CONSIDERATIONS SUR LES VARIATIONS DES RIVAGES. I I
récorce terrestre a conservé toutes ses dentelures et ses anfractuosités.
Uétat actuel de nos connaissances scientifiques nous permet d'affirmer presque avec certitude que, dans le principe, la température de notre globe était considérablement élevée; la plupart des matières minérales dont il est formé étaient alors en fusion et constituaient une sorte de sphéroïde pâteux et incandescent entouré d'une épaisse atmosphère de gaz et de vapeur d'eau. La forme définitive de notre planète a été la conséquence de son mouvement de rotation et de l'état semifluide dans lequel se trouvaient toutes les matières minérales qui entraient dans sa composition.
Le refroidissement de cette masse a eu lieu trèslentement, mais d*une manière continue; les gaz et les vapeurs de cette lourde atmosphère se sont condensés en pluies et précipités violemment en déluges d'eau sur la surface brûlante du sol; il s est formé tout d'abord un mince épiderme solide, puis une enveloppe plus épaisse qui , à plusieurs reprises et par suite du bouillonnement intérieur des matières en fusion et du rétrécissement du noyau central, a éprouvé des fractures, des dislocations et des convulsions correspondantes aux grandes époques géologiques.
Ce refroidissement a, depuis l'origine des temps,
l 2 PREMIERE PARTIE. — CHAPITRE PREMIER.
suivi une marche régulière; il a atteint même, à l'époque glaciaire , une intensité effrayante et qui pouvait faire craindre que la vie organisée ne disparût à tout jamais de la surface de la terre (i).
On ignore et on ne saura probablement jamais la cause bienfaisante qui a arrêté ce refroidissement et provoqué le réchauffement de notre globe déjà presque entièrement glacé. On a souvent admis que, de même qu'un certain nombre d'étoiles dont la clarté subit des intermittences ou même des extinctions totales, le soleil avait pu, pendant une certaine période, perdre une partie de sa lumière et de sa chaleur, et reprendre ensuite son éclat primitif.
La période glaciaire correspondrait ainsi à une extinction temporaire et partielle du soleil; et il ne serait pas impossible, si cet astre n'a en effet qu'un éclat périodique et est par conséquent soumis à de pareilles variations de lumière et de chaleur, que Ton vît reparaître un jour une nouvelle période glaciaire.
Rien n'est moins rassurant, mais aussi rien n'est moins prouvé que cette hypothèse. Ce qui est certain, c'est que le refroidissement graduel
(i) Un vaste manteau de neige et de glace recouvrit les plaines, les vallées, les mers et les plateaux. Toutes les sources tarirent, tous les fleuves cessèrent de couler. Au mouvement d'une création nombreuse et agissante succéda un silence de mort, (âgassiz, les Glaciers, Neufchâtel, 18401)