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V. Mariette, Karnak, p

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lage arabe construit sur sps ruines, c'est le grand temple de Karnak.

L'impression produite par les restes de la salle du temple est tellement forte, qu*il faut, sous peine de Taffaiblir, laisser parler un visiteur encore tout plein de rémotion qu'il a ressentie : a Au risque de passer pour un enthousiaste ou pour un fou, dit M. Ampère, J'essayerai de donner une idée de la prodigieuse salle de Kamak et de Tirapression qu'elle a produite sur moi. Imaginez une forêt de tours; représentez-vous cent trente-quatre colonnes égales en grosseur à la colonne Vendôme, dont les plus hautes ont soixante-dix pieds de hauteur (c'est presque la hauteur de notre obélisque) et onze pieds de diamètre; couverts de basreliefs et de hiéroglyphes. Les chapiteaux ont soixantecinq pieds de circonférence. La salle a trois cent dix-neuf pieds de longueur, presque autant que Saint- Pierre de Rome, et plus de cent cinquante pieds de largeur. 11 est à peine besoin de dire que ni le temps, ni les deux races de conquérants qui ont ravagé l'Egypte, les Pasteurs, peuple barbare*, et les Perses, peuple fanatique, n'ont ébranlé cette architecture impérissable.

« Elle est restée exactement ce qu'elle était il y a trois mille ans à l'époque florissante des Ramsès. Les forces destructives de la nature ont échoué ici contre l'œuvre de l'homme. Le tremblement de terre qui a renversé les douze colonnes de la cour que je viens de traverser a fait, je l'ai dit, crouler le massif du grand pylône, qui me rappelait tout à l'heure une chute de montagne; mais les cent trente-quatre colonnes de la grande salle que je contemple maintenant n'ont pas chancelé. Le pylône, en tombant, a entraîné les trois colonnes les plus voisines de lui ; la quatrième a tenu

i. Nous avons tu plus haut que la science moderne était portée à rejeter de Thistoire la prétendue invasion des Pasteurs à Tbèbes.

bon et résiste encore anjourd*hui à ce poids immense de débris. Cette salle était entièrement couverte; oq voit encore une des fenêtres qui l'éclairaient. Ce n'était point le temple, mais un vaste lieu de réunion destiné probablement à ces assemblées solennelles qu'on appelait des panégyries. L'hiéroglyphe dont ce mot grec semble être une traduction, se compose d'un signe qui veut dire tout, et d'un toit supporté par des colonnes semblables à celles qui m'entourent. Ce monument forme donc comme un immense hiéroglyphe au sein duquel je suis perdu.

Tâchons, à l'aide de M. de Rougé et de M. Mariette, de déchiffrer les différentes parties de ce hiéroglyphe architectural. Il faut faire d'abord une remarque générale sur l'ensemble du massif de Karnak ; tout dans cet immense pâté de monuments se rattachait au grand temple que nous allons décrire; les autres constructions partaient de lui et aboutissaient à lui.

Cependant, on ne peut pas dire que Karnak ait été construit tout d'une pièce, et même sur un plan unique une fois tracé : il n'y a pas l'harmonie, la préoccu; pation de la symétrie et de l'ensemble qui existe, par exemple, dans notre Louvre, bâti, lui aussi, sous plusieurs générations des rois.

M. Mariette fait, à ce sujet, une observation qui jette sur la formule de l'art égyptien un véritable trait de lumière : « On pourrait supposer, dit-il, que cette confusion est un eflet voulu par les architectes, dans le but de varier et de donner de l'imprévu à l'aspect extérieur de l'ensemble des édifices sacrés. Je m'étonnerais bien, cependant, que les constructeurs de Karnak aient eu cette pensée. Tout au contraire, le pêle-mêle des temples provient de leur profonde indifférence en matière de symétrie, et je dirai presque en matière d'art. Pour eux, un temple était })arfait s'il était durable; à certains égards, le beau n'était qu'un accessoire. »

Si le durable était, avant tout, l'idéal des architectes

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égyptieDS» on peut dire qu*ils oot réalisé leur rète dans le graud temple de Kamak, qui reste en partie debout après plusieurs milliers d*années d*abandon.

Ce grand temple, dont la description résume à peu près celle de tous les temples importants de TÉgypte, s'annonçait, en remontant du nord au sud, par une première allée de sphinx. Ces sphinx étaient jetés, comme en avant-garde, soixante mètres environ avant l'entrée principale. Quelques obélisques complétaient la figure de ce péristyle peu important. C'était comme un temps d*arrét, un point de repère, où Ton pouvait avantageusement se placer pour jouir dans une contemplation religieuse de reiTet imposant de la masse du temple. De là, en effet, on découvrait en plein Timmense pylône qui servait de portail. Les restes de ce pylône, tels que nous les voyons aujourd'hui, datent, à ce qu'il semble, du temps des Ptolèmées ; mais on a de fortes raisons de croire que la dynastie grecque n*a fait que réparer ou reproduire les constructions telles qu'elles existaient dès les plus anciens âges.

Ce pylône conduisait à une immense cour fermée de toutes parts par une enceinte en briques cuites au soleil. L'ensemble de cette-enceinte, aujourd'hui presque détruite, était coupé par quatre portes monumentales qui, sur les divers côtés, donnaient accès dans l'intérieur.

Au milieu de cette cour, étaient debout (plus tard, sous la XXIV* dynastie), dix ou douze colonnes du plus bel effet. Elles étaient rangées six par six et s'élevaient fièrement dans les nues. En outre, dans deux des coins de cette immense cour deux temples avaient été construits, l'un par Sethos 1", l'autre par Ramsès lll. Tous deux, servant, en quelque sorte, d'accessoires gigantesques, consacraient la piété particulière que ces deux princes avaient pour le dieu adoré dans le grand temple.

Le grand temple, lui-même, s'ouvrait au fond de la

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cour. Deux statues colossales en granit rose Teillaieot aux portes et représentaient Timage du constructeur, Rainsès le Grand. Sur les murs d*un petit vestibule qui les suit s*entremélent et se surchargent les représentations des exploits des Ramessides. Suit enfin la porte dernière, la très grande, comme rappellent les monuments anciens. Elle ne mesurait pas moins de 2d"',50 de hauteur. G^était pour des géants qu*on ravait taillée.

Gomment ne pas 8*arrêter ici un instant, pour essayer de donner à Tesprit écrasé un point de comparaison ? Getie porte, constmite par trois rois : Ramsèsl''', Sethos et Ramsés 11, avait à peu près la taille de la porte de Saint-Denis. Et ce n^était qu'une partie d un monument énorme. Elle ne faisait qu'annoncer les grandioses merveilles de la grande salle.

Après avoir franchi un nouveau pylône, que le tremblement de terre de l'an 27 a fait écrouler, on arrivait enfin dans cette salle hypostyle aux cent trente-quatre colonnes. Les murs d'enceinte portent, gravés en planches gigantesques, les exploits des Sethi et des Ramsès ; ce sont leurs campagnes au Nord et au Sud; ce sont leurs victoires en Asie et en Afrique, c'est le fameux poème du Pentaour, dont nous avons donné plus haut dos extraits : défilés de prisonniers, processions en l'honneur d'Ammon, hécatombes d'offrandes, peuples entiers en prière, la confusion de la mêlée dans les batailles, l'ordre et la symétrie des peuples dans les marches triomphales, tels sont les tableaux qui se déroulent sur les murailles de cet autre Vatican.

Et au milieu s'élancent, pleines d'orgueil royal et d'effort surhumain, les cent trente-quatre colonnes qui portent aux pieds d'Ammon, comme une clameur triomphale, l'hommage de la reconnaissance et de la piété des Pharaons. Ramsés P% Sethi et Ramsès 11 furent les bâtisseurs de cet hymme monumentale.

11 semble qu'après avoir décrit ces splendeurs l'on doive s'arrêter. Le narrateur, le lecteur se fatiguent à

lia

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poursuivre l^éuuiiiération de ces incroyables beautés.... mais non Tarchitecte. Il a poursuivi, lui. Ce sont encore des colonnes, des labyrinthes de salles et de vestibules^ des temples succédant à des temples, tout cela coupé, séparé, fermé par des obélisques, par des sphinx, par des pylônes gigantesques.

Traversons rapidement, arrivons enfin dans la cour intérieure, où se cachait loin des yeux du profane vulgaire le sanctuaire du dieu.

C*est ici la gloire de Thèbes, le temple vénéré des rois, celui qui attirait les files solennelles des adorateurs, dont les étrangers, regardant de loin les toits, interrogeaient avec respect les rares visiteurs. C'était là que se cachait Tanimal sacré qui représentait la haute pensée des prêtres de TÉgypte. La vénération et le mystère Tentouraient.

Aujourdliui, de ce sanctuaire il ne reste plus aucune trace. Quand tant d'autres splendeurs ont survécu, celle-ci, qui les dépassait et qui les motivait toutes, a disparu complètement. '

Les fondations mêmes sont à peine visibles.

Quelle a été la cause d'une si complète destruction? Ici les paroles froides de Tarchéologue et du savant, qui enregistre des faits qui peuvent se passer de commentaire, seront plus éloquentes que tout ce que Ton peut dire sur la vanité des choses humaines. « Nulle part, dit M. Mariette, la destruction n'a été plus complète. Les fondations elles-mêmes ont disparu, et c'est à peine si on lit encore aujourd'hui, le nom d'Usertesen I*"' sur quelques fûts de colonnes, qui seuls ont échappé au désastre.... On remarque que sur les colonnes le nom d'Amraon est martelé. Le sanctuaire avait donc traversé intact la période des Pasteurs et il était encore debout avant la fin de la dix-huitième dynastie. Mais comment a-t-il si complètement disparu, quand toutes les autres parties du temple sont relativement conservées? Thèbes a supporte plus d'un siège. Senna-

chérib, Cambyse, Ptolémée-bathyre (sans compter ceux que nous ne connaissons pas) Tont saccagée. Le sanctuaire est-il tombé sous les coups d'un ennemi victorieux qui, en le détruisant, a cru frapper Karnak au cœur? Le calcaire dont il était construit n'a-t-il pas plutôt été employé dans la construction des murailles et des fondations relativement modernes, et ne faut-il pas rendre responsables de la destruction les entrepreneurs de fours à chaux? Évidemment, cette cause suffit à expliquer la totale disparition d*un édifice qui n'a pour ainsi dire pas laissé de trace sur le terrain qu'il occupait et semble avoir été emporté minutieusement pierre à pierre*».

Derrière la cour du sanctuaire se développait encore un nouveau système de salles et de vestibules que l'architecte semblait avoir élevé pour accompagner et préparer l'effet de la grande salle. C'était là que s'arrêtaient les processions et qu'elles se disposaient à la vénération dans le sanctuaire. Dans telle salle le roi venait adorer ses ancêtres. Telle autre était une sorte de chapelle consacrée au culte des éperviers, des crocodiles dont on a retrouvé les momies saintes.

Plus loin encore, après un nouveau petit temple s'étendait l'espace réservé aux eaux sacrées. 11 y avait le lac qui servait aux jours des processions; là descendaient et circulaient les barques des prêtres. Leur marche lente autour du lac représentait soit la marche du soleil dans le ciel, soit l'entrée de l'âme dans le royaume des morts. Ce lac n'était alimenté autrement que par TinQltration ; aucun canal ne le faisait (*,ommuniquer avec le Nil. 11 avait été creusé de main d'hommes et des quais superbes ornaient tous ses contours. Les puits fournissaient l'eau employée pour les libations et pour les ablutions des prêtres.

Ainsi se complétait l'ensemble du grand temple.

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