L'Égypie
54 LES VILLES HETRODYÈES
écuyer, et avec les officiers de ma maisoiLqui m'accom- INignaient et sont mes témoins pour le combat : Toilà ceux que j'ai trouvés. Je suis revenu après une lutte victorieuse et j*ai frappé de mon glaive les multitudes assemblées. »
Cette grande victoire assura la paix à TÉgypte pendant la fin du rè^ne de Ramsès. Ce roi mit à profit la tranquillité qu*il s*était assurée et utilisa les prisonniers qu'il avait ramenés de ses expéditions en couvrant rÉgypte de palais^ de temples et de tous les monuments de la paix.
Ce fut un grand constructeur; M. Mariette dit de lui qu*il n'existe peut-être pas en Egypte une ruine importante qui ne porte son nom. 11 poussa même le désir de perpétuer sa gloire jusqu'à un excès dont TËgyptc dut se sentir accablée. 11 n'est pas croyable que les prisonniers étrangers si écrasés de corvées que nous les montrent les récits des Hébreux, aient pu sufQre à tant de travaux. Le peuple d'Egypte dut apporter à leur exécution une bonne part de fatigues et de sueurs;
Ramsès 11 n'en est pas moins resté le plus populaire de tous les Pharaons; il a obtenu le résultat qu'il avait poursuivi si ardemment : son nom aujourd'hui est encore dans toutes les bouches. Les légendes et les vanteries racontées à Hérodote par les princes de l'Egypte au sujet de leur Sésoslris ont été longtemps et sont presque encore aujourd'hui la seule histoire officielle de ce vaniteux Pharaon.
Thèbes, surtout, profita du goût dé Ramsès H pour les constructions. Elle se revêtit bientôt d'une nouvelle splendeur; il agrandit Je temple d'Âménophis III à Louqsor, et planta devant l'entrée deux superbes obélisques en granit rose, couverts de hiéroglyphes et d'images en son honneur.
Le plus beau des deux est maintenant à Paris, sur la place de ta Concorde ; l'autre est seul, là-bas, dans le désert, et montre encore aux descendants des Égyptiens,
qui ne peuvent plus les lire, les glorieux récits de leur ancienne histoire que les hommes d'Occident sont venus déchiffrer. L'nl èveraent de Tobêlisque et son installation sur une des places de notre Paris, n'est-il pas un juste tribut de la reconnaissance que doit la vieille Egypte à la patrie de Champoliion?
Ramsés 11 mit aussi la main au grand temple de Karnac, que son père avait commencé et dont nous aurons l'occasion de détailler plus loin les merveilles. Enfin, c'est lui qui construisit sur la rive gauche du Nil, ce fameux tombeau du roi Osymandias que l'antiquité plaça au nombre de ses sept merveillesj dont Diodorc nous a laissé une description si enthousiaste et que la science moderne a retrouvé dans les ruines du monument nommé Ramesséion^ du nom de son fondateur.
A la mort de Hamsès II, cinquante ans de troubles intérieurs et de guerres civiles firent prévoir à l'Egypte que le moment de la décadence n'était pas éloigné. C'est au milieu de ces discordes que les esclaves amenés d'Asie commencèrent à lever la tête-Ct à songer à rejeter le joug qui les avait écrasés jusque là. Une bonne partie d'entre eux, originaires de la Palestine, se rassemblèrent sous les ordres d'un sage, instruit dans tous les mystères de la science et de la religion égyptienne. Il les constitua en corps de nation, leur donna des lois et les emmena hors de l'Égyple, du côté du désert. Ce sage se nommait Osarsyph ou Moïse, et cette histoire est celle de VExode, ou fuite du peuple hébreu.
Un prince guerrier, un nouveau Sésostris, avec qui on l'a confondu souvent, Ilamsès 111, releva bientôt l'Égyple, et lui assura, pour quelque temps encore, la domination sur l'Ethiopie et la Syrie, la paix au dedans, et le respect jusque chez les peuples les plus éloignés. 11 battit plusieurs fois encore ces éternelles coalitions du Khétas qui se l'enouvelaient sans cesse et profitaient de la moindre faiblesse des Égyptiens pour pénétrer sur
56 LES YILLES RKTRODYÉES
son riche territoire et y faire de terribles razzias. Ils venaient par terre et par mer; et la surveillance des côtes ne demandait pas moins d'attention et de dépenses que celle de Tisthme et du continent.
Aussi le monarque ne pouvait plus même songer à quitter les régions de la Basse-Egypte. C'est dans les environs du Delta qu'il établit sa résidence habituelle. Thèbes, qui était toujours le centre vénéré de la religion et des traditions égyptiennes, vit son importance politique diminuer de jour en jour. Cependant Ramsès III continua encore à l'embellir. Il éleva, près de Karnak, un temple au dieu de la lune Chounsou. Il ajouta au grand temple le petit sanctuaire d'Ammon.\ A Louqsor, il fit de nombreux embellissements et son cartouche si^ lit sur notre obélisque à côté de celui de Ramsès 11; enfin il construisit sur la rive gauche du Nil, à Medinet-llabou, deux palais qui, par l'élégance de la construction et la perfection des détails, ne le cèdent en rien aux monuments élevés par son illustre aïeul.
Après la mort de Ramsès III, la décadence, un moment arrêtée, s'abattit rapidement sur l'Egypte. Le temps des expéditions guerrières et des grandes constructions était passé. La force de l'ancien empire se dissipa peu à peu dans la mollesse et les luttes intestines. Des usurpateurs remplacèrent sur le trône les rois vénérés de l'antique dynastie tbébaine. Ces usurpateurs, pour se maintenir, appelèrent les Barbares. L'ère de l'asservissement commençait pour les Egyptiens, en même temps que Thèbes cessait de leur donner des rois.
Nous ne poui*suivrons pas plus loin l'histoire de cette antique capitale. Souvent prise et reprise, pillée et rebâtie, quelquefois regagnant un reste d'influence, le plus souvent délaissée et tombant peu à peu dans une sorte d'oubli, elle ne retrouvera plus jamais la splendeur dont elle brillait sous les rois dont nous avons signalé la puissance.
Certes, plus d'un des rois postérieurs, môme parmi
les étrangers, s'allachèrent à restaurer les monuments anciens, à les compléter quelquefois. Il n'est pas rare de trouver dans ces mines les cartouches d'un Ptolémce ou même d'un empereur romain. Hais ce sont là des exceptions Somme loule, The bes perd son rang de capitale dès la \X1' dynastie. Depuis ce temps, elle na fait que décroilre , son histoire n'est plus celle de l'Egypte C'est à cette époque ancienne qu'il con vient de se placer pour rêver le specta cie idéal que presen lait l'ancienne ville et qu'on essiye de reconstniiie à tâtons à l'aide des ruines actuelles.
Qu'on n'imagine donc une ville im mense, couvrant d e diiices publics et privés un espace de plusieurs milles car-
5g LES VILLES RETROUVÉES
rés, parcourue du nord au sud par le Nil, comme Paris Test par la Seine. Toute la partie de la rive droite semble avoir été consacrée spécialement au culte des dieux et s*élargit, embrasse les nombreuses liabitations privées, les palais des rois et des temples encore. Au delà, dans une ceinture de collines qui couvre Thorizon de teintes bleuâtres, s'étagent les tombeaux des rois et les tombeaux des particuliers, la Cité des MorUK
Quoique Homère ait parlé avec admiration d*une merveilleuse ceinture de murailles qui entourait Thèbes, il semble que cette enceinte n*ait jamais existé. Diodore remarquait déjà que le grand poète ancien avait dû indiquer par ces mots les merveilleux pylônes qui de leur masse fermaient les temples'.
Gbaque temple égyptien était, en effet, entouré d'une quadruple muraille. Elle avait pour objet de délimiter le terrain sacré, de le protéger contre toute agœssion extérieure et surtout de dissimuler, aux yeux des profanes, les cérémonies secrètes du culte et les mystères qu'on célébrait dans rinlérieur. Ces enceintes, réunies entre elles par d'interminables allées de sphinx, devaient donner à Thèbes Taspect général d'une, ville fortifiée ; les nombreux pylônes qui servaient de portails- s'élevaient à une hauteur démesurée. Ce sont là les cent portes de la légende homérique.
En remontant le cours du Nil, le premier monument important qui se présentait et qui, de loin attirait l'œil par sa masse, la hardiesse de sa con'ruction et l'importance de sa destination, c'était le grand temple du dieu national de Thèbes, d'Ammon. C'était vers ce temple que se dirigeaient de préférence, dans les jours de fête, les files interminables des adorateurs du soleil ; c'est ce temple qui a pris aujourd'hui le nom du vil-