dépense prévue s'élève déjà à une quarantaine de millions, est peut-être hors de proportion avec la situation commerciale et industrielle du pays que le nouveau port serait appelé à desservir.
Il faut se rendre à l'évidence des faits; le port de Narbonne est mort ; les courants commerciaux ont pris depuis longtemps une autre direction dans le bassin de la Méditerranée, et ce n'est pas, croyons-nous, le commerce maritime, mais l'industrie agricole qui peut régénérer la ville de Narbonne et y faire renaître la vie éteinte depuis plus de dix siècles. Après avoir traversé la période pestilentielle du moyen âge, l'état sanitaire s'est considérablement amélioré ; les marais comblés se transforment peu à peu en terres d'alluvion de la plus riche fertilité; le temps n'est peutêtre pas très-élpigné oti la plus grande partie des étangs de Bages, de Gruissan et de Sigean pourront être appropriés à la culture de la vigne , des plantes fourragères et des céréales. La vaste mer intérieure des tiemps anciens deviendra un jour un bassin dont la richesse agricole dépassera toutes les espérances que l'exécution des projets
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maritimes pourrait faire concevoir. « Narbonne alors, assise au centre d'un territoire dix fois plus considérable que celui qu'elle avait sous la domination romaine, desservie par deux chemins de fer (chemin de fer de Cette à Bordeaux, chemin de fer de Narbonne à Perpignan) suppléant son ancien port, pourra de nouveau prétendre au rang qu'elle occupait autrefois parmi les villes du Midi (i). » Cest dans cet ordre d'idées seulement qu'elle puisera ses moyens de salut.
(i) DupONCiiEL. Hydraulique et Géologie agricoles.
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