‹ Les villes mortes du Golfe de LyonChapitre 47 sur 64 · POUR Y FORMER UN PORT DE MER · texte numérisé non relu

POUR Y FORMER UN PORT DE MER

nRFSSÉ EN l'année 1670

lorsqu'on eut fait choix du port de cette.

Or, touchant la position topographique d'Aiguesmortes, voici ce qu'il a remarqué : il a reconnu dans la rade un rocher d'une traite fort longue, et qui court le long d'icelle vis-à-vis de la plage en distance d'environ 800 toises, poussant, par après, sa pointe bien avant sur les rades voisines; et, comme sa traite se découvre du terrain dont nous parlons vis-à-vis d'une ancienne embouchure qu'on appelle vulgairement le grau Saint-Louis, à la pointe de la Croisette, on en doit faire état en cet endroit, plutôt qu'en tout autre, pour marquer le point d'enracinement d'où il commence sa traite, et y former le dessin d'un havre de bonne adresse. Sur cette longueur, du levant au ponant, il y a plus de 100 toises de largeur entre la face intérieure et extérieure, qui fait une largeur considérable et assez forte pour rabattre l'impétuosité des vagues roulantes, durant les plus furieuses tempêtes ; de quoi l'expérience a fait foy en mille rencontres, qui ont souvent obligé et obligent encore de présent toute sorte de bâtiments à se réfugier dans l'enceinte qu'il fournit entre sa face intérieur^ et la plage. La hauteur d'eau, depuis sa crête jusques à la surface de l'eau, est d'environ quatre brasses, qui font une espèce de cascade en forme de nappe aux vagues rompues, qui viennent

se promener sans fureur sur cette largeur reconnue; la profondeur en dehors, le long de sa face extérieure depuis sa crête jusqu'au fond d'assiette, est d'environ quinze brasses, qui donne un poids suffisant pour faire le rabattement des ondes les plus orageuses, et réprimer leur course sur l'épaisseur marquée. La profondeur en dedans, le long de la face intérieure, depuis sa crête jusqu'à la fondation, est d'environ six brasses, qui durent dans son fond, depuis ladite face intérieure vers le terrain, plus de trois cents toises d'étendue, qui, assurément, est plus que suffisant pour mouiller et amarrer un grand nombre de vaisseaux, selon la largeur que l'on empiétera sur toute sa traite et que l'on peut fixer à quatre cents toises. La qualité de ce fond est si bonne, qu'il est partout affermi de bonne argile propre à souffrir l'ancrage et la bonne mouille, et, par conséquent, qu'il y a toute sûreté d'y venir mouiller; puisqu'en effet on a toujours observé que cet ■espace, entre ladite face intérieure du rocher et le terrain, est sans aucune agitation, durant même les plus fortes tempêtes, étant fort aisé à juger qu'il s'y forme un beau, large et profond bassin, qiû jouit d'un calme parfait, et qui fournit toutes les c'ommodités dont on peut s'avantager dans un port. Aussi €st-il de si bon augure qu'il y a une infinité d'exemples que, non-seulement quelques barques et vaisseaux, mais même des escadres et flottes entières s'y sont venues réfugier, et que les observateurs des côtes n'ont pas manqué de le marquer sur leurs cartes maritimes ou marines, pour servir d'adresse à ceux qui avaient besoin de le venir reconnaître. C'est pourquoy, pour le rendre encore de meilleur usage et, d'un simple abri et bonne rade qu'il est, en faire un port de bonne forme et bien circonstancié, on pourrait y attacher des travaux d'utilité, de défense et d'ornement, comme tours, fanaux, jetées, esta-

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cades, chaînes et autres pièces semblables, selon la nécessité.

Sur la plage, à peu près vis-à-vis de la tête du rocher, il y a encore quelques vestiges d'embouchure qu'on appelle le Grau Saint-Louis ^ parce que ce fut en cet endroit que ce grand Roy s'embarqua deux fois pour son expédition de la Terre sainte. En sorte que c'est un beau champ de bassin, étant tout présent et ouvert pour communiquer à la mer. Il serait aisé de rouvrir ce passage, qui est comblé par un sablon de peu d'étendue, et dans lequel on pourrait trancher un canal de communication à commencer de Textrémité du canal Viel à la pointe de la Croisette, le long de ladite Sablière, jusques à la plage, pour emboucher le bassin marqué audit pas, le tout en bonne forme et dans les proportions requises , et en réparant les endroits ruinés et de mauvaise rive qui se rencontreraient le long dudit canal Viel, depuis la pointe de la Marette, où il commence, jusqu'à ladite tranchée. Ainsi on rétablirait cet ancien port si favorable aux embarquements et qui communiquerait à propos au havre qui lui est proposé. (Manuscrif Esparron, archives d'Aiguesmortes.)

ENTREVUE DE FRANÇOIS l" ET DE CHARLES-QUINT.

L'an i538 et le quatorzième de juillet, vint le Roy de France François l^»" en la ville d'Aiguesmortes, accompagné de la Reine, sa femme, appelée Madame Éléonore, sœur de l'Empereur Charles d'Autriche, Roy d'Espagne, aussi en compagnie du Roy de Navarre, et Reine de Navarre; M. le Dauphin et la Dauphine de France, M. d'Angoulême, fils du Roy et Mme Marguerite, fille du Roy; ensemble tous les princes de France et toutes les princesses et le plus grand triomphe que jamais soit vu en France ni en Espagne; aussi y étaient M. le Connétable de France, M. de Montmorency, le Cardinal de Lorraine, M. de Guise, M. de Nabaud, le Duc de Wurtemberg, le Prince de Salmes, tous les Princes de France, comme dit est, et tous les Cardinaux et Évêques de France, M. le Chancelier avec tous les Présidents des Parlements et Grands Conseils, et le lundi i5 juillet (après que le Roy François, le dimanche du jour devant, fut arrivé audit lieu d'Aiguesmortes) après avoir repu , s'en alla aux galères de l'Empereur, qui étaient arrivées à la plage dudit Aiguesmortes, et après qu'il fut arrivé à la galère de TEmpereur, lui bailla la main pour monter dessus et s'entrecollèrent ensemble, là où y eut beaucoup d'entretiens entr'eux; et après, sur le soir, le Roy s'en retourna en la ville, et le seize dudit vint l'Empereur en ladite ville d'Aiguesmortes, le matin environ neuf heures, et entra par le portail de la Marine, que les frégates que le Roy avait apprêtées avec les mariniers habillés cap et pieds de damas

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rouge, l'avaient apporté, et en entrant les petits enfants crièrent à haute voix : Vive r Empereur et le Roy! Car M. le Connétable l'avait ainsi commandé à Guillaume Villars, consul par ce temps; ainsi le faisait par commandement du Roy audit Connétable et audit Villars, ce qui fut fait; et après que l'Empereur fut descendu sur le pont de la Marine et qu'il fut entré six pas dans ladite ville, ce fut M. le Dauphin, lequel ne fesait que d'arriver à ladite ville, et se présenta devant TEmpereur, lequel fut accueilli par ledit Empereur, aussi grand accueil que jamais Empereur à Prince. Car ledit Empereur se mit le genouil jusqu'à terre en l'embrassant, et à aussi MM. d'Angoulême et d'Orléans, frères dudit Dauphin, et si ne fiist le Roy qui tira par le bras l'Empereur, qui se fâchait de la grosse humilité dudit Empereur envers ses enfants, ils eussent demeuré grand espace de temps davantage; et se mirent les «nfants à crier : Vive l'Empereur et le Roy! et après entrèrent l'Empereur et le Roy, bras à bras, à la maison de M. le Consul noble Franc. Conseil, et demeurèrent ensemble le mardi, et coucha le dit Empereur à la maison de M. Lecques, cette nuit; et le lendemain, après-dîner, l'Empereur se retira à ses galères, et le Roy l'accompagna jusque-là; et le i8 de juillet, le Roy, après avoir ouï la messe, s'en alla avec son train. De voir retentir, à l'entrée de l'Empereur, l'artillerie qui tirait, vous répond que, de la tour de la Souvignerie jusques à la tour des Palus, il n'y avait que artillerie faisant grand bruit (qui fut à la venue de l'Empereur) qui semblait des tonnerres; et des festins que firent l'Empereur et le Roy avec ces dames, je vous laissée penser; et surtout fut faite paix, entre ledit Empereur et le Roy, perpétuelle, s'il plait à ce Benoit Fils, cui laiis sit in secula seculorum. Amen. (La Faille, Annales de Toulouse, t. IL, p. lô.)

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