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CONSIDÉRATIONS SUR LES VARIATIONS DES RIVAGES. I

de la surface de la terre avait atteint un degré tel que les phénomènes glaciaires ont pu se manifester jusque SOUS les tropiques, et que, depuis lors, nous sommes réellement dans une période de réchauffement relatif. On ne saurait expliquer différemment la disparition presque complète des grands glaciers de PAfrique et de l'Italie, et, sans sortir de notre territoire, de ceux qui descendaient jusqu'aux limites inférieures de la vallée du Rhône et venaient se terminer presque sur le rivage de la Méditerranée (i).

(i) Le phénomène de l'extension des glaciers a été, depuis quelques années, l'objet des recherches de la géologie moderne. 11 est reconnu aujourd'hui que toutes les grandes vallées de l'Europe centrale ont été occupées par d'anciens glaciers. Dans l'Italie septentrionale, les glaciers de la Doire et de la Doire-Baltée s'étendaient autrefois jusqu'à Ivrée et Turin. Les lacs Majeur, de Corne, d*Iseo et de Garde, ne sont que les cuvettes des anciens glaciers du Tessin, de VAdda, de VOglio et de VAdige, Les plus riantes vallées des Alpes Autrichiennes et Bavaroises ont été, à l'époque de la période glaciaire, recouvertes d'un manteau de glace.

Indépendamment de ces glaciers de premier ordre, on a très-nettement constaté l'existence de glaciers d'une importance secondaire dans la plupart des vallées ou des cirques des Pyrénées (Luchon, BarégeSy Cauterets, Argele:{, etc.), dans le massif de la Lozère (glacier de Palhières) et dans la Sierra-Nevada du sud de l'Espagne. Les glaciers ont donc occupé autrefois une très-grande partie des régions montagneuses aujourd'hui complètement dégagées. Les Vosges, les Pyrénées, toutes les vallées de l'Italie, étaient alors ensevelies sous un revêtement de glace; et la vie organique n'a pu renaître dans ces régions aujourd'hui tempérées que par suite d'un réchauffement sensible de la surface du sol, jusqu'à présent inexpliqué.

C*est donc à partir de la fin de cette période glaciaire que les limites des rivages de la plupart de nos mers ont été débarrassées des glaces qui les protégeaient du choc des eaux et exposées à l'attaque continue des vagues ; c'est depuis la débâcle qui a mis fin à l'existence de ces glaciers que les grands fleuves ont charrié à la mer cette masse énorme de blocs et de galets, et déposé à leurs embouchures ces bancs de sable et de limon qui ont formé les deltas et les étangs littoraux, dont les rivages mal définis se transforment sans cesse sous nos yeux.

Si donc on avait relevé très-exactement, de siècle en siècle, les contours de la plupart de nos côtes, chacune de ces cartes littorales accuserait des variations très -sensibles; et, en se reportant à une époque éloignée de nous de plusieurs siècles, on trouverait des modifications assez importantes pour expliquer d'une manière trèsnette le dépérissement de certaines contrées qui devaient leur prospérité ancienne à la situation maritime de leur capitale, jadis baignée par les eaux de la mer, isolée au milieu des lagunes ou située dans Testuaire même d'un fleuve, — aujourd'hui entourée de terres cultivées et éloignée du rivage de plusieurs kilomètres. *

Cette sorte de chronologie des rivages pourrait faire l'objet d'un travail d'ensemble fort instructif. Nulle part ce travail ne présenterait plus d'intérêt que pour le littoral français de la Médi-

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