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LES

VILLES RETROUVEES

Toutes les traditions, toutes les légendes, tous les monuments de Tantiquité parlent de Thèbes d'Egypte avec un enthousiasme que le lointain de l'espace et du temps ne fait qu'accroître ; depuis le vieil Homère, qui racontait sans les avoir vues « les fabuleuses richesses de la ville aux cents portes, par chacune desquelles passent deux cents chars tous attelés de blancs chevaux, et montés par leurs cavaliers en armes », jusqu'à Germanicus, qui visita l'Egypte en amateur éclairé et se fit expliquer par les prêtres les hiéroglyphes inscrits sur les murailles : « Il admira la grandeur des ruines de la vieille Thèbes et s'étonna, dit Tacite, d'apprendre que Ja puissance des anciens rois d'Egypte avait écrasé les peuples voisins de charges et d'exactions non moins lourdes que celles dont les accable maintenant la puissance des Romains. »

Dans les temps modernes, ce fut en de grandes circonstances que ces ruines oubliées apparurent de nou-

veau et rentrèrent en quelque sorte dans le champ de l'Histoire dont elles étaient sorties depuis si longtemps.

L'armée française remontait en conquérante le cours du Nil. Épuisée par la fatigue, par les privations, abattue par Tûprelé d'un ciel et d'un sol inaccoutumés... tout à coup, au détour du chemin, Thébes apparut. L'armée s'arrêta tout entière, et un cri, une acclamation sortie de toutes les poitrines salua le grand spectacle que le désert venait de dérouler tout à coup.

Quelques années plus tard, ChampoUion ayant découvert déjà le secret caché dans les inscriptions hiéroglyphiques, écrivait à son tour, en arrivant au même endroit : « Les Égyptiens, en présence de ce que je vois, concevaient les hommes de cent pieds de hauteur et l'imagination qui, en Europe, s'élance bien au-dessus de nos portiques, tombe impuissante au pied des cent trente-quatre colonnes de la salle de Karnak. Je me garderai bien d'en rien écrire; car ou mes expressions ne vaudraient que la millième partie de ce qu'on doit dire en parlant de tels objets ; ou bien, si j'en traçais une fois l'esquisse très coloriée, je risquerais de passer pour un enthousiaste ou peut-être même pour un ibu. »

C'est que Thèbes fut en réalité la plus haute expression de l'art égyptien; que là se résuma, se traduisit en poèmes de pierre, ce délire architectural, que se transmettaient héréditairement les vieux Pharaons l'un après l'autre. Depuis les plus reculés jusqu'aux contemporains des Grecs, ils rivalisèrent là d'effort et de dépenses : temples, maisons, tombeaux tout y fut taillé dans le colossal. L'Egypte entière a souffert des siècles pour la bâtir, et des siècles d'abandon n'ont pas suffi pour en faire disparaître les merveilleux vestiges.

La ville que les Grecs appelaient Thèbes ou Diospolis, était nommée par les Égyptiens, eux-mêmes, Ape, T-ape, la ville d'Ammon-Ra, le plus puissant des dieux de rÉgypte. Elle s'étendait sur les deux rives du Nil, beau-

THËBES D'ÉGÏPTB

coup plus large en cet en- - droit que la Seine à Paris.

Elle-même, lorsqu'elle fut arrivée au plus huut de^^réde son développement avait, selon Diodore, un circuit de plus de trois milles; son diamètre élail de deux lieues et demie.

Les légendes égyptiennes attribuaient sa fondation au dieu lui-même, à Osiris.

C'est dans cette ville que, pour la première fois, il avait enseigné aux hommes les arts utiles, l'agriculture, le maniement de l'airain et du fer.

l'archileclure. H est certain que la fondation de Tbèbes se perd dans la nuit des temps.

Hais pour l'histoire son nom n'apparait guère que vers la onzième dynastie (plus de 4000 ans av. J.-C.) '.

Avant cette époque le centre politique de l'Egypte se trouvait placé plus au nord, principalement à Hempbis.

D'origine thébaine, les rois de la onzième dynastie commencèrent à l'embellir, mais d'une manière rude et grossière qui contrastait avec les

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