‹ Les villes mortes du Golfe de LyonChapitre 42 sur 64 · A NARBONNE · texte numérisé non relu

A NARBONNE

La tâche des triumvirs qui présidaient à rétablissement de la colonie se serait bornée à surveiller l'installation matérielle des colons et le partage des terres, dont les agrimensores avaient pris possession au nom de la République et qu'ils soumettaient à un arpentage minutieux. Ce serait eux aussi qui auraient, suivant Tusage, rédigé ou tout au moins publié la charte municipale de la nouvelle ville {lex coloniœ, lex civttatis), qui ne faisait le plus souvent que reproduire, dans ses dispositions essentielles, la loi récemment promulguée à Rome , sur laquelle reposaient les titres et les droits des colons, à commencer par leur droit de propriété

Quelques-uns des plus maltraités en furent réduits à aller chercher un asile sur les terres incultes ou sans maîtres, qui étaient restées en dehors du terrain assigné ou du terrain mesuré. Mais la plupart ne purent se résigner à quitter pour toujours la ville où leurs enfants étaient nés et où reposaient les ossements de leurs pères , sous les tumuli qui bordaient les grèves de l'Atax.

A défaut de terres cultivables, dont les riches avaient seuls sauvé quelque chose, il restait aux plus pauvres eux-mêmes une masure et une échoppe, où ils conservaient le droit de travailler et de vendre cher (aux nouveaux venus surtout), sans parler du fleuve, qui leur ouvrait la mer et de cette mer elle-

même, dont le sillon est plus fertile que celui de la

terre ferme pour les gens des ports

Rien n'indique, d'ailleurs, que l'établissement de la nouvelle colonie ait provoqué à Narbonne le mécontentement et les rancunes qui suivaient souvent ces actes de souveraineté. Chassés de leurs terres et quelquefois de leurs maisons, pour faire place aux nouveaux venus, les anciens habitants, comme les appellent les jurisconsultes romains (veteres), s'étaient vus dépossédés en même temps de l'administration et du gouvernement de leur ville, devenue comme un prolongement et un faubourg de Rome. Mais il ne faut point oublier que cette population, assez peu homogène, suivant toute apparence, était beaucoup plus préoccupée ici de commerce d'outre-mer et de spéculations mercantiles que de ses libertés politiques ou municipales, ébréchées probablement par des usurpations ou des conquêtes antérieures. (Edw. Barry, Histoire générale de Languedoc, liv. II, notes passim.)

DE l'armement des ANCIENS VAISSEAUX DE COMBAT.

i*> L'arme offensive qui, selon Pline, fut imaginée par Pisée et attachée par lui à Tétrave du vaisseau de guerre {Rostra navibus Piseus addidit. Pline, liv. VII, ch. 57), réperon, nommé rostrum par les Romains et ëjAêoXov par les Grecs , fut d'abord , comme ce dernier nom l'indique, une sorte de pieu greffé sur la pièce de bois courbé dont était formée Tétrave de la galère, que les Italiens appelaient, au moyen-âge, la rota di proa, et les Provençaux, la rode (roue) de proue. Cette pointe eut, à une certaine époque, la forme d'une pyramide ou d'un cône; faite d'airain, elle devait être assez solidement tenue dans l'espèce d'encadrement où elle entrait, pour ne pas être ébranlée ou démontée par le choc, dans un conflit où elle jouait un grand rôle. L'éperon fut façonné quelquefois en forme de corne, d'ergot ou de bec d'oiseau de proie (rostrum)^ ou de tête d'animal, trèssouvent de porc; certaines médailles et la colonne Trajane montrent des proues de galères munies d'un éperon, dont la pointe relevée devait être d'un médiocre effet, et devait d'ailleurs empêcher le navire abordeur de se détacher aisément du navire abordé, quand il lui avait porté un coup de sa corne. L'éperon était souvent à trois dents et portait alors le nom de tridens. (A. Jal, Études sur la marine antique, Paris, 1861.)

2® Les épotides étaient deux pièces de bois, fortes, pointues par leurs extrémités et solidement attachées

aux ]oues du navire a}i moyen de longues et solides chevilles d'airain. Leur nom venait de leur position. Elles étaient comme deux oreilles (è7rl,o5ç) dressées au-dessus et en arrière des deux yeux ouverts au front du navire.

3° Une lance, qui s'appelait xyste (|u(rràv vaujiàxov) , était hissée au mât à l'aide d'un cordage et d'une poulie. Ce cordage, qui fonctionnait comme une drisse, était attaché vers le milieu de la longueur du xyste, dont l'équilibre, les inclinaisons et le balancement étaient ainsi à la disposition de l'équipage. Cette lance de combat, composée de plusieurs pièces unies par des clous d'airain, et terminée à l'une de ses extrémités par une pointe de même métal , pouvait atteindre une longueur d'une douzaine de mètres. (A. Jal , passim,)

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